Picnic at Hanging Rock : jeunes filles, robes blanches et noires bottines…

Cela fait assez longtemps que je n’ai pas écrit ici. D’une part, je terminais mon mémoire de master 2 (il est terminé, mais j’ai des modifs à faire selon les commentaires de mon directeur de mémoire, donc, encore pas mal de travail à l’horizon). D’autre part, j’ai reçu des mails de la part de personnes ayant été choquées par mon dernier article. Il aurait été préférable qu’elles s’expriment par commentaire, comme Marie l’a fait (et je la remercie au passage pour son commentaire constructif ! ^^), car recevoir des mails incendiaires ne fait pas partie de mes priorités dans la vie (en même temps, faudrait être maso….). Du coup, chat échaudé craignant l’eau froide, j’ai mis longtemps à digérer ces mails. Je n’écris pas ici pour être consensuelle, j’y écris sur des sujets qui me touche. Je n’ai absolument RIEN contre les créatifs, au contraire, toute forme de création est la bienvenue dans ce monde désespérant, c’était juste la question de se dire ou pas artiste qui m’intéressait, et pas du tout les productions artistiques. Donc, je suis navrée si j’ai pu offenser des gens, telle n’était pas mon intention.

picnic at hanging rock 1975 4

Bref, revenons au post d’aujourd’hui. Je vais revenir à l’un des sujets qui me passionne le plus : l’image des femmes, principalement aux XIXe et XXe siècle (même si je connais bien l’histoire des femmes des autres siècles). Je vais ici vous parler d’un film qui figure selon moi dans le top 10 des films à voir absolument avant de mourir (en gros « see or die », vous n’avez pas le choix) : Picnic at Hanging Rock.

picnic at hanging rock 1975 8

Il s’agit d’un film de 1975, du réalisateur Peter Weir, sur un scénario de Cliff Green, un film australien, tourné en Australie et est rangé dans les médiathèque et magasins sous le vocable « drame ». Alors oui, bien sûr, c’est un drame, mais c’est beaucoup plus que ça : un savant mélange entre suspense, angoisse, fantastique, romantique, et tout ça, sans pratiquement rien montrer d’horrible ou d’extrême… Juste avec quelques robes blanches, des bottines noires, des corsets, et le bush australien. Avec cette air d’inquiétante étrangeté qui nimbe tout le film, une ambiance délicieusement morbide.

picnic at hanging rock 1975 6

Ce film est basé sur un livre, qui est lui-même basé sur des faits réels (bon, alors, il paraît que oui, non, on sait pas, essayez de trouver le livre The Murders of Hanging Rock, de Yvonne Rousseau, 1980, elle y explore plusieurs pistes, en attendant, j’ai trouvé ces images…). Ce qui est sûr, c’est que la popularité du livre et du film ont donné lieu à un afflux touristique à Hanging Rock !

190px-Miranda_statue_at_Hanging_Rock,_Victoria

(la statue de Miranda au Hanging Rock Museum)

Le 14 février 1900, des jeunes filles d’un pensionnat australien et quelques professeurs partent faire un pique-nique à Hanging Rock… Plusieurs d’entre elles disparaissent. D’après les sources que j’ai pu trouver (il a fallu sonder les abysses du web), elles auraient été victimes d’un éboulement, ce qui a donné lieu à des commérages puisque selon la légende, le Rocher ne s’écroule que sur des personnes ayant quelque chose à se reprocher (elles n’étaient plus vierges quoi, ou la récupération des légendes aborigènes par la religion…). En fouinant un peu du côté des légendes aborigènes, il s’avère que le lieu est effectivement sacré et empreint de forces telluriques très très fortes, ce qui explique l’adjonction que notre auteur a faite à son roman, et qui explique la disparition des jeunes filles (en fait c’est plutôt flou, elles se contentent de passer dans une autre dimension, quelque chose comme ça…).

hang6hang5

Le roman donc, date de 1967, et est signé Joan Lindsay.  Il est à ce jour considéré comme l’un des meilleurs romans australiens, ce qui n’est pas rien quand même. Le fait que le livre insiste avec force sur la véracité supposée des faits, associé au fait qu’il décrit une nature australienne dominée par les forces païennes aborigènes et empreinte de mystère fait que le livre fait parti aujourd’hui du folklore australien. L’auteur a soutenu toute sa vie qu’elle avait écrit le livre en deux semaines seulement, après un rêve qu’elle avait fait (ce qui ajoute fortement au mystère de la chose). En 1987, elle sortira donc l’appendice nommé The Secret of Hanging Rock où elle explique, selon elle, le quid des disparitions (en fait, elle l’avait écrit en même temps que le livre, mais son éditeur lui a conseillé de l’enlever, afin de conserver le mystère entier). De son roman seront donc tirés un film (1975), une pièce de théâtre (1987 et 2016), un musical (2012), des broadcast (2010) et enfin, la mini-série actuelle.

200px-Picnicathangingrock

(la couverture originale du roman)

Le film de 1975 est devenu culte. Il colle parfaitement à l’ambiance du livre. Les jeunes filles, enfermées dans le pensionnat, un endroit magnifique mais où règne une ambiance sombre, gothique, glacée et mortifère, à cause de la main de fer de sa  gérante Madame Appleyard, subissent des sévices corporels (un harnais de maintien draconien en guise de punition) et doivent se plier aux règles de bienséances instaurant un climat de tension où même la séance de laçage de corsets s’apparente à une cérémonie religieuse…

picnic at hanging rock 1975 7

picnic at hanging rock 1975 17picnic at hanging rock 1975 20

Pourtant, on sent que l’établissement peine à se tenir débout, à cause des attaques du monde extérieur, les hommes en particulier, qui y sont tous voyeurs et/ou menaçants, et Mme Appleyard cache ses secrets… C’est donc une bénédiction pour les jeunes filles que de sortir faire ce fabuleux pique-nique (faut se mettre à leur place : elles pourront enlever leurs gants, ce qui est hautement érotique et suggestif à l’époque victorienne, même si Victoria ne va pas tarder à mourir, son règne imprégnera encore pendant un moment l’ambiance anglaise de l’époque).

picnic at hanging rock 1975 21

(paraît que le gâteau à la crème est un symbole phallique…)

La Nature australienne se révèle à elles : sombre, mystérieuse, voire dangereuse, une ambiance très bien rendue dans le film…

picnic at hanging rock 1975 12

On voit ici sous-jacent l’affrontement entre la communauté anglaise, très digne, respectable, bien élevée, et la nature australienne, c’est-à-dire la communauté aborigène, dont les croyances imprègnent profondément l’environnement. Dans le film comme dans le livre, la Nature est tellement reine qu’elle imprègne même le temps : les montres s’arrêtent toutes à midi, impossible de savoir depuis combien de temps on est là, il n’y a plus de repères spatio-temporels…. Elles finissent par s’endormir sauf nos 4 protagonistes au destin funeste. Certaines, comme Miranda, l’héroïne du film, perçoivent plus que d’autres le changement de la Nature autour d’elles : élevée à la campagne, proche des animaux et méprisant les hommes, vierge innocente diaboliquement belle et attirante, Miranda est une jeune animal sauvage contrainte de vivre dans un corset. Elle laissera libre cours à ses pulsions de liberté une fois libérée. La musique du film est très envoûtante, un égrainage de flûte de pan qui ajoute au côté mystique et païen (musique de Gheorghe Zamfir, un spécialiste de cet instrument). Dans le film, on retrouvera les corps, on précisera bien sûr qu’il n’y a pas eu viol, mais cela ne rassure pas pour autant : s’il y avait eu viol, l’explication était logique et rassurante pour notre bonne société victorienne championnes des bonnes mœurs. Mais là, il n’y a… Rien, en fait. Pas d’explications logiques, rationnelles. Le mysticisme, le paganisme sont à l’œuvre et angoisse notre charmante communauté, jusqu’à ce que les masques tombent et révèlent la vraie personnalité de chacune…

picnic at hanging rock 1975 15

D’une certaine manière, par son ambiance, le film (et donc le livre) est le digne héritier d’un mouvement propre à l’Australie et que l’on nomme souvent le Tasmanian Gothic (hyper-exotique non ?), et qui mélange le gothique anglais du XIXe siècle avec la culture aborigène. Je vous renvoie à la page wiki qui y correspond, il y a quelques bons exemples de livres…(https://en.wikipedia.org/wiki/Tasmanian_Gothic).

picnic at hanging rock 1975 11

A noter la superbe référence à Edgard Allan Poe au début du film : « What we see or what we seem are but a dream, a dream within a dream« , une phrase empruntée au poème A Dream within a dream.

A noter également que l’ambiance générale du film et du roman a fortement inspirée Sofia Coppola et son Virgin Suicides ainsi que Marie-Antoinette (la figure de la jeune fille virginale en robe blanche, mais mortifère en même temps se retrouve tout au long de l’art et des représentations féminines, c’est une forme allégorique du thème de la Jeune Fille et la Mort).

51VS6SzZ4OL._SX342_

(la version director’s cut dispo en blu-ray, une merveille qui fourmille de suppléments !)

Et enfin, la série, dont j’ai pu voir (enfin!!!!) le premier épisode hier soir (oui, je n’ai pas regardé plus avant, vu que je me levais à 5h du mat pour faire le ménage… Faut dire qu’il fait environ 35° dans l’appart à 11h du mat, du coup, pour avoir le courage de faire le ménage, faut se lever tôt, à la fraîche. C’était la minute domestique du blog. Spoiler : oui, les blogueuses font leur ménage).

picnic at hanging rock 2018 13

Dés les premières minutes, j’ai été subjuguée. Les décors, les costumes, les prises de vues, les acteurs (actrices principalement), la musique, tout y est absolument magnifique. Merci à la réalisatrice Larysa Kondracki de nous livrer ce sublime bijou, qui est, de plus, encore plus empreint de féminisme que le film de 75 et le livre. On le voit un peu moins dans le premier épisode, donc, je me fie à des critiques, mais il y a une scène frappante où Nathalie Dormer (LOVE, qui jour donc Mme Appleyard, au prise avec ses secrets, a-t-elle tué son mari pour se libérer d’un mariage pesant et conventionnel ????) remet bien à sa place un jeune homme ayant tenté de violenter une de ses élèves (il se prend une fourche dans le pied, ça les lui fera tiens… Les pieds). On la sent très soucieuse en même temps des convenances, et du maintien de la « façade », mais en même temps, elle fait quelques remarques bien senties sur la condition féminine de l’époque, tout en égratignant au passage ses consoeurs (les commérages semblent inhérents au milieu féminin, et de fait, ils le sont souvent malheureusement). Elle a un vrai look de dandy féminin, avec ses robes et ses très jolis chapeau, assortis de très mignonnes lunettes aux verres teintés vert (THE grande mode des dandys de l’époque). J’ai hâte de voir les prochains épisodes, mais franchement, si je peux vous donner un conseil : SEE IT (or die). C’est la plus belle mini-série que j’ai vu depuis longtemps (bon, en fait, dans un autre style, il y a eu Jordskott aussi, que j’adore).

picnic at hanging rock 2018 9picnic at hanging rock 2018 10picnic at hanging rock 2018 15picnic at hanging rock 2018 21picnic at hanging rock 2018 11picnic at hanging rock 2018 19picnic at hanging rock 2018

Le premier film fut tourné à Martindale Hall, une demeure historique très connue en Australie, très belle, située dans le sud du pays.

martindale hall historic house south australia

(Martindale Hall, photo bien pourrie…)

La série quand à elle, fut tournée à plusieurs endroits :

mandeville hallMandeville-Hall

(Mandeville Hall, dont l’intérieur est sublime, ce sont notamment les pièces que l’on voit défiler les unes après les autres dans les premières minutes de l’épisode 1)

caufield victoria

(Caufield, Victoria)

Labassa_LoRes_JPEG_26-320x292

(Labassa)

werribee park

(Werribee Park)

280px-HangingRock0005

(Et Hanging Rock, bien sûr)

A noter : une série photo du Vogue australien de mars 2015 a repris les codes du film et fut shootée à Hanging Rock, pour célébrer le 40e anniversaire de Picnic at Hanging Rock, et s’intitule Lost in Time.

vogue australia 3vogue australia 5vogue australia 6vogue australia 7vogue australia 8vogue australia 9vogue australia 10vogue australia 13vogue australia43vogue australia 2Australian_Vogue

Photographe : Will Davidson

Directrice artistique : Christine Centenera

Avec les actrices Phoebe Tonkin et Teresa Palmer

A noter également : une autre série photo, de 2017, a été réalisée pour le magazine A Magazine Curated by, le numéro réalisé par Alessandro Michele, directeur artistique de Gucci, et fut shootée par… Gia Coppola, nièce de Sofia. Le monde est petit, décidément chez les Coppola, on partage tout, même les références (et pas que les pâtes) !

gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 2gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 3gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 4gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 6gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 7gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 8gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 9gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 10gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 11gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 12gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 13gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 14gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 15gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 16gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017gia coppola a dream within a dream gucci pour édition a magazine curated by alessandro michele 2017 5

Voilà, en espérant que cela vous ai donné envie de lire le livre et voir les films !

 

Publicités

4 Replies to “Picnic at Hanging Rock : jeunes filles, robes blanches et noires bottines…”

  1. Tu m’as donné envie de voir la série! (même si elle est mal notée apparemment). Parfait pour une série pré automne ! Si jamais tu as d’autres films/série dans le genre je suis preneuse 🙂 Merci beaucoup de cet article super!

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, j’ai vu qu’elle était mal notée, mais je ne me fie jamais aux critiques en fait ! Aujourd’hui, très peu de séries prennent le temps d’installer une atmosphère, une ambiance. Certes, l’intrigue est étrange et il ne faut pas s’attendre à une résolution en forme de happy end et avec une logique implacable, on reste dans le flou, et c’est ça que j’aime… En plus, tout est sublime dans cette mini-série… ^^ Merci pour les compliments ça fait plaisir ! ^^

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.