Histoires macabres : Eléonore de Tolède

(Éléonore de Tolède, École de Bronzino, XVIe siècle)

En l’an de grâce 1522, en Espagne, dans la province de Salamanque, naquit une fort jolie petite fille, prénommée Éléonore. Si la dite petite fille avait vécue une vie paysanne sous le beau et chaud soleil d’Espagne, notre histoire s’arrêterait là. Mais Éléonore n’est pas une petite fille comme les autres. Son père n’est autre que le vice-roi de Naples, et sa mère est marquise. Elle se prénomme donc « Éléonore Álvarez de Tolède et Pimentel-Osorio ». Ce qui n’est pas rien. La petite fille grandit et devient une belle jeune fille au front grave, à l’œil rond et au visage pur. Bien sûr, elle ne peut choisir son époux, on va la marier à un jeune homme dont on se fiche du physique du moment qu’il possède un titre ou des terres ou des richesses, voire les trois à la fois, ça serait le top. Bon, Éléonore espère quand même au fond d’elle-même, comme toute jeune fille à peine sortie de l’enfance, que son prince charmant sera beau, grand et fort, et qu’il l’emmènera dans un beau château blanc où elle coulera des jours paisibles à ne rien faire, enfin, à part quelques enfants, à déprimer et à manger des gâteaux au miel et aux amandes jusqu’à ce que sa beauté soit gâtée par ses mêmes excès et qu’elle finisse par mourir vieille, décatie, obèse, et confite en religion. Je caricature un brin, mais en gros, c’était un peu ce que l’on attendait des femmes à l’époque. Sauf que Éléonore aura un destin tragique, macabre, bien éloigné de cette vie promise (vous sentez le suspense qui monte là ?).

En 1539 donc, on la marie. Ô joie, ô désespoir. Le mari parfait est Cosme de Médicis (le premier, duc de Florence et à l’époque futur grand-duc de Toscane). Il a de l’avenir, il a un titre et il est riche (quand même, c’est un Médicis). Et en prime il est beau (costaud, barbu, le top de l’époque quoi, sauf qu’il a une petite coquetterie dans l’œil mais on lui pardonne…). Si elle ne l’a pas choisi, lui en revanche, il sait ce qu’il fait : il veut renforcer son image politique, et donc, il convient d’épouser une jeune femme qui lui apporte ce soutien politique dont il a besoin. Ce qui tombe bien, puisque Éléonore, ultra super riche et fille du vice-roi de Naples, qui sert donc l’Empereur Charles Quint, est la candidate idéale, vu que celui-ci veut s’allier aux Médicis plus ou moins contre les espagnols maintenus en Toscane. Bon, c’est un peu compliqué tout ça, mais en gros, Éléonore, c’est un parti de choix. En plus, elle est très belle, ce qui ne gâche rien. C’est tout bénéf pour Cosme. Le mariage se fait donc. Et l’angoisse commence.

(Cosme de Médicis, Bronzino, 1560)

Éléonore s’ennuie ferme, de Palazzo Vecchio en Palazzo Pitti, elle traîne sa beauté et son humeur égale et apaisante. Cette humeur lui sert pas mal dans la vie de tous les jours : elle a visiblement un caractère lui permettant de calmer l’impétuosité et les sautes d’humeur de son mari (oui, il est lunatique, il est introverti, il pique des colères, le contraire du prince charmant quoi). De plus, elle finit par occuper son temps par du mécénat. Elle adore les arts et soutient farouchement les maniéristes comme Bronzino, qui fera son portrait plusieurs fois, des portraits glaçants sur lesquels nous reviendrons. Ah, et puis elle fait des enfants, ben oui. En tout, 9 enfants sortiront de la couche nuptiale. 9. Déjà pour moi deux c’est le summum (et encore, je n’en veux pas), alors 9… Bon, on peut donc se dire qu’il y avait quelque chose entre Éléonore et Cosme, une forme d’amour qui a pu naître au fil du temps, comme c’est beau. Mais tout n’est pas rose au pays des licornes : sur les 9 enfants, seuls 6 vont vivre (ce qui n’est déjà pas mal) : François (futur grand-père de Louis XIII), Isabelle (qui épousera un Orsini), Jean (qui deviendra cardinal), Lucrèce (qui épousera un D’Este), Ferdinand (futur grand-duc de Toscane), et Pierre (qui se mariera avec sa cousine…). Les autres meurent enfants : la première et la septième de la malaria, et le sixième, mystère, on sait qu’il est mort mais on ne sait pas de quoi.

(Éléonore de Tolède, Bronzino, 1543)

Voici le portrait le plus célèbre de Bronzino, il s’agit donc de Éléonore et d’un de ses fils. Le tableau date de 1545, et on s’extasie tous devant cette robe absolument superbe, typique de la mode espagnole de l’époque (Éléonore est fidèle à ses racines)…

En 1545, Éléonore accouche de Lucrèce. A ce moment, elle va sombrer dans une grave dépression, aggravée par les grossesses à répétition (elle aura encore 4 enfants, dont les deux premiers mourront), et par une maladie pulmonaire qui l’épuise progressivement.

Après les morts de deux autres enfants, elle va devenir petit à petit obsédée par l’idée de la mort. Elle exprimera même à Bronzino son souhait le plus cher: être peinte dans un cercueil. C’est-à-dire poser vivante, dans un cercueil, pour être représentée morte. Évidemment, la peinture ne se fera pas (shocking !!!). Dommage, cela aurait été grandiose ! Les médecins, en désespoir de cause, et attribuant sa dépression aux morts successives des bambins et à sa maladie, l’envoie à Pise, en espérant qu’elle guérisse. Ce qu’elle ne fera pas. Éléonore meurt à Pise, en 1562, à 40 ans. Le portrait ci-dessous illustre bien la déchéance physique qu’elle a due subir (visage, mâchoire, yeux, mouchoir)…

(Eléonore de Tolède, Alessandro Allori, 1560-1562)

L’histoire ne s’arrête pas là… Les tableaux de Bronzino sont très connus, et reconnus de par le monde. On les admire tout en leur reconnaissant ce trait typique du maniérisme : la beauté glacée et glaçante, hors du temps et inaccessible… Lors d’une exposition en 1962, André Chastel tombe en arrêt devant le fabuleux portrait d’Éléonore et de son fils. Il aura alors cette remarque :  » Cette robe a la somptuosité d’une parure mortuaire »…

Or, en 1982, les tombeaux des Médicis sont ouverts (histoire de voir si c’est pas des zombies, mais bon, en vrai, histoire de vérifier de quoi ils sont morts). On découvre le corps d’Éléonore, superbement embaumée (et un peu racorni tout de même)… Et qui porte cette somptueuse robe, exceptionnellement conservée vu son âge…

Rebelote en 2002 : Gino Fornaciari, professeur d’histoire de la médecine et de pathologie à l’université de Pise, obtient l’autorisation de rouvrir certains tombeaux des Médicis (décidément, ils ne dormiront pas en paix), dont celui d’Éléonore. Avec les techniques actuelles, on constate que la pauvre a vécue un calvaire : courbure des tibias (rachitisme étant enfant, pas rare du tout chez les enfants de grandes maisons, à cause du manque d’exposition à la lumière), fractures multiples des os du bassin (grossesses multiples entre 18 et 32 ans), vertèbres critiques (arthrite), grave affection dentaire (carence en calcium due aux grossesses à répétition)…. Oui, tout n’était décidément pas rose au pays des licornes… Bon, c’est rien à côté de Jeanne d’Autriche, dont a fait l’autopsie au même moment (prognathisme, ossification excessive de la voûte crânienne, malformation des couronnes dentaires, scolioses marquées, dislocation congénitale de la hanche, difformité du bassin, le tout occasionnant sa mort à 30 ans lors de son dernier accouchement).

En espérant ne pas vous avoir trop déprimé, mais j’aime les histoires de femmes, en général, elles sont très édifiantes…

P.S. : vous trouverez sur le net différents chiffres concernant les enfants d’Éléonore et Cosme, 9, 10 ou 11. Je me suis bornée aux 9 que je connaissais, mais peut-être qu’il y a eu aussi des enfants morts-nés.

Belle journée !

 

 

 

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La Maison de l’Armateur, une décor spectaculaire et étrange…

Toutes mes excuses pour le temps d’attente, mais j’ai eu pas mal de travail (j’en ai encore, mais quand même, il faut faire vivre ce blog, et j’ai des tas de billets en attente ! Et ça, c’est pour vous donner envie de revenir…^^), donc, pas d’article la semaine dernière. Je vous retrouve aujourd’hui avec cet article sur un musée extraordinaire, situé à Rouen : la Maison de l’Armateur. Je n’étais pas très motivée à l’idée d’y aller : la reconstitution d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle me laissait de marbre, ce n’est pas vraiment ma période préférée, mais bon, c’était bête d’aller à Rouen et de ne pas faire TOUS les musées (voir mes articles précédents sur le Musée Flaubert et le Musée des Beaux-Arts…), donc, j’y suis allée. Je n’ai pas regretté ! En effet, rien que pour l’architecture, c’est extraordinaire ! Cet hôtel particulier est en effet construit selon une forme octogonale sur 5 étages avec un puits de lumière central, je n’avais jamais vu ça ! Un miracle qu’il ait été épargné par les bombardements…

Le premier architecte, en 1790 fut Paul-Michel Thibault, et son œuvre fut continuée par Pierre Adrien Pâris. La demeure est achetée en 1800 par un armateur, Martin-Pierre Foache, d’où le nom donné à la maison. Il en fit sa résidence d’hiver (modestement). La reconstitution tourne autour de différentes ambiances fin XVIIIe siècle et début XIXe siècle, tout cela très néo-classique.

Le Bureau de Monsieur

Un petit Salon (fan de ce tissu, imprimé à la planche…)

Le Boudoir de Mme

La salle à manger, hyper néo-classique style grec et camées…

D’autres pièces néo-classiques…

L’Atelier des modes…

Détails…

Et bien sûr, il y a un cabinet de curiosités (alléluia !)…

(le masque mortuaire de Napoléon, l’un des quelques exemplaires de son médecin personnel, celui-ci fut donné à M. Allègre, capitaine, en 1840, qui en fit ensuite don à la ville)

L’exposition temporaire était liée à des œuvres de la Maison Lignereux, créatrice d’objets d’art depuis 1787, donc, ça collait tout à fait à l’ambiance…

Belle journée !

Book Haul, spécial Noël !

(une page de carnet de croquis réalisée à partir d’un livre cité plus bas…)

Si vous suivez le blog depuis un petit moment, vous savez sans doute que moi et les livres, c’est une grande et profonde histoire d’amour (à côté, Titanic c’est de la gnognotte). C’est simple : je ne PEUX pas vivre sans livre, c’est impossible. Les livres, c’est la culture, la connaissance et l’évasion. Il est donc normal que ma famille (enfin, mes parents), connaissant ce goût immodéré pour le papier imprimé, m’offrent des livres à chaque occasion.

J’avais déjà fait un « book haul » lors de ma visite au Havre, où j’avais trouvé de fort jolies choses… Voici donc le « book haul » de Noël, car, même si j’ai eu peu de choses comparé d’autres personnes, mes parents m’ont offert de superbes livres !

Cabinet de Curiosités

Ma mère m’a offert l’album à colorier de Deyrolle, plus parce qu’elle sait que j’adore les planches naturalistes que pour le coloriage, qui m’indiffère complètement… Et elle ne s’est pas trompée : les planches sont superbes, un peu petites certes, mais tellement inspirantes ! Pour aller avec, elle m’a également offert deux copies de récipients médicinaux, que je collectionne, un très joli carnet (oui, je raffole aussi de la papeterie…).

Avec un bois de cerf provenant de mon propre cabinet de curiosités, qui n’en finit pas de s’agrandir…

Une carte postale avec de beaux papillons, un extrait de mon carnet de croquis actuel, et l’un de mes carnets façon « vieux cahier » (une de mes créations).

Pirates ! L’art du détournement culturel

Mon père m’a offert ce livre extraordinaire sur le détournement culturel en art plastique, qui colle tout à fait à mon sujet… C’est une mine d’or, il est très bien fait, en plus d’être riche en illustrations, une vraie source d’inspiration, avec de très bons textes, et des interviews d’artistes…

Avec un lot de bracelets style Art Déco, et un collier en bois que j’adore, merci papa !

L’un de mes artistes favoris : Blaze. En arrière-plan un ancien numéro du magazine satirique « Punch » et un vieux numéro du « Saturday Evening Post », illustré (comme très souvent) par Norman Rockwell, que j’adore…

Un article sur Soazig Chamaillard, dont j’adore les vierges revisitées… En arrière-plan le livre « Pinxit » de Mark Ryden, et un extrait de mon carnet de croquis actuel.

Les Chroniques de Downton Abbey

De la part de mon père toujours, un livre sur Downton Abbey, que j’ai dévoré, car on y trouve des photographies des objets de chaque personnage, des fac-similés photographiés, etc. Un très beau livre, avec une très belle mise en page.

Avec deux carnets venant de Maisons du Monde, et en fond, des échantillons de papiers peints Farrow and Ball…

Les pages consacrées à Mary, avec l’une de mes créations, le carnet à reliure japonaise, et des papiers peints Farrow and Ball…

Japonismes

Ma mère m’a également offert ce superbe ouvrage « Japonismes », qui décrit, explique, les relations entre l’art japonais et l’art européen fin XIXe-début XXe siècles, jusque dans les années Art Déco. Les photographies sont magnifiques, la mise en page divine, un superbe cadeau !

Avec deux petits carnets également offerts (merci maman), de l’artiste Patricia Ariel.

Le Livre des Symboles

Et de la part des deux, le fameux livre sur les Symboles des éditions Taschen, qui va drôlement bien me servir pour mon mémoire ! Richement illustré et très bien fait, les symboles y sont classés par thèmes, ce qui est très pratique.

Avec deux carnets réalisés par mes soins et en fond, une page de mon carnet de croquis actuel…

Voilà, j’espère que cela vous aura donné envie d’aller voir ces livres (je ne suis pas responsable en cas de « consommationite aiguë ») !

Est-ce que ces livres vous plairaient ? Et vous, vous avez eu des livres pour Noël ?

Belle journée !

Hailey Gates et Grace Neutral : mode, tattoos et féminisme

Si vous êtes abonné à la chaîne Viceland, vous connaissez sûrement Hailey Gates et Grace Neutral. Mais si vous vous intéressez à la mode ou au tatouage, vous les connaissez sans doute aussi. Il y a environ 6 mois, si vous m’aviez parlé de ces deux jeunes femmes, je vous aurais regardé avec une tête de martien tombant de la planète Mars et découvrant le monde humain… En gros, je ne connaissais pas. Et quand, il y a 6 mois environ, j’ai découvert les reportages de Grace Neutral, diffusés sur Viceland, je suis devenue fan. Comment ai-je pu passer à côté ? Du coup, dés que la saison 2 de States of Undress, de Hailey Gates est passée sur la même chaîne, j’ai sauté dessus tellement le sujet m’a paru intéressant. Re-grosse claque. Comment ai-je pu passer à côté…

Je vous explique : Hailey Gates est une jeune femme, journaliste, américaine, très sympa, figure clé du journalisme indé new-yorkais, et qui s’intéresse à la mode. Mais pas à la mode du type « suivre les tendances », non. La mode dans un sens sociologique et anthropologique, en quoi la mode révèle-t-elle plus sur un pays que la politique ou l’économie. Cela ne pouvait que m’intéresser. Ses documentaires sont absolument passionnants, très bien fait, ils présentent le pays, en gros, son histoire etc, puis s’interrogent sur comment vivent les femmes de ce pays. C’est là que le féminisme intervient : si Hailey Gates fait très peu de commentaires, elle tente de comprendre et non de juger, en revanche, les reportages sont édifiants en ce qui concerne les conditions féminines dans le monde (et je peux vous assurer qu’en France, on est bien loties par rapport à d’autres femmes). Car Hailey se rend très peu dans des pays « sans risques », elle choisit plutôt des pays « à controverses ». La saison 1 se déroulait au Pakistan, au Congo, au Venezuela (où les tampons sont interdits), en Russie, en Palestine, en Chine, où elle rencontre Li Maizi, féministe et activiste. Elle va jusqu’à porter le voile pour pouvoir interviewer un proche d’Ail-Qaïda. La saison 2 se déroule quand à elle au Liberia, en France (à l’époque du sujet brûlant sur le burkini), en Thaïlande, en Bolivie, au Mexique, en Syrie, et en Roumanie. Autant dire que Hailey n’a pas froid aux yeux, et que vous ressortez glacé de ces reportages, avec une furieuse envie de ruer dans les brancards… Rares sont les pays montrés où la femme est (relativement) libre de s’habiller comme elle le souhaite. Fort heureusement, il y a de l’espoir : dans les autres pays, là où elles sont brimées, elles ont suffisamment de ressources et d’imagination pour combattre, à leurs manières, les oppressions sont elles sont victimes. Si vous êtes très sensible, je ne vous recommande pas la Thaïlande, ni le Mexique (j’ai pleuré devant le premier).

Prenons un exemple : le Mexique. Quand vous dites « Mexique » à un européen, ou disons, un occidental, immédiatement des images d’Épinal se mettent en place : temples, incas, aztèques, Frida Kahlo, couleurs, musique, joie de vivre, Dias de los muertos, sombreros, etc. C’est beau, c’est enjoué, c’est coloré. Bon, ce n’est pas une mauvaise chose, je suis moi-même fan de Frida et de tout ce qui se rapporte aux Aztèques. Mais le Mexique, c’est un pays triste, où règne une grande violence, et une corruption tellement bien ancrée dans le pays qu’il n’y a même d’autre solution pour survivre, avec un gouvernement qui ne fait pas, ou ne peut faire grand chose. Au Mexique, les jeunes issus de familles riches se comportent comme des porcs envers le reste de la population : ils ont tous les droits et la police ne peut même pas les arrêter. Au Mexique, des jeunes en sont encore à manifester pour avoir le droit de s’habiller emo. Au Mexique, le climat de violence est tel que les affrontements entre « tribus » font des morts, et on peut se faire battre à mort parce qu’on a un look différent. Le Mexique, c’est aussi ça, et ce que veut montrer Hailey : une société complètement rongée, où la seule liberté réside en une coupe de cheveux, et où on peut mourir pour ça. Je ne verrai plus jamais le Mexique de la même façon.

La chaîne Viceland et les reportages : https://www.viceland.com/en_us/host/hailey-gates     (peut-être aussi visible sur youtube, je ne sais pas)

L’instagram de Hailey : https://www.instagram.com/haileybentongates/?hl=fr

Grace Neutral, anglaise, évolue dans un mode différent : celui du tatouage. Elle se définit elle-même comme tatoueuse et activiste, et elle est féministe. Grace est, comme l’a dit très justement quelqu’un, une « porteuse de lumière », et jamais prénom ne fut mieux choisi. En plus d’être très belle, très modifiée (oui, le blanc de ses yeux est bleu, oui elle scarifiée et a des tatouages partout), elle est d’une ouverture d’esprit, d’une sensibilité et d’une gentillesse à toute épreuve. Dans le série Beyond Beauty, elle explore, dans des pays difficiles, les conditions de vie des femmes par rapport au corps, à la beauté, et aux canons en vigueur. Et je peux vous dire que c’est affreux. Le Brésil notamment, où les différents témoignages vous remettent à votre place. Après, on se considère comme chanceuse d’habiter en France, et pas au Brésil. Grâce à son apparence, Grace peut entrer dans des milieux underground, voire dangereux, et donc, on a un avis vraiment très intéressant, et pas juste celui de la dernière ‘it-girl’ top tendance. Grace met aussi un point d’honneur à montrer à la fois les femmes qui sont prêtes à tout pour correspondre à un canon (c’est assez effrayant) et celles qui sont prêtes à tout pour justement s’en écarter. J’ai découvert avec horreur le quotidien des jeunes femmes brésiliennes nées avec une peau trop foncée (oui, le noir, au Brésil, c’est moche, et pourtant 70 % de la population est noire ou métisse noire…), ce qu’elles doivent subir au quotidien. J’ai découvert que le tatouage est illégal en Corée, mais que ça ne pose de problème à personne que des jeunes filles de 18 ans se fassent refaire, ou qu’à 20 ans, on se « botox » tous les 6 mois. C’est dur mais à la fois, on découvre réellement le quotidien des femmes et les pressions qu’elles subissent, donc, c’est hyper intéressant.

La saison 2 de Beyond Beauty sur i-D : https://i-d.vice.com/fr/topic/grace-neutral

Sur Vice : https://video.vice.com/en_uk/show/beyond-beauty-with-grace-neutral

Sur youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PLOXwHyzEvi7jGLrUaA-02MiOw5560ONGh

L’instagram de Grace : https://www.instagram.com/graceneutral/?hl=fr

En espérant que cela vous donne envie d’aller voir, je décline toute responsabilité en cas de montée des eaux et pénurie de mouchoirs. Dites-moi ce que vous en pensez, j’aimerai avoir vos avis !

Belle journée !

 

Le Calendrier Magique de Manuel Orazi et Austin de Croze

(mon hommage à Orazi)

Chacun y va de son petit calendrier, du plus choupinou de la mort qui tue (bébés lapins, chatons tout roses et autres licornes couleur arc-en-ciel) au plus minimaliste chic (tout juste si on arrive à lire les jours tellement c’est écrit petit dans une police de caractère qui a trouvé le moyen de faire un régime super efficace entre Noël et jour de l’An)… Je vais vous faire une confidence : je HAIS les calendriers. C’est bizarre. J’adore pourtant tout ce qui est papier, magazines et papeterie, je vénère la typographie et la mise en page, mais je hais les calendriers. Pourtant, à l’heure où je vous parle, je suis cernée par trois calendriers et deux agendas. Gloups.

Il n’en est qu’un qui trouve grâce à mes yeux : le calendrier magique de Manuel Orazi et Austin de Croze.

Manuel Orazi (1860-1934) fait partie de ces affichistes et peintres art nouveau un peu oublié (faut dire que pour beaucoup, l’art nouveau c’est Mucha et puis c’est tout), dont l’œuvre est considérable et, qui plus est, en avance sur son temps. Quand je regarde certaines de ces productions, j’ai l’impression de voir les prémices de l’art déco, cet homme était un génie. On sait peu de choses sur Orazi, on connaît juste son parcours professionnel, tout juste connaît-on ses relations, ses oeuvres, son nom… Le calendrier magique reste aujourd’hui un petit mystère : pourquoi et comment les deux hommes se sont rencontrés ? Pourquoi Austin de Croze, qui était un bon vivant gastronome aussi éloigné de la sorcellerie et de l’alchimie qu’un bulot est éloigné du taureau dans un menu à 12 plats, a-t-il écrit ce calendrier magique ? Pourquoi Orazi choisit-il de l’illustrer, lui qui est plutôt connu pour des sujets classiques de l’art nouveau, bien qu’il illustra quelques livres décadents fin de siècle ? Est-ce que Orazi a voulu rendre hommage à des connaissances qu’il admirait et dont il partageait peut-être les goûts décadents ?

Il semblerait que Austin de Croze, outre sa passion pour la gastronomie française, s’était épris d’ésotérisme, mais enfin, c’est une passion commune pour l’époque, et fort partagée. Et Orazi a sans doute trouvé l’occasion très belle de réaliser un bel objet, publié seulement à 777 exemplaires (ben voyons) en 1896. Ou bien, ils étaient saouls et sous morphine et absinthe. Aussi. Cela peut arriver. Vous vous souvenez de vos années lycée, quand on décortique à mort un poème de Baudelaire jusqu’à ce que cela ne ressemble plus qu’à une vieille grenouille morte passée sous un train ? Et où on apprend que Baudelaire a dû suer sang et eau pendant trois heures avant de pondre le poème parfait, alors qu’en réalité il était certainement fortement alcoolisé et un peu dans les vapes…. C’est peut-être un peu ça, le calendrier magique.

Toujours est-il qu’il est là, il est beau. Il n’est pas réédité, ne l’a jamais été, Actes Sud, si jamais vous m’entendez, c’est le moment d’agir, vous feriez plaisir à tellement de fans… En plus, on est en plein contexte « return of the witches », c’est le bon moment  !

(A la fin du livre, il y a une phrase qui dit : « O Toi qui feuilletas ces pages, ayant en ton âme l’espoir malsain d’y trouver le suprême pouvoir du Mal, sois déçu!. ». Donc, je pense que c’est juste un bel objet et un beau pied-de-nez fait aux faux adeptes de la sorcellerie fin de siècle, hyper tendance, par les deux auteurs)

Les couvertures intérieures

Les premières pages, dont les phases de la lune et les sorcières

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Les dernières pages

Et vous, il ressemble à quoi votre calendrier idéal ?

Belle journée, et belle année !

 

Maisons Curieuses : Mark Ryden

Mark Ryden est l’un de mes peintres favoris. Déjà, je suis une grande fan du lowbrow / pop surréalisme, mais ce que j’aime, en plus, chez Mark Ryden, c’est le fait qu’il soit un inconditionnel des cabinets de curiosités et de l’histoire de l’art (passions dont on trouve de très larges traces dans son œuvre). Et j’aime voir les lieux de création, je trouve que souvent, la maison d’un artiste en dit long sur lui, et donc sur son œuvre. La maison de Mark Ryden (et de son épouse Marion Peck, artiste lowbrow également) est un véritable musée, à la fois de l’étrange et du kitsch, assez surchargé (ami du minimal chic, passez votre chemin), et délicieusement rétro. Une véritable merveille, où votre œil est sollicité de tous les côtés. Je rêvais qu’un magazine publie un article consacré à cette maison, qui est tout autant un chef-d’œuvre artistique que les peintures du couple qui y habite ! Et bien, le site internet L.A. Curbed, dédié à l’habitat, l’a fait !!! (l’article complet)… Je partage donc avec vous les photos de ce superbe reportage !

La maison détonne complètement dans le paysage : les Ryden-Peck habitent une rue de L.A. remplie de maisons de type années 50 aux couleurs pastels (genre Edward aux Mains d’Argent, voyez)… La maison est gris foncé, et paraît un peu austère…

Le jardin de derrière, rempli de superbes détails…Et cette piscine en forme de pagode chinoise !

 

L’entrée-salon, avec une ambiance plutôt asiatique.

La salle à manger, avec ses rayures roses et blanches de marchand de glaces…

L’escalier, en galerie de portraits et souvenirs…

Les toilettes sont bien sur prodigieuses ! Avec une belle collection d’Abraham !

 

L’atelier, pièce maîtresse de la maison, superbe je dois dire, si je pouvais avoir la moitié de cet espace, je serai contente !

Le jardin d’hiver, avec cette Sainte Thérèse monumentale veillant jalousement sur le bar…

La chambre du couple, très Conte des Mille et Une Nuits !

Une salle de bain. Si vous avez vu le film « Big Eyes » de Tim Burton, vous reconnaîtrez sans peine l’artiste qui a peint ses portraits d’enfants aux grands yeux…

L’artiste au travail… En plus de ses peintures, Mark Ryden fait aussi des sculptures et installations pour certaines expositions…

Le couple d’artistes…

Belle journée, et belles fêtes de Noël !

Christmas Wishlist

Plus le temps passe, plus la consommation de masse m’angoisse, ou m’ennuie (ça dépend de la lune). Je suis de plus en plus adepte des jeunes créateurs (ou moins jeunes d’ailleurs), et du fait d’essayer de trouver des objets ou vêtements qui me plaisent vraiment (et qui ne sont pas trop trop cher, mon porte-monnaie n’étant pas extensible, ce qui est fort regrettable). Pour tout vous dire, depuis le mois de juin, j’ai acheté 4 vêtements neufs, ce qui est rarissime, mais je suis tombée sur un magasin dément que je ne connaissais pas, et j’ai craqué pour 3 articles : un manteau blouson avec des découpes extra, une robe et une tunique, le tout bien loose, bien déstructuré et confortable comme j’aime. Du coup, comme c’était pas très cher,  je me suis laissé tenter… Le quatrième article était moins classe : c’est une combinaison en molleton qui vient de chez Zara. Oui, je sais, c’est pas bien. Mais elle est tellement chaude et confortable qu’elle va me faire au moins 5 hivers…

Bref. Nous vivons en ce moment précis des temps de consumérisme effréné : cadeaux, manger, cadeaux, manger, cadeaux, manger, boire. Mais j’adore Noël et les deux seuls moments où vous verrez une wishlist sur le blog, qui n’a pas du tout pour but de favoriser la consommation de masse, c’est pour mon anniversaire et pour Noël. Donc, voici ma wishlist de Noël…

Des pin’s de la merveilleuse créatrice et dessinatrice Caitlin Stout

Un collant de Teja Jamilla, un pantalon de chez Ovate, la superbe écharpe de Sisters of the Black Moon qui me fait de l’œil depuis un petit moment, un bracelet Jungle Tribe Couture, et une bague magnifique de chez Macabre Gadgets.

Des pin’s, oui encore, de chez Gimme Flair, LE repaire des fans de pin’s et patchs…

J’ai craqué sur les superbes patchs de Ink and Wilderness, qui, en plus, ne sont vraiment pas chers… L’illustratrice est Amy Whiting, je vous invite à aller voir son site et son blog

Des petites choses de chez Memento Mori Goods

Afin de compléter mon cabinet de curiosité : un squelette de chauve-souris chez Cabinet Henry, une planche de Camille Renversade et un glode de EMY Moonwork Design

CE pin’s glamour and strange de Saffron Reichenbacker… Et sa très chouette poupée articulée à monter soi-même, sous la forme de Anita Berber…

Et ce manteau, de chez Netwar, une boutique etsy japonaise… Que je ne retrouve plus, enfer et damnation….

Belle journée !

 

Chroniques du temps qui passe : Décembre 2017

J’ai reçu il y a peu un e-mail très gentil d’une jeune personne curieuse de savoir dans quoi je vivais, où, comment c’est chez moi, etc. Ma vie quoi, en fait. C’est à la fois très simple et très complexe de répondre, car il me faudrait des pages pour expliquer ce que je fais, comment je le fais, pourquoi je le fais. Je crois que le master déteint sur mon cerveau, j’ai des références partout, des dessins partout et des tonnes de pages pour les expliquer… Bon par où commencer ?

Par ça : une personnalité ne se résume pas en trois phrases. Évidemment, cela dépend de votre âge mais en gros, ce sont vos expériences qui font de vous ce que vous êtes, il faudrait donc les détailler une par une, ce qui est franchement laborieux. Et un poil barbant, aussi. Disons pour faire court, que j’ai essayé toute ma vie de me conformer à ce que l’on attendait de moi. Je suis une femme, donc je DOIS être féminine. J’aime les choses étranges, sombres, glauques, mélancoliques, donc je DOIS être gothique. J’aime Disney, les mignonneries cucul, les arc-en-ciels, les licornes, les maisons de poupées, donc je DOIS être une girly kawaï. J’aime la cuisine simple, bio, donc je DOIS être une « simple life woman ». Je vous en passe et des meilleures. Flûte. Pourquoi je devrais être tout ça, ou plutôt une seule chose à la fois ? Je SUIS tout ça. Je suis une gothique qui raffole du soleil, et une fille simple qui adore les layer cakes arc-en-ciel tout en étant pro-bio. Tout les hommes que j’ai rencontrés ne voyaient en moi que ce qui leur plaisait. La plupart des amis aussi (sauf quelques exceptions qui se reconnaîtront, merci les filles !). Mais si je résume, pour toi, qui suis-je, jeune personne curieuse ? Essayons de faire un point sur tout ça…

J’aime les musiques bizarres, ethniques, folk, celtes, scandinaves. J’aime aussi le baroque et le classique. Et les musiques de films (Hans Zimmer powa). Loreena McKennitt, Sinead O’Connor, Tori Amos, Luc Arbogast… Et Janis, mon dieu, Janis…

J’aime les séries TV et le cinéma, voir ma dvdthèque de plus de 300 dvds. Dans des styles divers, exception faite des comédies romantiques, que je déteste, et des films à l’humour douteux, que je déteste aussi. Le reste oscille entre fantastique, anticipation, enfants et films en costumes (je pousse le vice jusqu’à les classer par rapport à l’époque). En terme de séries TV, je suis une fan de Downtown Abbey, Sherlock Holmes, Miss Marple, Hercule Poirot, Mad Men, et aussi True Blood, et American Horror Story. Game of Throne, of course. Et Kaamelott aussi. Je hais Desperate Housewives et Buffy. Et je reste une grande fan de Bones, l’une des seules séries pas en costumes que j’accepte de regarder avec grand bonheur (ça doit être les cadavres…). Bon, il y a des acteurs fétiches aussi, mais j’ai l’impression d’être une gamine quand j’en parle donc…

J’aime les livres, passionnément, à la folie, ça s’entasse et ça continue de s’entasser, c’est comme une drogue… Arts, déco, figures féminines, cinéma, mode, photo… Une grosse part de XIXe siècle. Je suis une fan absolue du XIXe siècle, pour moi le siècle le plus schizophrène, et passionnant à étudier. Mais le Moyen-Age et la Renaissance me fascine aussi. (mise à jour du brouillon : je viens de compter, par curiosité et pari, mes livres d’art… On dépasse allègrement les 150. Mon père a gagné le pari, je lui dois un cheesecake au Columbus Café…)

Je suis de moins en moins fan de la consommation, mais j’aime toujours autant découvrir des artistes et des créateurs. J’aime les créatifs parce qu’ils rendent le monde un peu plus beau avec leurs petites mains et que c’est une vision réconfortante de l’humanité. Quand je découvre quelque chose qui me plaît vraiment, je le note quelque part (la folie des bouts de papier, vous connaissez ça ?), et un jour, j’achète. Je fais aussi un bonne action : encourager la création, c’est important ! Donc, je privilégie de plus en plus les vrais créateurs, et de moins en moins les chaînes…

Donc, j’ai fait du tri dans mon dressing. Disons que je me suis trouvée, d’une certaine manière. Un jour, je ferai un article là-dessus. Beaucoup de noir, du gris, du bleu. Pas de talons. Un genre de « simple life – witch »… C’est un peu compliqué à expliquer, je vous renvoie à mes boards pinterest. Ce tri dans mon dressing reflète aussi mes choix en terme de décoration, d’alimentation…

Je vis et je respire pour l’art, l’histoire de l’art, la création plastique. J’adore ça, c’est ma vie, et même si je suis passée par des périodes difficiles, où j’ai fais autre chose, aujourd’hui je ne peux m’imaginer vivre sans. Donc, après le master 2, ce sera le doctorat. Comme ça, après, je pourrai partager avec des étudiants tout ce que je sais et que j’ai appris, tout en continuant de créer. Et écrire sur le sujet aussi.

Je suis lucide sur le monde, voire même trop lucide. Je sais que nous vivons à l’ère du libéralisme libertaire engendré par la génération 68, où le narcissisme est roi, où on ne le voit même plus, où la consommation et la technologie ont remplacés les méta-récits… La subversion et le hors-norme sont devenus les normes, on érige le féminisme en tendance. C’est pas facile, mais on peut s’en sortir. Lucide mais optimiste (heureusement).

Voilà, je ne sais pas vraiment si tout ça me définit, mais en tout cas je l’espère. Je suis curieuse, optimiste, pas très compliqué, j’adore le bizarre et l’étrange, et les sorcières. Le chocolat, Guillermo Del Toro, les lettres manucrites, les livres, les chats. Je ne peux pas vivre sans du papier et un crayon. Tout ça et plus encore. C’est compliqué de se résumer !

Ah et j’oubliais : je suis un fan des vide-greniers et brocante, Emmaüs etc. Je pratique depuis que j’ai 12 ans, autant dire que je maîtrise. Mais il y a pleins de choses dont je me séparerai, avis aux amateurs ! ^^

Belle journée !

 

 

L’Hôtel Dubocage de Bléville, ex-cabinet de curiosités…

En 1707, un homme, navigateur, commerçant et accessoirement corsaire s’embarque sur un navire justement nommé « La Découverte » pour une épopée extraordinaire à travers de multiples pays. Ce voyage le mènera jusqu’en Chine, où il négociera les premiers traités marchands entre la France et les Chinois, après être passé dans le Pacifique, au large du Mexique, en passant par le cap Horn… Il ne rentrera au port qu’en 1716, les cales chargées d’objets extraordinaires, notamment de la vaisselle en argent massif… Il est riche.

Cet homme se nomme Michel Joseph Dubocage de Bléville (1676-1727). A présent qu’il a fait fortune dans le commerce et qu’il a vu du pays, il peut se permettre de racheter un hôtel particulier construit au XVIe siècle à la demande de François Ier. Il agrandit la chose, en modifiant un peu l’agencement, et il s’y installe, avec son fils. L’Hôtel Dubocage de Bléville devient donc un grand lieu de négoce maritime et accessoirement, un véritable cabinet de curiosités (faut dire que c’est à la mode à cette époque)…

Aujourd’hui, que reste-t-il de ce navigateur riche ? Rien. Enfin, non, pas rien : un musée (entrée gratuite), qui aurait peut-être besoin d’un petit dépoussiérage et d’une actualisation, ainsi qu’une révision des éclairages (si je n’avais pas Photoshop, vous n’auriez rien vu des magnifiques objets chinois…). Mais enfin, ce musée a le mérite d’exister, donc, contentons-nous pour l’instant. Si comme moi vous êtes sensibles à la période de navigation la plus extraordinaire de toute l’histoire de France, et que les mots « Compagnies des Indes » vous donnent des frissons, il faut y aller…

En effet, si le rez-de-chaussée de l’entrée contient essentiellement des objets de marines (quelques belles maquettes notamment), en revanche le reste du bâtiment est plus intéressant : la deuxième partie du rez-de-chaussée contient encore les vitrines du cabinet de curiosités(enfin, des copies), qui hélas est mort définitivement. Mais de nombreux détails renseignent sur les merveilles que notre navigateur a rapportées d’ailleurs…

Après l’acquisition du bâtiment par la ville en 1909, on le rebaptise « Maison des Veuves », car il accueillait les veuves de marins. Au premier étage, il y a des maquettes de différents bâtiments de la ville, détruits pendant les bombardements de 1944 (je me demande encore ce qu’elles font là, mais bref). On se demande comment ce bâtiment du XVIe siècle est resté debout. Enfin, il était très abîmé, il a été restauré, et plutôt bien, en 1955…

Le Grand Théâtre, 1844, détruit en 1944

Le Musée des Beaux arts / Bibliothèque, 1843, détruit en 1944

Le Palais de la Bourse, 1880, détruit en 1944

Très belle collection de porcelaine de la Compagnie des Indes, un legs fait au Musée, une petite partie de la Chine Impériale a survécu au Havre ! Quelques objets valent la peine qu’on s’y arrête.

Un baromètre de Goethe en verre, assez exceptionnel

Très belles sculptures en pierres dures…

Une maison traditionnelle chinoise par Jules Gosselin, fin XIXe siècle

Un extraordinaire fac-similé ! Il s’agit d’une copie fidèle du livre « Le rêve dans le pavillon rouge », Chine, 1715-1764, fac-similé offert au Havre en 2007

Donc, en gros, plutôt pas mal. Bon, c’est vrai que l’ambiance n’y est pas (messieurs les conservateurs et directeurs, entourez-vous de personnes très compétentes en valorisation, c’est très important, il ne s’agit pas juste d’aligner des objets en vitrine, il faut faire vivre un musée), et si vous avez visité le musée de la Compagnie des Indes de Port-Louis, vous serez forcément déçus par celui-ci, mais quelques objets sont vraiment beaux et inhabituels, donc, allez-y quand même !

Belle journée !

Les phylactères, du Moyen-Age à Harry Potter…

J’ai une passion pour les phylactères. Ok, dit comme ça, c’est peut-être un peu pervers, ou bien étrange. Bon, vous savez sans doute qu’un phylactère, aujourd’hui, c’est un terme utilisé en BD, il s’agit des bulles où apparaissent les paroles en fait. Seulement, moi, je n’aime pas ce type de phylactères, je préfère les médiévaux.

Un peu d’histoire et de linguistique… Le terme « phylactère » a plusieurs origines : phylacterium (reliquaire ou talisman) en latin, φυλακτήριον (amulette ou charme) en grec ancien issu du terme φυλάσσειν (qui sert à garder). En gros, on voit bien que l’idée est liée à la religion et à une sorte de « sort » (au sens étendu du terme, c’est-dire toute formule païenne ou pas servant à protéger). Pour cette raison sans doute, les paroles écrites présentes dans l’art chrétien médiéval et de la Renaissance sont appelées « phylactères ». En effet, il s’agit de banderoles sur lesquelles apparaissent les paroles des protagonistes, ou bien des descriptions de la scène (ce qui est assez drôle puisque le peuple voyant ces représentations dans les églises ne savait en général pas lire… Un point à éclaircir !). On les retrouve notamment dans les annonciations.

Josse Lieferinxe, Annonciation, Musée du Petit palais, Avignon

Juan de Flandres, Apparition du Christ à la Vierge, National Gallery, Londres

Lucas de Leyde, Annonciation, Munich

Saint Anne et l’Ange (détail), Bernhard Strigel, 1506

Plus rare : les paroles/phylactères sortant directement de la bouche des personnages, sans banderoles…

Partie gauche du panneau central du triptyque Braque par Rogier van der Weyden, vers 1450

Sainte Véronique, 1535, atelier de Léonard Limosin, émail

Raphaël (les phylactères ont commencé à disparaître à la Renaissance…)

On peut aussi les retrouver dans des scènes  à vocation non religieuse : allégories, portraits… Dans ce cas, le phylactère est présent pour énoncer une vérité, une morale ou une devise (ou tout simplement le nom de la personne représentée).

Maître du Rhin moyen, Sortilège de l’amour, Leipzig

La 1ere carte de vœux !  Gravure du Maître du Rhin, XVe siècle

« Bella », Duché d’Urbino, 1535

Hans Suess von Kulmbach, Jeune fille tressant des couronnes, Metropolitan Museum, New York

On les trouve aussi sur les tapisseries médiévales… Franchement, je plains sincèrement ceux qui réalisaient les tapisseries, ça devait être un vrai casse-tête ces écritures !

Femme avec licorne, Allemagne, 1500

Les phylactères retrouveront un regain d’intérêt à l’âge baroque, dans les scènes religieuses, puis plus tard au XIXe siècle, les phylactères retrouveront leur force notamment à cause de la grande tendance du néo-gothique, pendant laquelle on retrouve nombre de détails décoratifs médiévaux, ou pseudo-médiévaux.

Apparition de la Vierge immaculée, 1665, Bartolomé Esteban Murillo

Saint Vincent Ferrer, Vicente Macip, 1540

Le phylactère est très utilisé pour tous les types de Memento Mori…

Hans Memling, 1485 (le fameux polyptique de Strasbourg)

Renaissance ou XVIIIe siècle

Le Brelan de la vie humaine, anonyme, Ecole française, fin XVIe siècle

Vicente Macip, Memento Mori, 16e siècle

(source inconnue, mais probablement Renaissance, et Allemagne ou Pays-Bas vu le thème)

Le rêve du chevalier (ou du roi), 1650, Antonio de Pereda y Salgado

Jan Sanders van Hemessen, Vanité, 1535

Les phylactères sont aussi présents dans les ex-libris, les gisants, les sculptures médiévales…

Cluny

(source inconnue)

Allemagne, 1490

Tombe d’un entrepreneur, certainement compagnon, Villeneuve sur Lot

En bref, le phylactère, c’est l’essence même de la parole écrite en art, le début du mélange visuel/écrit, qui fonctionne encore aujourd’hui… Voyez la carte du Maraudeur de Harry Potter, qui regorge de phylactères, ce qui n’est guère étonnant vu le nombre incroyable de références esthétiques au monde médiéval que l’on y trouve ! (et ses réinterprétations par des fans…)

(les broderies Harry Potter, c’est une belle idée je trouve, ça rend plutôt pas mal…)

(et pour voir mes croquis de phylactères, c’est sur facebook, instagram ou twitter !)

Belle journée !