Le musée Flaubert et d’histoire de la médecine, Rouen… Un vrai cabinet de curiosités !

Je pensais avoir fait un post là-dessus, mais en fait non, ça fait des mois que les photos dorment dans mon pc… Remédions vite à cet oubli ! A Rouen (Normandy) se cache, dans un charmant petit coin rempli de maisons bourgeoises du XIXe siècle, un petit musée assez exceptionnel pour une ville pas si grande que ça (oui, ben, faut avouer, Rouen, c’est pas Montpellier, hein…) : le musée Flaubert. Au début, je pensais qu’il était juste consacré à l’écrivain, mais en fait, c’est plus complexe que ça…

En effet, Flaubert est né dans cette maison, qui était à l’époque le pavillon de l’Hôtel-Dieu, car le père du futur écrivain était chirurgien. Du coup, aller au musée, c’est faire d’une pierre deux coups : d’une part, les souvenirs de la maison des Flaubert et de l’autre, une histoire de la médecine des Moyen-Age au XIXe siècle… Et j’ai été bluffée, car j’y ai vu des spécimens assez rares même pour des cabinets de curiosités… Du coup, j’ai scindé en plusieurs catégories…

La Famille Flaubert (bourgeoise par excellence, donc, les goûts de l’époque se reflètent dans la déco et la maison…)

Loulou, le fameux perroquet d’Un Cœur Simple, ici le seul et unique exemplaire, naturalisé après sa mort désespérante…)

Les contre-marches sont peintes avec des définitions drôles, cruelles et cyniques… Une super idée !

Le Cabinet de Curiosités…

Une salle est consacrée aux objets religieux, admirez ce superbe autel en bois, étant donné que c’était une aile de l’Hôtel-Dieu…

Le Dentiste…

Asseyez-vous, détendez-vous…

Vous avez une frousse bleue de la roulette (franchement, faudrait être maso pour aimer ça) ? Je vous présente son ancêtre… J’en viens à me demander si la peur du dentiste n’est pas ancrée dans l’inconscient collectif à cause des souffrances générées par ces engins depuis des siècles… Bon, en plus de l’analyse de papa Freud bien sûr)

(les dents ci-dessous sont réellement énormes, et faisaient partie du décor d’un cabinet authentique…)

La Gynécologie…

Les reproductions en tissus sont extraordinaires, et on n’en voit pas partout. Elles étaient destinées à l’éducation des sage-femmes et gynéco.

Les ancêtres des vibromasseurs, à but purement thérapeutique, censés soigner l’hystérie féminine du XIXe siècle, provoquer par des utérus pas satisfaits (je simplifie, mais c’est ça : la misogynie galopante de l’époque attribue la faute aux femmes, et l’hystérie est une bonne excuse pour faire charcuter sa femme, ablation de l’utérus, ou pour la faire interner…) Heureusement, un homme charmant inventant ce splendide appareil qui fit révolution et bouleversa quelque peu le monde médical… Sur le sujet, je vous conseille le film « Oh My God ! « , une comédie dramatique délicieusement british et très documentée sur le thème…

Si ma mémoire est bonne, il s’agit d’une sorte de bouchon à introduire dans votre partie sensible afin de ne pas tomber enceinte… Un genre d’éponge. Mais je ne suis plus très sûre, donc, ne le prenez pas pour acquis.

Une œuvre de Rébecca Campeau, hommage à Mme du Coudray, 2005

La Médecine générale…

Vésale à l’œuvre, gravure du XIXe siècle

Une trousse de trépanation du XVIIIe siècle. Horrible, je vous passe les détails sur les différents objets.

Une pharmacie portative de la même époque, j’adorerai en dénicher une !

Les flacons à sels et vinaigres

Le nécessaire à saigner…

Une reproduction de la leçon d’anatomie de Rembrandt

Le Cabinet anatomique…(Âmes sensibles s’abstenir)

Les deux momies. Oui, des VRAIES momies.

Ceci est fœtus calcifié, chose très rare, et qui est resté 18 ans dans l’abdomen d’une femme. Oui oui, 18 ans. Son autopsie fut réalisée par Achille Flaubert en 1851. J’imagine sa tête quand il a trouvé ça…

Une tête momifiée

Une tête momifiée à qui on a ajouté des yeux en verre, ce que je trouve hyper-flippant !

Souriez vous êtes filmés.

Un fœtus de 8 mois, mort-né

Un fœtus à terme, mort-né apparemment

Un écorché de Caudron, XIXe siècle

Un écorché de Auzoux, 1840

Cire de Laumonier, vers 1810

Voilà, en espérant que cela ne vous ai pas trop dégouté pour le repas du midi, belle journée !

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Voyage et rêverie en Orient-Express…

Vous connaissez sûrement l’Orient-Express, train de luxe ultra-connu (merci en parti Agatha Christie et son génialissime Hercule Poirot), toujours en circulation (pour ceux qui ont les moyens)… Je suis retombée il y a peu sur une collection de Dolce et Gabbana (dont j’adore l’esprit italien, surtout quand ils revisitent le baroque du pays), de 1993/1994, et qui avait pour thème L’Orient-Express (avec en plus comme photographe Steven Meisel, donc forcément j’adore..) . Donc, voici un article résumant l’histoire de ce fabuleux train qui fait toujours autant fantasmer, avec comme illustrations, la collection D&G…

Il suffit d’un nom, Orient-Express, pour que d’un coup, votre cerveau s’emballe et laisse entrevoir des image de Vienne, Venise et Constantinople, le tout dans une ambiance de luxe feutrée et brumes mystérieuses… On dirait une vraie pub pour du parfum ou des chocolats, mais, il n’empêche, il est rare qu’un  train acquière à ce point un esprit de légende…

Il fut crée en 1883, par la Compagnie Internationale des Wagons-Lits (c’est moins classe comme nom), et ce train de luxe assurait la liaison entre Paris, Vienne, Venise et Constantinople, en desservant plusieurs capitales européennes au passage. Ce train était tellement luxueux que dans les années 20, on parla d’une style Orient-Express, et dont les meilleurs représentants furent Lalique ou Prou… Que de grands noms pour faire rêver ! Malheureusement, les deux guerres mondiales, plus la guerre froide, eurent raison de son prestige (on sort les mouchoirs), et le service quotidien vers Istanbul et Athènes s’éteignit en 1977… Pour cause de vitesse d’escargot, de pays communistes à traverser (douane, paperasse…), d’un réseau résolument obsolète, et bien sûr, à cause de l’avion (modernité, on veut tout plus vite, plus grand, on prend plus le temps).

Fort heureusement, l’Orient-Express renaît de ses cendres en 1982, cette fois-ci grâce à une compagnie privée, et le voyage comprend désormais Calais, Paris, Venise, Innsbruck, Vienne, avec parfois prolongement vers Istanbul. Mais, même s’il s’agit d’une compagnie privée, la marque reste la propriété de la SNCF. Celle-ci a racheté les 7 voitures du Pullman-Orient-Express, restaurées, afin de les exposer ou de les proposer à la location. Vous pouvez en voir une partie depuis 2014, garée le long de l’Institut du Monde Arabe (enfin je ne sais pas si c’est toujours vrai..).

Belle journée !

 

Négation des odeurs et du cadavre, symptôme du déni de mort dans le monde contemporain

Le monde contemporain souffre aujourd’hui d’un déni de la mort, et notamment du cadavre.
Le rapport que les Hommes entretiennent aujourd’hui avec celui-ci, notamment dans les pays occidentaux, est la suite logique du rapport évolutif à la mort depuis le Moyen-Age. Cette époque considérait la mort comme une étape transitoire vers un lieu défini par les dogmes religieux. Le cadavre fait peur, mais les Hommes vivent à ses côtés (au sens littéral : les cimetières et charniers jouxtent les commerces et les marchés), ce qui explique que la vision artistique du mort, de la mort, soit synonyme de cadavre pourrissant (vision ajoutant à la peur de la damnation propagée par l’Église). Le cadavre est « vivant », et il dégage des odeurs, que le peuple ne nie pas, l’époque étant synonyme de brassage odorant qui serait aujourd’hui considéré comme insoutenable.

(Juan Gatti)

A la Renaissance, le rapport au cadavre change : les progrès de l’anatomie en  ont un objet propre, sans effluves corporelles, sans fluides, le squelette est débarrassé de sa chair pourrissante. La mort devient esthétique et « présentable ». L’avènement du baroque fera ressurgir le côté vivant du cadavre, en lui prêtant des attitudes, des émotions, le figeant dans une allégorie, propice à la méditation, et plus du tout à la répulsion. La peur de la damnation n’est plus aussi présente qu’au Moyen-Age : l’intellect a pris le pas sur l’émotif, la mort est un symbole.

(Italie, fin XIXe siècle)

Selon Alain Corbin, le cadavre est de moins en moins odorant : avec l’avènement des principes hygiénistes, la société désodorise les rues en même temps que le seuil de tolérance aux odeurs fortes baisse.
Ces principes hygiénistes s’appliqueront ensuite au XIXe siècle aux personnes (nobles et bourgeois en priorité, puis le peuple à la fin du XIXe siècle) : les odeurs fortes sont synonymes d’animalité, l’hygiène est donc très importante. La mise en scène de la femme, allant de pair avec cette hygiène nouvelle, prédispose à une atmosphère érotique où la femme est une créature idéale. Pour les romantiques et les décadents, cette femme idéale est le pendant d’une femme impure, tentatrice, animale, séductrice, qui donne la mort et se parfume à l’orientale. Ils aiment les senteurs fortes, qu’il s’agisse de parfums ou de fleurs. L’atmosphère est très importante. Dans cette ambiance de « beleffet», il n’est pas étonnant que le kitsch soit né (nous reviendront au kistch plus tard). Et la mort est mise en scène de manière flamboyante et victorieuse : elle fait peur mais elle fascine. On s’en moque également, elle devient, avec les caricatures et le roman fantastique, un sujet de divertissement, qui sera renforcé par la photographie et le cinéma.

(Kenji Shibata)

La société contemporaine est héritière de cette culture de la mort et du cadavre ; d’un côté, elle nie la mort de multiples façons, notamment en la tenant à distance et en pensant qu’elle la maîtrise (thanatopraxie, calcul du coût de la mort, marketing et commerce, qui sont des « instruments de la
déculpabilisation », selon Louis-Vincent Thomas ), mais d’un autre côté, la mort et le cadavre n’ont jamais été plus présents qu’aujourd’hui. Avec le développement des différents médias, le voyeurisme de l’Homme face au cadavre n’a pas de limites. La mort, surtout violente, est partout, et par là même, elle se banalise. Le tragique qui serait normalement lié à la vision d’un corps meurtri disparaît peu à peu, et l’horreur devient banale. Le gore, et l’horreur apparaissent de plus en plus souvent dans les films ou les séries TV. L’Homme en a de plus en plus besoin pour être rassuré face à une fin qui le terrifie en lui rappelant son statut d’humain, de mortel.
Cette banalisation de la mort et du cadavre s’accompagne d’une désodorisation importante héritée des principes hygiénistes décrits plus haut. En plus du cadavre désodorisé et « présentable » grâce aux progrès techniques, les intérieurs sont de moins en moins propices aux odeurs fortes.
L’aseptisation des maisons, appartements et lieux publics est désormais synonyme de propreté, non seulement au niveau des odeurs mais également d’un point de vue visuel (le « minimal scandinave » est la nouvelle norme en matière de décoration).

(FFO)

Les odeurs nauséabondes sont masquées par toute sorte de produits, le commerce des odeurs n’a jamais été aussi florissant qu’aujourd’hui. Celles-ci, lorsqu’elles s’échappent du corps, sont la preuve que l’Homme est mortel, imparfait. Et la société contemporaine aime se croire immortelle parce qu’elle pense être symbole de puissance. Il paraît alors opportun de citer quelques mots de Milan Kundera :
« Le désaccord avec la merde est métaphysique. L’instant de la défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. (…) Il s’ensuit que l’accord catégorique avec l’être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n’existait pas. Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch. (…) le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable. »

(FFO)

Cependant, cette définition du kitsch ne serait pas complète sans un apport de mixité et de métissage, tel que le définit Valérie Arrault.
A cet égard, beaucoup d’artistes appartenant aux mouvements artistiques « lowbrow » et « pop surréaliste » sont kitsch, par le biais d’un métissage de symboles et de références historiques formant un tout. On peut notamment citer Mark Ryden et ses petites filles victoriennes associées à des entrecôtes, Ray Caesar mêlant jeunes femmes du XVIIIe siècle et masques de super héros ou SM, Jessica Harrison et ses céramiques fragiles et gores… Les collages de l’artiste FFO mêlent volontiers pin-up, romans photos sentimentaux et anatomie. Et de jeunes artistes se servent de l’ornementation florale baroque et Art Nouveau pour donner un rendu très esthétique à des squelettes ou cadavres (dans la lignée des affiches psychédéliques des années soixante dix), ou pour des affiches alternatives de films ou séries TV.

Les squelettes et cadavres entourés de fleurs odorantes, qui paraissent si romantiques, baroques et décadents dans notre monde aseptisé, ne sont-ils que la réminiscence d’un temps où la vie toute entière était plus esthétique, même dans la mort ? Ou sont-ils plutôt un symptôme révélant le désir d’une vie moins aseptisé, une forme de réappropriation de la mort, un échappatoire à une « banalité terrifiante » (selon les mots de Bertrand Vergely) car symbole d’une platitude ambiante ?

Mon travail artistique lié à ce texte (un extrait, car il s’agit d’une mini bd) :

Livres et textes :

ARRAULT Valérie, Kitsch, postmodernisme et libéralisme, in Regards sur l’image, l’université des arts, Klincksieck, 2009
BOURDIEU Pierre, La distinction, Critique sociale du jugement, Paris, Les éditions de Minuit, 1979
BRION Marcel, L’Art Fantastique, Paris, Albin Michel, 1989
BROCH Hermann, Quelques remarques à propos du kitsch, trad. Albert Kohn, Paris, Editions Allia, 2001
CORBIN Alain, Le Miasme et la Jonquille, l’odorat et l’imaginaire social XVIIIe-XIXe siècles, Paris, Flammarion, 2008
DETUE Frédérik, A l’heure fatale de l’Art, la critique du kitsch au XXe siècle, in Texto ! Vol. XVII, n° 1 et 2, 2012
KUNDERA Milan, L’insoutenable légèreté de l’être, Paris, Gallimard, 1990
TAJANI Ornella, L’utopie kitsch, in Revue italienne d’études françaises, décembre 2012 URL : http://rief.revues.org/881
THOMAS Louis-Vincent, Mort et Pouvoir, Paris, Payot, 2010
SECHERET Laurent et SCHLESSER Thomas, Tardi, un carnaval des monstres, in Sociétés & Représentations, n° 29, 2010/1
SÜSKIND Patrick, Le Parfum, Paris, Au Sans Pareil éditeurs, 1996
VERGELY Bertrand, Petite philosophie de l’esthétique, Paris, Milan, 2006

Ce texte a été écrit dans le cadre de mon master 1 arts plastiques. Je vous conseille, si le sujet vous intéresse, d’aller fouiner vers les liens et livres cités plus haut. Merci de ne pas faire du copier-coller : si vous êtes à l’université, ou même avant, collège ou lycée, pensez par vous-mêmes et faites-vous vos propres opinions, ne soyez pas la copie de quelqu’un. Merci !

Belle journée !

Le Muséum d’Histoire Naturelle du Havre, départ imminent pour les pays lointains…

J’adore les muséums d’histoire naturelle, ils regorgent de curiosités, de choses étranges et insolites… Ma mère ayant voyagé dans sa jeunesse en Afrique noire et en Inde, j’ai toujours été attirée par les pays lointains, et je l’écoutais me raconter ses voyages, complètement fascinée par les couleurs, les odeurs, les atmosphères… Ajoutez à cela ma passion pour les cabinets de curiosités, et vous comprendrez ma passion pour les muséums d’histoire naturelle. Celui du Havre est particulier : le bâtiment est ancien, et fait parti de ceux qui furent (miraculeusement ?) épargnés pendant les bombardements de la dernière guerre. Les collections sont importantes, aussi il n’y a pas d’exposition permanente, les expositions sont temporaires et ont à chaque fois un thème différent, ce qui permet de faire tourner notamment les animaux exposés. Eh oui, dans un muséum d’histoire naturelle, il y a fatalement des animaux naturalisés. Cela ne me gêne pas, en général, il n’y a qu’un  seul exemplaire de l’animal, c’est souvent la profusion (inutile) qui est gênante, car elle fait écho à la notion de massacre.

I adore natural history museums, they abound in curiosities, in strange and unusual things… My mother having travelled in her youth in Black Africa and in India, I was always attracted by the distant countries, and I listened to her telling me her travels, completely fascinated by colors, smells, atmospheres… Add to it my passion for the « cabinets » of curiosities, and you will understand my passion for natural history museums. That of Le Havre is particular : the building is old, and makes left those who were (supernaturally?) saved during the bombardments of the last war. Collections are important, also there is no permanent exhibition, the exhibitions are temporary and have every time a different theme, what allows of to make turn in particular the exposed animals. Yes, in a natural history museum, there are inevitably naturalized animals. It’s no problem for me, generally, there is only a single copy of the animal, it’s often the profusion which is annoying, because it echos the notion of massacre.

Le thème de l’expo que j’ai pu voir est lié à l’Afrique noire : La Havre – Dakar. C’est l’occasion pour le musée de montrer des animaux du pays, mais également bon nombre d’objets. Une partie est également consacrée à la création contemporaine : œuvres d’art, installations, design, parures… La mixité de l’exposition est vraiment bien faite, et met particulièrement les objets en valeur. J’ai adoré ! Tout est bien mis en scène, pensé dans les moindres détails, et l’on ressent assez bien l’ambiance créative qui règne à Dakar et qui s’appuie sur l’ancestral.

The theme of the exhibition which I was able to see is bound in Black Africa : Le Havre – Dakar. It’s the opportunity for the museum to show animals of the country, but also a lot of objects. A part is also dedicated to the contemporary creation: art, design, fineries… The mixing of the exhibition is really well made, and emphasizes particularly objects. I adored ! Everything is staged well, thought in greatest detail, and we feel well enough the creative atmosphere which reigns in Dakar and which leans on the ancestral.

L’ancestral

Un Coran, superbe, de la deuxième moitié du XIXe siècle

Une statue baoulé de la fin du XIXe siècle

Les créateurs contemporains

Un lièvre en wax (attention, contrairement à ce que l’on lis souvent, le wax est un tissu hollandais importé en Afrique et dans d’autres pays, c’est à la base une volonté commerciale, et qui devenu un tel symbole qu’il est désormais porté en Afrique, alors qu’il n’a rien à voir avec le continent, à ce sujet je vous conseille ce très bon article : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/12/30/comment-le-wax-fait-croire-qu-il-est-africain-et-etouffe-les-vrais-tissus-du-continent_5055656_3212.html

La photographe Joana Choumali travaille sur l’image de la femme africaine. Cette série, baptisée « Adorn », est basée sur la réinterprétation et et la transformation des canons esthétiques occidentaux par les femmes sénégalaises, et qui sont souvent critiquées pour cela. La photographe explore les raisons poussant à l’hybridation des codes de beauté, et à l’extrême que celle-ci provoque.

MIS Wude est un couple d’artistes travaillent le cuir comme matière première. Cette « collection » s’intitule « Théorie des règnes sensibles », et prend ses bases sur les découvertes occasionnées par les recherches menées sur la goélette Tara Expedition, spécialisée dans la diversité de la vie planctonique. Il s’agit ici d’une hybridation entre les représentations des fonds marins et l’écosystème urbain de Dakar, afin de représenter son âme en parure.

Livia Deng, jeune créatrice française. Il s’agit ici d’une moquette avec une gravure au laser, s’intitulant « Histoire d’empreintes ». D’après ce que j’ai compris, les formes quasiment abstraites sont à la base celles d’objets du quotidien entourant l’artiste, qui cherche à donner une importance à des objets qui n’en ont plus, dans notre société d’hyper-consommation.

Le site officiel du Muséum du Havre : http://www.museum-lehavre.fr/

Belle journée !

 

La Catrina et la Santa Muerte, symboles de la contre-culture et expressions de la religiosité mexicaine

(Tom Bagshaw)

Halloween approche, je vois déjà de beaux paysages d’automne assortis de renards, citrouilles et autres soupes orangées. J’adore cette période de l’année, mais Halloween et moi, c’est un peu spécial comme relation. Les fêtes des morts existent dans beaucoup de civilisations, et celle-ci fait preuve d’une ténacité à toute épreuve, mais c’est loin d’être ma préférée. Je suis une grande adepte d’anthropologie sociale, j’adore vraiment l’étude des peuples et civilisations. Et ce qui est intéressant, c’est de constater le regain d’intérêt pour les fêtes des morts mexicaines, y compris dans des peuples et cultures étant très éloignés des préoccupations originelles mexicaines. La figure de la Catrina, et celle de la Santa Muerte, pululent en ce mois d’Halloween, et sont (parfois) mal interprétées. Donc, j’ai décidé de réecrire ici un texte présenté lors de mon master 1 (assorti d’un travail plastique), un texte qui traite de la Catrina, de la Santa Muerte mais aussi de contre-culture.

(Les festivités des fêtes des morts de Mexico)

La religion est pourvoyeuse, et commanditaire d’images depuis des siècles. Le thème des saints chrétiens est notamment ancré dans la culture artistique, à tel point que l’imagerie inhérente à ce thème a désormais conquis les domaines du kitsch et de la pop-culture, dont les artistes aiment à interpréter les symboles chrétiens. Cette interprétation, si elle passe par l’ironie, passe aussi par le syncrétisme. Ainsi, la figure de la Catrina, personnage emblématique des « Dias de los Muertos » mexicains, est régulièrement amalgamée à la Santa Muerte et à la Vierge de Guadalupe, dans un mélange à l’esthétique affirmée répondant aux codes du milieu de la pop culture. De symbole religieux issu du syncrétisme entre religion catholique espagnole,
danses macabres européennes et croyances aztèques païennes, la Catrina s’est muée en symbole de contre-culture, emblématique de la nation mexicaine, au même titre que la Santa Muerte.
Aujourd’hui, le succès des « Dias de los Muertos » a traversé les frontières. Dans les années 80, l’engouement, et la redécouverte de Frida Kahlo engendre une véritable passion pour le Mexique : en France, aux Etats-Unis, on découvre ce pays, ses coutumes, sa manière de vivre et ses croyances.

(publicité pour une collection de la joaillière Lydia Courteille)

La « mexico mania » envahit tous les domaines : l’art, mais également la
mode et le design d’intérieur. Aujourd’hui, même les maquillages d’Halloween s’inspirent de la fête des morts mexicaine.
Cependant, malgré cet engouement pour un esthétisme fort, et semblant très « exotique », les principales figures des « Dias de los Muertos » que sont la Catrina et la Santa Muerte sont assez peu comprises par le public occidental contemporain. Cette incompréhension naît du fait que les pays occidentaux comme la France ou les Etats- Unis ont une conception de la mort très différente de celle du Mexique, et une manière de la vivre radicalement opposée. Selon Louis-Vincent Thomas , nous avons tendance à fuir la mort
véritable, qui nous rappelle notre statut d’êtres mortels, et non de dieux trônant au sommet de la chaîne alimentaire, sentiment dû à la croyance démesurée de l’Homme dans le progrès technologique, qui le conforte dans son idée de supériorité. Hormis les visions gores de morts violentes, réelles ou non, et qui rassurent l’Homme (ce fameux sentiment du « cela n’arrive
qu’aux autres », psychologiquement indissociable de l’Homme occidental contemporain), la mort est tenue à l’écart. Crémations, assurances, cérémonies fastueuses, thanatopraxies et rites de deuil de plus en plus réduits tiennent la mort réelle à distance : on refuse aujourd’hui de penser odeurs, liquides et putréfaction du corps. L’Homme occidental contemporain refuse
de voir la mort en face. Ces différents sentiments expliquent donc pourquoi la mort mexicaine déroute les occidentaux. En effet, les croyances mexicaines donnent à la mort un caractère festif : elle est considérée non comme une finalité de l’existence mais comme une étape. Elle est certes l’issue fatale, mais les mexicains célèbrent la vie dans son entier, en y incluant la mort. L’impartialité de celle-ci les rassure : ils savent que, quoi que vous fassiez et qui que vous soyiez, vous mourrez, tout comme eux. Rire de la mort et en parler est une forme de catharsis, visant à annuler la peur terrible que l’Homme a de sa fin. Bien sûr, il existe des fêtes des Morts dans d’autres pays, y compris en France, cependant, on y honore peu (dans les pays occidentaux) de saints véritablement dédiés à la mort, comme c’est le cas au Mexique.

(la Santa Muerte)

L’une des figures principales des « Dias de los Muertos » est en effet la Santa Muerte. Elle est également fêtée tout au long de l’année et fait l’objet d’un véritable culte. Daniel Gutiérrez Martinez nous rappelle que la société mexicaine est une société tragique, pour qui la douleur et la souffrance font partie de la vie. C’est également une société profondément marquée par
le catholicisme intense espagnol, tout en étant consciente de ses racines païennes. La représentation de la mort au Mexique était présente bien avant l’invasion espagnole : les aztèques vénéraient Mictlantecuhtli, et son épouse Mictlancihuatl, dieux de la mort régnant sur Mictlan, sorte de royaume des ombres. Ainsi que l’explique Caroline Perrée , le crâne humain était très fréquemment utilisé lors des cérémonies et cultes aztèques. Lors de l’invasion espagnole, la culture catholique baroque, avec ses nombreux memento mori, a succédé aux représentations aztèques, en les assimilant. Ce mélange de deux cultures donne aujourd’hui à la figure du squelette et du crâne son statut de symbole national et identitaire, ainsi que le décrit Gabriela Torres-Ramos .
Cependant, le culte ouvertement populaire de la Santa Muerte est relativement récent. La Sainte est priée depuis très longtemps, mais elle restait dans l’ombre, et l’on sait relativement peu de choses sur ses origines exactes. Il faut attendre les années 60 pour que ce culte soit réellement public. Et c’est seulement en 2001 que la première statue de la Santa Muerte est érigée à Mexico dans le quartier de Tepico. Cet engouement soudain s’explique par le fait que, selon Gabriela Torres-Ramos, la Santa Muerte est la patronne des désespérés, des marginaux : on l’invoque contre les accidents, les morts violentes, les attaques. C’est une sainte qui accepte tous les fidèles, sans jugement. Elle est donc considérée comme la sainte la plus honnête et la plus pure. La Santa Muerte est le résultat d’une déification liée au danger et à la violence, et pour cette raison, la statue fut édifiée à Tepico, l’un des quartiers les plus dangereux de Mexico. La Santa Muerte est notamment la sainte patronne des gangs. Malgré la très grande vivacité de son culte, et sa facilité à dépasser toutes sortes de frontières, la Santa Muerte est condamnée par l’Eglise Catholique, pour plusieurs raisons. En effet, l’Eglise n’apprécie guère que l’on vénère un squelette qui n’est pas une martyre, ni une sainte
reconnue : c’est la mort que l’on vénère, et non une figure humaine. Ce type de culte est trop imprégné de cultures et croyances païennes pour que l’Eglise Catholique l’accepte. De plus, le culte de la Santa Muerte ne nécessite pas d’intermédiaires : il n’y a pas de prêtres, ni d’églises, et les autels se situent dans la rue. C’est donc à la fois un culte privé (on peut avoir un autel chez soi) et un culte public, qui s’affiche ouvertement. De ce fait, c’est un culte
difficile à contrôler, d’autant que la Sainte n’est pas dévolue à une tâche précise et ne fait pas de « miracles ». Elle rend des services de toutes sortes ayant trait à la vie quotidienne des habitants mexicains.
Cela la rapproche encore plus des dieux païens condamnés par l’Eglise.
Cependant, certains aspects du culte de la Santa Muerte sont proches des cultes rendus aux saints catholiques : les habits dont on pare la Sainte, les processions, les dons en argent et en nature, les symboles associés à la Sainte sont des éléments que l’on retrouve dans l’Eglise Catholique. Cependant, la Santa Muerte est entourée d’une aura de souffre : les dons en nature des habitants ne sont pas les ex-voto offerts aux autres saints. Dans le cas de la Santa Muerte, on peut voir sur les autels des cigarettes, de la drogue, des sucreries et du chocolat, de l’alcool, des bijoux… Les philtres et recettes associés à son culte sont trop proches de rites sorciers pour être acceptés par l’Eglise Catholique, qui condamne également les « Dias de los Muertos », comme manifestations hérétiques et païennes. On peut se demander si le fait que le culte soit populaire notamment chez les marginaux de la société mexicaine, n’est pas l’une des raisons de la condamnation du culte par l’Eglise Catholique (bien que la Santa Muerte soit vénérée par beaucoup de catholiques). Le taux de pauvreté étant très élevé à Mexico, le culte de la Santa Muerte est une évidence : las de croire en des saints qui sont assez loin de leurs préoccupations ordinaires, les marginaux et oubliés de la société mexicaine décident de faire revivre un culte plus populaire, plus accessible, avec une sainte plus proche d’eux. A ce titre, on peut considérer que la Santa Muerte est, en plus d’être un symbole de syncrétisme religieux, un symbole de contre-culture mexicaine, une culture de la rue.

(La Santa Muerte)

Ce qui nous amène à la seconde figure symbolique des « Dias de los Muertos » : la Catrina (ou Cavalera Catrina, ou Cavalera Garbancera). La figure de la Catrina ne cesse d’influencer les maquillages d’Halloween, les adeptes du tatouage (dont nous parlerons plus tard), et les artistes pop-surréalistes.
La « catrina » est dérivée de l’espagnol « catrin », qui désigne une personne élégante et habillée avec goût (ce terme désigne aussi, au Mexique, une sorte de dandy). Cette figure de squelette, habillée d’un grand chapeau à plumes d’autruche et mise à la mode européenne des années 1900/1910, est récurrente dans la tradition iconographique mexicaine, et aujourd’hui occidentale. L’Occident oublie cependant, à travers les ré-interprétations de la Catrina dont il use, que celle-ci est d’abord une caricature, et donc, un symbole de rébellion (à moins que cette fonction ne transparaisse inconsciemment, et qu’elle ne participe au succés de la Catrina en dehors du Mexique).
La première représentation de la Catrina est due au graveur et illustrateur mexicain José Guadalupe Posada en 1910. Il fut influencé par Manuel Marilla, également illustrateur, lui-même inspiré par les danses macabres européennes. C’est notamment pour cette raison que la Catrina possède une figure de squelette et par-là même une fonction de memento mori, puisque
elle rappelle que même les plus riches doivent mourir un jour, au même titre que les danses macabres médiévales européennes. C’est également une caricature de la femme du président Portifio Diaz, contesté pendant la révolution mexicaine, entre 1910 et 1920. La Catrina est en effet une « garbancera ». Le terme désigne des femmes indigènes vendant ou mangeant des produits à base de pois chiche (« garbanza » et « garbanzos »), méprisant leur classe sociale et leurs origines, et copiant les usages et modes européennes dans le but d’accéder à un rang social plus élevé. Pour cette raison, le dessin de Posada devint un symbole très fort de la culture du pays. La révolution étant liée à la redécouverte de l’héritage pré-hispanique, notamment aztèque, des mexicains, ceux-ci adoptèrent squelettes et crânes comme symboles nationaux, et donc également la Catrina comme symbole de l’indépendance culturelle des mexicains face à « l’impérialisme » européen. La Catrina est donc à la fois symbole empreint d’origines religieuses (les danses macabres), mais également symbole de contre-culture et de culture
populaire, comme la Santa Muerte.

(la Catrina originelle)

L’idée de la contre-culture est souvent liée à la contre-culture américaine des années 60 et 70, née pour contrecarrer une certaine idée de la société parfaite, avec ses règles et ses codes bien établis et stricts. La jeunesse s’étant rebellée contre la société des années 50 et ce qu’elle engendrait, une nouvelle culture est née, avec de nouveaux codes, de nouvelles idées. Même
si cette contre-culture a engendré la société actuelle, elle a également contribué au développement important et à l’exportation de la pop culture américaine.

(Pale Horse)

Aujourd’hui, dans un monde inhospitalier, la pop culture se réapproprie les figures religieuses, notamment de la Catrina et de la Santa Muerte, mais également l’esthétique de l’Art Nouveau. Selon Vincent Aubin et Denis Moreau, le christianisme s’apparente à une contre-culture, en tant que religion inspirant une nouvelle manière de vivre ensemble, de manière viable, concrète, ainsi que le suggérait la contreculture américaine des années 60. Il apparaît donc logique que la pop culture, issue de la contre-culture se soit approprié les figures des saints de la religion catholique, et que l’on retrouve dans les formes les plus extrêmes de contre-culture, telle que le tatouage très
utilisé par les membres des gangs adorant la Santa Muerte comme moyen de sacrifice votif en remerciement de services rendus, ainsi que le souligne Caroline Perrée . On remarque que dans toutes les « subcultures sombres », ainsi que les nomment Philippe Rigault , le corps et les artifices font partie intégrante de la culture et de l’esthétisme. Le « dolorisme revendiqué »
est un moyen de prouver son appartenance à une communauté. Dans ces tatouages se retrouvent fréquemment la figure de la Catrina. Ces représentations ne sont pas anodines dans des milieux où défier la mort et s’y complaire fait entièrement partie de l’esthétisme revendiqué. De plus, les « subcultures sombres » utilisent souvent le syncrétisme religieux dans le but de
créer un nouvel imaginaire et une esthétique forte : les figures catholiques et païennes, ainsi que leurs différents symboles, se côtoient volontiers. La Catrina s’intègre donc parfaitement dans ce syncrétisme.

Parmi les différents courants artistiques engendré par la pop culture, on trouve le pop surréalisme, qui a acquis une place importante car il développe un imaginaire foisonnant et visuellement très riche. En mêlant histoire de l’art, histoire, religions et pop culture, les artistes du pop surréalisme crée un syncrétisme particulièrement attractif. Il n’est donc pas anodin que la Catrina entre dans les représentations du pop-surréalisme, au même titre que l’Art Nouveau est aujourd’hui régulièrement employé par les artistes, notamment pour des affiches alternatives de films et séries télévisées.
Le syncrétisme religieux est présent dans la société contemporaine, et les exemples les plus frappants sont sans doute la Santa Muerte et la Catrina mexicaines, qui sont devenues de véritables figures de la pop culture. Leur popularité dépassent aujourd’hui les frontières du Mexique, comme le prouvent les parades des Fêtes des Morts ayant lieu à Los Angeles, San
Francisco ou au Texas. Malgré une volonté d’institutionnalisation de la part de la culture dite « officielle » (le Musée du Quai Branly ayant organisé une exposition sur le Mexique en 2007, et l’UNESCO ayant inscrit la Fête des Morts sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité en 2008), ces deux figures restent ancrées dans la contre-culture.
Choisir de réaliser une affiche, qui sera visible par un grand nombre de personnes, démontre une volonté d’inscription au sein de la pop-culture. Les artistes alternatifs contemporains et pop-surréalistes réinterprètent aujourd’hui la Catrina et la Santa Muerte, car elles possèdent une véritable puissance visuelle et évocatrice. En associant la Catrina à d’autres symboles
païens, existants ou imaginaires, et à l’Art Nouveau, on obtient un syncrétisme visuel propre à donner une image très forte, avec une réelle puissance évocatrice, beaucoup plus profonde que l’introduction de la Catrina et des symboles mexicains dans la décoration ou la publicité.

La Santa Muerte et la Catrina traditionnelles

Diego Riveira

Diego Riveira

Manuel Manilla

Mictlantecuhtli

La Catrina et la Santa Muerte dans la pop culture et le pop surréalisme

Brian Viveros

Krisztianna Ortiz

Gustavo Rimada

Patrick O Keefe

Rhys Cooper

Skyes

Jasmine Beck

Sylvia Ji

Brandon Maldonado

Charl

Sylvia Ji

Benjamin Lacombe (Frida)

Laurie Lipton

Nathalie Shau

La Catrina et la Santa Muerte version marketing

Dans la mode des podiums

Dans l’alcool

Dans la mode de la rue

Dans les bijoux (Lydia Courteille)

Livres et textes :

THOMAS Louis-Vincent, Mort et Pouvoir, Paris, Payot et Rivages, 1999

GUTIERREZ MARTINEZ Daniel, Sentiment d’appartenance au tragique : le culte de la Sainte Mort au Mexique, in Sociétés 2012/2 (n°11 6), p. 29-41

PERREE Caroline, Mexico, de San Judas à la Santa Muerte. Logiques votives et rituels transversaux en milieu urbain, in L’Homme 2014/3 (n° 211 ), p. 17-39

TORRES-RAMOS Gabriela, Un culte populaire au Mexique : la Santa Muerte, in Mortels ! Revue Socioanthropologie, 31 | 2015

THIEYRE Philippe, Les Années Psychédéliques, Paris, Desinge & Hugo & Cie, 2011

AUBIN Vincent, MOREAU Denis, Le christianisme est-il soluble dans la contre-culture ?, in Études 2011 /9, (Tome 415), p. 207-217

RIGAUT Philippe, Le corps dans les subcultures sombres, in Champ psy 2011 /1 (n° 59), p. 175-186

Le travail artistique réalisé pour ce cours :

Ce texte est soumis à des droits d’auteur. Soyez sympa, ne le copiez pas. Soyez vous-même, pas une copie d’un autre universitaire. Le monde de la recherche universitaire vous remerciera !

Belle journée mes licornes !

L’Idéal Féminin Romantique, faux sublime et vrai monstrueux (ou La Femme Néo-gothique)

Le terme « romantisch » allemand du XIXe siècle désigne l’indéfinissable, le magique, l’inconnu, le lugubre, l’irrationnel et le mortuaire. Ce terme, repris en France par « romantique », est utilisé notamment pour décrire les œuvres présentant une manière de voir et des sentiments semblables.
Même si le Romantisme a débuté avant le XIXe siècle, c’est celui-ci qui va le transformer en véritable art de vivre, notamment sous le règne de Louis-Philippe (Monarchie de Juillet, 1830 à 1848). Littérature, arts plastiques, architecture, musique, mode, mobilier construisent un véritable mythe romantique basé sur l’exaltation des sentiments.

La femme est au cœur du Romantisme. Loin de la libérer, ce courant artistique va la stigmatiser en deux groupes bien distincts : la femme traîtresse, trouble, ambiguë, macabre et érotique, et la femme pure, idéale, évanescente, victime (et/ou morte). La première est indépendante de l’homme, et lui fait donc peur en même temps qu’elle l’attire, et la deuxième le rassure car elle est totalement dépendante de l’homme, elle le pousse à l’idéal des sentiments et il doit la protéger de toute formes d’agressions.

Physiquement, l’idéal féminin est le même dans les deux cas : peau pâle, voire maladive (les cernes sont très prisées car elles sont la preuve d’une vie intérieure tumultueuse empêchant le sommeil réparateur), yeux noirs ou bleus, cheveux blonds pâles ou noirs de jais. Cette esthétique répond
parfaitement à la mode néo-gothique, et aux élans passionnés qui doivent habiter toute œuvre. Jules Barbey d’Aurevilly décrit magnifiquement l’idéal féminin romantique :
« Quand ses cheveux noirs luisaient déroulés sur des épaules qui semblaient faites de lumière, il y avait là assez pour l’amour de cent poètes et le bonheur de tout un enfer ! »

L’enfer, les monstres qu’il engendre, est bien présent dans les œuvres romantiques de la Monarchie de Juillet, mais cette monstruosité est rendue esthétique : avec les Romantiques, la beauté se libère du carcan des canons classiques, aussi le laid n’en ai plus l’opposé mais le complémentaire. Dans sa
préface de Cromwell, Victor Hugo écrit d’ailleurs : « Le beau n’a qu’un type ; le laid en a mille. »

(c) National Trust, Sizergh Castle; Supplied by The Public Catalogue Foundation

Le monstrueux va de pair avec l’exaltation des sens romantiques et s’insère parfaitement dans les décors néo-gothiques de l’époque. Il peut être physique, alors souvent placé à côté de l’idéal esthétique, comme figure de faire-valoir et/ou repoussoir : les extrêmes s’attirent irrésistiblement à
cette période (tels Quasimodo et Esméralda, dans Notre-Dame-de-Paris, Victor Hugo, 1831). Mais le monstrueux se montre également dans l’être humain, et les écrivains comme les peintres explorent les recoins sombres de l’être humain, afin d’en faire sortir le monstre (tel Auguste Dorsay,
le héros du Cachet d’Onyx de Barbey d’Aurevilly, merveilleusement beau, marquant son ancienne maîtresse de son cachet de cire, à l’endroit du coeur, par pur orgueil, car elle est sa propriété). Ce thème est déjà présent dans la littérature depuis des siècles, cependant, avec les Romantiques, le monstre humain prend de l’ampleur : soit il est acceptable car animé de sentiments nobles, il peut se faire justicier. Soit le monstre humain est présent sous une enveloppe charnelle belle, agréable, angélique, principalement masculine, ce qui accentue le côté terrifiant de ses pensées et actions.
Comme le fait remarquer Giorgio Agamben dans son livre L’Homme sans contenu, les Romantiques utilisent volontiers la monstruosité et l’horreur pour éviter d’être « de bon goût », c’est-à-dire sans excès, sans extravagances, plats, lisses, sans effets, ennuyeux.

Le goût de l’excès et de la terreur se retrouve sur les scènes de spectacles, grâce notamment à l’abolition de la censure sur scène  : les salles du Boulevard du Temple proposent un répertoire violent, où empoisonnements, viols et assassinats abondent, ce qui vaudra au boulevard son surnom
de Boulevard du Crime (en plus d’avoir été le théâtre de l’attentat de 1835 contre Louis-Philippe et qui fera de nombreuses victimes). Au Cirque Olympique, les grands spectacles patriotiques sont monstrueusement grandiloquents : vrais chevaux, décors grandioses et odeurs de poudre attirent une foule de spectateurs.
Les nouveaux auteurs dramatiques romantiques que sont Victor Hugo, Alexandre Dumas, Alfred de Musset, et Alfred de Vigny, désirent un théâtre plus libre, dégagé des canons classiques et « submergeant le public d’émotions multiples ».

Cet excès, l’excès de romantisme, fige la femme dans deux esthétiques dont elle se retrouve prisonnière : la première, pure et idéale, dont le modèle est suivi par toutes les femmes bourgeoises, représente la norme romantique, conventionnelle, de l’époque (une sorte de sylphide douce et évanescente). La deuxième esthétique, trouble et macabre, par l’image qu’elle renvoie, attire tous les romantiques, c’est-à-dire les artistes et écrivains, et les
aspirants romantiques, c’est-à-dire les bourgeois suivant la mode.

Vous pensiez que nous, femmes du XXIe siècle, sommes esclaves d’une image prédéfinie par les hommes ? Oui, certes, nous devons nous en libérer, mais nous avons aujourd’hui la liberté de choisir, même si cela engendre des situations inconfortables. Mais la femme du XIXe siècle était encore plus mal lotie que nous, parce qu’elle n’avait pas le choix ! Ce n’est pas un hasard si les suffragettes naissent à cette époque… Certes, il y a eu des femmes qui ont osé briser les codes au XIXe siècle, mais pas forcément celles que l’on croit. J’admire plus les suffragettes que Georges Sand par exemple, qui correspond à une certaine image attendue par la société, et conforme aux normes de l’époque, même lorsqu’elle s’habille en homme et fume le cigare (même si j’aime beaucoup ses écrits par ailleurs).

(c) National Trust, Sizergh Castle; Supplied by The Public Catalogue Foundation

Ouvrages utilisés :

  • Umberto Eco (sous la direction de), Histoire de la Beauté, Paris, Flammarion, 2004
  • Jules Barbey d’Aurevilly, Le Cachet d’Onyx, Toulouse, Ombres, 1992, (édition originale en 1831)
  • Victor Hugo, préface de Cromwell, in Oeuvres Complètes, Paris, Lecou et Hetzel, 1854 (texte original de 1827)
  • Giorgio Agamben, L’Homme sans contenu, Paris, Circé, 1996
  • Inès Rieul, Le public de théâtre à Rouen sous la Monarchie de Juillet, in Le Public de province au XIXe siècle, Actes de la Journée d’étude organisée le 21 février 2007 par Sophie-Anne Leterrier à l’Université d’Artois (Arras)
  • Vincent Robert, Théâtre et Révolution à la veille de 1848, in Actes de la recherche en sciences sociales, Paris, Le Seuil, 2011
  • Archives de la Bibliothèque de mises en scène et de documentation théâtrale, Association de la Régie Théâtrale, http://www.regietheatrale.com

Ce texte est le fruit d’un réel travail universitaire réalisé pendant mon master 1, au sein d’un cours d’art plastique. J’ai ici coupé, reformulé et résumé le texte original, qui est beaucoup plus long. Je vous remercie donc de ne pas l’utiliser, ni d’en faire des copies. Soyez vous-même, pas un copier-coller d’un autre universitaire !

Un travail plastique sert également de support à ce texte. Il s’agissait d’une mini BD, donc je vous donne ici les première et quatrième de couverture :

Pour plus d’images de femmes de l’époque, voyez mon board pinterest : https://www.pinterest.fr/mlleaartus/romantisme-xixe-si%C3%A8cle/

Belle journée !

Le MUMA du Havre, un ensemble de jolis trésors artistiques…

A la base, comme vous l’avez vu ici, je suis allée au MUMA pour voir l’expo Pierre et Gilles. Mais évidemment, j’en ai profité pour visiter le musée. On y trouve une collection importante de peintre impressionnistes (forcément, la Normandie, c’est un peu la région phare des impressionnistes…). Mais je n’en parlerai pas. Parce que je déteste les impressionnistes (c’est la faute aux boîtes de chocolats). Franchement, ça ne me parle pas. Je reconnais l’importance du mouvement sur l’histoire et l’évolution de l’art, mais rien à faire, je n’aime pas, donc, je n’en parle pas. Si les Monet ne m’ont arrachés qu’un vague gémissement d’ennui assorti d’un haussement de sourcils et d’yeux au ciel, avec en plus, un marmonnement du style « encore… », en revanche, les œuvres plus anciennes m’ont enthousiasmées ! Pas mal de XIXe siècle, mais aussi de petits bijoux baroques, et de la Renaissance italienne. Plus un portrait flamand protestant qui est l’un des summum du genre…

As you saw it here, I went to the MUMA to see the exhibition Pierre and Gilles. But obviously, I took advantage of it to visit the museum. We find painter’s important impressionistic collection there (necessarily, Normandy is a little the key region of the impressionists). But I shall not speak about it. Because I hate the impressionists (it’s the fault in boxes of chocolates). That doesn’t speak to me. I recognize the importance of the movement on the history and the evolution of the art, but  I don’t like, thus, I don’t speak about it. If Monet tore away from me only a vague groan of boredom matched by a raised eyebrows and by eyes with the sky, with moreover, a mumbling of the style « still », on the other hand, the more older works enthused me ! Quite a lot of XIXth century, but also of small baroque jewels, and Italian Renaissance. More a Protestant Flemish portrait which is one of highlight of the « genre »…

Abraham Janssens, « Méléagre et Atalante », 1620

Charles Cordier, « Nubien », XIXe siècle

Degas, « Etude », 1870-1872 (le seul tableau impressionniste que j’ai aimé…)

Delacroix avant Delacroix, « Paysage », 1849

Hubert Robert, « Incendie de Rome », 1771

« Le Miracle de Santa Cosa de Lorette », Francesco Da Montereale, Ombrie, première moitié du XVIe siècle

« Descente de croix », copie d’après Van Der Weyden, Bruxelles ?, seconde moitié du XVe siècle

Jules Chéret, « Femme en noir au manchon », 1885

Jusepe de Ribera, « St Sébastien », XVIIe siècle

Lorenzo Costa, « Ste Marguerite en prière »,XVe – XVIe siècle

Pierre-Jacques Volaire, « Eruption du Vésuve », 1771

Pompon, « Panthère noire »,  1825-28

« Portrait de femme », école française, fin XVIe début XVIIe siècle. Sublime non ?

Simon Vouet, « La mise au tombeau », 1636-38

« St Charles-Borromée et les pestiférés de Milan », Pierre Mignard, 1657

Félix Vallotton, « La valse », 1893

Belle journée mes licornes !

 

Nouveaux livres, avec leurs critiques…

Bonjour les licornes ! Hello unicorns !

Ma bibliothèque s’est (encore) agrandie. En fait, j’ai besoin de deux choses pour vivre : une grande bibliothèque et un grand dressing. Bien que je sois en train de réaliser un « audit » de ma garde-robe, il n’en est pas de même pour la bibliothèque : parfois, je donne quelques romans, ou livres que je ne souhaite pas garder, mais, dans l’ensemble, je garde toujours mes livres. Du coup, ça s’accumule forcément, depuis le temps ! J’ai donc (encore) acheté quelques livres d’art, et d’autres, que je vous présente aujourd’hui. Comme ce n’est pas forcément hyper palpitant (c’est vrai, on s’en fiche des livres que j’ai achetés), j’ajoute des petites critiques sur chaque livre, on ne sait jamais, ça peut vous donner envie !

My bookcase still  got bigger. In fact, I need two things to live : a big bookcase and a big dressing room. Although I am realizing a « audit » of my wardrobe, it’s not the same for bookcase there : sometimes, I give some novels, or deliver that I do not wish to keep, but, altogether, I always keep my books. As a result, that accumulates necessarily, since the time ! I thus still bought some art books, and others, than I present you today. As it’s not necessarily hyper exciting (it’s true, we don’t care books which I bought), I add small criticisms on every book, that can tempt you !

The Socialite Family, du blog du même nom, entouré de quelques cartes et marque-pages. Le livre est vraiment bien, c’est un livre de décoration d’intérieur, moderne, bohème, qui donne des astuces pour avoir un intérieur à votre image.

Les cartes postales du Havre proviennent d’une super boutique de la ville, qui édite des tas d’objets sur le havre et son architecture, sur un ton « vintage humoristique ». Les cartes postales et marque-pages avec des dessins naturalistes de méduses proviennent du Muséum d’Histoire Naturelle.

Gros plan sur deux nouveaux badges…

Détails de cartes postales et marque-pages…

Le catalogue de l’expo Pierre et Gilles au MUMA du Havre, forcément, j’adore !

Une carte postale Pierre et Gilles, j’ai une obession pour les madones baroques et kitsch… Et un livre de Bourdieu que je ne connaissais pas, trouvé sur le vide-grenier de Dieppe. Pas encore lu.

Une carte postale que j’adore, par un artiste havrais. Et un autre livre de l’une de mes professeurs, Valérie Arrault : Du Narcissisme de l’Art Contemporain, passionnant, où sont décryptés toutes les tendances et thèmes qui font que l’artiste contemporain est le plus narcissique de tous…

Balthus et Lucian Freud, trouvés également sur le vide-grenier de Dieppe. Pas encore lu Lucian Freud, mais Balthus est une vraie référence !

Un peu de pop-art… Le livre Pop ! est une merveille pour les amateurs du genre, car il contient des facs-similés de dessins, peintures, croquis, affiches, tec, des artistes de l’époque. Le livre sur Warhol, trouvé en vide-grenier, parce que je n’en avais pas… Et un numéro de ArtPress, trouvé à la Croix Rouge…

Le livre de Richard Méméteau, Pop Culture, est génial : il décrit les mécanismes de la pop culture, et tout ce qui fait sa richesse et son rapport aux spectateurs, sans ironie, sans mesquinerie, et sans dédain (C’est un vrai fan de pop culture). La Société Post-Mortelle est quand à lui un livre qui décrit avec acuité les différents processus anthropologiques ayant mené à la vision de la mort actuelle, et à nos rapports avec les corps des défunts.

Gros plan sur un tote bag que j’adore pour ses blocs colorés, acheté à la Maison du Patrimoine du Havre, et sur une paire de boucles d’oreille magnifiques et très arty, dénichées chez Mango.

Les livres de la Croix Rouge : Rubens, parce que le baroque et moi, c’est une histoire d’amour (et de haine aussi, mais bref). Dürer, parce que j’adore. Un guide du Bruxelles insolite et secret, passionnant ! Et un livre en anglais sur le département des arts décoratifs du Musée de l’Hermitage… Sublime !

Autres perles dénichées à la Croix Rouge : Courbet, dont la pyschologie me fascine, et Matisse. Bien que j’aime assez peu Matisse, tout historien d’art doit connaître son oeuvre, donc…

L’Italie, of course. La Renaissance dans les cours italiennes est intéressant : il analyse les rapports entre pouvoir, paraître et oeuvres. Les maîtres du Quattrocento est un peu vieux, mais il est assez exhaustif. Les Chroniques Napolitaines, c’est un peu la petite histoire de Naples : complots, meurtres et scandales célèbres liés à la Naples baroque. Et une autre biographie d’Artemisia, bien que j’en ai déjà une.

Le nouveau catalogue d’AM/PM, parce que j’adore la déco !

J’ai craqué sur l’édition augmentée du taschen consacré à Mark Ryden, acheté à La Galerne, superbe librairie du Havre. Parce que j’adore son oeuvre, et que les textes sont vraiment biens. Bon, faut aimer le lowbrow art ! Et un ancien numéro Beaux-Arts sur la couleur, à la croix rouge

Le Green Life, par Victoria, du blog Mango & Salt. un super livre pour une nouvelle alimentation, plus responsable, et un nouvel art de vivre. Ses recettes sont top ! Et un tote bag dont je suis tombée amoureuse, acheté en soldes chez Monoprix.

Les magazines Secrets d’Histoire me font toujours rire : on dirait le Paris Match de l’époque ! Mais les articles sont quand même plutôt pas mal, bien que très racoleurs… La femme au temps des cathédrales, parce que j’intérèsse à l’évolution du statut et de la place de la femme dans la société. Et Murakami, ben oui, in love !

Belle journée mes ptites licornes !

 

L’appartement Perret, un petit bijou vintage

Il y a peu, comme vous l’avez vu avec mon post sur l’expo « Pierre et Gille » au MUMA du Havre, je suis allé flâner, me promener et découvrir de belles choses au Havre. Le Havre est une ville mal aimée, principalement des amoureux d’histoire de l’art et pour cause : quand on s’y promène, certes, c’est une ville hyper photogénique, comme toutes les villes modernistes, mais voilà, c’est aussi son handicap. Elle est moderne. Si vous connaissez un peu l’histoire de la Normandie (« en Normandie, il n’y a de haute et de basse que la marée », dixit Guillaume le Conquérant, qui était déjà pour le regroupement des régions visiblement), vous savez que la ville du Havre a été presque intégralement détruite durant les bombardements de 39-45. Seuls quelques bâtiments ont survécus, on ne sait pas trop comment (notamment la sublime Maison de l’Armateur, donc je parlerai dans un prochain post). Du coup, bien sûr, au sortir de la guerre, il a fallu reconstruire, en masse, vite, et de manière à reloger un maximum de monde (La Cité Radieuse de Le Corbusier, Corbu pour les intimes, participe de cette effort de reconstruction). La ville organise donc un concours d’architecte, et Auguste Perret y participe. Il s’agit de construire de manière radicalement différente d’avant la guerre. Fini les fioritures, les choses compliquées : il faut du rapide, du fait en masse ou presque, du fonctionnel, pratique, simple. Perret propose donc un centre-ville tracé au cordeau, étudié pour être à la fois agréable, pratique et fonctionnel. Immeubles semblables, système de poteaux-poutres ayant fait ses preuves, système ingénieux de chauffage et d’évacuation des eaux. Comme on s’en doute, ce sont les Ateliers Perret qui remporte le concours. En peu de temps, le centre-ville du Havre est entièrement reconstruit, et aujourd’hui, il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (voici la page dédiée à l’appartement témoin)… Alors, on aime, ou on aime pas. J’avoue que j’ai un peu de mal avec les extérieurs, heureusement la vue est sauvée par la mer et/ou les nombreux espaces verts. En revanche, je suis tombée amoureuse de l’appartement témoin ! Il est beau, pratique, fonctionnel, très bien pensé et assez grand. Il est aujourd’hui inscrit Monument Historique, et se visite à jours et heures réguliers, c’est forcément guidé car vous circulez librement dans l’appartement, et vous êtes cordialement invités à ouvrir les placards et armoires, même le réfrigérateur !

Not long ago, as you saw it with my post on the exhibition  » Pierre and Gilles  » in the MUMA of Havre, I went to discover beautiful things in Havre. Le Havre is a badly liked city, mainly lovers of art history for a very good reason : when we walk, there certainly it’s a city hyper photogenic, as all the modernist cities, the thing is also its handicap. It’s modern. If you know a little the history of Normandy, you know that the city of Havre was almost entirely destroyed during the bombardments of 39-45. Only some buildings survived, we do not too much know how (in particular sublime House of the Shipowner, thus I shall speak in a next post). As a result, of course, at the end of the war, it was necessary to reconstruct, mass, fast, and so as to rehouse a maximum of people (The Cité Radieuse of Le Corbusier, Corbu for the close friends, participates of this effort of reconstruction). Thus the city organizes architect’s competition, and Auguste Perret participates in it. It’s a question of building in a radically different way of front the war. Finished the flourishes, the complicated things : the rapids, the mass fact or almost, the functional, practical, simple is needed. Thus Perret proposes a city center traced very precisely, studied to be at the same time pleasant, practical and functional. Similar buildings, system of posts-beams having showed his ability, ingenious system of heating and evacuation of waters. As we suspect it, they are Perret workshops which takes away the competition. In a short time, the city center of Havre is completely reconstructed, and today, it’s registered on the UNESCO world heritage list (here is the page dedicated to the show apartment) … Then, we like, or we do not like. I admit that I have a little of evil with the outsides, fortunately the view is saved by the sea and\or the numerous green spaces. On the other hand, I fell in love with the show apartment ! He is beautiful, practical, functional and rather big, thought very well. It’s registered today Historical monument, and visits in the regular days and the hours, it’s necessarily guided because you circulate freely in the apartment, and you are cordially invited to open cupboards, even refrigerator!

Le plan de l’appartement est traversant, pour plus de luminosité, et il peut être entièrement ouvert ou fermé grâce à un système de double-portes et portes coulissantes et/ou pliantes. Aucun mur intérieur n’est porteur, et la tuyauterie ne passe pas dans les murs, donc, si vous être proprio, vous pouvez tout abattre, ça risque rien (le système de chauffage, collectif, est soufflant et passe par les sols et plafonds, très ingénieux). La surface totale est de 99 m², ce qui est confortable, avec une pièce à vivre, un bureau, trois chambres, une salle de bains, toilettes, une cuisine semi-ouverte, un hall d’entrée ouvert sur le séjour, et de très nombreux placards. J’ai l’impression de rédiger une annonce immobilière…

The plan of the apartment is crossing, for more luminosity, and he can be completely opened or closed thanks to a system of doubles – doors and sliding and/or folding doors. No internal wall is expanding, and the piping does not pass in walls, thus, if to be you a landlord, you can shoot down everything, that risks nothing (the system of heating, collective, is breathtaking and passes by grounds and ceilings, very ingenious). The total surface is 99 m ², what is comfortable, with a living-room, an office(desk), three rooms, a bathroom, toilet, a semi-open kitchen, an entrance hall opened on the living-room, and by very numerous cupboards. I have the impression to draft a real estate announcement…

Le mobilier qui est présent sur place n’était pas inclus dans les appartement, mais ils étaient souvent meublés ainsi, afin de montrer la modernité des lieux. La ville du Havre a fait de longues recherches afin que tous les meubles et objets soient d’époque, et se rapprochent le plus possible de ce qui était proposé à l’époque. Cependant soyons honnête. Cet appartement témoin est un rêve pour les familles bourgeoises : si mes grands-parents paternels ont pu très tôt acheter un réfrigérateur et une machine à laver, parce qu’ils en avaient les moyens, en revanche il a fallu attendre la fin des années 60 pour que mes grands-parents maternels puissent avoir le même confort. Donc, au sortir de la guerre, très peu de havrais ont sans doute pu accéder au confort moderne présent dans l’appartement, qui est une véritable pub pour les arts ménagers !

The furniture which is present  was not included in apartment, but they were so often filled, to show the modernity of places. The city of Havre made long researches so that all the furniture and the objects are of period, and get closer as much as possible to what was proposed). However let us be honest. This show apartment is a dream for the bourgeois families : if my paternal grandparents were very early able to buy a refrigerator and a washing machine, because they had the money there, on the other hand it was necessary to wait for the end of the 60s so that my maternal grandparents can have the same comfort. Thus, at the end of the war, little of the havrais were doubtless able to reach the present modern comfort in the apartment, which is a real advertising for kitchen and bathrooms !

(les passages entre guillemets qui suivent sont extraits de l’article wikipédia dédié à l’appartement témoin, et décrivent le mobilier) / ( The passages in quotation marks which follow are extracted from the article Wikipedia dedicated to the show apartment, and describe the furniture)

Vous allez voir : le mobilier, c’est l’ancêtre de Ikea / You will see : the furniture, it is the ancestor of Ikea.

L’Entrée / Entry Hall

La Salle de séjour / Bureau / Coin repas / Living-Room

 » La salle de séjour reconstitue un ensemble de René Gabriel : les meubles (et leur positionnement) sont exactement identiques à ceux présentés par Auguste Perret pendant l’Exposition internationale de l’urbanisme et de l’habitation, en juillet et août 1947. Ce mobilier à destination des sinistrés s’inspire de prototypes réalisés dès 1945 pour le Salon des artistes décorateurs et a été créé spécialement pour la présentation du logement-type du Havre. Simples et robustes, ces meubles sont destinés à être produits en série puis vendus à des ménages aux revenus moyens. Leurs proportions facilitent un entretien sans aide domestique : surfaces lisses pour le dépoussiérage, passage du balai sous les bahuts, finitions cirées. Diffusés dans l’immédiat après-guerre, ils sont produits en série par la maison Lieuvin à Bernay (Eure) puis diffusés par des ensembliers-décorateurs dans les différentes provinces françaises (André Beaudoin au Havre).  »

La Cuisine / Kitchen

 » Élément de cuisine CEPAC (1946). Provenant des donations des habitants du Havre, les objets usuels (équipement ménager) retracent les différentes étapes dans l’émergence de la société de consommation. Si les premières années de l’après-guerre sont marquées par les restrictions et le prolongement des mesures de rationnement, le début des années 1950 voit l’émergence de nouveaux équipements (autocuiseur, réfrigérateur, etc.) qui, entre la fin des années 1950 et le début des années 1960, équipent la plupart des ménages.  »

La Salle de Bain / Bathroom

La Chambre des parents / First Room

La Chambre des enfants / Second Room

 » Reconstitution de la chambre aménagée par Marcel Gascoin en 1952. Située côté cour, la grande chambre centrale (16 m²) fait face au séjour et peut donc faire office de salle à manger. Elle pouvait également être destinée à des enfants, selon le taux d’occupation supposé pendant la reconstruction qui prévoyait six personnes pour quatre pièces. Une première chambre d’enfant est située près de la porte d’entrée afin que les enfants puissent sortir librement dans la rue.

Cette chambre pour deux enfants présente les meubles de Marcel Gascoin visibles à plusieurs reprises dans des appartements-types au Havre : en décembre 1952 (quartier du Perrey) et en août 1953 (immeuble de la Porte Océane). Conçus pour être réalisés en grandes séries sans pour autant adopter des formes trop mécanisées, rebutante pour la clientèle, ces meubles sont exécutés dans les ateliers parisiens de Marcel Gascoin à partir de 1949 (rue Rennequin), puis par l’ébéniste et fabricant de meubles havrais Loison frères entre 1952 et 1954 (rue du Maréchal-Gallieni). D’un faible coût, ces meubles sont largement diffusés par les magasins d’ameublement des villes moyennes et promus par les grandes revues de décoration (Maison Française, Arts ménagers, Meubles et décors, etc.) grâce à une campagne promotionnelle sans précédent.  »

La troisième chambre / Third room

Belle journée mes ptites licornes !

 

La céramique contemporaine, entre kitsch, mignonneries, détournement et pop-culture

La céramique contemporaine, porcelaine et autre, est hyper tendance, on en parle partout, et il y a des tas d’expos. Et en effet, on assiste à une véritable renaissance de ce médium, et de la sculpture en général (je voue renvoie à mon board pinterest « sculpture now »). Qu’il s’agisse de kitsch avéré, de pop-culture ou de jolies petites choses trop « cute », tout est ici affaire de détournement. La porcelaine, et la céramique sont en général associé à une idée de vieillot, pas du tout moderne. Des machins pour thé anglais avec petites fleurs, ou vases rococo top kitsch avec force dorures ultra-dorées. Pas folichon tout ça, et pas de quoi alarmer le monde de l’art. Sauf que, bien sûr, il y a toujours des artistes pour se réapproprier la chose, et en faire quelque chose d’autre, de bien plus intéressant. En effet, l’art du détournement, dans le monde de l’art contemporain, passe souvent par le choix d’un matériau traditionnel et désuet, réinterprété avec des sujets contemporains, ou une nouvelle manière de le travailler. C’est en quelque sorte mélanger le re-ennoblissement d’une matière devenue obsolète en sculpture avec la moquerie gentille de ce que cette matière était devenue… Voici un petit tour d’horizon de ce que qui se fait actuellement, dans le monde de la sculpture contemporaine en céramique, porcelaine…

The contemporary ceramic, the porcelain and other one, is hyper trendy, we speak about it everywhere, and there are heaps of exhibitions. And indeed, we attend a real revival of this medium, and the sculpture generally (I dedicate send back to my board pinterest « sculpture now »). That it’s kitsch turned out, of pop-culture or nice little things too much « cute », everything is here affair of diversion. The porcelain, and the ceramic are generally associated with an idea of old-fashioned. Things for English tea with small flowers, or kitsch rococo vases with strength ultra-golden gilts. Not pleasant all this, and not of that to alarm the world of art. Except that, of course, there are always artists to regain control the thing, and do something else, of more interesting. Indeed, the art of the misappropriation, in the world of the contemporary art, often passes by the choice of a traditional and old-fashioned material, reinterpreted with contemporary subjects, or new way of working it. It’s in a way to mix the re-ennoblement of a material  become obsolete in sculpture with the kind mockery of what this material had become… Here is a small overview of the fact that which is at present made, in the world of the ceramic contemporary sculpture, the china…

L’étrange et le bizarre

Choi Xooang

Garrett Kane

Johnson Tsang

Juliette Clovis

Kate MacDowell

Laurent Craste

Livia Marin

Sophie Kahn

Yee Sookyung

Le franchement gore

Jessica Harrison

Maria Rubinke

Ronit Baranga

Le cute, kawaï, mignon

Les petites créatures de Anya Stasenko et Slava Leontyev

Erika Sanada

Nichola Theakston

Yoshimasa Tsuchiya

La pop culture

Les nouvelles poupées de porcelaine, entre le art toys et la sculpture, certains sont vraiment magnifiques…

Brett Kern, et ce superbe dinosaure qu’on dirait gonflable et qui ne l’est pas…

Les blobs au couleurs acides de Dan Lam

Belle journée mes ptites licornes !