Carcassonne, Moyen-Age, Pompiers, Orientalisme et Curiosités

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Connaissez-vous Carcassonne ? Vous avez sûrement déjà entendu parler de cette très belle cité médiévale, blindée de monde en été, regorgeant d’attrape-touristes, déserte ou quasi en hiver, entièrement pavée, où les restos servent tous du cassoulet et où devait avoir lieu une convention Game of Thrones… Bon, eh bien, j’y suis allé. En hiver, du coup, c’est quasiment désert, il y avait juste quelques esseulés comme nous, qui profite du beau soleil hivernal pour visiter des villes qui sont invivables en été (parce que trop de monde, trop de mômes qui braillent, etc.). En fait, avant de nous aventurer dans la cité médiévale, nous sommes restés en ville car s’y trouve le musée des Beaux-Arts, qui présentait alors une expo sur les dessins anatomiques et les gravures de Jacques Gamelin (on va encore croire que je suis bizarre, mais non non, l’anatomie pour moi c’est hyper important en tant qu’artiste, et même en tant que femme, d’ailleurs ça conditionne tellement que le premier truc que je regarde chez un homme, c’est son ossature, c’est dire ! Hum, bref, on s’égare.).

Donc, Carcassonne, et d’abord ce musée. Il est plutôt pas mal, je conseille toujours les musées des Beaux-Arts de « province » (terme que je déteste, ça fait tellement hyper parisien snob). Il est très riche en œuvres du XIXe siècle, et donc, en terme de pompier et d’orientaliste, on est servi ! Quelques exemples :

Les Orientalistes

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Jules Salles, Il fratellino, 1876

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Edouard-Bernard Debat-Ponsant, La fille de Jephte, 1876

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Charles Camille Chazal, Jeunes filles au bord de la mer, 1876

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Benjamin Constant, les Cherifas

Les Pompiers

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Louis Courtat, Le Printemps, 1878

léopold burthe sapho jouant de la lyre 1852

Léopold Burthe, Sapho jouant de la lyre, 1852

henri lehmann le pêcheur et la nymphe 1837

Henri Lehmann, Le pêcheur et la nymphe, 1837

Les Portraits de famille (ah, la famille du XIXe, la religion, les bons enfants, le royal père et la dévouée maman, tout un programme)

jean jalabert autoportrait en famille 1858

Jean Jalabert, Autoportrait en famille, 1858

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Henry D’Estienne, Portrait de grand-mère, 1899

Un peu d’histoire…

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Jean-Paul Laurens, Les emmurés de Carcassonne, XIXe siècle

evariste-vital luminais le dernier des mérovingiens 1884

Evariste-Vital Luminais, Le dernier des mérovingiens, 1884

Et quelques étrangetés, que j’adore !

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Zoé-Laure Delaune, L’option, 1876

(le cartel dit précisément : « Zoé-Laure DELAUNE épouse de Châtillon, 1826 – 1908 », plus le fait que ce tableau soit un don de 1876)

Alors vous avez remarqué : c’est une femme. Peintre. Du XIXe siècle. Qui ne peint pas ce que les femmes peignent ordinairement à l’époque : des petites fleurs, des animaux, de l’intime, etc. Non. Zoé s’attaque au sujet d’histoire. Elle fait partie des peintres classiques, en terme de sujet et de technique. On aime ou pas hein, je trouve ça un peu mièvre, mais enfin, je trouve que la petite histoire de Zoé méritait d’être citée, puisque la dame est citée comme exposant au Salon à partir de 1851 jusqu’en 1887, elle a reçu de nombreuses commandes de la part de Napoléon III, fait partie des toutes premières adhérentes à l’Union des femmes peintres et sculpteurs fondée en 1881, expose ensuite au salon des femmes artistes, et enfin est membre de la délégation de femmes françaises artistes présentées à l’Exposition universelle de 1893  de Chicago, regroupées dans le Woman’s Building. Chapeau bas quand même !

marco Benefial repos de la ste famille pendant la fuite en égypte 1750

Une autre curiosité pour moi : Marco Benefial, Repos de la sainte famille pendant la fuite en Égypte, 1750

Il faut savoir que la figure de la Maria Lactans (Vierge allaitante) est très rare en dehors du Moyen-Age et de la Renaissance. En effet, cette figure donna lieu à un culte immodéré pour le lait de la Vierge, et donc, ses seins nus, phénomène que l’Église finit par juger indécent et donc, interdit. Et là, on est en 1750, au XVIIIe siècle donc, autant dire que cette figure est une curiosité, car cela faisait belle lurette que l’on ne découvrait plus les seins de Marie !

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Hippolyte-Dominique Berteaux, La jeune pastoure, 1884

Curieux ce tableau. Une sorte de post-romantisme gothique teinté de pompier, assez fascinant en vrai je dois dire. (Le tableau est plus sombre, plus contrasté, là je l’ai un peu éclaircit pour voir plus de détails)

henri jean-guillaume martin paolo et francesca aux enfers 1883

Henri Jean-Guillaume Martin, Paolo et Francesca aux Enfers, 1883

Ceux qui adorent Dante et les romantiques sauront pourquoi j’adore ce tableau.

henri jean-guillaume martin la douleur

Henri Jean-Guillaume Martin, La douleur

Fantomatique…

henri jean-guillaume martin autoportrait en st jean-baptiste 1883

Henri Jean-Guillaume Martin, Autoportrait en St Jean-Baptiste, 1883

françois-alfred delobbe joueur de flûte champêtre 1874

François-Alfred Delobbe, Joueur de flûte champêtre, 1874

Un petit joueur de flûte assez étrange, un peu « faunesque »

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Edmond François Aman-Jean, St Julien l’hospitalier, 1882

Très étrange ce tableau, une manière de faire assez contemporaine je trouve, en avance sur son temps… Et il est immense en plus !

Quelques toiles antérieures au XIXe siècle

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Paul Moreelse, Mme Van Shurman, Renaissance

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Michiel Janzsoon Mierevelt, Portrait d’homme, Renaissance

michiel janzsoon mierevelt portrait de femme

Michiel Janzsoon Mierevelt, Portrait de femme, Renaissance

Il s’agit d’un diptyque, les tableaux font partie d’un butin des nazis pendant la deuxième guerre mondiale, des recherches sont faites, ils vont être rendus aux héritiers de leurs propriétaires légitimes.

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Ecole Romaine, La Paix, milieu XVIIe siècle

adélaïde labille-guiard portrait de femme

Adélaïde Labille-Guiard, Portrait de femme (encore une femme artiste, ouaaaaiiiissss !)

Les Modernes et les Contemporains

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Niki, bien sûr.

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Lilly Steiner, Les arums dans l’atelier, années 50

Encore une femme. Je ne suis pas fan, pour moi c’est juste un bouquet de fleurs (et on sait, les fleurs sont le domaine privilégié des artistes féminines, hum, ironie hein) peint dans le style moderne. Rien de bien folichon.

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Le seul tableau hyperréaliste, un genre sous représenté dans les musées français : François Bricq, Sea hunter, années 80

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Cécile Reims, Accomplissement, 1986

Enfin, l’expo Gamelin, avec ces superbes gravures !

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Ensuite, la ville de Carcassonne, que j’ai shootée en noir et blanc, parce que la cité y pousse un peu, comme toutes les cités médiévales, elles ont l’air d’être là, posées, sereines, encore debout pour des siècles…

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Quelques infos pratiques : on ne monte pas en voiture dans la cité médiévale. Arrivez donc tôt et garez-vous sur les parkings gratuits aux abords des remparts (qui vont bientôt tous être payants). Ensuite, si vous voulez manger au resto, sachez que si vous êtes vegan ou veggie, ça va être compliqué. Parce que le plat national là-bas, c’est le cassoulet, avec canard et saucisses. Nous, on en a mangé, chez Dame Carcass (j’avoue, le nom était tentant). C’était bon, mais sans plus, voilà.

Ensuite un conseil, là, juste entre amis : si vous tombez sur un mec qui fait du racolage pour le Musée de l’Inquisition et de la Torture, passez votre chemin. Bon, nous, on s’est fait avoir. C’est hyper cher (30 euros à trois), ça casse pas des briques (essayez de démêler le vrai du fake, un peu compliqué, car il faut bien le dire, beaucoup d’instruments de torture médiévaux n’ont pas survécus, donc, on en trouve très très peu, et certains avaient ici l’air bien fake, notamment en terme de soudure, on y trouve même des vis cruciformes), la mise en scène est un peu risible (surtout la bande-son et les mannequins)… Le bâtiment restauré est très beau ceci dit. Clairement, ça vaut pas le coup, une arnaque exemplaire.

Et j’ai fait quelques emplettes à la boutique du musée :

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Le livre sur l’expo Gamelin bien sûr, une mine d’or !

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THE livre sur Marie-Madeleine, du Moyen-Age à aujourd’hui (ci-dessus, par Ernest Pignon-Ernest, un artiste extraordinaire et un homme d’une douceur et d’une gentillesse à toute épreuve, oui, j’ai eu la très grande chance de le rencontrer)

Et un livre sur les femmes peintres au XIXe siècle,très intéressant. Il y en avait un autre que je voulait à tout prix, sur les femmes artistes en général, mais bien sûr, il ne restait plus que l’exemplaire de présentation, et la demoiselle n’avait pas le droit de le vendre…

Précision : la boutique du musée contient beaucoup de livres très intéressants, mais attention, ils ne prennent pas la carte bleue, pensez à vous munir d’espèces !

Belle journée !

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Une toile, pas à pas…

Conformément à ce que j’avais promis, voici donc pas à pas, l’élaboration d’une toile. Je dis toile, et non peinture, car j’utilise une technique mixte mêlant peinture et dessin.

Donc, tout commence par un idée. Forcément, ça paraît simple, mais cela ne l’est pas forcément. Une idée, ça s’affine, donc, cela demande un peu de temps pour mûrir et faire des croquis. Évidemment, c’est juste ma technique à moi, il y a des tas d’autres artistes qui préfèrent créer dans l’immédiat et l’urgence, cela dépend de votre « karma ».

Donc, quelques croquis avant la toile, histoire de bien mettre en place mon sujet. Je choisis la composition, les couleurs, les symboles. Cela peut évoluer en cours de route bien sûr.

Ensuite, je prépare la toile. Je choisis des châssis en bois épais, car je colle du papier dessus, donc, plus le châssis est épais, moins il se déforme sous l’effet de rétractation du papier et de la colle. J’utilise du papier recyclé, pas réellement blanc, plutôt beige, à la fois résistant et malléable. La colle, c’est de la colle à bois, étalée au pinceau (de préférence, utilisez toujours le même pinceau pour ce type d’action, car même après lavage, il va avoir tendance à se durcir), c’est la meilleure pour ce type de collage, ultra-résistante même après des années et des différences extrêmes de température.

Maintenant, dessin. Je pose grosso modo les lignes du visage, notamment lorsqu’il doit être exactement au milieu de la toile. Sachez que je travaille souvent d’après photo, notamment pour les ombres ou l’effet à obtenir, même si au final, cela ne ressemblera pas à la photo. J’utilise des mines pour criterium,ici c’est du HB, mais plus gras c’est bien aussi, et je monte les noirs progressivement. Pour les retouches, comme les rehauts de blanc sur les lèvres, j’utilise une gomme mie de pain, ou pour les toutes petite zones, une gomme blanche que je taille au cutter. Je dessine également les contours de tous les autres éléments.

Ensuite, opération peinture. Je commence toujours par le doré. Ici, j’ai utilisé le l’acrylique doré de chez Sennelier, c’était la première fois, mais ce n’est pas ma préférée. Avant, j’utilisais la Studio Bronze, qui a l’avantage d’avoir deux dorés différents, de la marque Géant des Beaux-Arts. Elle est mieux je trouve, au niveau consistance : plus épaisse que la Sennelier, elle ne retient cependant pas les coups de pinceau, alors que l’autre, plus fluide, les retient plus. De plus, il m’a fallu quatre couches pour obtenir l’effet souhaité, là où deux suffisent avec la Studio Bronze (ce qui est une économie).

Un exemple avec la doré Studio Bronze :

(ici, c’était le doré ancien, que je préfère de loin au doré traditionnel, il est plus chaud, plus dense)

En revanche, pour le rose, la Sennelier est top : très épaisse et hyper couvrante, j’ai fait deux couches par acquis de conscience mais une était suffisante.

Une fois tout cela bien sec (la Sennelier sèche très très vite), je passe au dernier élément, le phylactère et la calligraphie. Le tout est réalisé au feutre noir Molotow, les meilleurs feutres acryliques du marché  : hyper couvrant, séchant vite, et ne filant pas dans les fibres du papier, une pure merveille ! Pour les modèles de phylactères médiévaux, pinterest est votre meilleur ami.

Et enfin, la calligraphie. J’utilise avant tout des polices gothiques, donc, j’ai plein de références en ce domaine, que je scanne et imprime dans différentes tailles. Je les décalque à la taille voulu en formant les phrases, et j’applique sur la toile. Elles sont ensuite « coloriées » avec le même feutre Molotow.

Ici, la toile n’est pas vernie. Mais normalement, elles sont toutes vernies (sur la peinture uniquement, le crayon est fixé avec du fixatif, trois à quatre couches, avant de commencer la peinture.), avec un vernis Lascaux, qui convient aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, résistant aux différences de température extrêmes ainsi qu’au gel. Je le dilue à 50% avec de l’eau, ça s’étale beaucoup mieux, et je passe 3 à 4 couches. Vous pouvez augmenter ou diminuer le nombre de couches de vernis, cela dépend du rendu que vous voulez obtenir (plus ou moins brillant, sachez qu’il existe également des vernis mat). Comme avec la colle à bois, utilisez toujours le même pinceau, car il va durcir au fil du temps, même après lavage. Utilisez de préférence une brosse qui ne laissera pas de traces de poils, et faites un test avant sur quelque chose si c’est la première fois que vous l’utilisez. J’ai eu une sacré surprise avec un pinceau en poils de chèvre, soi-disant spécial vernis. Tu parles, dés le premier passage en plein hiver,, il a perdu ses poils comme si c’était déjà le printemps ! Donc, testez d’abord.

Et voilà ! La toile se nomme « Welcome on social media », mesure 50 x 50 cm. Je signe toujours au recto, avec la date, ainsi qu’au verso, où j’écris ma signature, la date et le titre directement sur la toile. C’est une question de sécurité en cas de vol : une toile, ça s’enlève d’un châssis, donc ne signez jamais sur le bois.

Belle journée !

Le Musée Fayet, une belle découverte…

« Je retiens votre promesse de venir me voir à Béziers. Voilà bien longtemps que nous n’avons pas parlé peinture, j’ai un tas de choses à vous montrer. D’abord, mon atelier est remanié. Dans un panneau, L’Homme à la Pipe étincelle au milieu des Moissons d’or. De l’autre côté, tous les Gauguin ; Cézanne au milieu de ses pommes et de ses fleurs… »

Gustave Fayet à George-Daniel de Monfreid, 2 novembre 1903.

Ce sont souvent dans les petits musées inconnus que l’on fait les plus belles découvertes… Ce fut le cas pour moi dans le Musée Fayet de Béziers. Celui-ci est une partie du musée des Beaux-Arts, réparti en deux endroits différents : Hôtel Fayet pour la partie ancienne des collections, et Hôtel Fabrégat pour la partie moderne des collections. Les deux sont actuellement fermés pour d’importantes restaurations, qui devraient redonner un peu de lustre aux deux lieux. Le deuxième était déjà fermé lorsque je m’y suis rendu, mais j’ai pu admirer l’intérieur de l’Hôtel Fayet, qui est vraiment très très beau (et plutôt bien conservé d’ailleurs)….

Figurez-vous que la demeure imposante ne fut pas, à la base, propriété des Fayet… Il appartenait au XVIIIe siècle au Baron de Villeraze-Castelnau, et s’appelait donc « Hôtel de Villeraze ». Tout aurait pu continuer ainsi gentiment, si M. le Baron n’avait eu la fâcheuse idée d’y assassiner le procureur du Roi en 1772. Oui, rien que ça, je ne vous raconte pas la une des gazettes mondaines de l’époque (enfin façon de parler, disons que beaucoup de ragots ont circulé dans les couloirs). Il fut gracié par Louis XVI, mais condamné au bannissement. Il partit donc de Béziers, il lui arriva des tas de choses, et il revint à la fin du Second Empire, mais ne se réinstalla pas à l’Hôtel (histoire que cela ne lui porte pas la poisse, on sait jamais). Il le loua donc, et plus tard, le vendit à la famille Fusier. Par le biais de la jolie Élise, celle-ci s’allia à la famille Fayet, et voilà comment l’Hôtel Fayet naquit…

(Charles Copeyl, portrait présumé de Charles de Rohan, XVIIIe)

La famille Fayet est issue de la nouvelle grande bourgeoisie, enrichie grâce au négoce du vin (oui, Béziers fut le centre de la France en terme de vins il y a longtemps). L’un des fils d’Élise, Gustave, devint un très grand collectionneur d’art moderne, et sa très riche collection est aujourd’hui répartie entre Orsay, l’Ermitage, le Metropolitan de NY, la National Gallery de Washington, etc.

Il doit sa passion à son père et son grand-père, tous deux peintres paysagistes. Il devint lui-même artiste multi-médium, connue notamment pour ses tapisseries symbolistes.

(Donatien Nonotte, 1750, portrait de la vicomtesse suédoise Brita Christina Tornflyckt)

Cet homme était un fou d’art. Comme beaucoup d’héritiers grand-bourgeois, il aurait pu se contenter de vivre de ses rentes, comme tout le monde dans son milieu, et il aurait fini sa vie gros, gras, sentant le cigare, coiffé d’un haut-de-forme plus grand que lui, impotent, porté sur les cocottes, et sans doute atteint de la goutte et d’une maladie du foie. Mais non, pas du tout. Il se marie à Madeline d’Andoque de Sériège, excusez du peu, et hérite bien sûr des propriétés viticoles du père de celle-ci, ce qui enrichit considérablement le cheptel. Fort de cette nouvelle richesse, il achète pour 20 000 francs de tableaux, Degas, Pissaro, Renoir… Et 20 000 francs de l’époque, ça fait beaucoup !

(Dominicus Smout, (1671- 1733), Vanité, huile)

(et mesdames et messieurs les conservateurs, ceci est un message national : quand on accroche un diptyque, on l’accroche toujours de manière à ce que sa lecture se fasse de gauche à droite, comme un livre européen… Or là, l’ordre était inversé, mais je vous les présente dans le bon ordre…)

En 1900, le voilà Conservateur du Musée des Beaux-Arts de la ville, qui voit une grande exposition s’y tenir en 1901. Pour l’occasion, c’est le grand déballage : Rodin, Maurice Denis, Lautrec… Il y a même un Picasso, et il est à noté que la première grande expo du monsieur, avant celle d’Ambroise Vollard…

Mais l’artiste favori de Gustave fut Gauguin, avec qui il entretint une correspondance très riche du vivant de l’artiste. Il possèda jusqu’à 70 œuvres, tous types confondus.

Malheureusement, les modernes ne sont pas du goût de tout le monde, et son enthousiasme ne rejaillit guère sur le Municipalité et le public bitterrois… Déçu, il part s’installer à Paris, et l’essentiel de sa collection le suit en 1905, laissant l’Hôtel endormi… Ce n’est qu’en 1966 qu’il renaitra en se transformant en Musée, suite à la donation de la famille à la Municipalité…

Il est à noter que de nombreuses œuvres dorment dans les salles fermées au public, ce qui est fortement dommage pour lui ! Et je crois aussi que curieusement, le bâtiment n’est pas classé, ce qui est fortement regrettable, vu la qualité des intérieurs préservés et de l’histoire du bâtiment !

(beaucoup de belles sculptures classiques, je n’ai pris en photo tous les cartels, d’autant que certains étaient absents)

(au rez-de-chaussée, des sculptures d’Injalbert, artiste local de la Belle Epoque)

(un fond du XVIIIe siècle qui va être donné au Musée afin d’enrichir le mobilier déjà présent, très très beaux objets d’art…)

(belle collection de verrerie Art Déco)

Et le clou, ma curiosité préférée :

Un tableau parfaitement insolite : si le sujet des faunes et de Pan est récurrent au XVIIIe siècle, dont date vraisemblablement ce tableau si j’en crois la facture (mais pas de cartel et on n’a pas pu me renseigner…Grrrr), en revanche, il est insolite d’y croiser des femmes-faunes, et encore moins en train d’allaiter ! Donc, profitez-en, c’est une pure curiosité !

Belle journée (prochain article dimanche, on parlera de mon travail et de comment je le fais, ensuite je vous embarquerai pour Carcassonne, où je parlerai de Marie-Madeleine) !

 

Une Histoire de Poils…

(la célèbre femme à barbe Clémentine Delait)

Aujourd’hui, parlons bien, parlons poils. Oui, nos poils à nous, les filles. C’est un problème depuis la nuit des temps (enfin, bon, pas aussi loin, mais presque), et encore plus aujourd’hui.

Soyons honnête : l’homo sapiens, et encore avant, n’en a rien à fiche de ses poils. Donc, il ne s’épile pas (il a d’autres préoccupations hyper plus importantes). On va passer sur tout un pan de l’histoire occidentale, et on s’arrête chez les romains.

Les romains s’épilent (ok, c’est pas un scoop). Et quand on dit « les romains », c’est en réalité « les romaines ET les romains ». Oui, les mecs s’épilent aussi. Un romain, c’est pas hirsute. Les grecs, pareil. Les égyptiens, pareil. A l’époque, l’épilation, c’est une marque de distinction : t’es épilé, t’es pas couvert de poils hirsutes, donc tu es civilisé, tu n’es pas un barbare, assimilé à un animal (donc poilu). Je résume, mais anthropologiquement parlant, c’est ça. Un peuple composé d’humains propageant une idée de supériorité sur les autres s’épile forcément. En gros, le poil, c’est ce qui sépare l’humain de l’animal, la civilisation de la barbarie. Évidemment, c’est en partie inconscient, mais à partir du moment où l’homo sapiens sapiens  se rend compte qu’il est plus intelligent que l’animal (ou du moins, qu’il se croit supérieur à lui), il cherche à s’en démarquer, d’où la nécessité d’enlever, d’éradiquer, ce qui relie l’homme à l’animal, donc, épilation obligatoire.

Alors, on va vous dire : les gaulois ne s’épilaient pas, les vikings non plus, les goths et les celtes non plus. Alors, pour les trois derniers je ne suis pas sûre, mais les gaulois ont commencé à s’épiler avec l’arrivée des romains. C’est une forme d’intégration, et d’assimilation malheureusement. Les romains arrivent (une fois les terres conquises), épilés, cheveux courts (pour les hommes), sans barbes, maquillés, parfumés (pour les riches), ils ont donc une force d’attraction : ils sont vainqueurs, donc, on va les imiter pour être comme eux, hyper forts. C’est caricatural, mais l’inconscient humain fonctionne comme ça en partie : si quelque chose est fort, plus fort que lui, a une force d’attraction, est connu, riche, etc, alors en l’imitant, l’esprit (et le corps humain) s’attache une partie de cette force. C’est en partie à cause de cette réflexion que certaines tribus mangeaient des organes appartenant à l’ennemi tué, afin de s’approprier son courage, idem pour les animaux tués. Et si on analyse bien, l’humain fonctionne toujours ainsi : c’est grâce à ça que les tendances peuvent être lancées par des célébrités, célébrités sur lesquelles le public projette ses propres fantasmes corporels.

(L’Origine du Monde, un sexe de prostituée épilée juste ce qu’il faut)

Bref. Sautons quelques siècles. Au XIXe siècle, en France, les bourgeoises, les nobles s’épilent. Les prostituées aussi. Les femmes du peuple ont autre chose à faire à mon avis, celles qui travaillent notamment dans les champs. Les femmes s’épilent. Les hommes non : on est passé depuis belle lurette du statut « homme épilé, homme civilisé » au statut « homme velu, homme viril ». Pratique. Désormais, seules les femmes vont souffrir en enlevant la moquette.

(Frida et ses poils)

Bien sûr, ça continue au XXe siècle. Le marché de la beauté est florissant, et on n’arrête pas le progrès en terme de « dépoilage » intensif : on invente même des motifs de pubis (un camélia Chanel peut-être au-dessus de votre string ?), des crèmes anti-repousse (arnaque total), etc. Et tout ceci est en réalité lié à la fonction vitale de l’humain 2.0 : il se croit le maître du monde, et d’une certaine façon, il l’est. Donc, femme épilée, femme civilisée. On met de côté les sportifs, qui, eux, s’épilent pour de « bonnes » raisons.

Et aujourd’hui, au XXIe siècle ? Ben, on s’épile toujours (femmes et de plus en plus d’hommes). Sauf qu’un mouvement se fait jour : #bodyhairdontcare. Retour à la nature, bio, végan, naturel, pas épilée, culte de l’enracinement culturel, retour des »sorcières »… Tout ceci procède du même inconscient collectif : le nomadisme.

Aujourd’hui, l’homme sait que le monde va mal, la planète va mal. Crises financières et économiques, famine, guerres, terrorisme, mondialisation, empoisonnement de la terre, scandales alimentaires, maladies… Il voit ça tous les jours. Or, dans ce type de contexte, l’humain a fortement tendance à se retourner vers des bases solides, le passé, ou du moins le passé revisité, fantasmé, et en tout cas, ce qui lui parait solide, inaltérable. D’où notamment le retour à la nature, aux valeurs. L’arrivée du hipster. Le grand retour des racines culturelles dont on est fiers. Le bio. Les sorcières occupées à préparer tout un tas de trucs avec plantes, huiles et cristaux. Le vintage. Etc. Donc, retour des poils.

Cela pourrait être anodin si nous n’étions pas dans la génération 2.0. C’est là que ça se corse : nomadisme. Bienvenue dans le monde merveilleux des années 2017, où on veut être ailleurs mais comme chez soi, où on veut être paumé mais avec le wifi, où on veut être libre mais attaché à ses racines, où on est amoureux mais sans attaches, où on veut être avec plein de monde mais quand même dans sa bulle. Le monde 2.0 a donner naissance à ça : l’humain hybride, foncièrement narcissique, à l’esprit tellement libre qu’il ne connaît pratiquement aucune attache, et qui possède cette extraordinaire faculté à sauter du coq à l’âne et à brûler aujourd’hui ce qu’il adorait hier. En clair : un humain à l’esprit dangereusement instable, nomade, donc. Les optimistes diront : bah, les générations futures feront preuve d’une redoutable capacité d’adaptation. Sauf que non, en fait, cela paraît impossible. Car si l’être humain actuel s’adapte remarquablement bien, il ne le fait qu’avec ce que la société lui propose, il a du mal à se séparer de son confort, du confort illusoire que lui procure notamment ce monde 2.0. L’être humain ne s’adapte à des situations extrêmes et compliqués que lorsqu’il y est obligé, très rarement de son plein gré et dans ce dernier cas, c’est parce qu’il aura choisi un changement qui ne peut que lui apporter du bien.

(la fameuse Femme à Barbe de Ribeira)

Bref, je m’égare, revenons aux poils. Ce nomadisme donc, ramenant l’humain proche de la nature, va de pair bien sûr, avec cette grande vague du #bodyhairdontcare.

Et là, je vais vous parler de MES poils. Sujet hautement important n’est-il pas ? (humour). Je m’épile depuis la troisième (si vous comptez bien et que vous vous doutez de mon âge, ça fait donc… Longtemps), à la cire, en institut. Tu douilles. Franchement. Ma mère ne connaît pas sa chance, elle qui est pratiquement sans poil au naturel, et encore, hyper bien ciblés. Moi, j’ai hérité du gène poilu de mon père, une véritable arnaque à la naissance. Encore s’ils étaient ciblés. Mais non. Quand je dis « épilation des jambes », c’est TOUTE la jambe, cuisses comprises, voyez ??? Et encore, j’ai vu pire que moi, notamment des femmes obligées de s’épiler les joues tellement ça se voit trop. C’est là que le fabuleux #bodyhairdontcare perd tout son sens pour moi. Si vous tapez ce hashtag dans instagram, vous allez trouver bien sûr des tas de dessins à la gloire du poil (c’est assez poilant la plupart du temps… Désolé, il fallait que je la fasse), et aussi des photos. Sauf que j’ai remarqué un truc : les femmes montrant leurs poils le font toujours de manière ultra-ciblée. La star des poils ici, c’est l’aisselle. De la très poilue à la petite repousse d’un mois, tout le monde y va de son dessous de bras. Bon, encore, les aisselles poilues, je pourrait gérer (sauf que je transpire pas mal et que même avec un déo, les poils, dans ce cas-là, ça peut devenir… Disons, envahissant, surtout pour les autres). On voit quelques gambettes aussi. Je ne les trouve pas très poilues honnêtement, pas de vrais gorilles en vue. Un peu déçue. Et alors, quand on parle du maillot, là, c’est un peu le désert : très très peu de slips ou strings avec des poils qui débordent de partout. Les autres endroits, on n’en parle même pas. C’est là que ça me gêne : c’est comme ci on voulait bien des poils, mais hyper ciblés, pas partout partout. Parce que, franchement, qui a envie de se promener avec des poils foncés sur les joues, un genre d’intermédiaire entre la barbe et le duvet, franchement agaçant (une vraie barbe de femme, là, vous pouvez l’assumer. Ou pas) ? Honnêtement, hein ? Ou le dos, alors, voilà, une femme avec un dos velu, vous en avez déjà vu ? Moi, oui, à l’institut, parce que la femme ne pouvait pas aller à la plage comme ça, et je la comprends. Donc, si on accepte les poils, on devrait TOUS les accepter. Mais c’est loin d’être le cas en fait (à quelques exceptions près quand même).

Pourquoi je me suis épilée ? Alors, d’abord, parce qu’ils étaient ultra-foncés et ultra-longs (des petites tresses auraient été hyper esthétiques, mais c’était pas à la mode, huhuhu). Donc, après des années en institut, là, ils sont normaux : pas épais, pas trop trop foncés, gérables quoi. Ensuite, à partir de ma première année de Beaux-Arts, j’ai commencé à me faire de l’argent de poche en posant nue comme modèle pour des ateliers privés ou des cours. Et là, ben t’es obligé de t’épiler. Je réagis ici en tant qu’artiste : le cours de modèle vivant, c’est fait à la base pour que les élèves maîtrisent l’anatomie. Et les poils, ça cache les ombres, et les muscles. On comprend beaucoup mieux l’attache de l’aisselle si elle n’est pas poilue. Donc, j’ai continué de m’épiler.

Et aujourd’hui ? Cela fait quatre mois que je n’ai pas touché à mes poils. Et je vais retourner à l’institut. Eh oui. Pourquoi me direz-vous ? Eh bien, parce que, non, il n’y a rien à faire, je refuse l’animal qui est en moi, ou du moins, je le domestique. Je n’essaie pas franchement de correspondre à un canon esthétique, dont je me fiche éperdument, mais je suis parfaitement consciente qu’en m’épilant, j’affirme ma domination d’être humain sur la nature animale de l’être humain (l’épilation c’est ça aujourd’hui, sous couvert de statut esthétique, c’est juste une domination de l’animal par l’humain). Et ça me convient très bien. En plus, j’assume pas du tout le regard des autres en ce qui concerne mes poils. Autant je peux être très excentrique en terme de mode, autant les poils, pas du tout.

Je pense qu’aujourd’hui, le mouvement de libération des poils, s’il peut être revendiqué comme féministe, va plus loin que cette simple revendication. L’ensauvagement de l’humain est de plus en plus présent : nomadisme, violence, suprématie de l’instinct sur la raison, réaction démesurée face une situation somme toute banale ou anodine… L’être humain est en train de redevenir sauvage (au sens « animal instinctif »). Sachant que ce phénomène ne peut que s’accentuer, il fait peur dans la mesure où l’homme risque de devenir un animal surarmé et suréquipé en technologie.

(Portrait d’Antonietta Gonsalvue, 16e siècle)

Donc, pour moi, l’épilation, c’est l’affirmation de ma raison sur mon instinct. Tant que je respirerai et que je ne vivrais pas dans une nation m’obligeant à mettre en premier lieu mon instinct de survie plutôt que ma raison, je continuerai de faire valoir la raison sur l’instinct. Et d’ailleurs, on remarque que même dans les favelas mexicaines, les femmes, même sans un sous, continuent de s’épiler. De ce fait, elle revendiquent leur dignité de femme contre tout ce qui leur manque, parce qu’il leur manque beaucoup de choses. La même chose s’est produite dans les camps de concentration de la seconde guerre mondiale : les prisonniers gardant le désir de vivre et de s’en sortir continuaient de se laver, de se raser, parce que c’était la seule et unique chose les rattachant encore à l’humain (relisez Primo Levi). La dignité de l’homme, dans ces cas-là, passe par ses poils enlevés, parce que c’est encore la seule chose qu’il peut faire contre l’animalité qui l’entoure. Même si l’épilation est pour beaucoup de gens un canon esthétique, elle ne l’est pas pour moi, je le vois d’une autre manière. Chaque femme est libre de ces opinions, donc, chaque femme fait ce qu’elle veut de ses poils. Mais avant de choisir l’une ou l’autre décision, comprenez pourquoi vous le faites. Parce que le féminisme est aujourd’hui devenu une tendance (société de consommation bonjour, récupération de toutes les contre-cultures possibles), les poils le sont également. Je trouve cela gênant.

(Marie-Madeleine poilue, un rappel de son « épisode sauvage »)

Quelques pistes théoriques si le cœur vous en dit :

Charles Melmann, L’Homme sans gravité (psy)

Gilles Lipovetsky, La Troisième Femme (socio) (plus tous ces autres livres)

Michel Maffesoli, Iconologies (socio)

Ce dernier est décrié ces temps-ci, donc, c’est vous qui voyez, mais franchement, je ne comprends pas pourquoi son concept de « nomadisme » fait bondir ses collègues sociologues, vu que c’est vrai, et qu’on est en plein dedans (faut être une taupe pour ne pas s’en rendre compte). Je crois que le crime du Monsieur, c’est de mettre la sociologie à portée de tous.

Belle journée !

 

Histoires macabres : Eléonore de Tolède

(Éléonore de Tolède, École de Bronzino, XVIe siècle)

En l’an de grâce 1522, en Espagne, dans la province de Salamanque, naquit une fort jolie petite fille, prénommée Éléonore. Si la dite petite fille avait vécue une vie paysanne sous le beau et chaud soleil d’Espagne, notre histoire s’arrêterait là. Mais Éléonore n’est pas une petite fille comme les autres. Son père n’est autre que le vice-roi de Naples, et sa mère est marquise. Elle se prénomme donc « Éléonore Álvarez de Tolède et Pimentel-Osorio ». Ce qui n’est pas rien. La petite fille grandit et devient une belle jeune fille au front grave, à l’œil rond et au visage pur. Bien sûr, elle ne peut choisir son époux, on va la marier à un jeune homme dont on se fiche du physique du moment qu’il possède un titre ou des terres ou des richesses, voire les trois à la fois, ça serait le top. Bon, Éléonore espère quand même au fond d’elle-même, comme toute jeune fille à peine sortie de l’enfance, que son prince charmant sera beau, grand et fort, et qu’il l’emmènera dans un beau château blanc où elle coulera des jours paisibles à ne rien faire, enfin, à part quelques enfants, à déprimer et à manger des gâteaux au miel et aux amandes jusqu’à ce que sa beauté soit gâtée par ses mêmes excès et qu’elle finisse par mourir vieille, décatie, obèse, et confite en religion. Je caricature un brin, mais en gros, c’était un peu ce que l’on attendait des femmes à l’époque. Sauf que Éléonore aura un destin tragique, macabre, bien éloigné de cette vie promise (vous sentez le suspense qui monte là ?).

En 1539 donc, on la marie. Ô joie, ô désespoir. Le mari parfait est Cosme de Médicis (le premier, duc de Florence et à l’époque futur grand-duc de Toscane). Il a de l’avenir, il a un titre et il est riche (quand même, c’est un Médicis). Et en prime il est beau (costaud, barbu, le top de l’époque quoi, sauf qu’il a une petite coquetterie dans l’œil mais on lui pardonne…). Si elle ne l’a pas choisi, lui en revanche, il sait ce qu’il fait : il veut renforcer son image politique, et donc, il convient d’épouser une jeune femme qui lui apporte ce soutien politique dont il a besoin. Ce qui tombe bien, puisque Éléonore, ultra super riche et fille du vice-roi de Naples, qui sert donc l’Empereur Charles Quint, est la candidate idéale, vu que celui-ci veut s’allier aux Médicis plus ou moins contre les espagnols maintenus en Toscane. Bon, c’est un peu compliqué tout ça, mais en gros, Éléonore, c’est un parti de choix. En plus, elle est très belle, ce qui ne gâche rien. C’est tout bénéf pour Cosme. Le mariage se fait donc. Et l’angoisse commence.

(Cosme de Médicis, Bronzino, 1560)

Éléonore s’ennuie ferme, de Palazzo Vecchio en Palazzo Pitti, elle traîne sa beauté et son humeur égale et apaisante. Cette humeur lui sert pas mal dans la vie de tous les jours : elle a visiblement un caractère lui permettant de calmer l’impétuosité et les sautes d’humeur de son mari (oui, il est lunatique, il est introverti, il pique des colères, le contraire du prince charmant quoi). De plus, elle finit par occuper son temps par du mécénat. Elle adore les arts et soutient farouchement les maniéristes comme Bronzino, qui fera son portrait plusieurs fois, des portraits glaçants sur lesquels nous reviendrons. Ah, et puis elle fait des enfants, ben oui. En tout, 9 enfants sortiront de la couche nuptiale. 9. Déjà pour moi deux c’est le summum (et encore, je n’en veux pas), alors 9… Bon, on peut donc se dire qu’il y avait quelque chose entre Éléonore et Cosme, une forme d’amour qui a pu naître au fil du temps, comme c’est beau. Mais tout n’est pas rose au pays des licornes : sur les 9 enfants, seuls 6 vont vivre (ce qui n’est déjà pas mal) : François (futur grand-père de Louis XIII), Isabelle (qui épousera un Orsini), Jean (qui deviendra cardinal), Lucrèce (qui épousera un D’Este), Ferdinand (futur grand-duc de Toscane), et Pierre (qui se mariera avec sa cousine…). Les autres meurent enfants : la première et la septième de la malaria, et le sixième, mystère, on sait qu’il est mort mais on ne sait pas de quoi.

(Éléonore de Tolède, Bronzino, 1543)

Voici le portrait le plus célèbre de Bronzino, il s’agit donc de Éléonore et d’un de ses fils. Le tableau date de 1545, et on s’extasie tous devant cette robe absolument superbe, typique de la mode espagnole de l’époque (Éléonore est fidèle à ses racines)…

En 1545, Éléonore accouche de Lucrèce. A ce moment, elle va sombrer dans une grave dépression, aggravée par les grossesses à répétition (elle aura encore 4 enfants, dont les deux premiers mourront), et par une maladie pulmonaire qui l’épuise progressivement.

Après les morts de deux autres enfants, elle va devenir petit à petit obsédée par l’idée de la mort. Elle exprimera même à Bronzino son souhait le plus cher: être peinte dans un cercueil. C’est-à-dire poser vivante, dans un cercueil, pour être représentée morte. Évidemment, la peinture ne se fera pas (shocking !!!). Dommage, cela aurait été grandiose ! Les médecins, en désespoir de cause, et attribuant sa dépression aux morts successives des bambins et à sa maladie, l’envoie à Pise, en espérant qu’elle guérisse. Ce qu’elle ne fera pas. Éléonore meurt à Pise, en 1562, à 40 ans. Le portrait ci-dessous illustre bien la déchéance physique qu’elle a due subir (visage, mâchoire, yeux, mouchoir)…

(Eléonore de Tolède, Alessandro Allori, 1560-1562)

L’histoire ne s’arrête pas là… Les tableaux de Bronzino sont très connus, et reconnus de par le monde. On les admire tout en leur reconnaissant ce trait typique du maniérisme : la beauté glacée et glaçante, hors du temps et inaccessible… Lors d’une exposition en 1962, André Chastel tombe en arrêt devant le fabuleux portrait d’Éléonore et de son fils. Il aura alors cette remarque :  » Cette robe a la somptuosité d’une parure mortuaire »…

Or, en 1982, les tombeaux des Médicis sont ouverts (histoire de voir si c’est pas des zombies, mais bon, en vrai, histoire de vérifier de quoi ils sont morts). On découvre le corps d’Éléonore, superbement embaumée (et un peu racorni tout de même)… Et qui porte cette somptueuse robe, exceptionnellement conservée vu son âge…

Rebelote en 2002 : Gino Fornaciari, professeur d’histoire de la médecine et de pathologie à l’université de Pise, obtient l’autorisation de rouvrir certains tombeaux des Médicis (décidément, ils ne dormiront pas en paix), dont celui d’Éléonore. Avec les techniques actuelles, on constate que la pauvre a vécue un calvaire : courbure des tibias (rachitisme étant enfant, pas rare du tout chez les enfants de grandes maisons, à cause du manque d’exposition à la lumière), fractures multiples des os du bassin (grossesses multiples entre 18 et 32 ans), vertèbres critiques (arthrite), grave affection dentaire (carence en calcium due aux grossesses à répétition)…. Oui, tout n’était décidément pas rose au pays des licornes… Bon, c’est rien à côté de Jeanne d’Autriche, dont a fait l’autopsie au même moment (prognathisme, ossification excessive de la voûte crânienne, malformation des couronnes dentaires, scolioses marquées, dislocation congénitale de la hanche, difformité du bassin, le tout occasionnant sa mort à 30 ans lors de son dernier accouchement).

En espérant ne pas vous avoir trop déprimé, mais j’aime les histoires de femmes, en général, elles sont très édifiantes…

P.S. : vous trouverez sur le net différents chiffres concernant les enfants d’Éléonore et Cosme, 9, 10 ou 11. Je me suis bornée aux 9 que je connaissais, mais peut-être qu’il y a eu aussi des enfants morts-nés.

Belle journée !

 

 

 

La Maison de l’Armateur, une décor spectaculaire et étrange…

Toutes mes excuses pour le temps d’attente, mais j’ai eu pas mal de travail (j’en ai encore, mais quand même, il faut faire vivre ce blog, et j’ai des tas de billets en attente ! Et ça, c’est pour vous donner envie de revenir…^^), donc, pas d’article la semaine dernière. Je vous retrouve aujourd’hui avec cet article sur un musée extraordinaire, situé à Rouen : la Maison de l’Armateur. Je n’étais pas très motivée à l’idée d’y aller : la reconstitution d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle me laissait de marbre, ce n’est pas vraiment ma période préférée, mais bon, c’était bête d’aller à Rouen et de ne pas faire TOUS les musées (voir mes articles précédents sur le Musée Flaubert et le Musée des Beaux-Arts…), donc, j’y suis allée. Je n’ai pas regretté ! En effet, rien que pour l’architecture, c’est extraordinaire ! Cet hôtel particulier est en effet construit selon une forme octogonale sur 5 étages avec un puits de lumière central, je n’avais jamais vu ça ! Un miracle qu’il ait été épargné par les bombardements…

Le premier architecte, en 1790 fut Paul-Michel Thibault, et son œuvre fut continuée par Pierre Adrien Pâris. La demeure est achetée en 1800 par un armateur, Martin-Pierre Foache, d’où le nom donné à la maison. Il en fit sa résidence d’hiver (modestement). La reconstitution tourne autour de différentes ambiances fin XVIIIe siècle et début XIXe siècle, tout cela très néo-classique.

Le Bureau de Monsieur

Un petit Salon (fan de ce tissu, imprimé à la planche…)

Le Boudoir de Mme

La salle à manger, hyper néo-classique style grec et camées…

D’autres pièces néo-classiques…

L’Atelier des modes…

Détails…

Et bien sûr, il y a un cabinet de curiosités (alléluia !)…

(le masque mortuaire de Napoléon, l’un des quelques exemplaires de son médecin personnel, celui-ci fut donné à M. Allègre, capitaine, en 1840, qui en fit ensuite don à la ville)

L’exposition temporaire était liée à des œuvres de la Maison Lignereux, créatrice d’objets d’art depuis 1787, donc, ça collait tout à fait à l’ambiance…

Belle journée !

Book Haul, spécial Noël !

(une page de carnet de croquis réalisée à partir d’un livre cité plus bas…)

Si vous suivez le blog depuis un petit moment, vous savez sans doute que moi et les livres, c’est une grande et profonde histoire d’amour (à côté, Titanic c’est de la gnognotte). C’est simple : je ne PEUX pas vivre sans livre, c’est impossible. Les livres, c’est la culture, la connaissance et l’évasion. Il est donc normal que ma famille (enfin, mes parents), connaissant ce goût immodéré pour le papier imprimé, m’offrent des livres à chaque occasion.

J’avais déjà fait un « book haul » lors de ma visite au Havre, où j’avais trouvé de fort jolies choses… Voici donc le « book haul » de Noël, car, même si j’ai eu peu de choses comparé d’autres personnes, mes parents m’ont offert de superbes livres !

Cabinet de Curiosités

Ma mère m’a offert l’album à colorier de Deyrolle, plus parce qu’elle sait que j’adore les planches naturalistes que pour le coloriage, qui m’indiffère complètement… Et elle ne s’est pas trompée : les planches sont superbes, un peu petites certes, mais tellement inspirantes ! Pour aller avec, elle m’a également offert deux copies de récipients médicinaux, que je collectionne, un très joli carnet (oui, je raffole aussi de la papeterie…).

Avec un bois de cerf provenant de mon propre cabinet de curiosités, qui n’en finit pas de s’agrandir…

Une carte postale avec de beaux papillons, un extrait de mon carnet de croquis actuel, et l’un de mes carnets façon « vieux cahier » (une de mes créations).

Pirates ! L’art du détournement culturel

Mon père m’a offert ce livre extraordinaire sur le détournement culturel en art plastique, qui colle tout à fait à mon sujet… C’est une mine d’or, il est très bien fait, en plus d’être riche en illustrations, une vraie source d’inspiration, avec de très bons textes, et des interviews d’artistes…

Avec un lot de bracelets style Art Déco, et un collier en bois que j’adore, merci papa !

L’un de mes artistes favoris : Blaze. En arrière-plan un ancien numéro du magazine satirique « Punch » et un vieux numéro du « Saturday Evening Post », illustré (comme très souvent) par Norman Rockwell, que j’adore…

Un article sur Soazig Chamaillard, dont j’adore les vierges revisitées… En arrière-plan le livre « Pinxit » de Mark Ryden, et un extrait de mon carnet de croquis actuel.

Les Chroniques de Downton Abbey

De la part de mon père toujours, un livre sur Downton Abbey, que j’ai dévoré, car on y trouve des photographies des objets de chaque personnage, des fac-similés photographiés, etc. Un très beau livre, avec une très belle mise en page.

Avec deux carnets venant de Maisons du Monde, et en fond, des échantillons de papiers peints Farrow and Ball…

Les pages consacrées à Mary, avec l’une de mes créations, le carnet à reliure japonaise, et des papiers peints Farrow and Ball…

Japonismes

Ma mère m’a également offert ce superbe ouvrage « Japonismes », qui décrit, explique, les relations entre l’art japonais et l’art européen fin XIXe-début XXe siècles, jusque dans les années Art Déco. Les photographies sont magnifiques, la mise en page divine, un superbe cadeau !

Avec deux petits carnets également offerts (merci maman), de l’artiste Patricia Ariel.

Le Livre des Symboles

Et de la part des deux, le fameux livre sur les Symboles des éditions Taschen, qui va drôlement bien me servir pour mon mémoire ! Richement illustré et très bien fait, les symboles y sont classés par thèmes, ce qui est très pratique.

Avec deux carnets réalisés par mes soins et en fond, une page de mon carnet de croquis actuel…

Voilà, j’espère que cela vous aura donné envie d’aller voir ces livres (je ne suis pas responsable en cas de « consommationite aiguë ») !

Est-ce que ces livres vous plairaient ? Et vous, vous avez eu des livres pour Noël ?

Belle journée !

Hailey Gates et Grace Neutral : mode, tattoos et féminisme

Si vous êtes abonné à la chaîne Viceland, vous connaissez sûrement Hailey Gates et Grace Neutral. Mais si vous vous intéressez à la mode ou au tatouage, vous les connaissez sans doute aussi. Il y a environ 6 mois, si vous m’aviez parlé de ces deux jeunes femmes, je vous aurais regardé avec une tête de martien tombant de la planète Mars et découvrant le monde humain… En gros, je ne connaissais pas. Et quand, il y a 6 mois environ, j’ai découvert les reportages de Grace Neutral, diffusés sur Viceland, je suis devenue fan. Comment ai-je pu passer à côté ? Du coup, dés que la saison 2 de States of Undress, de Hailey Gates est passée sur la même chaîne, j’ai sauté dessus tellement le sujet m’a paru intéressant. Re-grosse claque. Comment ai-je pu passer à côté…

Je vous explique : Hailey Gates est une jeune femme, journaliste, américaine, très sympa, figure clé du journalisme indé new-yorkais, et qui s’intéresse à la mode. Mais pas à la mode du type « suivre les tendances », non. La mode dans un sens sociologique et anthropologique, en quoi la mode révèle-t-elle plus sur un pays que la politique ou l’économie. Cela ne pouvait que m’intéresser. Ses documentaires sont absolument passionnants, très bien fait, ils présentent le pays, en gros, son histoire etc, puis s’interrogent sur comment vivent les femmes de ce pays. C’est là que le féminisme intervient : si Hailey Gates fait très peu de commentaires, elle tente de comprendre et non de juger, en revanche, les reportages sont édifiants en ce qui concerne les conditions féminines dans le monde (et je peux vous assurer qu’en France, on est bien loties par rapport à d’autres femmes). Car Hailey se rend très peu dans des pays « sans risques », elle choisit plutôt des pays « à controverses ». La saison 1 se déroulait au Pakistan, au Congo, au Venezuela (où les tampons sont interdits), en Russie, en Palestine, en Chine, où elle rencontre Li Maizi, féministe et activiste. Elle va jusqu’à porter le voile pour pouvoir interviewer un proche d’Ail-Qaïda. La saison 2 se déroule quand à elle au Liberia, en France (à l’époque du sujet brûlant sur le burkini), en Thaïlande, en Bolivie, au Mexique, en Syrie, et en Roumanie. Autant dire que Hailey n’a pas froid aux yeux, et que vous ressortez glacé de ces reportages, avec une furieuse envie de ruer dans les brancards… Rares sont les pays montrés où la femme est (relativement) libre de s’habiller comme elle le souhaite. Fort heureusement, il y a de l’espoir : dans les autres pays, là où elles sont brimées, elles ont suffisamment de ressources et d’imagination pour combattre, à leurs manières, les oppressions sont elles sont victimes. Si vous êtes très sensible, je ne vous recommande pas la Thaïlande, ni le Mexique (j’ai pleuré devant le premier).

Prenons un exemple : le Mexique. Quand vous dites « Mexique » à un européen, ou disons, un occidental, immédiatement des images d’Épinal se mettent en place : temples, incas, aztèques, Frida Kahlo, couleurs, musique, joie de vivre, Dias de los muertos, sombreros, etc. C’est beau, c’est enjoué, c’est coloré. Bon, ce n’est pas une mauvaise chose, je suis moi-même fan de Frida et de tout ce qui se rapporte aux Aztèques. Mais le Mexique, c’est un pays triste, où règne une grande violence, et une corruption tellement bien ancrée dans le pays qu’il n’y a même d’autre solution pour survivre, avec un gouvernement qui ne fait pas, ou ne peut faire grand chose. Au Mexique, les jeunes issus de familles riches se comportent comme des porcs envers le reste de la population : ils ont tous les droits et la police ne peut même pas les arrêter. Au Mexique, des jeunes en sont encore à manifester pour avoir le droit de s’habiller emo. Au Mexique, le climat de violence est tel que les affrontements entre « tribus » font des morts, et on peut se faire battre à mort parce qu’on a un look différent. Le Mexique, c’est aussi ça, et ce que veut montrer Hailey : une société complètement rongée, où la seule liberté réside en une coupe de cheveux, et où on peut mourir pour ça. Je ne verrai plus jamais le Mexique de la même façon.

La chaîne Viceland et les reportages : https://www.viceland.com/en_us/host/hailey-gates     (peut-être aussi visible sur youtube, je ne sais pas)

L’instagram de Hailey : https://www.instagram.com/haileybentongates/?hl=fr

Grace Neutral, anglaise, évolue dans un mode différent : celui du tatouage. Elle se définit elle-même comme tatoueuse et activiste, et elle est féministe. Grace est, comme l’a dit très justement quelqu’un, une « porteuse de lumière », et jamais prénom ne fut mieux choisi. En plus d’être très belle, très modifiée (oui, le blanc de ses yeux est bleu, oui elle scarifiée et a des tatouages partout), elle est d’une ouverture d’esprit, d’une sensibilité et d’une gentillesse à toute épreuve. Dans le série Beyond Beauty, elle explore, dans des pays difficiles, les conditions de vie des femmes par rapport au corps, à la beauté, et aux canons en vigueur. Et je peux vous dire que c’est affreux. Le Brésil notamment, où les différents témoignages vous remettent à votre place. Après, on se considère comme chanceuse d’habiter en France, et pas au Brésil. Grâce à son apparence, Grace peut entrer dans des milieux underground, voire dangereux, et donc, on a un avis vraiment très intéressant, et pas juste celui de la dernière ‘it-girl’ top tendance. Grace met aussi un point d’honneur à montrer à la fois les femmes qui sont prêtes à tout pour correspondre à un canon (c’est assez effrayant) et celles qui sont prêtes à tout pour justement s’en écarter. J’ai découvert avec horreur le quotidien des jeunes femmes brésiliennes nées avec une peau trop foncée (oui, le noir, au Brésil, c’est moche, et pourtant 70 % de la population est noire ou métisse noire…), ce qu’elles doivent subir au quotidien. J’ai découvert que le tatouage est illégal en Corée, mais que ça ne pose de problème à personne que des jeunes filles de 18 ans se fassent refaire, ou qu’à 20 ans, on se « botox » tous les 6 mois. C’est dur mais à la fois, on découvre réellement le quotidien des femmes et les pressions qu’elles subissent, donc, c’est hyper intéressant.

La saison 2 de Beyond Beauty sur i-D : https://i-d.vice.com/fr/topic/grace-neutral

Sur Vice : https://video.vice.com/en_uk/show/beyond-beauty-with-grace-neutral

Sur youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PLOXwHyzEvi7jGLrUaA-02MiOw5560ONGh

L’instagram de Grace : https://www.instagram.com/graceneutral/?hl=fr

En espérant que cela vous donne envie d’aller voir, je décline toute responsabilité en cas de montée des eaux et pénurie de mouchoirs. Dites-moi ce que vous en pensez, j’aimerai avoir vos avis !

Belle journée !

 

Le Calendrier Magique de Manuel Orazi et Austin de Croze

(mon hommage à Orazi)

Chacun y va de son petit calendrier, du plus choupinou de la mort qui tue (bébés lapins, chatons tout roses et autres licornes couleur arc-en-ciel) au plus minimaliste chic (tout juste si on arrive à lire les jours tellement c’est écrit petit dans une police de caractère qui a trouvé le moyen de faire un régime super efficace entre Noël et jour de l’An)… Je vais vous faire une confidence : je HAIS les calendriers. C’est bizarre. J’adore pourtant tout ce qui est papier, magazines et papeterie, je vénère la typographie et la mise en page, mais je hais les calendriers. Pourtant, à l’heure où je vous parle, je suis cernée par trois calendriers et deux agendas. Gloups.

Il n’en est qu’un qui trouve grâce à mes yeux : le calendrier magique de Manuel Orazi et Austin de Croze.

Manuel Orazi (1860-1934) fait partie de ces affichistes et peintres art nouveau un peu oublié (faut dire que pour beaucoup, l’art nouveau c’est Mucha et puis c’est tout), dont l’œuvre est considérable et, qui plus est, en avance sur son temps. Quand je regarde certaines de ces productions, j’ai l’impression de voir les prémices de l’art déco, cet homme était un génie. On sait peu de choses sur Orazi, on connaît juste son parcours professionnel, tout juste connaît-on ses relations, ses oeuvres, son nom… Le calendrier magique reste aujourd’hui un petit mystère : pourquoi et comment les deux hommes se sont rencontrés ? Pourquoi Austin de Croze, qui était un bon vivant gastronome aussi éloigné de la sorcellerie et de l’alchimie qu’un bulot est éloigné du taureau dans un menu à 12 plats, a-t-il écrit ce calendrier magique ? Pourquoi Orazi choisit-il de l’illustrer, lui qui est plutôt connu pour des sujets classiques de l’art nouveau, bien qu’il illustra quelques livres décadents fin de siècle ? Est-ce que Orazi a voulu rendre hommage à des connaissances qu’il admirait et dont il partageait peut-être les goûts décadents ?

Il semblerait que Austin de Croze, outre sa passion pour la gastronomie française, s’était épris d’ésotérisme, mais enfin, c’est une passion commune pour l’époque, et fort partagée. Et Orazi a sans doute trouvé l’occasion très belle de réaliser un bel objet, publié seulement à 777 exemplaires (ben voyons) en 1896. Ou bien, ils étaient saouls et sous morphine et absinthe. Aussi. Cela peut arriver. Vous vous souvenez de vos années lycée, quand on décortique à mort un poème de Baudelaire jusqu’à ce que cela ne ressemble plus qu’à une vieille grenouille morte passée sous un train ? Et où on apprend que Baudelaire a dû suer sang et eau pendant trois heures avant de pondre le poème parfait, alors qu’en réalité il était certainement fortement alcoolisé et un peu dans les vapes…. C’est peut-être un peu ça, le calendrier magique.

Toujours est-il qu’il est là, il est beau. Il n’est pas réédité, ne l’a jamais été, Actes Sud, si jamais vous m’entendez, c’est le moment d’agir, vous feriez plaisir à tellement de fans… En plus, on est en plein contexte « return of the witches », c’est le bon moment  !

(A la fin du livre, il y a une phrase qui dit : « O Toi qui feuilletas ces pages, ayant en ton âme l’espoir malsain d’y trouver le suprême pouvoir du Mal, sois déçu!. ». Donc, je pense que c’est juste un bel objet et un beau pied-de-nez fait aux faux adeptes de la sorcellerie fin de siècle, hyper tendance, par les deux auteurs)

Les couvertures intérieures

Les premières pages, dont les phases de la lune et les sorcières

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Les dernières pages

Et vous, il ressemble à quoi votre calendrier idéal ?

Belle journée, et belle année !

 

Maisons Curieuses : Mark Ryden

Mark Ryden est l’un de mes peintres favoris. Déjà, je suis une grande fan du lowbrow / pop surréalisme, mais ce que j’aime, en plus, chez Mark Ryden, c’est le fait qu’il soit un inconditionnel des cabinets de curiosités et de l’histoire de l’art (passions dont on trouve de très larges traces dans son œuvre). Et j’aime voir les lieux de création, je trouve que souvent, la maison d’un artiste en dit long sur lui, et donc sur son œuvre. La maison de Mark Ryden (et de son épouse Marion Peck, artiste lowbrow également) est un véritable musée, à la fois de l’étrange et du kitsch, assez surchargé (ami du minimal chic, passez votre chemin), et délicieusement rétro. Une véritable merveille, où votre œil est sollicité de tous les côtés. Je rêvais qu’un magazine publie un article consacré à cette maison, qui est tout autant un chef-d’œuvre artistique que les peintures du couple qui y habite ! Et bien, le site internet L.A. Curbed, dédié à l’habitat, l’a fait !!! (l’article complet)… Je partage donc avec vous les photos de ce superbe reportage !

La maison détonne complètement dans le paysage : les Ryden-Peck habitent une rue de L.A. remplie de maisons de type années 50 aux couleurs pastels (genre Edward aux Mains d’Argent, voyez)… La maison est gris foncé, et paraît un peu austère…

Le jardin de derrière, rempli de superbes détails…Et cette piscine en forme de pagode chinoise !

 

L’entrée-salon, avec une ambiance plutôt asiatique.

La salle à manger, avec ses rayures roses et blanches de marchand de glaces…

L’escalier, en galerie de portraits et souvenirs…

Les toilettes sont bien sur prodigieuses ! Avec une belle collection d’Abraham !

 

L’atelier, pièce maîtresse de la maison, superbe je dois dire, si je pouvais avoir la moitié de cet espace, je serai contente !

Le jardin d’hiver, avec cette Sainte Thérèse monumentale veillant jalousement sur le bar…

La chambre du couple, très Conte des Mille et Une Nuits !

Une salle de bain. Si vous avez vu le film « Big Eyes » de Tim Burton, vous reconnaîtrez sans peine l’artiste qui a peint ses portraits d’enfants aux grands yeux…

L’artiste au travail… En plus de ses peintures, Mark Ryden fait aussi des sculptures et installations pour certaines expositions…

Le couple d’artistes…

Belle journée, et belles fêtes de Noël !