Le « Art Journaling »

Le « art journaling », voilà un nouveau concept récupérant ce que pas mal d’artistes font depuis des siècles… A savoir, tenir un journal créatif, plus qu’un carnet de croquis, c’est une forme de journal intime, même si la plupart des artistes rechignent un rien à écrire, parce que ce qu’ils font parle pour eux. MAIS, l’avantage, c’est que l’on peut s’inspirer des carnets de croquis/journal d’artistes pour créer le sien.

Bon, autant vous prévenir : si le concept me plaît, ainsi que le fait de soutenir toutes formes de création, faire un art journal ne fera pas de vous un artiste. Tous les créatifs ne sont pas des artistes (mais tout artistes est créatif). Etre artiste, déjà, c’est ne faire QUE ça. Ou à la limite, être prof d’art en même temps pour faire bouillir la marmite. Mais votre vie entière est consacrée à l’art, on ne peut pas être artiste en dilettante, c’est pas possible, puisque l’on développe des thèmes de recherche, que l’on élabore une véritable recherche plastique, ce qui demande de s’investir à fond, tout le temps. Mais être créatif, bien sûr, on peut, et c’est même souhaitable pour la santé mentale, même si vous pensez que vous n’êtes pas doué. Donc, un « art journal », c’est un journal de créatif mais pas forcément d’artiste. Ne le prenez pas mal hein, surtout pas, mais j’en ai un rien assez que les créatifs s’intitulent artistes dés qu’ils font un truc vraiment pas mal. Et effectivement, ce truc peut être bon, beau, bien, MAIS cela ne veut pas dire que vous êtes un artiste. Je pense que je ferai un article là-dessus, sur le fait d’être artiste, c’est quoi un artiste en fait ?

Bref, revenons à nos journaux. Un « art journal », c’est d’abord fait pour extérioriser. Si les artistes l’utilisent également comme carnet de croquis à futures œuvres, les autres l’utilisent comme un journal intime très amélioré, cela dépend. Et comme vous pouvez vous inspirez des « art journal » d’artistes, voici quelques beaux exemples. Peut-être, grâce à eux, trouverez-vous votre propre style, et pourquoi pas, développerez-vous quelque chose d’autre…

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Les carnets de voyage de Delacroix, un bel exemple de mélange textes/illustrations à l’aquarelle

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Le carnet de la Californie de Picasso, réalisé entre 1955 et 1959, une jolie présentation, la boîte spécifique est une très bonne idée…

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Le journal de Frida Kahlo est un parfait exemple de « art journal », mélangeant carnet de croquis et journal de thérapie, elle y écrivait pratiquement tout. Sachez que ce fabuleux journal a été édité, il s’appelle « The Diary of Frida Kahlo, an intimate self-portrait », et il est vraiment très beau…

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Le journal de Vali Meyers, la sorcière de Positano, là aussi, un véritable « art journal ». Il a été édité également, sous le titre « Night Flowers » il me semble…

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Anna Rusakova

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Cait McEniff

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Guilherme Dietrich

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Les installations de Julie Wolfe Lawless sont très inspirantes…

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Lars Henkel

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Massimo Nota

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Massimo Nota encore…

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Naomi Hosking

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Pep Carrio

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Les carnets de Léonard de Vinci, immortels et tellement beaux…

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Le travail à la plume (le travail de foufou, comme on disait aux Beaux-Arts, oui, soyez indulgents, c’était le début des années 2000…) d’Elena Limkina. Un conseil : suivez son instagram, c’est vraiment TROP beau. J’adore…

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Le livre DIY d’Arne et Carlos, une beauté si vous voulez concevoir votre « art journal » de A à Z, il y a plein d’idées, et c’est vraiment très bien fait.

Voilà, en espérant que peut-être, certaines choses vous inspireront. Toutes les images ont été piochées sur Pinterest : art journal, sketches ou autre art journaling sont les mots de passe pour dénicher des merveilles…

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Histoire macabre : Kay Sage, femme, artiste et surréaliste

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(les titres des tableaux étant souvent longs et complexes, je n’ai mis que leurs dates)

Pour la deuxième « histoire macabre » que je vous propose, j’ai choisi une autre femme. La première était Eléonore de Tolède, la seconde est une artiste.

Vous savez toute la difficulté d’être UNE artiste, avec toute la « double contrainte » que cela implique (si vous vous intéressez au sujet, je vous recommande la livre de Marie-Jo Bonnet, « Les Femmes artistes dans les avant-gardes, ainsi que tous les écrits d’Aline Dallier-Popper, première critique d’art féministe en France, et dont les archives sont conservées à Châteaugiron). En gros, pour être reconnu en tant qu’artiste vous avez deux choix : soit vous êtes asexuée totalement et complètement, y compris avec un pseudo masculin, soit vous êtes féminine et vous restez cantonnée aux sujets dits féminins. C’est une situation complètement schizo pour la plupart des artistes féminines, c’est d’ailleurs en parti pour cette raison que jusqu’à récemment, beaucoup d’artistes féminines françaises ne se définissaient pas comme féministes, tout bêtement parce qu’elles refusaient le système de « cases » du marché de l’art, et donc, cette « case » aussi.

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S’il est compliqué d’être UNE artiste, c’est encore plus compliqué lorsque vous êtes une artiste ET une épouse d’artiste. Souvent, le masculin l’emporte et M. est plus connu que Mme. Les exemples sont légions en France, une exception est faite pour le couple Delaunay où Mme est plus connue que M. Et chez les russes également, les femmes sont aussi connues que les hommes (enfin, c’est un peu plus complexe, mais elles sont reconnues en tant qu’artistes et travaillent sur les mêmes sujets que les hommes, notamment pendant les premières années du communisme). Mais, en France, ben non, c’est toujours M. le plus connu. Françoise et Dora sans Picasso n’existent pas ou si peu, par exemple (je prends un exemple volontiers connu, mais il y en a beaucoup plus).

Kay Sage donc, dont personne n’a entendu parler en France, même Marie-Jo Bonnet ne la cite pas. Réparons vite cette oubli !

Kay était donc la femme d’Yves Tanguy, le fameux surréaliste. Elle a eu une vie très mouvementée, une sorte de rêve de biographie, ça ferait un superbe film, et je vais vous la conter.

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Kay naît Catherine Linn Sage, surnommée Kay, en 1898, au sein d’une famille bizarre, car double. Du côté de sa mère, la très respectable Anne Wheeler, fille de médecin à la personnalité extravagante et névrotique, la généalogie est remplie de personnalités curieuses, fantasques, maniaques, collectionneurs, obsédés sexuels, artistes, dépressifs, schizophrènes, paranos et mythos (pas tout ça en même temps, fort heureusement). Du côté de son père, le super-extra-archi-respectable Henry Sage, sénateur de New-York, président d’une grande société d’exploitation de forêts de séquoias, membre du CA de l’université Cornell (et aussi poète sans talent, on ne peut pas tout avoir), on est plutôt conservateur américain, avec tout ce que cela implique de rigidité. Selon la famille, on est carrément descendants des Bourbons. Forcément, dans ce type de milieu on cultive l’orgueil de la race, la grande bourgeoisie new-yorkaise vivant volontiers en vase clos. Selon des recherches effectuées plus tard par Tanguy lui-même, en vérité, la famille descendrait plutôt du breton Alain-René Lesage, issu du Morbihan et notamment auteur des Aventures de Gil Blas. Forcément, c’est moins frappant.

1948

(1948)

Cette dualité va marquer la petite fille (elle a aussi une sœur aînée, Ann, très belle). Elle sait très tôt que plusieurs personnes de sa famille maternelle sont morts en asile psychiatrique, et que beaucoup d’autres sont artistes. C’est une petite fille étrange : de son père, elle tient la passion de la collection des œufs, qu’elle conservera jusqu’à sa mort. Elle est pâle, avec des cheveux blonds très fins, et avec un physique moins gâté par la nature que sa sœur. Elle ne sourit pas, adore raconter des histoires horribles, n’aime pas les autres enfants, qu’elle juge stupides. Elle a une collection d’écriture manuscrite : elle demande à des adultes de lui écrire quelque chose dans un carnet, et à force de s’entraîner, devient un remarquable faussaire enfantin. Sa mère ne l’aime pas, et lui fait bien sentir qu’elle est plus moche que sa sœur. En conséquence, un psy vous dirait que la petite vivait dans un état de peur permanente, car elle était persuadée que le monde des adultes était truffé d’horreurs, qu’elle perpétuait en les répétant et en inventant, que de plus, elle cherche à attirer le monde des adultes et l’attention sur elle grâce à un procédé intellectuel, et qu’ensuite elle ne se trouve à sa place nulle part, puisque considérée comme une enfant par les adultes et rejetée par les autres enfants. Mais je ne suis pas psy (sauf que toutes ces théories sont exactes). Kay est ceci dit, une enfant assez sage et sans histoires, à part quelques grosses colères mémorables. Elle est discrète, parle peu et observe le monde qui l’entoure. Vers l’âge de trois ans, on lui découvre un don énorme pour le dessin et la peinture.

1941

(1941)

Elle passe son enfance avec sa mère surtout, papa travaillant, et dans un monde de mondains où elle voit les gens s’angoisser, déprimer, et boire. Elle va à l’école bien sûr, quand elle est aux USA, c’est-à-dire 3 à 4 mois par an, mais comme elle possède une mémoire et une acuité intellectuelle immense, elle réussit toujours brillamment tous ces exams. Oui, car, quand on est une Sage, on voyage beaucoup : Londres et la Suisse (qu’elle déteste), Paris et l’Italie (qu’elle adore) font partis de sont quotidien d’enfant mondain. Elle arrête l’école à 15 ans, âge auquel elle parle couramment l’anglais, le français et l’italien, c’est une tête en maths, et elle fait des versions latines comme on irait chercher le pain. Une enfant et une ado hors norme mais sans bouger. Elle est obligé par sa mère de suivre quelques cours mondains : équitation, tennis, voile, danse et fusils de chasse. Kay a horreur du sport, et devient une malade imaginaire pour échapper aux cours, surtout en période de règles (qu’elle accentue).

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(1944)

L’adolescence est bousculée. Un voyage plus qu’aventureux en Égypte avec sa mère la marque à jamais : couleurs, sons, lumières. Elle commence à prendre conscience des changements de son corps de femme, et voit les relations de sa mère avec les autres hommes (c’est une séductrice, mais souvent sans consommation). Ses parents divorcent, elle reste avec sa mère tandis que sa sœur reste avec son père. Il faut trouver un logement, direction San Francisco. Elle s’y ennuie mortellement, et commence à découvrir le véritable état de sa mère. Maman est excentrique, possessive, exhibo, pingre, mentalement instable, qui a été élevée par une tante alcoolique et droguée aux médocs. Entre maman et l’ado, c’est une histoire d’amour complètement tyrannique et dévastateur pour Kay, qui adule sa mère, qui le lui rend très peu et qui, de plus, se sert de sa fille (chantage maternelle). En 1911, elles regagnent NY, mais la vie est différente : en tant que femme divorcée, sa mère est rejetée par tout le botin mondain, ce qui accentue sa dépression chronique. Kay commence alors à peindre à l’huile. Conjointement, c’est elle qui doit administrer les doses de morphine dont sa mère a besoin, qui tombe de plus en plus dans son addiction.

1954

(1954)

L’argent vient à manquer, direction un deux pièces à la périphérie de la ville, un rien glauque. Plus de domestiques. A cause de la guerre en Europe, il y a de moins en moins d’argent disponible : sa mère possède un héritage à elle, mais dans une banque italienne, or à cause de la guerre, l’argent reste bloqué en Italie, elle ne le récupérera qu’en 1919. Il faut savoir que Kay, débrouillarde, va gagner beaucoup d’argent en travaillant pendant la guerre, à partir de 1917, comme traductrice au Bureau de la Censure, à cause des langues qu’elle parle, et comme elle est sérieuse et très capable, elle va vite monter en grade, ce qui fait qu’elle amasse un petit pécule non négligeable. En 1915 et 1916, sa mère achète deux maisons en Floride, où elles vivent jusqu’au départ de Kay pour NY, et où son talent pictural s’épanouit de plus en plus, tandis que sa mère sombre de plus en plus (morphine, médocs, alcool). Kay quittera le bureau en 1918 et n’effectuera jamais plus un travail d’employé.

1944

(1944)

A 17 ans, tel un miracle sur pattes, Kay devient jolie. Le petit canard maigre, gauche et pâle devient jolie cygne blanc très mince. Elle fréquente désormais le milieu mondain bourgeois en tant que jeune fille, mais elle s’y ennuie mortellement. On commence à lui parler mariage, mais elle se pose des questions : son désir de l’amour romantique va à l’encontre de son désir d’être artiste, car elle pense le mariage incompatible avec sa vocation. A 20 ans, elle a une mémoire sensible extraordinaire, n’aime pas les obligations mondaines, supporte difficilement les gens, car elle ne leur pardonne rien, et en plus, devient hyper susceptible. En 1919, maman récupère ses sous et part vivre en Italie avec la sœur Ann. Kay refuse de les suivre. Elle entreprend de suivre les cours de la Corcoran Art School de Washington, mais au bout de quelques jours, décide de ne pas suivre les cours théoriques. Elle note de quoi sont faits les cours, s’informe par elle-même, profite des locaux et ateliers pour essayer diverses techniques, et se noue avec le concierge qui la tient informé du fonctionnement de l’école. Elle refuse d’avoir des relations avec les autres élèves. Mais elle rencontre son premier amour, Martin. Manque de pot, il est marié, sans profession. Elle passe des nuits sexuelles passionnées mais sans orgasme pour elle. Fatalement, le scandale éclate. Heureusement, maman revient d’Italie pour régler des affaires financières et repart aussi sec. Kay l’accompagne donc, nous sommes en 1920, elle a 22 ans.

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(Kay en 1922)

Elle fera une profonde dépression, elle ne s’aime pas, coupe ses cheveux. Elle se sépare de sa mère et s’installe seule à Rome, dans une belle maison fort décrépite de San Lorenzo. Elle visite plusieurs écoles d’art mais refuse de se plier aux cours, mais apprend quand même des rudiments d’anatomie, ça peut servir. Elle se sent plus libre, et se lie d’amitié avec un vieux peintre, Onovato Carlandi, qui lui fait rencontrer un petit groupe d’artiste. Elle devient exubérante, rit, sourit. Sa sœur la rejoint en 1921 et commence un profond amour fraternel, complètement inconditionnel. Elles déménagent et Kay achète un appart à Rome, délabré, sans confort, mais somptueux. Elle adopte un terrier écossais, Pacha, et perd peu à peu la trace de sa mère.

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(1939)

Et là. Coup de foudre. Comme dans les livres sentimentaux. Il est beau, il est insouciant, riche, c’est un prince. Ne riez pas, il est VRAIMENT prince : le Prince Rainier di San Faustino. Il est tout ce que Kay déteste, elle le sait mais l’aime quand même (auto-destruction, me souffle papa Freud). Il doit attendre sa majorité italienne pour le mariage, car son père est mort et sa mère désapprouve (épouser une mondaine américaine, l’Italie tombe bien bas, etc.). Pendant deux ans, Kay apprend à être une vraie princesse italienne, ce qui la gonfle un rien. Son père fixe la dot à 50 000 dollars, mais fait édifier un contrat en béton pour éviter que la belle-famille ne pique les sous de sa fille chérie (il fait bien). Le mariage a lieu en 1925, elle a 27 ans. Kay se marie par amour mais aussi par raison : âge, richesse, titre. Pourtant ce mariage est destructeur pour elle, car elle est obligé de s’arrêter de peindre. Les époux vivent une vie oisive, lui ne sait rien faire de ses dix doigts, ils sont victimes d’alcoolisme mondain. Kay s’ennuie profondément. A Venise, elle se lie avec Henri Bernstein, qui lui parle de la vie culturelle française, elle se remet donc à lire, avec avidité. Elle aura une liaison, avec un marin français (romantique). Elle rencontre Ezra Pound, qui lui fait découvrir des surréalistes, et à la Biennale de Venise en 1932, elle découvre Giorgio de Chirico. C’est un véritable choc.

1940

(1940)

Kay se rend compte qu’elle a perdu beaucoup de temps dans ce mariage, et s’éveille comme d’un rêve (ou d’un cauchemar, c’est selon le point de vue). Elle se remet fiévreusement à peindre et à écrire. La vie sexuelle du couple est un enfer, dans lequel Kay subit le viol conjugal, ce qui entraîne la ruine du couple, son père meurt en 1933, sa sœur, très malade, en 1935, elle part seule, et entame des procédures d’annulation de mariage.

Elle s’installe à Milan pour peindre. Suite à tous ces événements elle est sous calmants pour cause de « dérèglements du système nerveux ». Elle obtient son premier contrat avec une galerie en 1936. En mettant fin à l’amour charnel, son esprit se consacre uniquement à l’art. Pendant l’été 1936, elle part pour Paris.

1939

(1939)

Elle lit, voit les expos, regarde partout et s’imprègne. Elle découvre au Jeu de Paume une expo de femmes artistes (Mary Cassatt, Berthe Morisot et Marie Bashkirtseff entre autre)…. Et elle déteste : trop de mièvrerie, pas d’expression, pas d’envergure selon elle. Pour elle, l’art n’a pas de sexe, et distinguer les hommes des femmes lui parait une ânerie monumentale. Elle découvre papa Freud, désormais, l’introspection sera sa ligne de vie. Elle fréquente le cercle d’Henry Miller, et se lie d’amitié avec Anaïs Nin. Elle se passionne pour les surréalistes et achète quelques œuvres.

1938

(1938)

En 1938, elle expose au Salon des Indépendants, où son travail est remarqué par Breton, Tanguy et Calas. Les deux premiers lui rendent visite.

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(Kay et André Breton, qui tire encore une tête pas possible, comme à son habitude)

Voici donc, la rencontre entre Kay et Yves. C’est un vrai coup de foudre. Pas charnel. Intellectuel. Deux âmes sœurs : même caractère, même éducation, même vie, mêmes idées.

Lui est marié à Jeannette, qui est une jalouse maladive (comme par hasard). Le couple manque cruellement d’argent et vit à la sauvette, Peggy Guggenheim le renfloue de temps en temps par pitié. En juin 1939, l’annulation officielle du mariage de Kay est prononcée, la voilà libre . De son coté, Yves s’éloigne de plus en plus de Jeannette. L’été est marqué par des vacances en Savoie, où se côtoient Tanguy, Kay, le couple Breton, le couple Matta et Esteban Frances. Un été marqué par une seule question, celle de la guerre imminente et de l’exil. Kay décide que sitôt rentrée à Paris, elle repartira pour les USA. Elle vend sa maison italienne, 2 millions de francs, qu’elle ne récupère pas car l’argent reste bloqué à cause de ma guerre, elle le récupérera seulement en 1950, et ce sera 1000 dollars au lieu des 60 000 prévus, à cause de l’effondrement de la monnaie italienne (ça valait le coup de vendre, tiens !).

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(1958)

Lorsque la guerre éclate, Kay est rentrée aux USA, et elle vient de faire valider un fabuleux projet par le ministre des affaires étrangères : au nom du développement des échanges artistiques franco-américains, elle doit tout mettre en œuvre pour aider à la venue des artistes français aux US. Ce projet est notamment soutenu par de fort riches mécènes, qui vont beaucoup œuvrer pour la protection des artistes français pendant la guerre : Peggy Guggenheim, Saidie May et Caresse Crosby, notamment. De nombreux artistes vont donc pouvoir quitter Marseille avec des papiers en règle. Le couple Tanguy attend ses papiers. Si tous les autres surréalistes ont reçu leurs papiers d’appelés, en revanche, Yves est réformé, comme pour la première guerre, pour raison de « santé mentale déficiente » (ben tiens).

L’art est désormais au centre de la vie de Kay : elle peint beaucoup et en plus, elle aime passionnément et intellectuellement un artiste comme elle.

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Tanguy peut enfin partir, il arrive à New-York le premier novembre 1939, et emménage à Greenwich Village. La ville de New-York, soucieuse de bien traiter les grands artistes français d’avant-garde, met à leur disposition des ateliers communs avec matos, supervisés par des artistes américains. Tanguy y fera notamment beaucoup de gravure, mais on y croise aussi Chagall, Masson, Dali et Miro. Le couple Matta suivra les Tanguy, et les Breton suivront en 1940, qui vivront dans un appart loué par Kay, qui, un rien gonflé, demande à Peggy Guggenheim 200 dollars par mois pour faire face aux dépenses engendrées par les artistes. Une goutte d’eau dans l’océan de billets de Peggy, qui accepte. A la fin de l’année 39, Kay organise une expo de Tanguy à la galerie Pierre Matisse, les bénéfs doivent servir à venir en aide aux artistes encore résidant en France occupée (Hélion et Masson auront droit aussi à leur expo). Mais il va y avoir un énorme conflit d’intérêts entre Kay et le marchand d’art célèbre Kahnweiler, qui préfère accorder sa confiance au marchand allemand exilé aux US Curt Valentin. Saidie May remplace donc Kay à la tête de l’expo, et bien sûr, s’ensuivit malversations et finances plus que douteuses. Le fabuleux projet d’entente coule donc de lui-même, heureusement, quelques artistes ont quand même pu en bénéficier.

Kay et Tanguy vivent désormais ensemble, sous le signe de la création. Comme ils vivent dans un « une pièce », ils érigent des règles, afin de créer chacun de la manière la plus solitaire possible (on ne regarde qu’à la fin). A Reno, en 1940, Tanguy divorce officiellement de Jeannette (Reno est une ville magique où mariages et divorces se prononcent en quelques minutes à peine). D’ailleurs, ils s’y marient aussitôt après. Kay accepte ce mariage car il représente pour elle un véritable engagement en faveur de l’art moderne. L’acte permettra également à Yves d’accéder à la nationalité américaine.

En 1941 se tient la première expo officielle de Kay aux USA, au Musée d’Art Moderne de San Francisco.

Deux ans plus tard, ils s’installent à Woodbury dans le Connecticut, une grande maison de style colonial. A l’époque, cet état est un peu une annexe du Village, où viennent se reposer les artistes en mal de verdure et de calme. La vie est douce pour le couple, ils ont gagné un peu d’argent par la vente de toiles, et ils commencent à être reconnus en tant qu’artistes. Il y a très très peu de disputes, l’art est au centre de leur vie, et beaucoup d’amis vivent dans le coin, on voit défiler à la maison les Calder, les Masson, Richter, Gorky… L’alcool coule sans doute un peu trop mais bon, en gros, la vie est belle.

Album Yves Tanguy n°1

(derrière, de gauche à droite : Yves et Kay, Maria Martins et Frederick Kiesler, devant à gauche Marcel Duchamp et à droite Enrico Donati)

Kay apprend que sa mère est décédée en Italie, mais à cause de la guerre, elle ne peut se rendre aux obsèques. Kay est donc la dernière survivante de la famille. Elle ne parlera plus jamais de sa mère.

A la libération, elle récupère l’héritage de sa mère, les Tanguy achètent donc une superbe ferme du XVe siècle en 1946, qui s’appelle Town Farm, qui comprend deux bâtiments, une maison pour eux et une maison d’amis qui fait également office d’ateliers (un chacun)… Bien sûr, tout cela tombe un peu en ruine, mais qu’importe, les travaux sont vite réalisés, et Kay fait installer tout le confort moderne (on est en 1946, et cela signifie une vraie lingerie, un double réfrigérateur, un congélateur, un lave-vaisselle, etc…). Fervente adepte du modernisme, sa déco est très contemporaine de l’époque, avec beaucoup d’art, car Kay et Yves possèdent un belle collection : De Chirico, Delvaux, Man Ray, Max Ernst, Miro, Magritte, Breton, Calder, etc.

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(deux photos de l’intérieur de la maison, style moderniste, cherchez Calder et les chats)

Elle associe de manière très heureuse toutes ces œuvres avec des collections de pierres, de masques d’Alaska, de poupées kachinas du Nouveau-Mexique, des objets d’art populaire américain du XXe siècle, des galets et bien sûr, sa collection d’œufs. Elle est devenue une grande collectionneuse d’objets surréalistes et est passée maître dans l’art de l’assemblage imprévu. La maison est complétée par un terrain et un potager, qu’ils entretiennent eux-mêmes. Kay adore faire la cuisine, et ils engagent également une bonne, Betty (car si on adore faire la cuisine, en revanche le ménage n’est guère une passion).

Pour moi c’est un peu ça, une vie de rêve : grand atelier et jolie maison avec des objets étranges, un peu de terre, l’art est partout, plus la cuisine. Autant dire qu’on est bien chez les Tanguy, et que tous les hôtes raffolent de l’endroit. Kay a hérité de sa mère une classe internationale, un sens inné de la diplomatie et le sens de la réception. C’est normal : elle a été élevé là-dedans. On voit venir Sartre, St John Perse, et les Dubuffet également.

Les amis surréalistes de Yves sont tous rentrés en France à la Libération, et ils détestent tous Kay, qui représente pour eux la bourgeoise américaine riche typique. En 1943, c’est la brouille définitive entre Breton et Tanguy, le premier reprochant au second de mener, grâce à son mariage, une vie bourgeoise. Ils ne se parlèrent plus jamais près ça. Peu importe pour le couple, leur amour cérébral envahit tout, et ils y puisent tous deux une énergie créative incroyable. Kay multiplie les prix et les expos. Il faut savoir qu’aux USA, les prix et récompenses sont la seule voie ouvrant la porte des musées, beaucoup plus que l’éducation et l’apprentissage. Depuis 1940, Kay est reconnue officiellement peintre surréaliste américaine, ce qui est une voie ambiguë. En effet, même Tanguy le sait, depuis 1950, le surréalisme est mort. Kay croit au surréalisme mais ne cherche pas spécialement à peindre surréaliste, elle poursuit donc une avancée pour découvrir sa propre identité, et non pour s’inscrire dans un mouvement. Son œuvre est parsemée d’emprunts à son époux. Des critiques n’y virent que le fait que Kay, en tant que peintre, n’existait qu’en tant, d’abord, qu’épouse de l’artiste authentique, Tanguy. Abrutis. C’est tout bêtement l’annonce du fait que Kay aime son mari, l’admire, et en plus, qu’il fut le déclencheur artistique qui lui manquait. Kay est donc renvoyée à sa propre recherche d’elle-même, en tant qu’artiste, elle veut s’imposer d’elle-même, et donner une forme précise et durable à un projet incarné au nom de sa véritable existence.

1956

A cette époque, les Tanguy s’intéressent beaucoup à l’occultisme, et se passionnent pour les religions égyptienne, mayas, indiennes et bretonnes. D’ailleurs, ils partent en 1953 pour faire un long voyage en France. Déçus par Paris, qui a perdu ses avant-gardes et ses vrais intellos, et sombre de plus en plus dans la spéculation de l’art, ils partent vite de la ville, qu’ils ne supportent plus après avoir vécus pendant longtemps à la campagne, et se rendent en Bretagne, région natale et familiale de Tanguy. Kay tombe amoureuse de la Bretagne.

Depuis 1950, l’état de santé de Yves s’est dégradé : il est constamment fatigué, l’alcool et le tabac n’arrangent rien. Il refuse cependant d’y prêter attention. En 54, il va être hospitalisé deux fois, pour ulcère et névrite. La même année, ils exposent côte à côte dans la même galerie. A la suite de cette expo, dont la préparation fut particulièrement angoissante, Kay ne peint plus beaucoup mais s’est remis à l’écriture.

Le 15 janvier 1955, Yves Tanguy meurt d’une hémorragie cérébrale. A compter de ce jour, Kay ferme peu à peu la porte de son atelier et ne créera pratiquement plus. Elle va consacrer son temps à l’édification d’un mausolée intellectuel à la gloire de son mari : elle va notamment rédiger le catalogue complet de toutes ses œuvres, ce qui est un travail colossal, car il faut retrouver absolument toutes les œuvres de Tanguy, et savoir précisément où elles sont et qui les détient. Elle rédige également ses mémoires. Leurs deux chats siamois adorés (oui, le couple vénère les chats), Keben et Kobold, décèdent peu après Yves.

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(le couple avec ses chats d’amour)

Kay sombre peu à peu dans la dépression, un déséquilibre nerveux et mental que la maladie n’arrange pas. On ne sait pas trop ce qu’elle a : elle perd peu à peu la vue avec des douleurs insoutenables, elle est opérée plusieurs fois, mais rien n’y fait. Aujourd’hui, on pense qu’il s’agissait sans doute d’une maladie dégénérative, vraisemblablement la maladie de Dupuytren, que l’on est incapable de soigner à l’époque. Elle prépare sa succession avec un notaire (toutes ces œuvres sont léguées au Musée des Arts du Connecticut, qui n’en revient pas d’avoir un tel trésor).

Le 8 janvier 1963, Kay se tire une balle de revolver, après 65 ans d’une vie bien remplie.

Les deux corps seront incinérés et les cendres mélangées reposent à présent dans la baie de Douarnenez. Ayez une petite pensée pour ce couple d’artistes magnifiques quand vous passerez par là-bas.

Voilà, la vie de Kay Sage, artiste méconnue et oubliée, dont la vie très riche mériterait amplement un biopic !

Ci-dessous, différents livres sur Kay :

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(Your Move, un catalogue d’une exposition présentant une collection d’objets surréalistes et de collages de Kay)

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(China Eggs, les mémoires de Kay)

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(une excellente biographie, dont vient la majeure partie de mon inspiration pour ce texte)

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(le catalogue raisonné des oeuvres de Kay, un joli pavé)

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(un très beau livre rempli de photos sur la vie du couple)

J’espère que son histoire vous aura plu, et je vous souhaite une belle journée…

 

 

Fausses ruines et vrai romantisme : la « magnificence déchue »…

(expression empruntée à William Shenstone, écrivain anglais)

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(La Cathédrale Engloutie, de Didier Massard)

Nous sommes en 1764 (oui, ça nous rajeunit pas). Le premier roman gothique (ou roman noir) anglais vient de voir le jour : Le Château d’Otrante, par Horace Walpole. Vont s’ensuivre moults productions, pas toujours très bonnes, mais dans lesquelles on trouve de sublimes auteurs, tels que Charlotte Smith,  Ann Radcliffe, Regina Maria Roche, Eliza Parsons, Eleanor Sleath (oui il y a beaucoup de femmes dans le roman gothique anglais). A la fin du XVIIIe siècle va arriver bien sûr Lewis et son fameux Moine, et début XIXe siècle, Mary Shelley livre son fabuleux Frankenstein… Bref, une période extraordinaire en terme de production littéraire anglaise, tout comme le sera également le XIXe siècle, y compris en France. Alors, le roman gothique c’est quoi ? Et bien c’est l’ancêtre du roman d’horreur et fantastique : vous prenez une bonne pincée de frissons, vous ajoutez l’amour fou/interdit/passionné, vous assaisonnez avec des décors de ruines, de châteaux, vous relevez le tout avec des apparitions, goules, et autres personnages surnaturels, vous secouez le tout, et pour décorer, vous ajoutez une petite malédiction. Et vous avez votre roman gothique. Je caricature un rien, mais la plupart de ces ingrédients reviennent systématiquement dans le roman gothique. D’ailleurs, on y trouve beaucoup de personnages féminins persécutés (allez savoir pourquoi, les différentes façons de voir la femme au XIXe siècle c’est-à-dire persécutée et innocente ou au contraire fatale et perverse,  se retrouve beaucoup dans ce type de littérature, qui n’est pas franchement subtile en matière de stéréotypes, à part quelques exceptions).

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Bon, mais quel rapport avec les ruines ? Eh bien, parce que le roman gothique n’est qu’un aspect de la formidable évolution que subit l’esthétique à partir de la fin du XVIIIe siècle et ce jusqu’au milieu du XIXe siècle, voire même au-delà : le Romantisme naît. Avec lui, on va rêver donjons, médiéval-attitude, trahisons, malédictions, revenants, frissons, fantômes, banshees, sorcières, héritages empoisonnés et croisades. Un Moyen-Age complètement fantasmé où vont se mêler ruines chrétiennes et temples païens celtes, et quel autre pays que l’Angleterre pouvait se permettre autant de mélanges ? Cela ne gêne visiblement personne de se balader dans des faux Stonehenge (comble du chic, à avoir dans son jardin) ou de fausses abbayes, ou de se donner rendez-vous dans des pièces d’eaux peuplées de grottes fantastiques et de monstres…

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En fait, à l’époque, notamment avec l’expansion du Grand Tour, que font les jeunes gens en Europe pour se gaver de culture et d’architecture (tu seras un homme, un vrai, tu auras tout vu et tu connaîtra tout. Enfin, toute l’Europe, le reste on s’en fiche, c’est des barbares.Hum), c’est la grande mode du néoclassicisme. Les pseudo temples grecs fleurissent un peu partout, et on met des colonnes à toutes les sauces. Donc, un groupe de « révolutionnaires » indignés va rompre avec ces colonnes et imposer le Moyen-Age (ce son des médiévistes) : la Société des Antiquaires (1718). A leur suite vont être publié beaucoup d’ouvrages, notamment sur l’architecture gothique. Ils sont gorgés d’erreurs, mais ce n’est pas grave : ça a l’air vrai, c’est tellement pittoresque.

Il faut savoir que l’Angleterre, à cette époque, regorge de vraies ruines, à cause de la Réforme, qui a laissé bon nombres d’abbayes en ruine dans tout le pays. On les redécouvre par le biais de livres remplis de gravures, et tout ça, c’est tellement romantique… Donc, les nobles et les bourgeois veulent de la ruine. Vraie ou fausse.

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Je parlais plus haut du « pittoresque ». Le pittoresque, c’est ce qui a l’air d’être authentique mais qui est en réalité le fruit d’une fabrication. C’est ce qui l’air ancestral alors que ça date d’hier. C’est avec ce mot que les bourgeois et nobles qualifient souvent les fêtes de village, les costumes traditionnels, les chants ancestraux et les cérémonies religieuses païennes. Ce n’est pas très bon, le pittoresque.

Petite anecdote : lorsque, au XIXe siècle, vont se développer les voyages en train, la Bretagne attirera bon nombre de bourgeois parisiens. Les bretons, voyant cela, et considérant qu’il y avait de l’argent à se faire (ben oui, faut vivre, les campagnes ne sont pas très riches à l’époque, à part quelques gros exploitants), remirent leurs traditions à l’honneur pour tous les jours. On voit donc des habits traditionnels de fêtes sortir tous les jours (ce qui ne se faisait pas en Bretagne, la tradition, c’est pour les fêtes), des contes réinventés pour l’occasion (oui, les légendes bretonnes datent souvent du XIXe siècle, la tradition orale s’étant quelque peu perdue en route), etc. La Bretagne devient folklorique, pittoresque. C’est d’ailleurs à cause de cela que bien plus tard au XXe siècle vont naître des cartes postales montrant notamment des bretons « typiques », ou des scènettes mises en scène, ou encore des vieux métiers. Tout cela pour satisfaire le snobisme du bourgeois (et tant qu’à faire lui prendre un peu de sous, parce, y a pas de raisons qu’il ne paye pas pour un truc qui le satisfait).

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C’est à cette époque (fin XVIII et courant XIX, je reviens au ruines hein) que naît ce que l’on va appeler le mauvais goût, le kitsch. Né avec la noblesse finissante, il prendra son ampleur avec la bourgeoisie régnante, qui veut faire comme les nobles, mais à moindre frais. Bonjour donc reproductions, copies, imitations, qui, à force de surenchère, vont devenir les prémices du kitsch : un art facile, de mauvais goût, ultra-voyant… Mais ultra-fun, car il peut tout se permettre, puisqu’il n’est qu’une copie (en cela, le kitsch est l’ancêtre du détournement culturel actuel). Les fausses grottes, les statues excentriques, les fausses ruines, sont les ancêtres des nains de jardin et des temples grecs miniatures peuplant aujourd’hui les jardins de banlieues. Les coquillages des fausses grottes, héritiers du style rocaille, vont donner les décorations excentriques des salles de bains du XIXe siècle, qui vont donner les objets décoratifs du début du XXe siècle, pour aboutir aux miroirs et boîtes décorés de petits coquillages de ma grand-mère (objets que l’on trouvent dans les vide-greniers, top kitschoune, vous penserez à moi en tombant là-dessus, et à cette article). Si la question vous intéresse, lisez Hermann Broch, l’un des premiers critiques du kitsch (je vous préviens, l’École de Francfort, si vous vous y attelez ensuite, puisque c’est la suite logique, est assez snob, mais très intéressante à lire cependant. Adorno est particulièrement ardu). Le livre de Céleste Olalquiaga, Royaume de l’artifice: l’émergence du kitsch au XIXe siècle, est absolument fascinant, elle y aborde justement la question des grottes, des coquillages, des presse-papiers, et un bernard-l’hermite sillonne le livre en guise de point de repère (littéraire).

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Bon, revenons à nos ruines. Vont donc voir fleurir les jardins et les parcs d’agréments paysagers : ruines, grottes, temples, etc. C’est à qui aura le plus beau « faux parc ». Il faut savoir que c’est à cette époque que naît ce que l’on appelle le « jardin à l’anglaise », qui a ses théoriciens, qui préconisent les coins et les recoins, les plantations sauvages, et aussi les fausses ruines. Le jardin anglais est un dédale, un vrai fouillis très bien organisé, qui adore le côté sauvage et mystérieux, tant que c’est quand maîtrisé et que ça ne déborde pas trop. Les fausses ruines font donc partie d’un ensemble que l’on appelle « une fabrique de jardin », un endroit artificiel qui sonne vrai au milieu d’un plus vaste ensemble, et qui sert à magnifier point de vue, horizon, et à produire des effets « wahou » garantis. En 1742, un ouvrage de Batty Langlay (peintre paysagiste) eu un vif succès, et il y détaille avec force gravures tous les éléments gothiques à avoir dans son jardin, pour donner une impression de vieillesse (et donc, d’origines nobles, anciennes familles, et tout le toutim).

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On ne fait pas que construire des ruines, on y mets aussi des objets : crânes, bougies, têtes d’animaux, sabliers, etc.  Il y eu d’ailleurs un certain M. Hamilton pour « passer une petite annonce » afin de trouver un acteur pour rester dans une grotte artificielle et prêt à s’engager à ne se couper ni cheveux, ni barbe, ni ongles pendant sept ans. Je me paye un faux ermite vous voyez. Bon, ça n’a pas marché, l’ermite miteux n’a pas réussi à tenir le challenge, Hamilton l’a renvoyé, et on a mis un mannequin à la place…

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(les photos émaillant l’article sont extraites de l’expo « Rêves de Monuments », un hommage à ces fabuleuses ruines, qui s’est déroulée à la Conciergerie de Paris en 2012-2013)

Voici donc les plus belles ruines néo-gothiques anglaises (à mon avis):

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La fausse ruine du Parc de Mow Cop, dans le Cheschire… Sublime au coucher de soleil…

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La grotte du Parc de Painshill, dans le Surrey, une merveille faite de plâtre, résine (un genre de résine) et fer grillagé…

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La ruine du Parc de Hawkstone, un magnifique point de vue fait pour encadrer le paysage… Le parc est au demeurant très beau à visiter, il y a même un faux pont (enfin, vrai car vous pouvez l’emprunter) semblant avoir été fait au Moyen-Age avec des troncs d’arbre, enjambant une fausse rivière (c’est-à-dire, qui n’existe pas et n’a jamais existé…).

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Le petit Stonehenge de Ilton Park, dans le Yorkshire, mon préféré…

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La fausse ruine de château du Parc de Wimpole Hall, ne la dirait-on pas sortie du Moyen-Age ?

Et enfin, un château en ruine, qui déroge à la règle : c’est une folie néo-gothique, construite au XIXe siècle, mais qui est aujourd’hui en ruine suite à la seconde guerre mondiale. Du coup, cette ruine correspond parfaitement aux ruines néo-gothiques de l’époque, une véritable ironie à l’anglaise… Nul doute que son proprio aurait adoré !

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J’ai donc nommé le Château de Lowther, avec des plantations merveilleuses…

Et pour finir, une fausse ruine magnifique, mais pas en Angleterre… En effet, cette mode a essaimé un peu partout en Europe, on en trouve en France mais aussi en Allemagne (le foyer du Romantisme) et en Autriche… Voici donc les fausses ruines romaines du Château de Schönbrunn à Vienne (sublime par ailleurs), qui allie néo-classicisme et folie romantique, un must !

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A noter également : le village de Portmeirion, qui est un fantasme à ciel ouvert ! Il s’agit d’un ensemble d’édifices construits entre 1925 et 1978 par l’architecte et milliardaire excentrique, Sir Clough Williams-Ellis, qui s’y connaissait en faux-vrais machins. Il voulait en toute modestie, reconstruire un petit paradis italien au Pays de Galles (c’était raté pour le soleil).  La ville est donc charmante, méditerranéenne, et installée au milieu du Royaume-Uni, je vous conseille d’aller y faire un tour si vous pouvez, c’est absolument charmant ! (si vous avez le soleil). Bon, ce n’est pas une ruine, mais cela me paraissait intéressant de relever que ce village est sorti de l’imagination d’un seul homme. Pour info, toute la série Le Prisonnier y a été tournée.

Voilà, si le sujet vous intéresse plus, tapez « fausses ruines romantiques « ou bien « fabrique de jardins » dans googland, vous allez trouver des merveilles!

Belle journée !

Carcassonne, Moyen-Age, Pompiers, Orientalisme et Curiosités

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Connaissez-vous Carcassonne ? Vous avez sûrement déjà entendu parler de cette très belle cité médiévale, blindée de monde en été, regorgeant d’attrape-touristes, déserte ou quasi en hiver, entièrement pavée, où les restos servent tous du cassoulet et où devait avoir lieu une convention Game of Thrones… Bon, eh bien, j’y suis allé. En hiver, du coup, c’est quasiment désert, il y avait juste quelques esseulés comme nous, qui profite du beau soleil hivernal pour visiter des villes qui sont invivables en été (parce que trop de monde, trop de mômes qui braillent, etc.). En fait, avant de nous aventurer dans la cité médiévale, nous sommes restés en ville car s’y trouve le musée des Beaux-Arts, qui présentait alors une expo sur les dessins anatomiques et les gravures de Jacques Gamelin (on va encore croire que je suis bizarre, mais non non, l’anatomie pour moi c’est hyper important en tant qu’artiste, et même en tant que femme, d’ailleurs ça conditionne tellement que le premier truc que je regarde chez un homme, c’est son ossature, c’est dire ! Hum, bref, on s’égare.).

Donc, Carcassonne, et d’abord ce musée. Il est plutôt pas mal, je conseille toujours les musées des Beaux-Arts de « province » (terme que je déteste, ça fait tellement hyper parisien snob). Il est très riche en œuvres du XIXe siècle, et donc, en terme de pompier et d’orientaliste, on est servi ! Quelques exemples :

Les Orientalistes

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Jules Salles, Il fratellino, 1876

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Edouard-Bernard Debat-Ponsant, La fille de Jephte, 1876

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Charles Camille Chazal, Jeunes filles au bord de la mer, 1876

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Benjamin Constant, les Cherifas

Les Pompiers

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Louis Courtat, Le Printemps, 1878

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Léopold Burthe, Sapho jouant de la lyre, 1852

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Henri Lehmann, Le pêcheur et la nymphe, 1837

Les Portraits de famille (ah, la famille du XIXe, la religion, les bons enfants, le royal père et la dévouée maman, tout un programme)

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Jean Jalabert, Autoportrait en famille, 1858

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Henry D’Estienne, Portrait de grand-mère, 1899

Un peu d’histoire…

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Jean-Paul Laurens, Les emmurés de Carcassonne, XIXe siècle

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Evariste-Vital Luminais, Le dernier des mérovingiens, 1884

Et quelques étrangetés, que j’adore !

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Zoé-Laure Delaune, L’option, 1876

(le cartel dit précisément : « Zoé-Laure DELAUNE épouse de Châtillon, 1826 – 1908 », plus le fait que ce tableau soit un don de 1876)

Alors vous avez remarqué : c’est une femme. Peintre. Du XIXe siècle. Qui ne peint pas ce que les femmes peignent ordinairement à l’époque : des petites fleurs, des animaux, de l’intime, etc. Non. Zoé s’attaque au sujet d’histoire. Elle fait partie des peintres classiques, en terme de sujet et de technique. On aime ou pas hein, je trouve ça un peu mièvre, mais enfin, je trouve que la petite histoire de Zoé méritait d’être citée, puisque la dame est citée comme exposant au Salon à partir de 1851 jusqu’en 1887, elle a reçu de nombreuses commandes de la part de Napoléon III, fait partie des toutes premières adhérentes à l’Union des femmes peintres et sculpteurs fondée en 1881, expose ensuite au salon des femmes artistes, et enfin est membre de la délégation de femmes françaises artistes présentées à l’Exposition universelle de 1893  de Chicago, regroupées dans le Woman’s Building. Chapeau bas quand même !

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Une autre curiosité pour moi : Marco Benefial, Repos de la sainte famille pendant la fuite en Égypte, 1750

Il faut savoir que la figure de la Maria Lactans (Vierge allaitante) est très rare en dehors du Moyen-Age et de la Renaissance. En effet, cette figure donna lieu à un culte immodéré pour le lait de la Vierge, et donc, ses seins nus, phénomène que l’Église finit par juger indécent et donc, interdit. Et là, on est en 1750, au XVIIIe siècle donc, autant dire que cette figure est une curiosité, car cela faisait belle lurette que l’on ne découvrait plus les seins de Marie !

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Hippolyte-Dominique Berteaux, La jeune pastoure, 1884

Curieux ce tableau. Une sorte de post-romantisme gothique teinté de pompier, assez fascinant en vrai je dois dire. (Le tableau est plus sombre, plus contrasté, là je l’ai un peu éclaircit pour voir plus de détails)

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Henri Jean-Guillaume Martin, Paolo et Francesca aux Enfers, 1883

Ceux qui adorent Dante et les romantiques sauront pourquoi j’adore ce tableau.

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Henri Jean-Guillaume Martin, La douleur

Fantomatique…

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Henri Jean-Guillaume Martin, Autoportrait en St Jean-Baptiste, 1883

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François-Alfred Delobbe, Joueur de flûte champêtre, 1874

Un petit joueur de flûte assez étrange, un peu « faunesque »

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Edmond François Aman-Jean, St Julien l’hospitalier, 1882

Très étrange ce tableau, une manière de faire assez contemporaine je trouve, en avance sur son temps… Et il est immense en plus !

Quelques toiles antérieures au XIXe siècle

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Paul Moreelse, Mme Van Shurman, Renaissance

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Michiel Janzsoon Mierevelt, Portrait d’homme, Renaissance

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Michiel Janzsoon Mierevelt, Portrait de femme, Renaissance

Il s’agit d’un diptyque, les tableaux font partie d’un butin des nazis pendant la deuxième guerre mondiale, des recherches sont faites, ils vont être rendus aux héritiers de leurs propriétaires légitimes.

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Ecole Romaine, La Paix, milieu XVIIe siècle

adélaïde labille-guiard portrait de femme

Adélaïde Labille-Guiard, Portrait de femme (encore une femme artiste, ouaaaaiiiissss !)

Les Modernes et les Contemporains

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Niki, bien sûr.

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Lilly Steiner, Les arums dans l’atelier, années 50

Encore une femme. Je ne suis pas fan, pour moi c’est juste un bouquet de fleurs (et on sait, les fleurs sont le domaine privilégié des artistes féminines, hum, ironie hein) peint dans le style moderne. Rien de bien folichon.

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Le seul tableau hyperréaliste, un genre sous représenté dans les musées français : François Bricq, Sea hunter, années 80

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Cécile Reims, Accomplissement, 1986

Enfin, l’expo Gamelin, avec ces superbes gravures !

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Ensuite, la ville de Carcassonne, que j’ai shootée en noir et blanc, parce que la cité y pousse un peu, comme toutes les cités médiévales, elles ont l’air d’être là, posées, sereines, encore debout pour des siècles…

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Quelques infos pratiques : on ne monte pas en voiture dans la cité médiévale. Arrivez donc tôt et garez-vous sur les parkings gratuits aux abords des remparts (qui vont bientôt tous être payants). Ensuite, si vous voulez manger au resto, sachez que si vous êtes vegan ou veggie, ça va être compliqué. Parce que le plat national là-bas, c’est le cassoulet, avec canard et saucisses. Nous, on en a mangé, chez Dame Carcass (j’avoue, le nom était tentant). C’était bon, mais sans plus, voilà.

Ensuite un conseil, là, juste entre amis : si vous tombez sur un mec qui fait du racolage pour le Musée de l’Inquisition et de la Torture, passez votre chemin. Bon, nous, on s’est fait avoir. C’est hyper cher (30 euros à trois), ça casse pas des briques (essayez de démêler le vrai du fake, un peu compliqué, car il faut bien le dire, beaucoup d’instruments de torture médiévaux n’ont pas survécus, donc, on en trouve très très peu, et certains avaient ici l’air bien fake, notamment en terme de soudure, on y trouve même des vis cruciformes), la mise en scène est un peu risible (surtout la bande-son et les mannequins)… Le bâtiment restauré est très beau ceci dit. Clairement, ça vaut pas le coup, une arnaque exemplaire.

Et j’ai fait quelques emplettes à la boutique du musée :

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Le livre sur l’expo Gamelin bien sûr, une mine d’or !

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THE livre sur Marie-Madeleine, du Moyen-Age à aujourd’hui (ci-dessus, par Ernest Pignon-Ernest, un artiste extraordinaire et un homme d’une douceur et d’une gentillesse à toute épreuve, oui, j’ai eu la très grande chance de le rencontrer)

Et un livre sur les femmes peintres au XIXe siècle,très intéressant. Il y en avait un autre que je voulait à tout prix, sur les femmes artistes en général, mais bien sûr, il ne restait plus que l’exemplaire de présentation, et la demoiselle n’avait pas le droit de le vendre…

Précision : la boutique du musée contient beaucoup de livres très intéressants, mais attention, ils ne prennent pas la carte bleue, pensez à vous munir d’espèces !

Belle journée !

Une toile, pas à pas…

Conformément à ce que j’avais promis, voici donc pas à pas, l’élaboration d’une toile. Je dis toile, et non peinture, car j’utilise une technique mixte mêlant peinture et dessin.

Donc, tout commence par un idée. Forcément, ça paraît simple, mais cela ne l’est pas forcément. Une idée, ça s’affine, donc, cela demande un peu de temps pour mûrir et faire des croquis. Évidemment, c’est juste ma technique à moi, il y a des tas d’autres artistes qui préfèrent créer dans l’immédiat et l’urgence, cela dépend de votre « karma ».

Donc, quelques croquis avant la toile, histoire de bien mettre en place mon sujet. Je choisis la composition, les couleurs, les symboles. Cela peut évoluer en cours de route bien sûr.

Ensuite, je prépare la toile. Je choisis des châssis en bois épais, car je colle du papier dessus, donc, plus le châssis est épais, moins il se déforme sous l’effet de rétractation du papier et de la colle. J’utilise du papier recyclé, pas réellement blanc, plutôt beige, à la fois résistant et malléable. La colle, c’est de la colle à bois, étalée au pinceau (de préférence, utilisez toujours le même pinceau pour ce type d’action, car même après lavage, il va avoir tendance à se durcir), c’est la meilleure pour ce type de collage, ultra-résistante même après des années et des différences extrêmes de température.

Maintenant, dessin. Je pose grosso modo les lignes du visage, notamment lorsqu’il doit être exactement au milieu de la toile. Sachez que je travaille souvent d’après photo, notamment pour les ombres ou l’effet à obtenir, même si au final, cela ne ressemblera pas à la photo. J’utilise des mines pour criterium,ici c’est du HB, mais plus gras c’est bien aussi, et je monte les noirs progressivement. Pour les retouches, comme les rehauts de blanc sur les lèvres, j’utilise une gomme mie de pain, ou pour les toutes petite zones, une gomme blanche que je taille au cutter. Je dessine également les contours de tous les autres éléments.

Ensuite, opération peinture. Je commence toujours par le doré. Ici, j’ai utilisé le l’acrylique doré de chez Sennelier, c’était la première fois, mais ce n’est pas ma préférée. Avant, j’utilisais la Studio Bronze, qui a l’avantage d’avoir deux dorés différents, de la marque Géant des Beaux-Arts. Elle est mieux je trouve, au niveau consistance : plus épaisse que la Sennelier, elle ne retient cependant pas les coups de pinceau, alors que l’autre, plus fluide, les retient plus. De plus, il m’a fallu quatre couches pour obtenir l’effet souhaité, là où deux suffisent avec la Studio Bronze (ce qui est une économie).

Un exemple avec la doré Studio Bronze :

(ici, c’était le doré ancien, que je préfère de loin au doré traditionnel, il est plus chaud, plus dense)

En revanche, pour le rose, la Sennelier est top : très épaisse et hyper couvrante, j’ai fait deux couches par acquis de conscience mais une était suffisante.

Une fois tout cela bien sec (la Sennelier sèche très très vite), je passe au dernier élément, le phylactère et la calligraphie. Le tout est réalisé au feutre noir Molotow, les meilleurs feutres acryliques du marché  : hyper couvrant, séchant vite, et ne filant pas dans les fibres du papier, une pure merveille ! Pour les modèles de phylactères médiévaux, pinterest est votre meilleur ami.

Et enfin, la calligraphie. J’utilise avant tout des polices gothiques, donc, j’ai plein de références en ce domaine, que je scanne et imprime dans différentes tailles. Je les décalque à la taille voulu en formant les phrases, et j’applique sur la toile. Elles sont ensuite « coloriées » avec le même feutre Molotow.

Ici, la toile n’est pas vernie. Mais normalement, elles sont toutes vernies (sur la peinture uniquement, le crayon est fixé avec du fixatif, trois à quatre couches, avant de commencer la peinture.), avec un vernis Lascaux, qui convient aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, résistant aux différences de température extrêmes ainsi qu’au gel. Je le dilue à 50% avec de l’eau, ça s’étale beaucoup mieux, et je passe 3 à 4 couches. Vous pouvez augmenter ou diminuer le nombre de couches de vernis, cela dépend du rendu que vous voulez obtenir (plus ou moins brillant, sachez qu’il existe également des vernis mat). Comme avec la colle à bois, utilisez toujours le même pinceau, car il va durcir au fil du temps, même après lavage. Utilisez de préférence une brosse qui ne laissera pas de traces de poils, et faites un test avant sur quelque chose si c’est la première fois que vous l’utilisez. J’ai eu une sacré surprise avec un pinceau en poils de chèvre, soi-disant spécial vernis. Tu parles, dés le premier passage en plein hiver,, il a perdu ses poils comme si c’était déjà le printemps ! Donc, testez d’abord.

Et voilà ! La toile se nomme « Welcome on social media », mesure 50 x 50 cm. Je signe toujours au recto, avec la date, ainsi qu’au verso, où j’écris ma signature, la date et le titre directement sur la toile. C’est une question de sécurité en cas de vol : une toile, ça s’enlève d’un châssis, donc ne signez jamais sur le bois.

Belle journée !

Le Musée Fayet, une belle découverte…

« Je retiens votre promesse de venir me voir à Béziers. Voilà bien longtemps que nous n’avons pas parlé peinture, j’ai un tas de choses à vous montrer. D’abord, mon atelier est remanié. Dans un panneau, L’Homme à la Pipe étincelle au milieu des Moissons d’or. De l’autre côté, tous les Gauguin ; Cézanne au milieu de ses pommes et de ses fleurs… »

Gustave Fayet à George-Daniel de Monfreid, 2 novembre 1903.

Ce sont souvent dans les petits musées inconnus que l’on fait les plus belles découvertes… Ce fut le cas pour moi dans le Musée Fayet de Béziers. Celui-ci est une partie du musée des Beaux-Arts, réparti en deux endroits différents : Hôtel Fayet pour la partie ancienne des collections, et Hôtel Fabrégat pour la partie moderne des collections. Les deux sont actuellement fermés pour d’importantes restaurations, qui devraient redonner un peu de lustre aux deux lieux. Le deuxième était déjà fermé lorsque je m’y suis rendu, mais j’ai pu admirer l’intérieur de l’Hôtel Fayet, qui est vraiment très très beau (et plutôt bien conservé d’ailleurs)….

Figurez-vous que la demeure imposante ne fut pas, à la base, propriété des Fayet… Il appartenait au XVIIIe siècle au Baron de Villeraze-Castelnau, et s’appelait donc « Hôtel de Villeraze ». Tout aurait pu continuer ainsi gentiment, si M. le Baron n’avait eu la fâcheuse idée d’y assassiner le procureur du Roi en 1772. Oui, rien que ça, je ne vous raconte pas la une des gazettes mondaines de l’époque (enfin façon de parler, disons que beaucoup de ragots ont circulé dans les couloirs). Il fut gracié par Louis XVI, mais condamné au bannissement. Il partit donc de Béziers, il lui arriva des tas de choses, et il revint à la fin du Second Empire, mais ne se réinstalla pas à l’Hôtel (histoire que cela ne lui porte pas la poisse, on sait jamais). Il le loua donc, et plus tard, le vendit à la famille Fusier. Par le biais de la jolie Élise, celle-ci s’allia à la famille Fayet, et voilà comment l’Hôtel Fayet naquit…

(Charles Copeyl, portrait présumé de Charles de Rohan, XVIIIe)

La famille Fayet est issue de la nouvelle grande bourgeoisie, enrichie grâce au négoce du vin (oui, Béziers fut le centre de la France en terme de vins il y a longtemps). L’un des fils d’Élise, Gustave, devint un très grand collectionneur d’art moderne, et sa très riche collection est aujourd’hui répartie entre Orsay, l’Ermitage, le Metropolitan de NY, la National Gallery de Washington, etc.

Il doit sa passion à son père et son grand-père, tous deux peintres paysagistes. Il devint lui-même artiste multi-médium, connue notamment pour ses tapisseries symbolistes.

(Donatien Nonotte, 1750, portrait de la vicomtesse suédoise Brita Christina Tornflyckt)

Cet homme était un fou d’art. Comme beaucoup d’héritiers grand-bourgeois, il aurait pu se contenter de vivre de ses rentes, comme tout le monde dans son milieu, et il aurait fini sa vie gros, gras, sentant le cigare, coiffé d’un haut-de-forme plus grand que lui, impotent, porté sur les cocottes, et sans doute atteint de la goutte et d’une maladie du foie. Mais non, pas du tout. Il se marie à Madeline d’Andoque de Sériège, excusez du peu, et hérite bien sûr des propriétés viticoles du père de celle-ci, ce qui enrichit considérablement le cheptel. Fort de cette nouvelle richesse, il achète pour 20 000 francs de tableaux, Degas, Pissaro, Renoir… Et 20 000 francs de l’époque, ça fait beaucoup !

(Dominicus Smout, (1671- 1733), Vanité, huile)

(et mesdames et messieurs les conservateurs, ceci est un message national : quand on accroche un diptyque, on l’accroche toujours de manière à ce que sa lecture se fasse de gauche à droite, comme un livre européen… Or là, l’ordre était inversé, mais je vous les présente dans le bon ordre…)

En 1900, le voilà Conservateur du Musée des Beaux-Arts de la ville, qui voit une grande exposition s’y tenir en 1901. Pour l’occasion, c’est le grand déballage : Rodin, Maurice Denis, Lautrec… Il y a même un Picasso, et il est à noté que la première grande expo du monsieur, avant celle d’Ambroise Vollard…

Mais l’artiste favori de Gustave fut Gauguin, avec qui il entretint une correspondance très riche du vivant de l’artiste. Il possèda jusqu’à 70 œuvres, tous types confondus.

Malheureusement, les modernes ne sont pas du goût de tout le monde, et son enthousiasme ne rejaillit guère sur le Municipalité et le public bitterrois… Déçu, il part s’installer à Paris, et l’essentiel de sa collection le suit en 1905, laissant l’Hôtel endormi… Ce n’est qu’en 1966 qu’il renaitra en se transformant en Musée, suite à la donation de la famille à la Municipalité…

Il est à noter que de nombreuses œuvres dorment dans les salles fermées au public, ce qui est fortement dommage pour lui ! Et je crois aussi que curieusement, le bâtiment n’est pas classé, ce qui est fortement regrettable, vu la qualité des intérieurs préservés et de l’histoire du bâtiment !

(beaucoup de belles sculptures classiques, je n’ai pris en photo tous les cartels, d’autant que certains étaient absents)

(au rez-de-chaussée, des sculptures d’Injalbert, artiste local de la Belle Epoque)

(un fond du XVIIIe siècle qui va être donné au Musée afin d’enrichir le mobilier déjà présent, très très beaux objets d’art…)

(belle collection de verrerie Art Déco)

Et le clou, ma curiosité préférée :

Un tableau parfaitement insolite : si le sujet des faunes et de Pan est récurrent au XVIIIe siècle, dont date vraisemblablement ce tableau si j’en crois la facture (mais pas de cartel et on n’a pas pu me renseigner…Grrrr), en revanche, il est insolite d’y croiser des femmes-faunes, et encore moins en train d’allaiter ! Donc, profitez-en, c’est une pure curiosité !

Belle journée (prochain article dimanche, on parlera de mon travail et de comment je le fais, ensuite je vous embarquerai pour Carcassonne, où je parlerai de Marie-Madeleine) !

 

Une Histoire de Poils…

(la célèbre femme à barbe Clémentine Delait)

Aujourd’hui, parlons bien, parlons poils. Oui, nos poils à nous, les filles. C’est un problème depuis la nuit des temps (enfin, bon, pas aussi loin, mais presque), et encore plus aujourd’hui.

Soyons honnête : l’homo sapiens, et encore avant, n’en a rien à fiche de ses poils. Donc, il ne s’épile pas (il a d’autres préoccupations hyper plus importantes). On va passer sur tout un pan de l’histoire occidentale, et on s’arrête chez les romains.

Les romains s’épilent (ok, c’est pas un scoop). Et quand on dit « les romains », c’est en réalité « les romaines ET les romains ». Oui, les mecs s’épilent aussi. Un romain, c’est pas hirsute. Les grecs, pareil. Les égyptiens, pareil. A l’époque, l’épilation, c’est une marque de distinction : t’es épilé, t’es pas couvert de poils hirsutes, donc tu es civilisé, tu n’es pas un barbare, assimilé à un animal (donc poilu). Je résume, mais anthropologiquement parlant, c’est ça. Un peuple composé d’humains propageant une idée de supériorité sur les autres s’épile forcément. En gros, le poil, c’est ce qui sépare l’humain de l’animal, la civilisation de la barbarie. Évidemment, c’est en partie inconscient, mais à partir du moment où l’homo sapiens sapiens  se rend compte qu’il est plus intelligent que l’animal (ou du moins, qu’il se croit supérieur à lui), il cherche à s’en démarquer, d’où la nécessité d’enlever, d’éradiquer, ce qui relie l’homme à l’animal, donc, épilation obligatoire.

Alors, on va vous dire : les gaulois ne s’épilaient pas, les vikings non plus, les goths et les celtes non plus. Alors, pour les trois derniers je ne suis pas sûre, mais les gaulois ont commencé à s’épiler avec l’arrivée des romains. C’est une forme d’intégration, et d’assimilation malheureusement. Les romains arrivent (une fois les terres conquises), épilés, cheveux courts (pour les hommes), sans barbes, maquillés, parfumés (pour les riches), ils ont donc une force d’attraction : ils sont vainqueurs, donc, on va les imiter pour être comme eux, hyper forts. C’est caricatural, mais l’inconscient humain fonctionne comme ça en partie : si quelque chose est fort, plus fort que lui, a une force d’attraction, est connu, riche, etc, alors en l’imitant, l’esprit (et le corps humain) s’attache une partie de cette force. C’est en partie à cause de cette réflexion que certaines tribus mangeaient des organes appartenant à l’ennemi tué, afin de s’approprier son courage, idem pour les animaux tués. Et si on analyse bien, l’humain fonctionne toujours ainsi : c’est grâce à ça que les tendances peuvent être lancées par des célébrités, célébrités sur lesquelles le public projette ses propres fantasmes corporels.

(L’Origine du Monde, un sexe de prostituée épilée juste ce qu’il faut)

Bref. Sautons quelques siècles. Au XIXe siècle, en France, les bourgeoises, les nobles s’épilent. Les prostituées aussi. Les femmes du peuple ont autre chose à faire à mon avis, celles qui travaillent notamment dans les champs. Les femmes s’épilent. Les hommes non : on est passé depuis belle lurette du statut « homme épilé, homme civilisé » au statut « homme velu, homme viril ». Pratique. Désormais, seules les femmes vont souffrir en enlevant la moquette.

(Frida et ses poils)

Bien sûr, ça continue au XXe siècle. Le marché de la beauté est florissant, et on n’arrête pas le progrès en terme de « dépoilage » intensif : on invente même des motifs de pubis (un camélia Chanel peut-être au-dessus de votre string ?), des crèmes anti-repousse (arnaque total), etc. Et tout ceci est en réalité lié à la fonction vitale de l’humain 2.0 : il se croit le maître du monde, et d’une certaine façon, il l’est. Donc, femme épilée, femme civilisée. On met de côté les sportifs, qui, eux, s’épilent pour de « bonnes » raisons.

Et aujourd’hui, au XXIe siècle ? Ben, on s’épile toujours (femmes et de plus en plus d’hommes). Sauf qu’un mouvement se fait jour : #bodyhairdontcare. Retour à la nature, bio, végan, naturel, pas épilée, culte de l’enracinement culturel, retour des »sorcières »… Tout ceci procède du même inconscient collectif : le nomadisme.

Aujourd’hui, l’homme sait que le monde va mal, la planète va mal. Crises financières et économiques, famine, guerres, terrorisme, mondialisation, empoisonnement de la terre, scandales alimentaires, maladies… Il voit ça tous les jours. Or, dans ce type de contexte, l’humain a fortement tendance à se retourner vers des bases solides, le passé, ou du moins le passé revisité, fantasmé, et en tout cas, ce qui lui parait solide, inaltérable. D’où notamment le retour à la nature, aux valeurs. L’arrivée du hipster. Le grand retour des racines culturelles dont on est fiers. Le bio. Les sorcières occupées à préparer tout un tas de trucs avec plantes, huiles et cristaux. Le vintage. Etc. Donc, retour des poils.

Cela pourrait être anodin si nous n’étions pas dans la génération 2.0. C’est là que ça se corse : nomadisme. Bienvenue dans le monde merveilleux des années 2017, où on veut être ailleurs mais comme chez soi, où on veut être paumé mais avec le wifi, où on veut être libre mais attaché à ses racines, où on est amoureux mais sans attaches, où on veut être avec plein de monde mais quand même dans sa bulle. Le monde 2.0 a donner naissance à ça : l’humain hybride, foncièrement narcissique, à l’esprit tellement libre qu’il ne connaît pratiquement aucune attache, et qui possède cette extraordinaire faculté à sauter du coq à l’âne et à brûler aujourd’hui ce qu’il adorait hier. En clair : un humain à l’esprit dangereusement instable, nomade, donc. Les optimistes diront : bah, les générations futures feront preuve d’une redoutable capacité d’adaptation. Sauf que non, en fait, cela paraît impossible. Car si l’être humain actuel s’adapte remarquablement bien, il ne le fait qu’avec ce que la société lui propose, il a du mal à se séparer de son confort, du confort illusoire que lui procure notamment ce monde 2.0. L’être humain ne s’adapte à des situations extrêmes et compliqués que lorsqu’il y est obligé, très rarement de son plein gré et dans ce dernier cas, c’est parce qu’il aura choisi un changement qui ne peut que lui apporter du bien.

(la fameuse Femme à Barbe de Ribeira)

Bref, je m’égare, revenons aux poils. Ce nomadisme donc, ramenant l’humain proche de la nature, va de pair bien sûr, avec cette grande vague du #bodyhairdontcare.

Et là, je vais vous parler de MES poils. Sujet hautement important n’est-il pas ? (humour). Je m’épile depuis la troisième (si vous comptez bien et que vous vous doutez de mon âge, ça fait donc… Longtemps), à la cire, en institut. Tu douilles. Franchement. Ma mère ne connaît pas sa chance, elle qui est pratiquement sans poil au naturel, et encore, hyper bien ciblés. Moi, j’ai hérité du gène poilu de mon père, une véritable arnaque à la naissance. Encore s’ils étaient ciblés. Mais non. Quand je dis « épilation des jambes », c’est TOUTE la jambe, cuisses comprises, voyez ??? Et encore, j’ai vu pire que moi, notamment des femmes obligées de s’épiler les joues tellement ça se voit trop. C’est là que le fabuleux #bodyhairdontcare perd tout son sens pour moi. Si vous tapez ce hashtag dans instagram, vous allez trouver bien sûr des tas de dessins à la gloire du poil (c’est assez poilant la plupart du temps… Désolé, il fallait que je la fasse), et aussi des photos. Sauf que j’ai remarqué un truc : les femmes montrant leurs poils le font toujours de manière ultra-ciblée. La star des poils ici, c’est l’aisselle. De la très poilue à la petite repousse d’un mois, tout le monde y va de son dessous de bras. Bon, encore, les aisselles poilues, je pourrait gérer (sauf que je transpire pas mal et que même avec un déo, les poils, dans ce cas-là, ça peut devenir… Disons, envahissant, surtout pour les autres). On voit quelques gambettes aussi. Je ne les trouve pas très poilues honnêtement, pas de vrais gorilles en vue. Un peu déçue. Et alors, quand on parle du maillot, là, c’est un peu le désert : très très peu de slips ou strings avec des poils qui débordent de partout. Les autres endroits, on n’en parle même pas. C’est là que ça me gêne : c’est comme ci on voulait bien des poils, mais hyper ciblés, pas partout partout. Parce que, franchement, qui a envie de se promener avec des poils foncés sur les joues, un genre d’intermédiaire entre la barbe et le duvet, franchement agaçant (une vraie barbe de femme, là, vous pouvez l’assumer. Ou pas) ? Honnêtement, hein ? Ou le dos, alors, voilà, une femme avec un dos velu, vous en avez déjà vu ? Moi, oui, à l’institut, parce que la femme ne pouvait pas aller à la plage comme ça, et je la comprends. Donc, si on accepte les poils, on devrait TOUS les accepter. Mais c’est loin d’être le cas en fait (à quelques exceptions près quand même).

Pourquoi je me suis épilée ? Alors, d’abord, parce qu’ils étaient ultra-foncés et ultra-longs (des petites tresses auraient été hyper esthétiques, mais c’était pas à la mode, huhuhu). Donc, après des années en institut, là, ils sont normaux : pas épais, pas trop trop foncés, gérables quoi. Ensuite, à partir de ma première année de Beaux-Arts, j’ai commencé à me faire de l’argent de poche en posant nue comme modèle pour des ateliers privés ou des cours. Et là, ben t’es obligé de t’épiler. Je réagis ici en tant qu’artiste : le cours de modèle vivant, c’est fait à la base pour que les élèves maîtrisent l’anatomie. Et les poils, ça cache les ombres, et les muscles. On comprend beaucoup mieux l’attache de l’aisselle si elle n’est pas poilue. Donc, j’ai continué de m’épiler.

Et aujourd’hui ? Cela fait quatre mois que je n’ai pas touché à mes poils. Et je vais retourner à l’institut. Eh oui. Pourquoi me direz-vous ? Eh bien, parce que, non, il n’y a rien à faire, je refuse l’animal qui est en moi, ou du moins, je le domestique. Je n’essaie pas franchement de correspondre à un canon esthétique, dont je me fiche éperdument, mais je suis parfaitement consciente qu’en m’épilant, j’affirme ma domination d’être humain sur la nature animale de l’être humain (l’épilation c’est ça aujourd’hui, sous couvert de statut esthétique, c’est juste une domination de l’animal par l’humain). Et ça me convient très bien. En plus, j’assume pas du tout le regard des autres en ce qui concerne mes poils. Autant je peux être très excentrique en terme de mode, autant les poils, pas du tout.

Je pense qu’aujourd’hui, le mouvement de libération des poils, s’il peut être revendiqué comme féministe, va plus loin que cette simple revendication. L’ensauvagement de l’humain est de plus en plus présent : nomadisme, violence, suprématie de l’instinct sur la raison, réaction démesurée face une situation somme toute banale ou anodine… L’être humain est en train de redevenir sauvage (au sens « animal instinctif »). Sachant que ce phénomène ne peut que s’accentuer, il fait peur dans la mesure où l’homme risque de devenir un animal surarmé et suréquipé en technologie.

(Portrait d’Antonietta Gonsalvue, 16e siècle)

Donc, pour moi, l’épilation, c’est l’affirmation de ma raison sur mon instinct. Tant que je respirerai et que je ne vivrais pas dans une nation m’obligeant à mettre en premier lieu mon instinct de survie plutôt que ma raison, je continuerai de faire valoir la raison sur l’instinct. Et d’ailleurs, on remarque que même dans les favelas mexicaines, les femmes, même sans un sous, continuent de s’épiler. De ce fait, elle revendiquent leur dignité de femme contre tout ce qui leur manque, parce qu’il leur manque beaucoup de choses. La même chose s’est produite dans les camps de concentration de la seconde guerre mondiale : les prisonniers gardant le désir de vivre et de s’en sortir continuaient de se laver, de se raser, parce que c’était la seule et unique chose les rattachant encore à l’humain (relisez Primo Levi). La dignité de l’homme, dans ces cas-là, passe par ses poils enlevés, parce que c’est encore la seule chose qu’il peut faire contre l’animalité qui l’entoure. Même si l’épilation est pour beaucoup de gens un canon esthétique, elle ne l’est pas pour moi, je le vois d’une autre manière. Chaque femme est libre de ces opinions, donc, chaque femme fait ce qu’elle veut de ses poils. Mais avant de choisir l’une ou l’autre décision, comprenez pourquoi vous le faites. Parce que le féminisme est aujourd’hui devenu une tendance (société de consommation bonjour, récupération de toutes les contre-cultures possibles), les poils le sont également. Je trouve cela gênant.

(Marie-Madeleine poilue, un rappel de son « épisode sauvage »)

Quelques pistes théoriques si le cœur vous en dit :

Charles Melmann, L’Homme sans gravité (psy)

Gilles Lipovetsky, La Troisième Femme (socio) (plus tous ces autres livres)

Michel Maffesoli, Iconologies (socio)

Ce dernier est décrié ces temps-ci, donc, c’est vous qui voyez, mais franchement, je ne comprends pas pourquoi son concept de « nomadisme » fait bondir ses collègues sociologues, vu que c’est vrai, et qu’on est en plein dedans (faut être une taupe pour ne pas s’en rendre compte). Je crois que le crime du Monsieur, c’est de mettre la sociologie à portée de tous.

Belle journée !

 

Histoires macabres : Eléonore de Tolède

(Éléonore de Tolède, École de Bronzino, XVIe siècle)

En l’an de grâce 1522, en Espagne, dans la province de Salamanque, naquit une fort jolie petite fille, prénommée Éléonore. Si la dite petite fille avait vécue une vie paysanne sous le beau et chaud soleil d’Espagne, notre histoire s’arrêterait là. Mais Éléonore n’est pas une petite fille comme les autres. Son père n’est autre que le vice-roi de Naples, et sa mère est marquise. Elle se prénomme donc « Éléonore Álvarez de Tolède et Pimentel-Osorio ». Ce qui n’est pas rien. La petite fille grandit et devient une belle jeune fille au front grave, à l’œil rond et au visage pur. Bien sûr, elle ne peut choisir son époux, on va la marier à un jeune homme dont on se fiche du physique du moment qu’il possède un titre ou des terres ou des richesses, voire les trois à la fois, ça serait le top. Bon, Éléonore espère quand même au fond d’elle-même, comme toute jeune fille à peine sortie de l’enfance, que son prince charmant sera beau, grand et fort, et qu’il l’emmènera dans un beau château blanc où elle coulera des jours paisibles à ne rien faire, enfin, à part quelques enfants, à déprimer et à manger des gâteaux au miel et aux amandes jusqu’à ce que sa beauté soit gâtée par ses mêmes excès et qu’elle finisse par mourir vieille, décatie, obèse, et confite en religion. Je caricature un brin, mais en gros, c’était un peu ce que l’on attendait des femmes à l’époque. Sauf que Éléonore aura un destin tragique, macabre, bien éloigné de cette vie promise (vous sentez le suspense qui monte là ?).

En 1539 donc, on la marie. Ô joie, ô désespoir. Le mari parfait est Cosme de Médicis (le premier, duc de Florence et à l’époque futur grand-duc de Toscane). Il a de l’avenir, il a un titre et il est riche (quand même, c’est un Médicis). Et en prime il est beau (costaud, barbu, le top de l’époque quoi, sauf qu’il a une petite coquetterie dans l’œil mais on lui pardonne…). Si elle ne l’a pas choisi, lui en revanche, il sait ce qu’il fait : il veut renforcer son image politique, et donc, il convient d’épouser une jeune femme qui lui apporte ce soutien politique dont il a besoin. Ce qui tombe bien, puisque Éléonore, ultra super riche et fille du vice-roi de Naples, qui sert donc l’Empereur Charles Quint, est la candidate idéale, vu que celui-ci veut s’allier aux Médicis plus ou moins contre les espagnols maintenus en Toscane. Bon, c’est un peu compliqué tout ça, mais en gros, Éléonore, c’est un parti de choix. En plus, elle est très belle, ce qui ne gâche rien. C’est tout bénéf pour Cosme. Le mariage se fait donc. Et l’angoisse commence.

(Cosme de Médicis, Bronzino, 1560)

Éléonore s’ennuie ferme, de Palazzo Vecchio en Palazzo Pitti, elle traîne sa beauté et son humeur égale et apaisante. Cette humeur lui sert pas mal dans la vie de tous les jours : elle a visiblement un caractère lui permettant de calmer l’impétuosité et les sautes d’humeur de son mari (oui, il est lunatique, il est introverti, il pique des colères, le contraire du prince charmant quoi). De plus, elle finit par occuper son temps par du mécénat. Elle adore les arts et soutient farouchement les maniéristes comme Bronzino, qui fera son portrait plusieurs fois, des portraits glaçants sur lesquels nous reviendrons. Ah, et puis elle fait des enfants, ben oui. En tout, 9 enfants sortiront de la couche nuptiale. 9. Déjà pour moi deux c’est le summum (et encore, je n’en veux pas), alors 9… Bon, on peut donc se dire qu’il y avait quelque chose entre Éléonore et Cosme, une forme d’amour qui a pu naître au fil du temps, comme c’est beau. Mais tout n’est pas rose au pays des licornes : sur les 9 enfants, seuls 6 vont vivre (ce qui n’est déjà pas mal) : François (futur grand-père de Louis XIII), Isabelle (qui épousera un Orsini), Jean (qui deviendra cardinal), Lucrèce (qui épousera un D’Este), Ferdinand (futur grand-duc de Toscane), et Pierre (qui se mariera avec sa cousine…). Les autres meurent enfants : la première et la septième de la malaria, et le sixième, mystère, on sait qu’il est mort mais on ne sait pas de quoi.

(Éléonore de Tolède, Bronzino, 1543)

Voici le portrait le plus célèbre de Bronzino, il s’agit donc de Éléonore et d’un de ses fils. Le tableau date de 1545, et on s’extasie tous devant cette robe absolument superbe, typique de la mode espagnole de l’époque (Éléonore est fidèle à ses racines)…

En 1545, Éléonore accouche de Lucrèce. A ce moment, elle va sombrer dans une grave dépression, aggravée par les grossesses à répétition (elle aura encore 4 enfants, dont les deux premiers mourront), et par une maladie pulmonaire qui l’épuise progressivement.

Après les morts de deux autres enfants, elle va devenir petit à petit obsédée par l’idée de la mort. Elle exprimera même à Bronzino son souhait le plus cher: être peinte dans un cercueil. C’est-à-dire poser vivante, dans un cercueil, pour être représentée morte. Évidemment, la peinture ne se fera pas (shocking !!!). Dommage, cela aurait été grandiose ! Les médecins, en désespoir de cause, et attribuant sa dépression aux morts successives des bambins et à sa maladie, l’envoie à Pise, en espérant qu’elle guérisse. Ce qu’elle ne fera pas. Éléonore meurt à Pise, en 1562, à 40 ans. Le portrait ci-dessous illustre bien la déchéance physique qu’elle a due subir (visage, mâchoire, yeux, mouchoir)…

(Eléonore de Tolède, Alessandro Allori, 1560-1562)

L’histoire ne s’arrête pas là… Les tableaux de Bronzino sont très connus, et reconnus de par le monde. On les admire tout en leur reconnaissant ce trait typique du maniérisme : la beauté glacée et glaçante, hors du temps et inaccessible… Lors d’une exposition en 1962, André Chastel tombe en arrêt devant le fabuleux portrait d’Éléonore et de son fils. Il aura alors cette remarque :  » Cette robe a la somptuosité d’une parure mortuaire »…

Or, en 1982, les tombeaux des Médicis sont ouverts (histoire de voir si c’est pas des zombies, mais bon, en vrai, histoire de vérifier de quoi ils sont morts). On découvre le corps d’Éléonore, superbement embaumée (et un peu racorni tout de même)… Et qui porte cette somptueuse robe, exceptionnellement conservée vu son âge…

Rebelote en 2002 : Gino Fornaciari, professeur d’histoire de la médecine et de pathologie à l’université de Pise, obtient l’autorisation de rouvrir certains tombeaux des Médicis (décidément, ils ne dormiront pas en paix), dont celui d’Éléonore. Avec les techniques actuelles, on constate que la pauvre a vécue un calvaire : courbure des tibias (rachitisme étant enfant, pas rare du tout chez les enfants de grandes maisons, à cause du manque d’exposition à la lumière), fractures multiples des os du bassin (grossesses multiples entre 18 et 32 ans), vertèbres critiques (arthrite), grave affection dentaire (carence en calcium due aux grossesses à répétition)…. Oui, tout n’était décidément pas rose au pays des licornes… Bon, c’est rien à côté de Jeanne d’Autriche, dont a fait l’autopsie au même moment (prognathisme, ossification excessive de la voûte crânienne, malformation des couronnes dentaires, scolioses marquées, dislocation congénitale de la hanche, difformité du bassin, le tout occasionnant sa mort à 30 ans lors de son dernier accouchement).

En espérant ne pas vous avoir trop déprimé, mais j’aime les histoires de femmes, en général, elles sont très édifiantes…

P.S. : vous trouverez sur le net différents chiffres concernant les enfants d’Éléonore et Cosme, 9, 10 ou 11. Je me suis bornée aux 9 que je connaissais, mais peut-être qu’il y a eu aussi des enfants morts-nés.

Belle journée !

 

 

 

La Maison de l’Armateur, une décor spectaculaire et étrange…

Toutes mes excuses pour le temps d’attente, mais j’ai eu pas mal de travail (j’en ai encore, mais quand même, il faut faire vivre ce blog, et j’ai des tas de billets en attente ! Et ça, c’est pour vous donner envie de revenir…^^), donc, pas d’article la semaine dernière. Je vous retrouve aujourd’hui avec cet article sur un musée extraordinaire, situé à Rouen : la Maison de l’Armateur. Je n’étais pas très motivée à l’idée d’y aller : la reconstitution d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle me laissait de marbre, ce n’est pas vraiment ma période préférée, mais bon, c’était bête d’aller à Rouen et de ne pas faire TOUS les musées (voir mes articles précédents sur le Musée Flaubert et le Musée des Beaux-Arts…), donc, j’y suis allée. Je n’ai pas regretté ! En effet, rien que pour l’architecture, c’est extraordinaire ! Cet hôtel particulier est en effet construit selon une forme octogonale sur 5 étages avec un puits de lumière central, je n’avais jamais vu ça ! Un miracle qu’il ait été épargné par les bombardements…

Le premier architecte, en 1790 fut Paul-Michel Thibault, et son œuvre fut continuée par Pierre Adrien Pâris. La demeure est achetée en 1800 par un armateur, Martin-Pierre Foache, d’où le nom donné à la maison. Il en fit sa résidence d’hiver (modestement). La reconstitution tourne autour de différentes ambiances fin XVIIIe siècle et début XIXe siècle, tout cela très néo-classique.

Le Bureau de Monsieur

Un petit Salon (fan de ce tissu, imprimé à la planche…)

Le Boudoir de Mme

La salle à manger, hyper néo-classique style grec et camées…

D’autres pièces néo-classiques…

L’Atelier des modes…

Détails…

Et bien sûr, il y a un cabinet de curiosités (alléluia !)…

(le masque mortuaire de Napoléon, l’un des quelques exemplaires de son médecin personnel, celui-ci fut donné à M. Allègre, capitaine, en 1840, qui en fit ensuite don à la ville)

L’exposition temporaire était liée à des œuvres de la Maison Lignereux, créatrice d’objets d’art depuis 1787, donc, ça collait tout à fait à l’ambiance…

Belle journée !

Book Haul, spécial Noël !

(une page de carnet de croquis réalisée à partir d’un livre cité plus bas…)

Si vous suivez le blog depuis un petit moment, vous savez sans doute que moi et les livres, c’est une grande et profonde histoire d’amour (à côté, Titanic c’est de la gnognotte). C’est simple : je ne PEUX pas vivre sans livre, c’est impossible. Les livres, c’est la culture, la connaissance et l’évasion. Il est donc normal que ma famille (enfin, mes parents), connaissant ce goût immodéré pour le papier imprimé, m’offrent des livres à chaque occasion.

J’avais déjà fait un « book haul » lors de ma visite au Havre, où j’avais trouvé de fort jolies choses… Voici donc le « book haul » de Noël, car, même si j’ai eu peu de choses comparé d’autres personnes, mes parents m’ont offert de superbes livres !

Cabinet de Curiosités

Ma mère m’a offert l’album à colorier de Deyrolle, plus parce qu’elle sait que j’adore les planches naturalistes que pour le coloriage, qui m’indiffère complètement… Et elle ne s’est pas trompée : les planches sont superbes, un peu petites certes, mais tellement inspirantes ! Pour aller avec, elle m’a également offert deux copies de récipients médicinaux, que je collectionne, un très joli carnet (oui, je raffole aussi de la papeterie…).

Avec un bois de cerf provenant de mon propre cabinet de curiosités, qui n’en finit pas de s’agrandir…

Une carte postale avec de beaux papillons, un extrait de mon carnet de croquis actuel, et l’un de mes carnets façon « vieux cahier » (une de mes créations).

Pirates ! L’art du détournement culturel

Mon père m’a offert ce livre extraordinaire sur le détournement culturel en art plastique, qui colle tout à fait à mon sujet… C’est une mine d’or, il est très bien fait, en plus d’être riche en illustrations, une vraie source d’inspiration, avec de très bons textes, et des interviews d’artistes…

Avec un lot de bracelets style Art Déco, et un collier en bois que j’adore, merci papa !

L’un de mes artistes favoris : Blaze. En arrière-plan un ancien numéro du magazine satirique « Punch » et un vieux numéro du « Saturday Evening Post », illustré (comme très souvent) par Norman Rockwell, que j’adore…

Un article sur Soazig Chamaillard, dont j’adore les vierges revisitées… En arrière-plan le livre « Pinxit » de Mark Ryden, et un extrait de mon carnet de croquis actuel.

Les Chroniques de Downton Abbey

De la part de mon père toujours, un livre sur Downton Abbey, que j’ai dévoré, car on y trouve des photographies des objets de chaque personnage, des fac-similés photographiés, etc. Un très beau livre, avec une très belle mise en page.

Avec deux carnets venant de Maisons du Monde, et en fond, des échantillons de papiers peints Farrow and Ball…

Les pages consacrées à Mary, avec l’une de mes créations, le carnet à reliure japonaise, et des papiers peints Farrow and Ball…

Japonismes

Ma mère m’a également offert ce superbe ouvrage « Japonismes », qui décrit, explique, les relations entre l’art japonais et l’art européen fin XIXe-début XXe siècles, jusque dans les années Art Déco. Les photographies sont magnifiques, la mise en page divine, un superbe cadeau !

Avec deux petits carnets également offerts (merci maman), de l’artiste Patricia Ariel.

Le Livre des Symboles

Et de la part des deux, le fameux livre sur les Symboles des éditions Taschen, qui va drôlement bien me servir pour mon mémoire ! Richement illustré et très bien fait, les symboles y sont classés par thèmes, ce qui est très pratique.

Avec deux carnets réalisés par mes soins et en fond, une page de mon carnet de croquis actuel…

Voilà, j’espère que cela vous aura donné envie d’aller voir ces livres (je ne suis pas responsable en cas de « consommationite aiguë ») !

Est-ce que ces livres vous plairaient ? Et vous, vous avez eu des livres pour Noël ?

Belle journée !