Changement de direction

Nous sommes aujourd’hui le 30 janvier, et il est plus que temps de vous souhaiter à toutes et à tous une très très bonne année 2019.

Vous avez sans doute remarquer que le blog est en berne depuis décembre, et ce, pour plusieurs raisons.

La première, c’est que j’ai déménagé (Bretagne power), et donc, s’installer prend pas mal de temps.

La deuxième, c’est que la préparation de mon doctorat me prend du temps (voui, créer, lire, faire des recherches, tout ça tout ça, ça prend pas mal de temps).

La troisième est un peu indépendante de ma volonté : wordpress refuse catégoriquement de charger mes images, je ne sais pas pourquoi, j’ai essayé des tas de trucs, rien n’y fait.

La quatrième, c’est que j’ai reçu des mails suite à plusieurs de mes articles, des mails fortement méchants sans aucune raison (enfin si, les gens ont forcément des raisons d’envoyer ce type de mail). Ce type de message ne me touche que très peu, je suis suffisamment blindée pour m’en fiche complètement, mais le problème, c’est que je déplore le manque de curiosité, de logique, et de culture des gens qui m’ont envoyé ces mails. Il s’agissait, d’une part, de réactions violentes par rapport à mon article sur l’architecte argentin Francisco Salamone, et également de gens qui n’ont pas trop aimé mon article sur les artistes féminines.

Alors, évidemment, on peut pas plaire à tout le monde (le contraire serait inquiétant). Sur ce blog, je ne suis ni consensuelle ni forcément objective ou subjective selon les sujets. Sachez que je ne juge JAMAIS une œuvre selon les opinions de son auteur, car je trouve qu’il n’est pas juste de se couper de certaines découvertes ou créations uniquement parce que le créateur est facho, macho ou autre. Même si les opinions peuvent être mises à jour d’une certaine façon dans une œuvre, elles n’entravent en rien mon appréciation de cette œuvre. En tant que spécialiste en arts plastiques (ce qui implique des connaissances en histoire de l’art, sociologie, anthropologie, psychologie, histoire et économie), je dois être objective face à une œuvre. Bien que, lorsque vous rédigez votre mémoire de master 2 dans cette matière, vous avez le droit de ne pas être objectif (c’est d’ailleurs la seule matière où vous avez ce droit, puisque vous parlez en premier lieu de votre travail), il vous faut quand même faire preuve d’ouverture d’esprit et de vastes connaissances en ce qui concerne le contexte des œuvres. D’où le mélange d’objectivité et de subjectivité dont ce blog peut faire preuve. Je ne prend pas réellement parti en ce qui concerne les œuvres, je peut très bien faire une démonstration sur Basquiat alors que son travail ne me parle absolument pas (évitez le j’aime/j’aime pas en art, car cela est trop réducteur. Une œuvre évoque quelque chose en vous, ou pas. Ou alors, tentez de démêler le pourquoi du comment du pourquoi vous aimez). Bref.

Le fait d’être à la fois objectif ou subjectif est également un problème pour mon article sur les femmes artistes. On m’a reproché le fait que mon article fustige (à ce point-là ????) les femmes artistes, et donc, d’être macho. Euh, vous avez bien lu l’article, ou juste en diagonale, comme ça en passant ? Cet article est une partie de mon mémoire de master, qui fut une véritable prise de tête pendant plusieurs mois, et qui m’a à jamais dégouté de la question féministe en art. La question est fichtrement complexe, et aboutit à la triste conclusion qu’une femme, lorsqu’elle est artiste, a forcément du mal à s’extraire d’une partie de sa condition féminine. Si elle traite du féminisme, ou de la femme en général, ben oui, c’est normal pour le milieu, puisque c’est une femme. Et si elle se hisse à la hauteur (ironie en mode on) des avant-gardistes masculins, elle doit refuse une part de se féminité pour réussir à se faire entendre. C’est une boucle sans fin, profondément agaçante. Mais je vais vous dire : la plupart des artistes féminines se fichent de tout ça, elles n’y pensent même pas en créant. C’est lorsque qu’il s’agit de réaliser le discours sur l’œuvre que tout ceci se complexifie. Bien sûr, il y a des artistes féministes, mais leurs œuvres ne font-elles pas d’une certaine manière l’apologie d’une forme de faiblesse dans laquelle on catégorise les œuvres des femmes, à savoir que les femmes ne peuvent créer que par rapport à leurs vécus, leurs sentiments, leurs psychisme (une idée héritée du Moyen-Age et reconduite depuis le XIXe siècle, y compris aujourd’hui). Donc, une artiste féminine et féministe dont l’œuvre porte sur sa nature de femme n’est pas une surprise pour le milieu : donc, au lieu de dénoncer, d’une certaine façon, on ne fait que corroborer cette opinion. C’est aussi à cause de cette fameuse idée ancrée dans l’inconscient collectif depuis des décennies en matière d’art que les trois artistes les plus citées (et adulées) sont Camille Claudel, Artemisia et Frida Kahlo. Les trois ont en commun des vies emplies de souffrance, souffrance qui se voit dans leurs œuvres de manière flagrante. On les porte aux nues car elles sont non seulement le reflet de la parfaite femme artiste créant à partir de son vécu mais également car ces vies sont aussi le reflet de l’image parfaite de l’artiste maudit devant souffrir pour créer. L’accident de Frida, les amours de Camille, le viol (réel ou pas) d’Artemisia, sont la sainte trinité des artistes féminines au sein du milieu, et également en dehors de ce milieu (Sainte Frida, priez pour nous, pauvres consommateurs asservis à ton image). C’est un débat sans fin que cette question de la femme artiste, assez agaçant je dois dire. Mais voir les œuvres de ces artistes de manière objective, par rapport à leur contexte, ce n’est pas forcément les rejeter. Ces œuvres sont extraordinaires, chacune à sa manière, et je ne le conteste pas. Mais je suis réaliste et lucide sur cette question de féminisme et de féminin dans l’art : c’est un serpent qui se mord la queue. A la limite aujourd’hui, pour vraiment dénoncer le système machiste de l’art, il faudrait être super féminine et créer en même temps de l’avant-garde ou du contemporain « hyper masculin » (mode ironie activé). Mais serait-on pour autant prise au sérieux ??? Bref, après d’amères constatations, je me suis détournée de ce sujet, le débat est pour moi clos.

Ce qui m’amène à la question de l’arrêt du blog. Je n’écris pas ici pour me faire insulter. C’est le piège d’internet, on le sait tous : les gens vous jugent sur du virtuel. Ils ne vous connaissent pas, ne savent rien ou presque de votre vie, alors ils jugent sur ce qu’ils voient/lisent, ce qui est profondément absurde, mais c’est ainsi. Inutile de se battre contre ça, cela ne sert à rien. Je sais comment je suis : je peux être pédante parfois, un rien madame-je-sais-tout aussi, je suis une donneuse de leçons professionnelle. Il y a des raisons à cela. Déjà, je me permet de donner des leçons (principalement en art et dans certaines autres matières) parce que je SAIS. Je ne connais pas tout évidemment, mais j’en sais suffisamment pour reprendre quelqu’un s’il se trompe sur tel ou tel sujet. Ensuite, je reproche souvent aux gens de ne pas lire les bons livres. Par exemple, les livres de sociologie, d’anthropologie ou de philosophie à la petite semaine se vendent super bien, mais sont inconsistants par rapport aux sujets qu’ils traitent. S’il n’y a qu’un livre à lire sur la société dans laquelle nous vivons actuellement et le pourquoi de cette société, lisez Michel Clouscard, Le capitalisme de la séduction. Écrit en 1981, il a valu à son auteur beaucoup de répressions, car il était de ceux qui, lucides sur la société de consommation ultime et de libéralisme qui s’amorçait alors (vive les gouvernements de gauche, mode ironie activée), fustigeait le libéralisme libertaire. Si vous n’en lisez qu’un, lisez celui-ci. Il vous ouvrira le yeux, si ce n’est déjà fait, sur ce que l’on vit actuellement, c’est-à-dire une société libérale où vous n’êtes en réalité libre de pas grand chose, si ce n’est consommer, rentrer dans le rang, vous indignez quand on vous le dit, adhérez à des comportements soi-disant libres mais récupérés par la société de consommation qui fait de vous un agneau de plus dans une tribu déterminée (ah, la grande histoire des tribus, vaste sujet amenant à débat, qui m’a valu aussi pas mal de remarques). Ce qui fait qu’à chaque fois que l’on pourrait exprimer un raz-le-bol, ça vire au drame si c’est pas « encadré » (rappelez-moi, combien de morts et de blessés depuis le début des gilets jaunes ?). C’est triste bien sûr, mais la société est ainsi conçue qu’il est extrêmement difficile aujourd’hui de sortir du lot. Tout est permis mais rien n’est possible (c’est pas de moi). Mes parents, qui ont eu 25-30 ans dans les années 70, vivent très difficilement ce retour à une forme de censure hyper-vicieuse. Parler de sexe, c’est compliqué. Parler de religions, encore plus. Se moquer de tout ? No way ! La liberté d’expression ne peut plus se faire, on ne sait plus comment parler de certains sujets, de peur de se heurter à des fâcheux. Alors, les insultes se font personnelles, mesquines, les grandes questions sont absentes, le narcissisme bat son plein (culte de la personnalité et de l’individualité oblige). Comment sortir vraiment du lot, seul ou à plusieurs, dans une société qui verrouille implicitement chacun de vos gestes, de vos actes, de vos paroles, à tel point que vous correspondez malgré vous à une catégorie, une tribu, un type de consommateurs ? Pensez-vous vraiment avoir encore votre libre-arbitre?

Ce sont des questions rhétoriques, ne vous sentez pas obligé de répondre. Si vous le faites, restez polis, je vous en remercie.

Bref. Le manque de connaissances, et de culture, me rebute toujours autant. J’aime partager la culture, mais j’aime aussi qu’il y est un retour. Or, ce retour ne fait que sous la forme agressive, ici. Enfin, pas uniquement, j’ai eu aussi des commentaires très agréables, heureusement (Merci Marie ! ^^). Mais ces mails agressifs m’ont fatigué, et écœuré, j’en suis venu à me demander si les personnes qui m’ont écrites étaient des êtres doués d’intelligence ou bien des robots mis en place par le grand capitalisme (amis de la conspiration, bienvenue !!! ^^). Vous savez que des chercheurs ont analysé les comportements de plus de 200 jeunes (entre 15 et 18 ans), et que cette analyse a donné ce jugement inquiétant : en moyenne, ils s’adaptent hyper facilement à n’importe quelle situation, mais par contre, leur capacité de réflexion par rapport à ces situations est catastrophique. Ce qui est un comportement franchement inquiétant : ça veut dire qu’ils sont manipulables à souhait, et c’est pas terrible du tout pour leur avenir…

Bref. Donc, ce blog s’arrête ici. Il reste ouvert, au cas où j’aurais envie de le reprendre et si vous voulez éplucher les archives. Je bascule dorénavant sur tumblr, plus facile d’utilisation pour moi, que je vais relier à twitter (qui ne servira donc qu’aux notifications en fait, puisque ça fait un bail que je ne twitte plus et que je n’nstagramme plus), pour les notifications de parutions. Il n’y aura sans doute que des images, et très peu de textes, à priori.

Bonne route à toutes et à tous, gardez l’oeil et l’esprit ouvert, soyez créatifs, éclatez-vous !

Belle journée,

Alexandrine

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4 Replies to “Changement de direction”

  1. J’ai lu cet article quand il est sorti, et je ne sais toujours pas quoi répondre à part que suis vraiment désolée pour l’expérience que tu as eu sur la blogo. 💔 Bonne route à toi, je garde espoir que tu reviendras. C’était le cas pour moi.

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    1. En fait, je trouve ça triste surtout pour les gens qui prennent un temps considérable à envoyer des mails pourris à d’autres personnes qu’ils ne connaissent pas. Cela me paraît relever d’une pathologie très grave… Mais bon, le mieux à faire, c’est de les supprimer illico. Je reprends le blog, j’aime trop partager ! ^^

      Aimé par 1 personne

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