Rachel Urquhart et son Pony Gold

Non, ce n’est pas un article traitant d’une attirance sexuelle marquée pour les jeux de rôles avec poneys fictifs.

Moi aussi (et peut-être vous aussi), j’avais des poneys quand j’étais jeune (je suis une enfant des années 80, les PREMIERS millenials, donc, ça date un petit peu). Je me souviens avec nostalgie des petits poneys en plastiques, avec des couleurs hautement improbables, des crinières ultra longues et tout un tas d’accessoires ultra-kitsch et top désirables. J’étais fan. J’avais même des cassettes vidéos avec les dessins animés narrant les incroyables aventures pleines d’arc-en-ciel et d’étoiles des petits poneys (des CASSETTES VIDEOS, oui, je sais, c’est la préhistoire). Et je passais des heures à jouer avec tout ça.

Bref. L’univers de Rachel, australienne, est empreint de ce kitsch enfantin qui fleure bon la nostalgie, qu’elle a très joliment patiné avec du rock et du hippie des 70s (dans mes bras ! Je suis une enfant de hippies!), et mixé avec les aventures australiennes de cow-girls en perdition. En gros : j’aime ! C’est peut-être, voire sans doute, un peu kitsch et surtout ultra-tendance (oui, il y a des tendances en matière d’illustrations et de print, qui suivent les tendances générales de la déco, c’est fort regrettable mais c’est comme ça, il n’y a plus qu’à espérer que Rachel conserve son style malgré les sirènes du bizness, mais je ne me fais pas trop de soucis là-dessus, son style est tout de même reconnaissable entre mille), mais que voulez-vous, quand on aime… J’aime surtout les couleurs psyché qu’elle utilise, ça apporte une petite touche d’originalité à cet univers.

Son site (avec un onglet shop, my god…) : http://www.ponygoldstudio.com/

Son blog : http://www.ponygoldstudio.com/journal

Son instagram : https://www.instagram.com/raychponygold/

Son pinterest : https://www.pinterest.fr/ponygold/

 

 

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DabsMyla, un duo cartoonesque qui fait du bien !

Je dois me confesser : j’adore le graff. Tous types de graff. Du plus riquiqui tout petit que personne ne remarque à la plus gigantesque des fresques. J’ai commencé à m’y intéresser aux Beaux-Arts, mais à l’époque, aimer le graff et l’art urbain, cela ne se faisait pas. Le vent a bien tourné depuis puisque l’art urbain est « à la mode » (tant mieux, on voit fleurir des fresques un peu partout, et je suis absolument fan de certains artistes exposant dorénavant leurs toiles en galerie, comme MadC, SatOne, Jan Kalab, L’Atlas et tant d’autres…). DabsMyla, c’est un duo que j’ai découvert il y a finalement assez peu de temps, mais j’adore leur univers, très cartoonesque, avec de profonds accents vintage. C’est joyeux, coloré, enfantin, ça fait du bien. Et j’aime l’idée que leur maison ressemble à leurs créations : vintage, coloré, cartoonesque. Un petit truc de foufou, où les geeks sont les bienvenus (qui n’a jamais été un nerd au lycée ne peut pas comprendre à mon avis).

(images extraites de l’excellent site The Hundreds, où vous pouvez lire une intervew de nos deux artistes : https://thehundreds.com/blogs/content/dabsmyla-interview)

(Il existe également un grand article sur eux dans un ancien numéro de la très belle revue Graffiti Art)

D’origine australienne, Dabs et Myla sont mari et femme, et travaillent également ensemble. Ils ont accédé à un nouveau stade de notoriété suite à leur installation-décor pour les MTV Awards. A la base créateurs de fresques, ils sont très vite passé à plus ambitieux, combinant illustrations, peintures, et installations.

Quelques extraits :

Site internet : https://dabsmyla.com

Instagram : https://www.instagram.com/dabsmyla/

 

Cally Conway, linogravure, nature et mythologie…

J’ai tellement de choses à partager que je ne savais même pas ce que j’allais écrire.

Je comptais parler de ce temps de latence du blog qui m’a fait du bien, et accessoirement parler un peu de moi, des trucs que j’aime dans la vie, ce qui me définit (ou pas), histoire de briser la glace (il paraît que les gens me trouvent froide au premier abord, ce que je ne suis absolument pas, j’ai une carapace mais c’est un réflexe de protection). Mais il y a des choses plus importantes dans la vie que ma personne, donc ça attendra encore un peu.

Une artiste que je ne connaissais pas (il y en a plein, je tombe sur un nouveau truc chaque semaine, internet est excellent pour ça). Mais comment j’ai fait pour passer à côté ???? (vous allez comprendre en voyant les images)

Bon, vous le savez maintenant, je suis une dingue de papier. Imprimé, coupé, plié, n’importe quoi avec du papier. Et j’aime aussi beaucoup la gravure. Et donc, forcément, je suis tombé amoureuse du travail de linogravure de Cally Conway. C’est une artiste anglo-saxonne qui a découvert la gravure et le print en général pendant ces études à l’université de Kingston, mais qui y est revenue après avoir enseigné les arts plastiques pendant quelques années (Thanks God !!!!). C’est une dingue du mouvement Art and Crafts (dans mes bras!), et elle admire également tous les artistes contemporains qui continuent de produire dans cette même veine, comme Marthe Armitage. Elle s’inspire donc très logiquement de la nature et de la mythologie pour créer ces linogravures. A noter qu’elle a collaboré il y a peu avec la maison de fournitures déco Cocoon Home, notamment pour des papiers peints (je meurs).

J’admire beaucoup son niveau de précision, c’est très impressionnant…

Le site : https://www.callyconwayprints.com/

Pinterest : https://www.pinterest.fr/callyconway/

Twitter : https://twitter.com/callyconway

Instagram : https://www.instagram.com/callyconwayprints/

J’ai découvert Cally Conway via le site People of Prints, que, si vous ne connaissez pas, vous ratez quelque chose de vachement bien !

Belle journée !

Re-bonjour, c’est gentil d’être revenu…

Finalement, le blog va renaître de ses cendres… Je n’efface pas toutes les archives, je change un peu de cap, c’est tout. Ce changement correspond à une envie profonde et à un déclic survenu il y a quelques mois. Ayant fréquenté le milieu de l’art contemporain dit « officiel » (c’est-à-dire celui que vous trouvez dans les grandes galeries d’art et dans les musées d’art contemporain en règne générale, ainsi que dans les FRAC), je peux dire que, si je l’aime toujours autant (forcément c’est mon truc, sinon, faut être maso pour y bosser et ne pas l’aimer), en revanche, le déni de la pop culture y a tendance à m’agacer un rien. Je suis pour la pop culture, pour l’art urbain, pour le lowbrow et autres noires sucreries biberonnées aux comics, super-héros, et marques bien connues… Si aujourd’hui, on constate un revirement de la part de certaines galeries et foires d’art, qui mettent désormais en avant des artistes issus de la pop culture, et/ou qui s’en servent pour créer, le déclic est quand même long à venir en France (et quand on dit long… On a toujours des années de retard là-dessus par rapport aux US). MAIS, ne nous affolons pas : il existe un domaine issu de la pop culture que les français maîtrisent aussi bien que leurs homologues européens ou anglo-saxons… LE PRINT. Le papier n’est pas mort, les affiches sont un terrain de jeux sans fin pour les fanas de print. J’en suis, et j’en fais, depuis… Houlà, ça me rajeunit pas dis donc…

Tout ça pour dire que. Le blog se tourne vers le print, l’art et la pop culture, l’art urbain. My love forever quoi. Et pour fêter ça, je vous reposte ci-dessous un article paru il y a longtemps sur le blog…

Mark Ryden est l’un de mes peintres favoris. Déjà, je suis une grande fan du lowbrow / pop surréalisme, mais ce que j’aime, en plus, chez Mark Ryden, c’est le fait qu’il soit un inconditionnel des cabinets de curiosités et de l’histoire de l’art (passions dont on trouve de très larges traces dans son œuvre). Et j’aime voir les lieux de création, je trouve que souvent, la maison d’un artiste en dit long sur lui, et donc sur son œuvre. La maison de Mark Ryden (et de son épouse Marion Peck, artiste lowbrow également) est un véritable musée, à la fois de l’étrange et du kitsch, assez surchargé (ami du minimal chic, passez votre chemin), et délicieusement rétro. Une véritable merveille, où votre œil est sollicité de tous les côtés. Je rêvais qu’un magazine publie un article consacré à cette maison, qui est tout autant un chef-d’œuvre artistique que les peintures du couple qui y habite ! Et bien, le site internet L.A. Curbed, dédié à l’habitat, l’a fait !!! (l’article complet)… Je partage donc avec vous les photos de ce superbe reportage !

La maison détonne complètement dans le paysage : les Ryden-Peck habitent une rue de L.A. remplie de maisons de type années 50 aux couleurs pastels (genre Edward aux Mains d’Argent, voyez)… La maison est gris foncé, et paraît un peu austère…

Le jardin de derrière, rempli de superbes détails…Et cette piscine en forme de pagode chinoise !

 

L’entrée-salon, avec une ambiance plutôt asiatique.

La salle à manger, avec ses rayures roses et blanches de marchand de glaces…

L’escalier, en galerie de portraits et souvenirs…

Les toilettes sont bien sur prodigieuses ! Avec une belle collection d’Abraham !

 

L’atelier, pièce maîtresse de la maison, superbe je dois dire, si je pouvais avoir la moitié de cet espace, je serai contente !

Le jardin d’hiver, avec cette Sainte Thérèse monumentale veillant jalousement sur le bar…

La chambre du couple, très Conte des Mille et Une Nuits !

Une salle de bain. Si vous avez vu le film « Big Eyes » de Tim Burton, vous reconnaîtrez sans peine l’artiste qui a peint ses portraits d’enfants aux grands yeux…

L’artiste au travail… En plus de ses peintures, Mark Ryden fait aussi des sculptures et installations pour certaines expositions…

Le couple d’artistes…

Belle journée, et belles fêtes de Noël !

Changement de direction

Nous sommes aujourd’hui le 30 janvier, et il est plus que temps de vous souhaiter à toutes et à tous une très très bonne année 2019.

Vous avez sans doute remarquer que le blog est en berne depuis décembre, et ce, pour plusieurs raisons.

La première, c’est que j’ai déménagé (Bretagne power), et donc, s’installer prend pas mal de temps.

La deuxième, c’est que la préparation de mon doctorat me prend du temps (voui, créer, lire, faire des recherches, tout ça tout ça, ça prend pas mal de temps).

La troisième est un peu indépendante de ma volonté : wordpress refuse catégoriquement de charger mes images, je ne sais pas pourquoi, j’ai essayé des tas de trucs, rien n’y fait.

La quatrième, c’est que j’ai reçu des mails suite à plusieurs de mes articles, des mails fortement méchants sans aucune raison (enfin si, les gens ont forcément des raisons d’envoyer ce type de mail). Ce type de message ne me touche que très peu, je suis suffisamment blindée pour m’en fiche complètement, mais le problème, c’est que je déplore le manque de curiosité, de logique, et de culture des gens qui m’ont envoyé ces mails. Il s’agissait, d’une part, de réactions violentes par rapport à mon article sur l’architecte argentin Francisco Salamone, et également de gens qui n’ont pas trop aimé mon article sur les artistes féminines.

Alors, évidemment, on peut pas plaire à tout le monde (le contraire serait inquiétant). Sur ce blog, je ne suis ni consensuelle ni forcément objective ou subjective selon les sujets. Sachez que je ne juge JAMAIS une œuvre selon les opinions de son auteur, car je trouve qu’il n’est pas juste de se couper de certaines découvertes ou créations uniquement parce que le créateur est facho, macho ou autre. Même si les opinions peuvent être mises à jour d’une certaine façon dans une œuvre, elles n’entravent en rien mon appréciation de cette œuvre. En tant que spécialiste en arts plastiques (ce qui implique des connaissances en histoire de l’art, sociologie, anthropologie, psychologie, histoire et économie), je dois être objective face à une œuvre. Bien que, lorsque vous rédigez votre mémoire de master 2 dans cette matière, vous avez le droit de ne pas être objectif (c’est d’ailleurs la seule matière où vous avez ce droit, puisque vous parlez en premier lieu de votre travail), il vous faut quand même faire preuve d’ouverture d’esprit et de vastes connaissances en ce qui concerne le contexte des œuvres. D’où le mélange d’objectivité et de subjectivité dont ce blog peut faire preuve. Je ne prend pas réellement parti en ce qui concerne les œuvres, je peut très bien faire une démonstration sur Basquiat alors que son travail ne me parle absolument pas (évitez le j’aime/j’aime pas en art, car cela est trop réducteur. Une œuvre évoque quelque chose en vous, ou pas. Ou alors, tentez de démêler le pourquoi du comment du pourquoi vous aimez). Bref.

Le fait d’être à la fois objectif ou subjectif est également un problème pour mon article sur les femmes artistes. On m’a reproché le fait que mon article fustige (à ce point-là ????) les femmes artistes, et donc, d’être macho. Euh, vous avez bien lu l’article, ou juste en diagonale, comme ça en passant ? Cet article est une partie de mon mémoire de master, qui fut une véritable prise de tête pendant plusieurs mois, et qui m’a à jamais dégouté de la question féministe en art. La question est fichtrement complexe, et aboutit à la triste conclusion qu’une femme, lorsqu’elle est artiste, a forcément du mal à s’extraire d’une partie de sa condition féminine. Si elle traite du féminisme, ou de la femme en général, ben oui, c’est normal pour le milieu, puisque c’est une femme. Et si elle se hisse à la hauteur (ironie en mode on) des avant-gardistes masculins, elle doit refuse une part de se féminité pour réussir à se faire entendre. C’est une boucle sans fin, profondément agaçante. Mais je vais vous dire : la plupart des artistes féminines se fichent de tout ça, elles n’y pensent même pas en créant. C’est lorsque qu’il s’agit de réaliser le discours sur l’œuvre que tout ceci se complexifie. Bien sûr, il y a des artistes féministes, mais leurs œuvres ne font-elles pas d’une certaine manière l’apologie d’une forme de faiblesse dans laquelle on catégorise les œuvres des femmes, à savoir que les femmes ne peuvent créer que par rapport à leurs vécus, leurs sentiments, leurs psychisme (une idée héritée du Moyen-Age et reconduite depuis le XIXe siècle, y compris aujourd’hui). Donc, une artiste féminine et féministe dont l’œuvre porte sur sa nature de femme n’est pas une surprise pour le milieu : donc, au lieu de dénoncer, d’une certaine façon, on ne fait que corroborer cette opinion. C’est aussi à cause de cette fameuse idée ancrée dans l’inconscient collectif depuis des décennies en matière d’art que les trois artistes les plus citées (et adulées) sont Camille Claudel, Artemisia et Frida Kahlo. Les trois ont en commun des vies emplies de souffrance, souffrance qui se voit dans leurs œuvres de manière flagrante. On les porte aux nues car elles sont non seulement le reflet de la parfaite femme artiste créant à partir de son vécu mais également car ces vies sont aussi le reflet de l’image parfaite de l’artiste maudit devant souffrir pour créer. L’accident de Frida, les amours de Camille, le viol (réel ou pas) d’Artemisia, sont la sainte trinité des artistes féminines au sein du milieu, et également en dehors de ce milieu (Sainte Frida, priez pour nous, pauvres consommateurs asservis à ton image). C’est un débat sans fin que cette question de la femme artiste, assez agaçant je dois dire. Mais voir les œuvres de ces artistes de manière objective, par rapport à leur contexte, ce n’est pas forcément les rejeter. Ces œuvres sont extraordinaires, chacune à sa manière, et je ne le conteste pas. Mais je suis réaliste et lucide sur cette question de féminisme et de féminin dans l’art : c’est un serpent qui se mord la queue. A la limite aujourd’hui, pour vraiment dénoncer le système machiste de l’art, il faudrait être super féminine et créer en même temps de l’avant-garde ou du contemporain « hyper masculin » (mode ironie activé). Mais serait-on pour autant prise au sérieux ??? Bref, après d’amères constatations, je me suis détournée de ce sujet, le débat est pour moi clos.

Ce qui m’amène à la question de l’arrêt du blog. Je n’écris pas ici pour me faire insulter. C’est le piège d’internet, on le sait tous : les gens vous jugent sur du virtuel. Ils ne vous connaissent pas, ne savent rien ou presque de votre vie, alors ils jugent sur ce qu’ils voient/lisent, ce qui est profondément absurde, mais c’est ainsi. Inutile de se battre contre ça, cela ne sert à rien. Je sais comment je suis : je peux être pédante parfois, un rien madame-je-sais-tout aussi, je suis une donneuse de leçons professionnelle. Il y a des raisons à cela. Déjà, je me permet de donner des leçons (principalement en art et dans certaines autres matières) parce que je SAIS. Je ne connais pas tout évidemment, mais j’en sais suffisamment pour reprendre quelqu’un s’il se trompe sur tel ou tel sujet. Ensuite, je reproche souvent aux gens de ne pas lire les bons livres. Par exemple, les livres de sociologie, d’anthropologie ou de philosophie à la petite semaine se vendent super bien, mais sont inconsistants par rapport aux sujets qu’ils traitent. S’il n’y a qu’un livre à lire sur la société dans laquelle nous vivons actuellement et le pourquoi de cette société, lisez Michel Clouscard, Le capitalisme de la séduction. Écrit en 1981, il a valu à son auteur beaucoup de répressions, car il était de ceux qui, lucides sur la société de consommation ultime et de libéralisme qui s’amorçait alors (vive les gouvernements de gauche, mode ironie activée), fustigeait le libéralisme libertaire. Si vous n’en lisez qu’un, lisez celui-ci. Il vous ouvrira le yeux, si ce n’est déjà fait, sur ce que l’on vit actuellement, c’est-à-dire une société libérale où vous n’êtes en réalité libre de pas grand chose, si ce n’est consommer, rentrer dans le rang, vous indignez quand on vous le dit, adhérez à des comportements soi-disant libres mais récupérés par la société de consommation qui fait de vous un agneau de plus dans une tribu déterminée (ah, la grande histoire des tribus, vaste sujet amenant à débat, qui m’a valu aussi pas mal de remarques). Ce qui fait qu’à chaque fois que l’on pourrait exprimer un raz-le-bol, ça vire au drame si c’est pas « encadré » (rappelez-moi, combien de morts et de blessés depuis le début des gilets jaunes ?). C’est triste bien sûr, mais la société est ainsi conçue qu’il est extrêmement difficile aujourd’hui de sortir du lot. Tout est permis mais rien n’est possible (c’est pas de moi). Mes parents, qui ont eu 25-30 ans dans les années 70, vivent très difficilement ce retour à une forme de censure hyper-vicieuse. Parler de sexe, c’est compliqué. Parler de religions, encore plus. Se moquer de tout ? No way ! La liberté d’expression ne peut plus se faire, on ne sait plus comment parler de certains sujets, de peur de se heurter à des fâcheux. Alors, les insultes se font personnelles, mesquines, les grandes questions sont absentes, le narcissisme bat son plein (culte de la personnalité et de l’individualité oblige). Comment sortir vraiment du lot, seul ou à plusieurs, dans une société qui verrouille implicitement chacun de vos gestes, de vos actes, de vos paroles, à tel point que vous correspondez malgré vous à une catégorie, une tribu, un type de consommateurs ? Pensez-vous vraiment avoir encore votre libre-arbitre?

Ce sont des questions rhétoriques, ne vous sentez pas obligé de répondre. Si vous le faites, restez polis, je vous en remercie.

Bref. Le manque de connaissances, et de culture, me rebute toujours autant. J’aime partager la culture, mais j’aime aussi qu’il y est un retour. Or, ce retour ne fait que sous la forme agressive, ici. Enfin, pas uniquement, j’ai eu aussi des commentaires très agréables, heureusement (Merci Marie ! ^^). Mais ces mails agressifs m’ont fatigué, et écœuré, j’en suis venu à me demander si les personnes qui m’ont écrites étaient des êtres doués d’intelligence ou bien des robots mis en place par le grand capitalisme (amis de la conspiration, bienvenue !!! ^^). Vous savez que des chercheurs ont analysé les comportements de plus de 200 jeunes (entre 15 et 18 ans), et que cette analyse a donné ce jugement inquiétant : en moyenne, ils s’adaptent hyper facilement à n’importe quelle situation, mais par contre, leur capacité de réflexion par rapport à ces situations est catastrophique. Ce qui est un comportement franchement inquiétant : ça veut dire qu’ils sont manipulables à souhait, et c’est pas terrible du tout pour leur avenir…

Bref. Donc, ce blog s’arrête ici. Il reste ouvert, au cas où j’aurais envie de le reprendre et si vous voulez éplucher les archives. Je bascule dorénavant sur tumblr, plus facile d’utilisation pour moi, que je vais relier à twitter (qui ne servira donc qu’aux notifications en fait, puisque ça fait un bail que je ne twitte plus et que je n’nstagramme plus), pour les notifications de parutions. Il n’y aura sans doute que des images, et très peu de textes, à priori.

Bonne route à toutes et à tous, gardez l’oeil et l’esprit ouvert, soyez créatifs, éclatez-vous !

Belle journée,

Alexandrine

Le Château Bardou, merveilles des merveilles Art Nouveau…

Comme vous le savez sans doute maintenant, je suis une accro de l’esthétique, dans TOUS les domaines (je crois que c’est bel et bien une maladie, mais ça se soigne pas visiblement…). Et j’ai un gros gros gros faible pour tout ce qui touche au XIXe siècle et jusqu’au années  50 pour le XXe siècle (avec en plus les 70s british…). Comme mon mémoire de master 1 portait sur l’image de la Jeune Fille et la Mort (sur le sujet, le livre Vénus et la Mort de Gert Kaiser est une mine d’or), forcément sont revenus sur le tapis mes obsessions d’ex-étudiante aux Beaux-Arts, c’est-à-dire le post-mortem, le spiritisme (sur le sujet, le livre Les Voix d’Outre-Tombe de Guillaume Cuchet est fabuleux, ainsi que le catalogue de l’expo l’Europe des Esprits des musées de Strasbourg) , le romantisme noir et les décadents. Les décadents menant naturellement au début du XXe siècle et aux débauches décoratives de l’Art Nouveau, au gré de mes pérégrinations sur la toile (vous savez ce que c’est, un lien en amenant un autre etc etc, et ça fait planter le pc), j’ai bizarrement découvert cette merveille sur la toile… Je ne sais pas trop comment j’ai atterri sur cette page, mais j’y ai découvert une merveille absolue, la chose la plus merveilleuse jamais conservée en terme de patrimoine Art Nouveau. Vous connaissez sans doute les merveilles Art Nouveau de Paris, notamment les chefs-d’œuvre du Musée d’Orsay, du Musée des Art Déco, le Musée Maxim’s, etc. Mais là, c’est autre chose…

Il s’agit d’un château ENTIER dédié à l’Art Nouveau, resté intact depuis sa construction en 1900… Il se situe non loin de Perpignan, et appartenait, à la base, à Pierre Bardou, fils du très célèbre créateur du papier à cigarettes JOB (d’ailleurs, Mucha a réalisé une affiche très célèbre pour JOB). Passionné d’Art Nouveau, il veut un château entièrement dédié à cet art. Rien que ça. Chose faite : le château lui fut livré en 1900.On a la folie des grandeurs ou pas… Absolument tout est pensé dans les moindres détails, du plus petit élément décoratif et majestueuses cheminées… Et en plus, il est entièrement complet et intact car perdu en pleine brousse vers Perpignan, donc, personne n’y a touché depuis sa construction.

Aujourd’hui, les propriétaires cherchent à le vendre. Forcément, ce truc est magnifique mais c’est un gouffre sans fond… C’est Century 21 qui s’en charge. 21 millions. Pas d’acheteur, le château descend à 12 millions, mais toujours pas d’acheteur. En désespoir de cause, les propriétaires le louent actuellement à une star du sport qui en a fait sa résidence principale. Enfer et damnation, j’espère qu’il ne va pas nous faire une piscine dans le parc et un écran tv géant au-dessus de la cheminée du salon…

La seule chose qui vaille la peine avec ce château, c’est de le faire entièrement inscrire MH, si ce n’est déjà fait, et d’en faire un musée… En attendant ce jour béni des dieux, voici les photos de l’agence… Et franchement, ça fait rêver…

Belle journée !

 

 

 

 

Le Gothique et la Mode, une histoire d’amour qui dure…

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Lorsque j’ai commencé à être présente sur les réseaux sociaux et à tenir un blog, mon univers était très marqué « gothique ». J’ai longtemps eu du mal avec cette étiquette, qui, immédiatement, fait surgir des images d’Épinal pas toujours très glorieuses dans l’esprit de la plupart des gens, des images très très réductrices et qui sont très bien vendues par la société de consommation et la société de sur-information (donc de désinformation) dans lesquelles nous vivons. Aux Beaux-Arts où j’ai passé trois ans afin d’obtenir ma licence, on n’aimait pas trop les gothiques, suspects d’avoir toujours les mêmes sempiternelles sources d’inspirations. Sauf que ces inspirations sont toujours d’actualité, et sont inépuisables ! Même la maison de prêt-à-porter de luxe Loewe revisite en un coffret limité des classiques de la littérature considérés comme « gothiques » : Dracula, Le Portrait de Dorian Gray, Les Hauts de Hurlevent, font partie des titres choisis par la maison et recouverts pour l’occasion de photographies signées Steven Meisel (le rendu n’est pas du tout « gothique » par contre). C’est vrai que je m’habille souvent en noir, avec deux styles très distincts, mais il y a rarement de la couleur (ça m’arrive hein, j’ai du bleu, du vert, du violet et du beige dans mon dressing). C’est vrai que j’ai un gros faible pour le style « baroque » à la D&G, et aussi pour le style « Modern Witch », et pour le style « flamand », et aussi pour le « post-apocalyptique » (tous ces styles faisant partie du milieu gothique d’une certaine façon aujourd’hui). C’est vrai que mes goûts me portent plutôt vers des esthétiques sombres, romantiques, décadentes et néo-gothique, voire moyenâgeuses, avec une pincée d’Art Nouveau et d’Art Déco. C’est vrai que je suis gothique, dans un certain sens. Mais je ne suis pas que ça, ben non, ça serait trop simple : j’ai un gros faible pour le glam-rock, les 70s, les films des années 50, et l’humour de manière générale (ceci dit, j’ai horreur de l’humour bien gras et bien lourd dispensé notamment dans certains films…). Et quand on est gothique, et qu’on aime la mode, eh bien, la photographie de mode, c’est le pied total à regarder. Car, quand même, il faut admettre que les ambiances gothiques sont très souvent les inspiratrices de séances photos magnifiques, et faisant référence à tout un tas d’iconographies différentes mais qui correspondent toutes au milieu gothique.

Le gothique, à la base, c’est le néo-gothique, surtout. Le roman noir anglais (Chéri, prépare ton suaire !). Les ambiances extrêmes, le tout ayant abouti au Romantisme allemand, relayé très largement en Angleterre et en France, où la folie néo-gothique saisi tout un énorme pan de la bourgeoisie et de la noblesse. Cela s’est accentué avec la vague du spiritisme, le post-mortem, le bien glauque et dégoulinant, et le décadentisme fin-de-siècle décidément hyper marquant pour tout le milieu artistique qui suivra. Ce qui inclut la mode donc.Et la photo de mode, donc. Celle-ci se nourrit de toutes les facettes du gothique. Oui, il y a plusieurs gothiques : dans les années 90, un gothique aimait rarement le métal et vice-versa, un métalleux n’était pas un gothique. Mais depuis les années 2000, le milieu gothique s’est élargi à beaucoup de styles différents, incluant le post-apocalyptique, le steampunk et autres tendances fort intéressantes et qui nourrissent le milieu gothique d’autres influences, c’est ce qui fait en quelque sorte la force du mouvement. Il est capable de se régénérer de lui-même, grâce à ces influences multiples. Bon, c’est aussi un peu sa faiblesse : le gothique vit souvent en vase clos (non, pas dans un cercueil), il sort souvent peu de son univers ou de ses univers. Ils sont déjà bien vastes certes, mais un peu d’ouverture manque peut-être au milieu. Quoi qu’il en soit, je vous ai concocté un medley de grands photographes de mode, pour illustrer la chose, et vous allez voir que toutes les facettes du gothique sont représentées au sein de la mode, et que cela donne souvent des séances photos de dingue…

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Stevie Westgarth, et son illustration sauvage de la sorcière gothique moderne

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Une campagne de pub signée Steven Klein pour McQueen, très « la reine seule en son château »

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Olivier Stalmans, « Edwardian elegance », pour Luxury Aficionados

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Michael Morrison, et sa version très « sexy dark » (I Love)

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Matthew Brooks, et ses contrastes extraordinaires accentuant l’effet « gothic drama » !

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Bon, ben là, je ne sais plus qui est le photographe, si jamais quelqu’un sait, n’hésitez pas à le mettre en commentaire! J’ai adoré cette série make-up, très bien vue et assez gonflée je trouve…

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Tina Patni et son ambiance mi-Tim Burton, mi-Del Toro…

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Katarzyna Konieczka et ses costumes et créations d’avant-garde donnent toujours lieu à des séances photo de foufous (images via Beautiful Bizarre et son article sur son travail)!!!

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Hiroshi Nonami

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Le magazine DRAMA est un grand repaire de gothiques en tous genres…

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« Delineated »,  Victoria Anderson by Robert John Kley for Schön, numéro 26

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« Un Conte d’Hiver », ici également, impossible de me souvenir du photographe tellement ça fait longtemps que j’ai cette série photo en archive… Mais l’ambiance y est divine !

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Chris Anthony, découvert dans Elegy (aaaaaaah, Elegy… RIP bouhouuuuu, monde injuste et sort cruel !).

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Les bijoux Bella & Chloé mis en scène par Moss and Meadows, un duo très branché « modern californian witch »…

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Antonella Arismendi pour Numéro, une série make-up qui me rend vraiment très très enthousiaste !!!! (ça doit dater de ma période black-métal je pense…)

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Anita Bartos et son très joli travail façon « vieille photo »…

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Le duo Andrew Yee et Damian Foxe, pour How to Spend It Magazine, un style trés « gothique baroque » …

Voilà, en espérant que ce petit tour dans mon (très vaste) univers vous aura plu et que vous aurez découvert ces talentueux photographes…

Belle journée !

Histoire macabre : Edith Holden

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(la carte postale est faite maison à partir d’une vraie image XIXe siècle/début XXe siècle, il me reste quelques exemplaires de fac-similé réalisés par mes petites mains, les cahiers « vieillis » sont également de mes petites mains, et les tampons Alice in Wonderland, je les ai dénichés chez Noz, où l’on peut trouver de chouettes choses)

Octobre. Ses feuilles qui volent, ses citrouilles qui s’amoncellent, l’approche d’Halloween, les chocolats chauds, les livres au coin du feu et le chat qui ronronne (on dirait une petite vieille qui parle). Bon, stéréotypes certes, mais il n’empêche : j’adore l’automne. C’est le moment parfait pour parler d’Edith Holden et de son histoire macabre (après celles de Kay Sage et Eléonore de Toléde). Qui, en France, connaît Edith Holden ? Pas beaucoup de monde je crois, si ce n’est peut-être les passionnés de dessins naturalistes et de toute cette imagerie de campagne anglaise si bien décrite par Jane Austen.

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Edith Holden est née en 1871, à Birmingham, au sein d’une famille très pieuse, mais également ouverte à beaucoup de choses. Son deuxième prénom lui fut notamment donnée en l’honneur d’Elizabeth Blackwell, une physicienne pionnière dans la science. Son père tient une fabrique de peinture, un détail important, et sa mère a notamment écrit deux livres sur la religion. Mais en 1904, celle-ci meurt, et le père d’Edith se tourne vers le spiritualisme. Il veut à tout prix communiquer avec sa femme, et instaure des séances régulières à la maison. Edith et ses sœurs assistent à ses séances, et en ressortent sans doute profondément marquées. Il écrira même un livre sur ces propres expériences, édité sous le titre Messages from the Unseen, en 1913, une semaine seulement avant sa propre mort (ironie du sort…).

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Pendant toute sa scolarité, Edith va se passionner pour les sciences naturelles, et se découvrira un don pour l’illustration, tout comme sa plus jeune soeur.  Elle devient rapidement une illustratrice très réputée, et son travail apparaît à intervalle régulier dans des revues. Elle illustrera notamment les 4 volumes de The Animal’s Friend, ainsi qu’un certain nombre de livres pour enfants. Ses peintures sont même exposées, notamment par la Royal Birmingham Society of Artists et la Royal Academy of Arts.

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Ces expositions, si elles peuvent paraître prestigieuses (et elles le sont en réalité), ne sont pas forcément une bonne chose pour la condition féminine : nous sommes au début du XXe siècle, et la condition féminine anglaise est tout sauf un modèle de progression. Edith fait partie de la petite bourgeoisie croyante anglaise : on attend d’elle, en plus d’un mariage convenable, qu’elle réussisse dans le domaine des « arts d’intérieurs », c’est-à-dire la musique, la couture, la broderie, les bouquets de fleurs, composer un menu et savoir un peu de cuisine, tenir une maison, et accessoirement, peindre. Principalement des fleurs, des animaux et à la limite quelques portraits (plus, ce serait indécent). Or, il s’avère qu’Edith peint très bien la nature, et elle adore cela, réellement, la nature est sa passion. On peut donc sans crainte l’exposer, puisque cette passion, si elle est bien réelle, ne s’oppose nullement aux préceptes de la femme parfaite de l’époque. Une arme à double tranchant dont j’ai parlé plus en détail dans mon article sur le fait d’être une femme et une artiste en même temps.

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Bref. La notoriété est là. Edith se marie en 1911. Mais elle choisit un homme qui est à la fois convenable et qui lui convient : Ernest Smith, un sculpteur. Il est notamment l’assistant de la Comtesse Feodora Gleichen, elle-même sculpteur et designer d’objets décoratifs (elle fera notamment la très belle statue de Florence Nightingale). Au sein du studio de Feodora, le couple se lie avec plusieurs autres artistes, notamment le sculpteur Sir George Frampton (mais si, c’est lui qui a fait la fameuse statue de Peter Pan).

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Pendant les années qui suivent son mariage, elle continue à peindre et à illustrer, et rencontre toujours un grand succès anglais.

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Mais la tragédie est proche.

Le lundi 15 mars 1920, Edith se plaint de maux de tête. Mais cela lui arrive souvent, et on n’y fait pas vraiment attention. Son mari part comme d’habitude pour son studio et elle annonce sa volonté de descendre à la rivière pour voir les équipages universitaires s’entraîner. Lorsque son mari rentre le soir pour dîner, il trouve la table mise, mais pas d’Edith. Il suppose alors qu’elle est encore chez des amis, et ne s’inquiète pas, il soupe, se couche.

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Le lendemain matin, on retrouve le corps d’Edith flottant dans la rivière. Il y eut une enquête. Edith avait donc décidé d’aller voir les équipes s’entraîner et descendit à la rivière. Sur le chemin, son regard de naturaliste croise une branche de châtaigniers où pointaient des embryons de châtaignes, qu’elle adore. Mais la branche était hors de portée. Elle donc tenté d’utiliser son parapluie pour la casser. Mais même le parapluie était trop petit, et emportée par son élan, Edith est tombée dans rivière. Ne sachant pas nager, elle s’est noyée.

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Il est curieux de constater qu’Edith a connu le destin d’Ophélie : la figure de la morte noyée est récurrente pendant l’ère victorienne, qui adore ce type de mort et la dramatise d’un point de vue très romantique, avec les fleurs et tout et tout (les amoureux des préraphaélites auront en tête la fameuse Ophélie de Millais). Edith étant un pur produit de la société victorienne, même si elle meurt en 1920, je trouve étrange que sa mort soit également conforme aux idéaux romantiques et complétement anti-féministes de l’époque (la figure de la morte noyée est révélatrice de la peur engendrée par la femme au XIXe siècle, j’en parle dans mon article sur justement la figure d’Ophélie)

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Edith reste une grande illustratrice naturaliste anglaise, qui a dépeint avec une formidable précision les espèces anglaises de l’époque, avec une touche de romantisme comme le produit si bien la société victorienne qui l’a vu grandir.

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Son fameux journal champêtre est édité en Angleterre en 1977, en pleine révolution du Verseau. Avec la vogue d’alors du retour à la nature, il a un succès immédiat, sous le titre The Country Diary of an Edwardian Lady. Il a depuis été réédité plusieurs fois, et il existe une traduction française (c’est celle que vous voyez sur les photos, et que ma mère m’a trouvé aux détours des allées d’un vide-grenier).

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Il existe deux biographies d’Edith Holden : The Edwardian Lady: The Story of Edith Holden, Ina Taylor (1980), et The Edwardian Afterlife Diary of Emma Holden, K Jackson-Barnes (2013) (qui traite plus spécifiquement de sa mère, mais cela peut être intéressant). Par contre, je ne sais pas s’ils sont traduits en français. Il existe aussi une série TV, The Country Diary of an Edwardian Lady, visiblement disponible en DVD, en import anglais.

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Voilà, une petite histoire macabre d’une femme talentueuse morte à cause de sa passion…

Belle journée !

La sérigraphie et mon amour de l’alternatif…

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(mon album vinyl à la pochette extraordinaire : je vous présente Bertha, le squelette des Grateful Dead, THE pysché album de tous les temps. Avec une carte postale rapportée du Havre, l’un de mes livres Emily The Strange, ado nostalgie, et ma trouvaille d’Halloween, un squelette de rat)

Bon, c’est vrai, il faut avouer : j’ai des accointances hyper serrées avec les milieux goth et métal (voui, ce n’est pas la même chose), même si mon look peut en paraître éloigné (aaaah, la magie des apparences trompeuses et de l’idolâtrie du look dans les cultures alternatives, tiens, ça ferait un bon sujet ça. Bref, revenons à nos moutons). J’ai été légèrement traumatisée par le fait d’être goth et étudiante aux beaux-arts, dans mon école, on n’aimait pas trop les goths… Mais bon, cela fait partie de mon identité, j’ai une légère tendance à préférer ce qui est sombre, ce qui ne fait pas de moi une dépressive, bien au contraire, j’adore sortir me balader, voir des gens, etc. Et j’ai des goûts hyper éclectiques, y compris en matière de cultures alternatives : je peux passer de la Famille Addams à Fast and Furious sans avoir une réaction épidermique (oui, la culture du tunning fait partie des milieux alternatifs). Bon, tout cela pour arriver à : mon amour de la sérigraphie.

J’ai découvert la sérigraphie dans l’atelier d’estampes de l’école des beaux-arts où j’étais. Révélation. Genre, on peut TOUT faire avec ce médium, absolument tout, et surtout, tout ce que vous ne pouvez pas faire avec l’offset, et vous avez votre résultat là, immédiatement. C’est rapide, parfois un peu long à mettre en place, mais le résultat en vaut la peine ! Bon, je ne vous ferais pas un cours sur comment on fait de la sérigraphie, il y a des bouquins supers pour cela, et même sur pinterest, vous trouverez tout en image. Cela nécessite un investissement de départ par contre, comme pour tout travail d’estampe.

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(ici je les ai fais tirer en offset, mais j’aimerai un jour en faire des sérigraphies, c’était mon travail de master 1, avec toujours le squelette du rat, un carnet japonais et une affichette des Machines de l’Ile de Nantes, un graphisme superbe)

De fil en aiguille, je me suis intéressée à l’histoire de la sérigraphie. Et je me suis vite rendue compte que tous les supports que j’aimais, affiches alternatives et pochettes de 33T, étaient réalisés en sérigraphie (surtout dans les années 70, avec ces graphismes de foufous complètements psyché, l’abus de drogues est mauvais pour la santé). C’est un médium qui a été longtemps décrié, y compris par les autres « estampeurs » que sont les lithographes et les graveurs, car assimilé à la publicité (ce qui est vrai dans un certain sens). Et vous ne verrez qu’un seul artiste sérigraphe dans les musées français : Warhol. Or, il existe bien une véritable culture de la sérigraphie (prenez le nouveau livre sur le sujet qui vient de sortir chez Pyramyd, c’est fabuleux), et de véritables artistes dans ce milieu. Alors, oui, la sérigraphie fait souvent de la pub pour son propre milieu et sa propre tribu (concert, cinéma, jeux vidéos), mais il ne fait pas oublier qu’à partir de chaque sérigraphie, il y a un dessin. Et la plupart de ces artistes sont de fichus bons dessinateurs, voire excellents…

Un petit tour d’horizon de la sérigraphie actuelle, j’ai sciemment choisi des choses très différentes, afin que vous vous fassiez une idée de l’immense diversité de la chose :

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Margriet Thissen

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Le duo de A Deux Doigts, basé à Nantes (bon, je fais un peu de pub parce que j’aime bien leur travail et que, aussi, j’ai passé un an en classe de com visuelle avec Grégoire)

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Miss Van vend également quelques tirages sérigraphiés

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Les canadiens de Kid Icarus, j’adore leurs affiches un rien vintage et avec un graphisme très fort (et puis, il y a des hiboux, des loups et des chats alors…)

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Leur magasin de Toronto est une véritable mine d’or, et donc un désastre monétaire, pour tous les fanatiques du papier (parce que, non content de vendre leur production sous toutes ses formes, ils vendent aussi tout un tas de matos…)

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10 ans de pur rock’n’roll et de métal pour le duo de Arrache-toi un oeil !, avec toujours des graphismes extraordinaires et foisonnants

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Kyle Baker, et notamment son hommage à Bertha, le squelette des Grateful Dead (création de EJ Sullivan)

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Si vous avez envie de faire plaisir à un fan, courrez sur le site French Paper Art Club, qui vend des sérigraphies extraordinaires d’artistes de tous horizons (d’où la multiplicité des styles), en tirage limité et pas très cher. Films, comics, séries TV, concerts, et jeux vidéos, vous allez sans doute faire un (ou des) heureux ! La plupart des affiches sont sublimes, je n’en mets pas plus ici car la plupart ne se chargent pas via wordpress (I don’t know why)…

Il y a aussi le très beau studio En l’Encre Nous Croyons, qui fait des choses à la fois perso et de commande, et le résultat est toujours sublime !

En espérant vous avoir donné envie de découvrir encore plus de sérigraphies !

(les prix que vous trouverez sur les différents sites sont extrêmement variables, cela peut aller de 20 euros chez Arrache-toi un œil à 200 euros chez Miss Van… Ce que je trouve un peu cher d’ailleurs)

Belle journée

Alexandrine

 

 

Retour à la Nature et art « féminin »

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(Kiki Smith, Lilith, 1994)

Je ne sais pas si vous vous souvenez de mon avant-dernier article, sur le fait, d’être artiste ET femme, et les problèmes qui peuvent en découler (si cela n’est pas le cas, je vous laisse aller y faire un tour, c’est par ici). Dans mon mémoire, mon avant-dernière analyse portait sur le corps neutre, androgyne, no gender. Un corps neutre est par essence dépourvu de stéréotypes puisqu’il ne présente aucun signe extérieur particulier. Sauf qu’aujourd’hui, le corps neutre est devenu lui aussi un stéréotype, à cause de sa récupération par la mode, mais bref, là n’est pas mon sujet d’aujourd’hui. Dans mon mémoire, j’analysais en détail des photographies de Jock Sturges (dont le travail est fascinant), qui présentent la particularité de montrer en grande partie un parfait corps androgyne, celui de Misty Dawn. J’appuyais sur le fait que ces photos sont une sorte de reflet d’un paradis perdu, d’une quête de la pureté originelle, ce que représente, à la base, le corps neutre. Ce sujet du neutre apporte avec lui une réflexion et un questionnement sur le thème du retour à la Nature, qui va de pair avec lui, puisque les deux semblent représenter la quête de l’humain postmoderne vers un paradis originel perdu.

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(Ana Mendieta, série Silhouettes, 1976, à noter que l’artiste eu une fin terriblement tragique, et encore aujourd’hui, un peu nébuleuse)

Cela me fait irrésistiblement penser au puissant rapport qu’il y a entre retour à la Nature, Déesse-Mère, et artistes féminines. Car c’est un sujet récurrent chez elles. Tout commence dans les années 70. Vous le savez comme moi, les seventies, c’est l’utopie d’un monde meilleur, plus beau, plus propre, plus écolo, moins stressant, etc. Certains y sont parvenus, d’autres pas. Bon, que cela est fonctionné ou pas n’est pas le propos. On constate, en même temps que l’avènement du peace and love, un retour à la terre caractéristique chez les femmes de cette époque en matière d’art. Conduites consciemment ou pas par la tendance « naturelle » du moment, les médecines douces, les religions pacifistes, le renouveau du paganisme, et les revendications féministes faisant la part belle à la Déesse-Mère et autres figures féminines païennes, les artistes célèbrent une communion avec la Nature révélatrice de leur temps. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela produira des œuvres impressionnantes.

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(Jana Sterbak, Vanitas Flesh Dress for an Albino Anorexic, 1987, la robe pourrit sur place dans un musée)

Ce retour à la Terre est la conséquence directe de l’avènement de ce que l’on appelle « l’évènementiel éphémère » (Jean-Pierre BOUTINET, « L’individu-sujet dans la société postmoderne, quel rapport à l’évènement », in Pensée Plurielle, 2006/3 (n°13), p. 37 – 47) dans la société postmoderne, en même temps révélateur de « conscience » (de véritables actions durables menées à des fins d’harmonie de vie entre humains et Nature), et récupéré par la société de consommation (la tendance « verte »).

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(Kiki Smith, Born, 2002)

Le phénomène se reproduit maintenant : un retour à la Nature, la terre, la Déesse-Mère. On remarque actuellement un grand retour du « fait-main » et notamment de l’importance accordée à la terre, en tant que médium. Beaucoup de créateurs et d’artistes reviennent à ce matériau ancestral, ce qui évidemment n’est pas un hasard (Bénédicte RAMADE, «En Art, le nouvel âge du «fait-main», in L’Oeil Magazine, Juin 2018).
En effet, dans une société postmoderne, où tout est rapide, changeant, fluctuant, phénomène associé aux déferlements des stéréotypes parfaits via les réseaux sociaux, il n’est pas étonnant que l’humain souhaite revenir à des valeurs ancestrales, véhiculées implicitement par, notamment, des matériaux, comme la terre, le bois, les plantes, la laine.
Si cette nouvelle « vague » est une bonne chose, car elle revalorise le travail de la main, en revanche, elle est bien sûr récupérée par la société de consommation, fabriquant donc du «fait-main en série», du «faux fait-main», qui est le summum du kitsch actuel à mon sens.
Comme dit plus haut, ce retour à la Terre est la conséquence directe de l’avènement de « l’évènementiel éphémère » (Jean-Pierre BOUTINET, « L’individu-sujet dans la société postmoderne, quel rapport à l’évènement », in Pensée Plurielle, 2006/3 (n°13), p. 37 – 47) dans la société postmoderne.

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(Nancy Azara, Spirit house of the mother, 1995)

En 2003, les réseaux sociaux ont pris de l’importance et, si Instagram n’existait pas encore et que Twitter était seulement lancé, en revanche les réseaux sociaux Myspace (création en 2003) et Facebook (création en 2004) entament leurs apogées (Myspace est, depuis, pratiquement abandonné au profit de la trilogie Facebook / Twitter / Instagram).
On voit se profiler alors le règne de l’apparence décuplé par la virtualité du réseau social : l’image que l’on donne à voir est plus importante que son fondement lui-même et son réalisme, la virtualité est plus importante que la réalité, l’image de l’individu plus importante que l’individu lui-même (Guy DEBORD, La Société du Spectacle, Paris, Gallimard, 1992 (première édition 1967).
L’image de soi n’a jamais été plus contrôlée qu’actuellement, enrichissant le profond narcissisme de la société postmoderne, où règne le culte du moi, de la personnalité, au détriment du groupe.
Avec l’avènement du réseau social, l’événement prend plus de place qu’auparavant : le système social est désormais centré autour de la communication et de l’information, le présent compte donc désormais plus que le passé ou l’avenir. Par exemple, pour cette raison, les commémorations sont légions pour ne pas oublier le passé, mais en réalité, celles-ci sont souvent plus importantes que le moment passé lui-même, puisqu’elles se déroulent au présent et constituent donc un événement. Cet événement, éphémère par excellence, se substitue donc peu à peu à la « profondeur structurale » (Jean-Pierre BOUTINET, « L’individu-sujet dans la société postmoderne, quel rapport à l’évènement », in Pensée Plurielle, 2006/3 (n°13), p. 37 – 47). Désormais, seule l’apparence, la surface, comptera et se contemplera.

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(Mary Beth Adelson, Red Kali, from the woman rising series, 1973)

Ce système se met en place bien sûr avant les années 2000 mais, avec l’avènement des réseaux sociaux, il va prendre de plus en plus d’ampleur, et l’événement éphémère ne va plus seulement concerner certains domaines comme la politique ou le sport, mais va toucher désormais la vie quotidienne du peuple, notamment les utilisateurs des réseaux sociaux.
Cette situation va engendrer une forme de tendance, perdurant encore aujourd’hui : l’engouement pour le vintage.
En effet, lorsque l’humain se trouve confronté à une société où, avec l’apport technologique, tout va plus vite et devient instantané, il n’a plus l’impression de contrôler la situation (alors qu’en réalité, il peut la contrôler puisqu’il a lui-même engendré cette situation). Il va donc avoir peur de l’avenir, et se tourner vers ce qu’il considère comme des valeurs sûres, des refuges.

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(Katia Bourdarel, La dépouille, 2003)

Avec « l’événementiel éphémère » (Jean-Pierre BOUTINET, « L’individu-sujet dans la société postmoderne, quel rapport à l’évènement », in Pensée Plurielle, 2006/3 (n°13), p. 37 – 47), l’avenir devient flou, l’humain vit essentiellement dans le présent, il cesse de se préoccuper de l’avenir. Le contexte sociétal, assez catastrophique, ne favorise guère la croyance en un avenir radieux. L’humain s’attache donc à construire le présent à l’aide de valeurs du passé, mais sans pour autant chercher à construire l’avenir. Cependant, on constate actuellement, avec ce retour à la Nature, une forme de croyance en l’avenir, une volonté de créer quelque chose. Il sera à voir, dans l’avenir, si cette volonté aboutira à des actions durables sur l’environnement, ou s’il s’agit uniquement d’une « tendance » accentuée par la société de consommation (il s’agit vraisemblablement des deux à la fois, certains tentant des actions véritables, durables et bénéfiques, d’autres se contentant de « suivre la mode »).

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(Louise Bourgeois, Nature Study, 1998)

Le concept de wilderness (que l’on peut traduire par « naturalité », et qui implique notamment dans son concept poussé que l’humain doit arrêter tout progrès afin que la Nature, et lui-même, retrouvent leurs états naturels, d’avant les progrès technologiques, voire même d’avant l’humain) aux États-Unis a été vivement critiqué par William Cronon dans les années 1990, car il considérait que cette notion était artificielles et obsolète par rapport à la société postmoderne (William CRONON, « Le problème de la wilderness ou le retour vers une mauvaise nature », traduction de W. CRONON, in Ecologie et Politique, n°38, 2009, p.173 – 199), et qu’elle pouvait aboutir à une vision néfaste de l’humain. Il préconisait plutôt de penser à intégrer harmonieusement notre culture et les avancées technologiques au sein de la Nature et de notre environnement naturel, les deux coexistant alors, sans que l’un prenne le pas sur l’autre.
Le concept de Cronon est aujourd’hui largement répandu, et beaucoup d’acteurs de l’économie tentent de trouver des moyens de faire cohabiter Nature et Humain sans dommages (même si réparer ce qui a déjà été fait est chose impossible en ce qui concerne la Nature) : nouvelles énergies, réserves d’eaux, nettoyage des eaux, réduction de l’usage de la voiture personnelle, jardins et potagers partagés, agriculture biologique, etc. Mais à côté de ces efforts, la société de consommation continue de détruire la Nature (le scandale de l’huile de palme, en 2016 et repris en 2018, et les indignations qu’il a soulevé n’ont pas réellement changé le fait que des milliers d’hectares continuent d’être incendiés afin de produire cette huile, d’autant plus que cette situation est compliquée à stopper d’un point de vue économique, à la fois pour les pays demandeurs et pour les pays producteurs de l’huile).

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(Kiki Smith, Woman with wolf, 2003)

Il faut également nuancer le propos en faisant une distinction entre « vivre en harmonie avec la Nature » (qui fait l’objet d’une réelle motivation) et « faire entrer la nature chez soi » (la grande «tendance» du moment, incluant de nombreuses publications).
Ce retour à la Nature pourrait être également expliqué par le fait que dans une société assez aseptisé, où tout est contrôle, un désir de la jouissance, au sens large, s’installe, en conflit avec ce contrôle aseptisé, engendrant une forme de « paganisme archaïque » (Michel MAFFESOLI, La Part du Diable : précis de subversion postmoderne, Paris, Flammarion, 2002), un rattachement aux éléments primordiaux de l’humain et de la Nature, une forme de « rémanence d’un sentiment païen enraciné dans la mentalité populaire » (Ibid.).

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(Sorcières, Revue mythique des 70s)

On voit donc apparaître sur les réseaux sociaux nombre de références à la mythologie grecque mêlée aux savoirs et médiums ancestraux de cette civilisation, une forme de retour du néoclassicisme, figure de proue de la stabilité et du retour à l’ancestralité, donc à la Nature, déjà à l’œuvre dans le passé, et volontiers associées au travail de la ligne des modernistes.
C’est-à-dire un syncrétisme postmoderne à la gloire du « neutre », qui m’a rappelé ma première sculpture, en 2003, une sorte de figure épaisse, sans genre, bras levés, bien campée sur ses jambes, avec une chevelure de ficelle, un androgyne avant l’heure au sein de mon travail puisque je m’étais inspirée de dieux/déesses païennes.

Donc, today, un retour de l’ancestral, du fait-main, de la déesse-mère, de la Nature. Certaines artistes féminines, et féministes, ont entièrement basé leur travail là-dessus il y a quelques temps, comme Kiki Smith (d’autres oeuvres ci-dessous) et sa fascination pour les figures païennes ou « naturelles ». On retrouve cette mouvance au sein des différentes rémanences de la sorcellerie et/ou de la Wicca.

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Mother, 2012

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Sky, 2011

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Teaching snakes with woman, 2011

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Earth, 2012

Et je m’arrête là, parce que, c’est déjà pas mal long… J’espère que vous y aurez trouvé des pistes intéressantes de réflexions. Et vous, retour à la Nature ou pas du tout ?

Belle journée !