Souvenirs de Poitiers, Strasbourg, Rennes et Rouen

Deux articles en un. On est efficace ou on ne l’est pas.

Je me suis rendu (ok, c’était l’année dernière) à Poitiers dans un but précis, pour mes recherches académiques de doctorat : aller à la Fanzinothèque. Bon, autant vous prévenir, si vous ne connaissez pas le lieu : on peut y passer une semaine non-stop et ne pas avoir fait le tour de tout ce qu’il y a à y voir, tellement c’est foisonnant. Pour ne pas dire tentaculaire. Aussi, j’avais prévu le coup, vu que je n’avais qu’un après-midi à y consacrer, et j’avais potassé le site, afin de sélectionner les zines que je voulais voir et prendre en photo. Et bien sûr, à la Fanzino, vous pouvez acheter des choses. J’aime beaucoup fouiller dans les coins, débusquer THE truc extraordinaire dont personne ne veut plus, et en plus, il y a des petits prix…. Petit tour d’horizon de ce que j’ai rapporté (mon budget était limité à 50 euros, j’ai donc dépensé 50 euros tout rond, enfin d’après mes souvenirs. A moins que ce ne soit 40. Je sais plus. Bref)

Carte postale psyché de la Fanzino, et une sérigraphie dont je suis tombée amoureuse, de 58°Galbés. Comment ne pas ? C’est tramé, y a des palmiers, c’est bleu et orange, avec une forme faisant irrésistiblement penser à une planche de surf. La fille pas obsédée du tout par la Californie.

Le catalogue d’une ancienne expo de la Fanzino, sur des fanzines franco-québecois. Il y a des interviews, ce qui vient nourrir grandement ma recherche…

Outre des goodies, toujours les bienvenus (je vous ai dis que j’adorais les autocollants ?), voici THE badge. Vert, irisé-pailleté, avec une phrase qui me définit bien (outre les autocollants, je raffole des badges). Il a été fait par les petites mains de La Maculée Conception.

Une chose extraordinaire, qui a un peu souffert, mais que j’ai pris quand même. Il s’agit d’un ensemble d’images de maladies étranges et d’affections bizarres. Bon, c’est de l’anatomie, c’est légèrement tramée, et ça a été fait par le studio Les Editions du Parasite, que j’adore (le studio, pas le parasite). Détails ci-dessous, âmes sensibles s’abstenir.

Une vue globale de tout ce que j’ai rapporté de la Fanzino… Outre des petits goodies (cartes postales, flyers divers, autocollants) et des éditions d’artistes, j’ai acheté le livre de la Fanzino, Fanzinorama.

Et maintenant, direction Strasbourg. J’y étais en février, juste avant mon anniversaire, afin d’étudier le fonds « éditions d’artistes » du Centre de l’Illustration de la médiathèque Malraux (les rayonnages de la bibliothèque consacrés au design d’édition sont hallucinants, il y a TOUT), et notamment le fond très important Gfeller + Hellsgard (vous pouvez également aller faire un tour sur le shop Beuys on sale). Bien sûr, j’y suis resté deux jours, ce qui m’a également laissé le temps de faire un tour de ville (que je connaissais déjà), aller faire un musée, manger de la forêt noire (sans mentir, celle de Gruber est une tuerie, avec en plus des parts plus que généreuses, hum, et le resto est d’un kitsch extraordinaire, franchement prenez des photos !!!!). Et de compléter ma collection de livre Le Cabinet de l’amateur. Édités par les musées de Strasbourg, ces carnets purement visuels et en grands formats regroupent des images d’un même thème avec des objets provenant de tous les musées de la ville. Une belle idée, graphiquement superbe. J’en ai donc 5 à mon actif. Mon premier était celui sur les animaux albinos, le second sur les objets en os et en argent, et j’ai acheté celui sur les mains, la publicité et la boîte-en-valise de Duchamp. Mais il y en a d’autres…

Ensuite re-direction Rennes. J’ai pu enfin admirer durant un dimanche différents musées de Rennes, notamment le FRAC que j’ai adoré (et pas seulement parce qu’il y a trois éléphants Eames qui se balade dans le resto). Et la boutique de celui-ci est géniale, vraiment, il y a des tas d’éditions d’artistes, je voulais tout acheter !!!!!

Une vue d’ensemble de ce que j’ai rapporté du FRAC : les affiches A4 faisaient partie d’une installation et étaient en libre service, j’ai pris les deux formules. Outre des prospectus, j’ai acheté le Tract’ édité par Incertain Sens, le Journal Centre du Monde, édité par le FRAC et l’Association R1 (en fait, le Centre du Monde est une résidence d’artiste sur Belle-Ile-en-mer), et un livre de Didier Petit et Gilbert Mao, édité à l’occasion d’une expo à Saint-Brieuc.

Et maintenant, une page d’actualité :

D’abord, les nouvelles éditions qui sont entrées dans la collection ces derniers mois :

Au Centre de l’Illustration de Strasbourg, j’ai récupéré, outre un super dossier fort utile, deux zines qui, faute de personne à contacter, se retrouvent en libre service, gratuitement (il s’agit de La Crampe numéro 2, et de 8012). Il y a également deux livres que j’ai récupéré gratuitement aux Archives de la Critique d’art (le Géographe Inscrit des éditions Incertain Sens, et une édition Orange Rouge, réalisée grâce à un atelier avec des artistes et des ados, à l’occasion d’une expo aux Grands Voisins). Et bien sûr, il y a des exemplaires d‘Eau de Javel, très gentiment envoyés par Violette (on a fait échange de fanzines, à l’ancienne).

Au mois de mars, juste avant le confinement, j’ai récupéré pas mal de choses, qui définissent assez bien une énorme partie de ma personnalité (50% je dirais) :

A savoir mon amour du kitsch, de l’humour absurde, de l’architecture moderniste, de la typo et des paillettes. Vous mettez dans un gros shaker et ça vous donne des éditions qui vont bientôt sortir, Creamy, Ostalgia et Glama en tête. Ici, il y a un superbe cadeau de Catherine (du duo Force de Vente), le gros livre pailleté rouge (IN LOVE) qui est un récap du labo de recherche EDITH de l’ESADHaR de Rouen. En dessous, un mini-catalogue d’une expo de céramiques à Limoges, envoyé par Christelle, expo dédiée à la céramique de nourriture, c’est kitschoune à mort, j’adore. Le reste, c’est des flyers, glanés ici et là. On collectionne le papier ou on ne le collectionne pas. Point.

Le bureau du début du confinement. Einstein a dit : « On nous dit qu’un bureau encombré est signe d’un cerveau encombré. Mais alors, que faut-il penser d’un bureau vide ? » ET TOC.

Et puis il y a cette image. Lors de ma journée passée à la bibliothèque de l’ESADHaR de Rouen, qui est une petite mine d’or pour l’édition, au détour de pages tournées, je tombe sur cette image. C’est le coup de foudre immédiate, j’adore, c’est tellement 70s. Je l’aime tellement que je vais la faire imprimer en grand format et l’encadrer.

Voilà, un looooonnnng article avec beaucoup de liens !

Bonne journée mes paillettes !

Fausses ruines et vrai romantisme : la « magnificence déchue »…

(expression empruntée à William Shenstone, écrivain anglais)

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(La Cathédrale Engloutie, de Didier Massard)

Nous sommes en 1764 (oui, ça nous rajeunit pas). Le premier roman gothique (ou roman noir) anglais vient de voir le jour : Le Château d’Otrante, par Horace Walpole. Vont s’ensuivre moults productions, pas toujours très bonnes, mais dans lesquelles on trouve de sublimes auteurs, tels que Charlotte Smith,  Ann Radcliffe, Regina Maria Roche, Eliza Parsons, Eleanor Sleath (oui il y a beaucoup de femmes dans le roman gothique anglais). A la fin du XVIIIe siècle va arriver bien sûr Lewis et son fameux Moine, et début XIXe siècle, Mary Shelley livre son fabuleux Frankenstein… Bref, une période extraordinaire en terme de production littéraire anglaise, tout comme le sera également le XIXe siècle, y compris en France. Alors, le roman gothique c’est quoi ? Et bien c’est l’ancêtre du roman d’horreur et fantastique : vous prenez une bonne pincée de frissons, vous ajoutez l’amour fou/interdit/passionné, vous assaisonnez avec des décors de ruines, de châteaux, vous relevez le tout avec des apparitions, goules, et autres personnages surnaturels, vous secouez le tout, et pour décorer, vous ajoutez une petite malédiction. Et vous avez votre roman gothique. Je caricature un rien, mais la plupart de ces ingrédients reviennent systématiquement dans le roman gothique. D’ailleurs, on y trouve beaucoup de personnages féminins persécutés (allez savoir pourquoi, les différentes façons de voir la femme au XIXe siècle c’est-à-dire persécutée et innocente ou au contraire fatale et perverse,  se retrouve beaucoup dans ce type de littérature, qui n’est pas franchement subtile en matière de stéréotypes, à part quelques exceptions).

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Bon, mais quel rapport avec les ruines ? Eh bien, parce que le roman gothique n’est qu’un aspect de la formidable évolution que subit l’esthétique à partir de la fin du XVIIIe siècle et ce jusqu’au milieu du XIXe siècle, voire même au-delà : le Romantisme naît. Avec lui, on va rêver donjons, médiéval-attitude, trahisons, malédictions, revenants, frissons, fantômes, banshees, sorcières, héritages empoisonnés et croisades. Un Moyen-Age complètement fantasmé où vont se mêler ruines chrétiennes et temples païens celtes, et quel autre pays que l’Angleterre pouvait se permettre autant de mélanges ? Cela ne gêne visiblement personne de se balader dans des faux Stonehenge (comble du chic, à avoir dans son jardin) ou de fausses abbayes, ou de se donner rendez-vous dans des pièces d’eaux peuplées de grottes fantastiques et de monstres…

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En fait, à l’époque, notamment avec l’expansion du Grand Tour, que font les jeunes gens en Europe pour se gaver de culture et d’architecture (tu seras un homme, un vrai, tu auras tout vu et tu connaîtra tout. Enfin, toute l’Europe, le reste on s’en fiche, c’est des barbares.Hum), c’est la grande mode du néoclassicisme. Les pseudo temples grecs fleurissent un peu partout, et on met des colonnes à toutes les sauces. Donc, un groupe de « révolutionnaires » indignés va rompre avec ces colonnes et imposer le Moyen-Age (ce son des médiévistes) : la Société des Antiquaires (1718). A leur suite vont être publié beaucoup d’ouvrages, notamment sur l’architecture gothique. Ils sont gorgés d’erreurs, mais ce n’est pas grave : ça a l’air vrai, c’est tellement pittoresque.

Il faut savoir que l’Angleterre, à cette époque, regorge de vraies ruines, à cause de la Réforme, qui a laissé bon nombres d’abbayes en ruine dans tout le pays. On les redécouvre par le biais de livres remplis de gravures, et tout ça, c’est tellement romantique… Donc, les nobles et les bourgeois veulent de la ruine. Vraie ou fausse.

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Je parlais plus haut du « pittoresque ». Le pittoresque, c’est ce qui a l’air d’être authentique mais qui est en réalité le fruit d’une fabrication. C’est ce qui l’air ancestral alors que ça date d’hier. C’est avec ce mot que les bourgeois et nobles qualifient souvent les fêtes de village, les costumes traditionnels, les chants ancestraux et les cérémonies religieuses païennes. Ce n’est pas très bon, le pittoresque.

Petite anecdote : lorsque, au XIXe siècle, vont se développer les voyages en train, la Bretagne attirera bon nombre de bourgeois parisiens. Les bretons, voyant cela, et considérant qu’il y avait de l’argent à se faire (ben oui, faut vivre, les campagnes ne sont pas très riches à l’époque, à part quelques gros exploitants), remirent leurs traditions à l’honneur pour tous les jours. On voit donc des habits traditionnels de fêtes sortir tous les jours (ce qui ne se faisait pas en Bretagne, la tradition, c’est pour les fêtes), des contes réinventés pour l’occasion (oui, les légendes bretonnes datent souvent du XIXe siècle, la tradition orale s’étant quelque peu perdue en route), etc. La Bretagne devient folklorique, pittoresque. C’est d’ailleurs à cause de cela que bien plus tard au XXe siècle vont naître des cartes postales montrant notamment des bretons « typiques », ou des scènettes mises en scène, ou encore des vieux métiers. Tout cela pour satisfaire le snobisme du bourgeois (et tant qu’à faire lui prendre un peu de sous, parce, y a pas de raisons qu’il ne paye pas pour un truc qui le satisfait).

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C’est à cette époque (fin XVIII et courant XIX, je reviens au ruines hein) que naît ce que l’on va appeler le mauvais goût, le kitsch. Né avec la noblesse finissante, il prendra son ampleur avec la bourgeoisie régnante, qui veut faire comme les nobles, mais à moindre frais. Bonjour donc reproductions, copies, imitations, qui, à force de surenchère, vont devenir les prémices du kitsch : un art facile, de mauvais goût, ultra-voyant… Mais ultra-fun, car il peut tout se permettre, puisqu’il n’est qu’une copie (en cela, le kitsch est l’ancêtre du détournement culturel actuel). Les fausses grottes, les statues excentriques, les fausses ruines, sont les ancêtres des nains de jardin et des temples grecs miniatures peuplant aujourd’hui les jardins de banlieues. Les coquillages des fausses grottes, héritiers du style rocaille, vont donner les décorations excentriques des salles de bains du XIXe siècle, qui vont donner les objets décoratifs du début du XXe siècle, pour aboutir aux miroirs et boîtes décorés de petits coquillages de ma grand-mère (objets que l’on trouvent dans les vide-greniers, top kitschoune, vous penserez à moi en tombant là-dessus, et à cette article). Si la question vous intéresse, lisez Hermann Broch, l’un des premiers critiques du kitsch (je vous préviens, l’École de Francfort, si vous vous y attelez ensuite, puisque c’est la suite logique, est assez snob, mais très intéressante à lire cependant. Adorno est particulièrement ardu). Le livre de Céleste Olalquiaga, Royaume de l’artifice: l’émergence du kitsch au XIXe siècle, est absolument fascinant, elle y aborde justement la question des grottes, des coquillages, des presse-papiers, et un bernard-l’hermite sillonne le livre en guise de point de repère (littéraire).

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Bon, revenons à nos ruines. Vont donc voir fleurir les jardins et les parcs d’agréments paysagers : ruines, grottes, temples, etc. C’est à qui aura le plus beau « faux parc ». Il faut savoir que c’est à cette époque que naît ce que l’on appelle le « jardin à l’anglaise », qui a ses théoriciens, qui préconisent les coins et les recoins, les plantations sauvages, et aussi les fausses ruines. Le jardin anglais est un dédale, un vrai fouillis très bien organisé, qui adore le côté sauvage et mystérieux, tant que c’est quand maîtrisé et que ça ne déborde pas trop. Les fausses ruines font donc partie d’un ensemble que l’on appelle « une fabrique de jardin », un endroit artificiel qui sonne vrai au milieu d’un plus vaste ensemble, et qui sert à magnifier point de vue, horizon, et à produire des effets « wahou » garantis. En 1742, un ouvrage de Batty Langlay (peintre paysagiste) eu un vif succès, et il y détaille avec force gravures tous les éléments gothiques à avoir dans son jardin, pour donner une impression de vieillesse (et donc, d’origines nobles, anciennes familles, et tout le toutim).

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On ne fait pas que construire des ruines, on y mets aussi des objets : crânes, bougies, têtes d’animaux, sabliers, etc.  Il y eu d’ailleurs un certain M. Hamilton pour « passer une petite annonce » afin de trouver un acteur pour rester dans une grotte artificielle et prêt à s’engager à ne se couper ni cheveux, ni barbe, ni ongles pendant sept ans. Je me paye un faux ermite vous voyez. Bon, ça n’a pas marché, l’ermite miteux n’a pas réussi à tenir le challenge, Hamilton l’a renvoyé, et on a mis un mannequin à la place…

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(les photos émaillant l’article sont extraites de l’expo « Rêves de Monuments », un hommage à ces fabuleuses ruines, qui s’est déroulée à la Conciergerie de Paris en 2012-2013)

Voici donc les plus belles ruines néo-gothiques anglaises (à mon avis):

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La fausse ruine du Parc de Mow Cop, dans le Cheschire… Sublime au coucher de soleil…

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La grotte du Parc de Painshill, dans le Surrey, une merveille faite de plâtre, résine (un genre de résine) et fer grillagé…

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La ruine du Parc de Hawkstone, un magnifique point de vue fait pour encadrer le paysage… Le parc est au demeurant très beau à visiter, il y a même un faux pont (enfin, vrai car vous pouvez l’emprunter) semblant avoir été fait au Moyen-Age avec des troncs d’arbre, enjambant une fausse rivière (c’est-à-dire, qui n’existe pas et n’a jamais existé…).

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Le petit Stonehenge de Ilton Park, dans le Yorkshire, mon préféré…

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La fausse ruine de château du Parc de Wimpole Hall, ne la dirait-on pas sortie du Moyen-Age ?

Et enfin, un château en ruine, qui déroge à la règle : c’est une folie néo-gothique, construite au XIXe siècle, mais qui est aujourd’hui en ruine suite à la seconde guerre mondiale. Du coup, cette ruine correspond parfaitement aux ruines néo-gothiques de l’époque, une véritable ironie à l’anglaise… Nul doute que son proprio aurait adoré !

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J’ai donc nommé le Château de Lowther, avec des plantations merveilleuses…

Et pour finir, une fausse ruine magnifique, mais pas en Angleterre… En effet, cette mode a essaimé un peu partout en Europe, on en trouve en France mais aussi en Allemagne (le foyer du Romantisme) et en Autriche… Voici donc les fausses ruines romaines du Château de Schönbrunn à Vienne (sublime par ailleurs), qui allie néo-classicisme et folie romantique, un must !

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A noter également : le village de Portmeirion, qui est un fantasme à ciel ouvert ! Il s’agit d’un ensemble d’édifices construits entre 1925 et 1978 par l’architecte et milliardaire excentrique, Sir Clough Williams-Ellis, qui s’y connaissait en faux-vrais machins. Il voulait en toute modestie, reconstruire un petit paradis italien au Pays de Galles (c’était raté pour le soleil).  La ville est donc charmante, méditerranéenne, et installée au milieu du Royaume-Uni, je vous conseille d’aller y faire un tour si vous pouvez, c’est absolument charmant ! (si vous avez le soleil). Bon, ce n’est pas une ruine, mais cela me paraissait intéressant de relever que ce village est sorti de l’imagination d’un seul homme. Pour info, toute la série Le Prisonnier y a été tournée.

Voilà, si le sujet vous intéresse plus, tapez « fausses ruines romantiques « ou bien « fabrique de jardins » dans googland, vous allez trouver des merveilles!

Belle journée !

Maisons Curieuses : Mark Ryden

Mark Ryden est l’un de mes peintres favoris. Déjà, je suis une grande fan du lowbrow / pop surréalisme, mais ce que j’aime, en plus, chez Mark Ryden, c’est le fait qu’il soit un inconditionnel des cabinets de curiosités et de l’histoire de l’art (passions dont on trouve de très larges traces dans son œuvre). Et j’aime voir les lieux de création, je trouve que souvent, la maison d’un artiste en dit long sur lui, et donc sur son œuvre. La maison de Mark Ryden (et de son épouse Marion Peck, artiste lowbrow également) est un véritable musée, à la fois de l’étrange et du kitsch, assez surchargé (ami du minimal chic, passez votre chemin), et délicieusement rétro. Une véritable merveille, où votre œil est sollicité de tous les côtés. Je rêvais qu’un magazine publie un article consacré à cette maison, qui est tout autant un chef-d’œuvre artistique que les peintures du couple qui y habite ! Et bien, le site internet L.A. Curbed, dédié à l’habitat, l’a fait !!! (l’article complet)… Je partage donc avec vous les photos de ce superbe reportage !

La maison détonne complètement dans le paysage : les Ryden-Peck habitent une rue de L.A. remplie de maisons de type années 50 aux couleurs pastels (genre Edward aux Mains d’Argent, voyez)… La maison est gris foncé, et paraît un peu austère…

Le jardin de derrière, rempli de superbes détails…Et cette piscine en forme de pagode chinoise !

 

L’entrée-salon, avec une ambiance plutôt asiatique.

La salle à manger, avec ses rayures roses et blanches de marchand de glaces…

L’escalier, en galerie de portraits et souvenirs…

Les toilettes sont bien sur prodigieuses ! Avec une belle collection d’Abraham !

 

L’atelier, pièce maîtresse de la maison, superbe je dois dire, si je pouvais avoir la moitié de cet espace, je serai contente !

Le jardin d’hiver, avec cette Sainte Thérèse monumentale veillant jalousement sur le bar…

La chambre du couple, très Conte des Mille et Une Nuits !

Une salle de bain. Si vous avez vu le film « Big Eyes » de Tim Burton, vous reconnaîtrez sans peine l’artiste qui a peint ses portraits d’enfants aux grands yeux…

L’artiste au travail… En plus de ses peintures, Mark Ryden fait aussi des sculptures et installations pour certaines expositions…

Le couple d’artistes…

Belle journée, et belles fêtes de Noël !

Négation des odeurs et du cadavre, symptôme du déni de mort dans le monde contemporain

Le monde contemporain souffre aujourd’hui d’un déni de la mort, et notamment du cadavre.
Le rapport que les Hommes entretiennent aujourd’hui avec celui-ci, notamment dans les pays occidentaux, est la suite logique du rapport évolutif à la mort depuis le Moyen-Age. Cette époque considérait la mort comme une étape transitoire vers un lieu défini par les dogmes religieux. Le cadavre fait peur, mais les Hommes vivent à ses côtés (au sens littéral : les cimetières et charniers jouxtent les commerces et les marchés), ce qui explique que la vision artistique du mort, de la mort, soit synonyme de cadavre pourrissant (vision ajoutant à la peur de la damnation propagée par l’Église). Le cadavre est « vivant », et il dégage des odeurs, que le peuple ne nie pas, l’époque étant synonyme de brassage odorant qui serait aujourd’hui considéré comme insoutenable.

(Juan Gatti)

A la Renaissance, le rapport au cadavre change : les progrès de l’anatomie en  ont un objet propre, sans effluves corporelles, sans fluides, le squelette est débarrassé de sa chair pourrissante. La mort devient esthétique et « présentable ». L’avènement du baroque fera ressurgir le côté vivant du cadavre, en lui prêtant des attitudes, des émotions, le figeant dans une allégorie, propice à la méditation, et plus du tout à la répulsion. La peur de la damnation n’est plus aussi présente qu’au Moyen-Age : l’intellect a pris le pas sur l’émotif, la mort est un symbole.

(Italie, fin XIXe siècle)

Selon Alain Corbin, le cadavre est de moins en moins odorant : avec l’avènement des principes hygiénistes, la société désodorise les rues en même temps que le seuil de tolérance aux odeurs fortes baisse.
Ces principes hygiénistes s’appliqueront ensuite au XIXe siècle aux personnes (nobles et bourgeois en priorité, puis le peuple à la fin du XIXe siècle) : les odeurs fortes sont synonymes d’animalité, l’hygiène est donc très importante. La mise en scène de la femme, allant de pair avec cette hygiène nouvelle, prédispose à une atmosphère érotique où la femme est une créature idéale. Pour les romantiques et les décadents, cette femme idéale est le pendant d’une femme impure, tentatrice, animale, séductrice, qui donne la mort et se parfume à l’orientale. Ils aiment les senteurs fortes, qu’il s’agisse de parfums ou de fleurs. L’atmosphère est très importante. Dans cette ambiance de « beleffet», il n’est pas étonnant que le kitsch soit né (nous reviendront au kistch plus tard). Et la mort est mise en scène de manière flamboyante et victorieuse : elle fait peur mais elle fascine. On s’en moque également, elle devient, avec les caricatures et le roman fantastique, un sujet de divertissement, qui sera renforcé par la photographie et le cinéma.

(Kenji Shibata)

La société contemporaine est héritière de cette culture de la mort et du cadavre ; d’un côté, elle nie la mort de multiples façons, notamment en la tenant à distance et en pensant qu’elle la maîtrise (thanatopraxie, calcul du coût de la mort, marketing et commerce, qui sont des « instruments de la
déculpabilisation », selon Louis-Vincent Thomas ), mais d’un autre côté, la mort et le cadavre n’ont jamais été plus présents qu’aujourd’hui. Avec le développement des différents médias, le voyeurisme de l’Homme face au cadavre n’a pas de limites. La mort, surtout violente, est partout, et par là même, elle se banalise. Le tragique qui serait normalement lié à la vision d’un corps meurtri disparaît peu à peu, et l’horreur devient banale. Le gore, et l’horreur apparaissent de plus en plus souvent dans les films ou les séries TV. L’Homme en a de plus en plus besoin pour être rassuré face à une fin qui le terrifie en lui rappelant son statut d’humain, de mortel.
Cette banalisation de la mort et du cadavre s’accompagne d’une désodorisation importante héritée des principes hygiénistes décrits plus haut. En plus du cadavre désodorisé et « présentable » grâce aux progrès techniques, les intérieurs sont de moins en moins propices aux odeurs fortes.
L’aseptisation des maisons, appartements et lieux publics est désormais synonyme de propreté, non seulement au niveau des odeurs mais également d’un point de vue visuel (le « minimal scandinave » est la nouvelle norme en matière de décoration).

(FFO)

Les odeurs nauséabondes sont masquées par toute sorte de produits, le commerce des odeurs n’a jamais été aussi florissant qu’aujourd’hui. Celles-ci, lorsqu’elles s’échappent du corps, sont la preuve que l’Homme est mortel, imparfait. Et la société contemporaine aime se croire immortelle parce qu’elle pense être symbole de puissance. Il paraît alors opportun de citer quelques mots de Milan Kundera :
« Le désaccord avec la merde est métaphysique. L’instant de la défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. (…) Il s’ensuit que l’accord catégorique avec l’être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n’existait pas. Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch. (…) le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable. »

(FFO)

Cependant, cette définition du kitsch ne serait pas complète sans un apport de mixité et de métissage, tel que le définit Valérie Arrault.
A cet égard, beaucoup d’artistes appartenant aux mouvements artistiques « lowbrow » et « pop surréaliste » sont kitsch, par le biais d’un métissage de symboles et de références historiques formant un tout. On peut notamment citer Mark Ryden et ses petites filles victoriennes associées à des entrecôtes, Ray Caesar mêlant jeunes femmes du XVIIIe siècle et masques de super héros ou SM, Jessica Harrison et ses céramiques fragiles et gores… Les collages de l’artiste FFO mêlent volontiers pin-up, romans photos sentimentaux et anatomie. Et de jeunes artistes se servent de l’ornementation florale baroque et Art Nouveau pour donner un rendu très esthétique à des squelettes ou cadavres (dans la lignée des affiches psychédéliques des années soixante dix), ou pour des affiches alternatives de films ou séries TV.

Les squelettes et cadavres entourés de fleurs odorantes, qui paraissent si romantiques, baroques et décadents dans notre monde aseptisé, ne sont-ils que la réminiscence d’un temps où la vie toute entière était plus esthétique, même dans la mort ? Ou sont-ils plutôt un symptôme révélant le désir d’une vie moins aseptisé, une forme de réappropriation de la mort, un échappatoire à une « banalité terrifiante » (selon les mots de Bertrand Vergely) car symbole d’une platitude ambiante ?

Mon travail artistique lié à ce texte (un extrait, car il s’agit d’une mini bd) :

Livres et textes :

ARRAULT Valérie, Kitsch, postmodernisme et libéralisme, in Regards sur l’image, l’université des arts, Klincksieck, 2009
BOURDIEU Pierre, La distinction, Critique sociale du jugement, Paris, Les éditions de Minuit, 1979
BRION Marcel, L’Art Fantastique, Paris, Albin Michel, 1989
BROCH Hermann, Quelques remarques à propos du kitsch, trad. Albert Kohn, Paris, Editions Allia, 2001
CORBIN Alain, Le Miasme et la Jonquille, l’odorat et l’imaginaire social XVIIIe-XIXe siècles, Paris, Flammarion, 2008
DETUE Frédérik, A l’heure fatale de l’Art, la critique du kitsch au XXe siècle, in Texto ! Vol. XVII, n° 1 et 2, 2012
KUNDERA Milan, L’insoutenable légèreté de l’être, Paris, Gallimard, 1990
TAJANI Ornella, L’utopie kitsch, in Revue italienne d’études françaises, décembre 2012 URL : http://rief.revues.org/881
THOMAS Louis-Vincent, Mort et Pouvoir, Paris, Payot, 2010
SECHERET Laurent et SCHLESSER Thomas, Tardi, un carnaval des monstres, in Sociétés & Représentations, n° 29, 2010/1
SÜSKIND Patrick, Le Parfum, Paris, Au Sans Pareil éditeurs, 1996
VERGELY Bertrand, Petite philosophie de l’esthétique, Paris, Milan, 2006

Ce texte a été écrit dans le cadre de mon master 1 arts plastiques. Je vous conseille, si le sujet vous intéresse, d’aller fouiner vers les liens et livres cités plus haut. Merci de ne pas faire du copier-coller : si vous êtes à l’université, ou même avant, collège ou lycée, pensez par vous-mêmes et faites-vous vos propres opinions, ne soyez pas la copie de quelqu’un. Merci !

Belle journée !

La céramique contemporaine, entre kitsch, mignonneries, détournement et pop-culture

La céramique contemporaine, porcelaine et autre, est hyper tendance, on en parle partout, et il y a des tas d’expos. Et en effet, on assiste à une véritable renaissance de ce médium, et de la sculpture en général (je voue renvoie à mon board pinterest « sculpture now »). Qu’il s’agisse de kitsch avéré, de pop-culture ou de jolies petites choses trop « cute », tout est ici affaire de détournement. La porcelaine, et la céramique sont en général associé à une idée de vieillot, pas du tout moderne. Des machins pour thé anglais avec petites fleurs, ou vases rococo top kitsch avec force dorures ultra-dorées. Pas folichon tout ça, et pas de quoi alarmer le monde de l’art. Sauf que, bien sûr, il y a toujours des artistes pour se réapproprier la chose, et en faire quelque chose d’autre, de bien plus intéressant. En effet, l’art du détournement, dans le monde de l’art contemporain, passe souvent par le choix d’un matériau traditionnel et désuet, réinterprété avec des sujets contemporains, ou une nouvelle manière de le travailler. C’est en quelque sorte mélanger le re-ennoblissement d’une matière devenue obsolète en sculpture avec la moquerie gentille de ce que cette matière était devenue… Voici un petit tour d’horizon de ce que qui se fait actuellement, dans le monde de la sculpture contemporaine en céramique, porcelaine…

The contemporary ceramic, the porcelain and other one, is hyper trendy, we speak about it everywhere, and there are heaps of exhibitions. And indeed, we attend a real revival of this medium, and the sculpture generally (I dedicate send back to my board pinterest « sculpture now »). That it’s kitsch turned out, of pop-culture or nice little things too much « cute », everything is here affair of diversion. The porcelain, and the ceramic are generally associated with an idea of old-fashioned. Things for English tea with small flowers, or kitsch rococo vases with strength ultra-golden gilts. Not pleasant all this, and not of that to alarm the world of art. Except that, of course, there are always artists to regain control the thing, and do something else, of more interesting. Indeed, the art of the misappropriation, in the world of the contemporary art, often passes by the choice of a traditional and old-fashioned material, reinterpreted with contemporary subjects, or new way of working it. It’s in a way to mix the re-ennoblement of a material  become obsolete in sculpture with the kind mockery of what this material had become… Here is a small overview of the fact that which is at present made, in the world of the ceramic contemporary sculpture, the china…

L’étrange et le bizarre

Choi Xooang

Garrett Kane

Johnson Tsang

Juliette Clovis

Kate MacDowell

Laurent Craste

Livia Marin

Sophie Kahn

Yee Sookyung

Le franchement gore

Jessica Harrison

Maria Rubinke

Ronit Baranga

Le cute, kawaï, mignon

Les petites créatures de Anya Stasenko et Slava Leontyev

Erika Sanada

Nichola Theakston

Yoshimasa Tsuchiya

La pop culture

Les nouvelles poupées de porcelaine, entre le art toys et la sculpture, certains sont vraiment magnifiques…

Brett Kern, et ce superbe dinosaure qu’on dirait gonflable et qui ne l’est pas…

Les blobs au couleurs acides de Dan Lam

Belle journée mes ptites licornes !

Avoir une déco de graphiste geek tout en étant adulte…

(article non disponible en anlais / Not available in english, sorry ! )

Ok, tous les graphistes ne sont des geeks, et tous les geeks ne sont pas graphistes. Mais j’en connais quand même pas mal qui réunissent les deux options. Leurs apparts sont totalement déments généralement. Non, le geek ne se limite à une espèce de croisement entre Yoda (ne jamais sortir parce qu’on « geek » ça rend le teint vert), Chewbacca (parce que quand on « geek », on n’a pas le temps de se raser, de se coiffer ou de s’épiler), un binoclard mal dans sa peau (Harry ???) et un bûcheron adolescent (chemise à carreaux powa). Non, le geek n’est pas un adolescent, il peut être aussi un adulte.

Nous voici en 2017, ère de la désormais très classique infantilisation de l’adulte. Vous aurez remarqué que depuis quelques années, on assiste à un essor incroyable des jouets pour adulte ? Jouets avec lesquels on ne joue pas non, bien sûr, on les collectionne, on peut même les customiser. Ajoutez à ça l’énorme développement d’univers de SF et de fantasy (oui, parce que le geek est forcément fan de Star Wars, ou Star Trek, ou Marvel, ou DC, ou Harry Potter, ou le Seigneur des Anneaux, ou Game of Thrones. Voire plusieurs à la fois), ainsi que l’essor d’une déco adaptée, plus le commerce très très lucratif des nouvelles technologies (un geek, c’est très très très souvent un gamer), et vous obtenez le geek des années 2020 (j’arrondis). C’est-à-dire un adulte qui se comporte très bien en adulte, à ceci près que la société de consommation l’infantilise au maximum. Ce qui est vraiment prendre les geeks pour des perches (ou tanches, ou cèpes, ou truites, ou faisans, ou truffes, ou vaches à lait). Car s’il reconnaît très facilement être victime plus qu’à fond de la société de consommation, le geek reconnaît également qu’il achète pour une super bonne raison : il se construit SON propre univers, inspiré de ses passions, un truc très personnel qu’il mixe avec les codes de la déco actuelle. Il aime vraiment ce qu’il achète, et s’il est l’heureux détenteur de la collec complète des lasers Star Wars, ou des baguettes de Harry Potter, voire du véritable trône de fer ou d’un gigantesque crâne de dragon, il ne le revendra pour rien au monde (même avec les huissiers aux fesses, il préfèrera se battre en duel magique, c’est dire s’il est à fond). J’admire ça, parce que ça fait de l’appart d’un geek adulte un terrain de jeux de déco exceptionnel.

Bon ok j’avoue : j’ai tendance à être une geek. A quelques détails près : je n’aime pas jouer aux jeux vidéos, je ne suis pas fan de Star Wars. Mais j’ai été graphiste (moi, le papier, la typo, la mise en page, c’est une love story), j’adore les affiches alternatives de films, Star Trek, Harry Potter, le Seigneur des Anneaux, Marvel et DC, Avatar (ben oui, franchement, Avatar…), les films de SF (mais pas les livres), j’aime le kitsch, le rétro (surtout en affiche), le pop art, la pop culture, je voue un culte à Ridley Scott et Guillermo Del Toro, et Peter Jackson, la figure du super-héros américain me fascine, je collectionne les artbooks, et j’adore les figurines (je me freine. Enfin, mon banquier me freine). En revanche, je ne suis définitivement pas une gameuse, que ce soit en jeux vidéos ou en plateaux, ou en jeux en ligne. Même les jeux gratos de facebook m’ennuient profondément. J’admire les graphismes de certains jeux vidéos (par contre).

Donc le geek adulte d’aujourd’hui, il est : cool, sympa, un peu timide peut-être, pas poilu sauf la barbe, il est tatoué souvent, il adore la pop culture et les jeux vidéos, il raffole du vintage, du rétro, il a un penchant pour le kitsch, mais se passionne quand même pour le design et l’industriel. Souvent, il a un truc avec les étoiles et les galaxies. Et aussi avec les grands espaces verts et les forêts profondes. Il aime les animaux, et à une nette tendance à délaisser la junkfood d’avant pour le veggie ou vegan d’aujourd’hui. Le geek est adulte, sans avoir à délaisser sa part d’enfance. C’est le pied.

Et sa déco est à son image : stylée et éclectique. Voyez plutôt… Et reproduisez chez vous, avec vos propres références pop culture ! Il vous faut

– des affiches, souvent grandes, en répétition, ou en total look sur un mur complet. JAMAIS d’affiches originales, préférez les versions alternatives que l’on via pinterest (vous y trouverez des liens vers les sites de ventes en ligne les proposant). Si vous êtes doués en dessin, vous pouvez toujours en faire vous-même.

– un meuble tv – bibliothèque adapté à votre mur, et avec un look très design, avec des jeux de couleurs et de matières. Le tout noir fonctionne aussi très bien pour mettre en valeur vos livres et objets déco, et si vous êtes un puriste de gamer, vous pouvez ajouter un néon bleu derrière la tv.

– des blocs de couleurs vives et de de la géométrie

– des meubles de geek, c’est-à-dire avec un look que tout le monde reconnaît, issu de la pop culture

– des accessoires de geek… Les photos parlent d’elles-mêmes…

– des toilettes de fous, lâchez-vous dans vos toilettes.

– des meubles adaptés à vos collections, pour qu’on arrête de les considérer comme des jouets…

Alors, vous aimez ?

(imgs : pinterest et la maison F5)

Belle journée mes licornes !

Pierre & Gilles au Muma : le kitsch absolu en majesté

Pour tous les amoureux du kitsch, et les autres aussi, cette expo est (était, puisqu’elle est terminée) une bouffée d’air frais dans les musées ! Forcément, le kitscg et la pop culture entre très peu au musée, spécialement dans les musées d’art contemporain. A part Koons et quelques autres, les relations entre l’art contemporain dit « officiel » (celui de Beaubourg, par exemple) et la pop culture sont compliquées. Très compliquées. Merci les critiques d’art. Bref. Le Muma du Havre a pris le parti d’organiser une big expo sur Pierre & Gilles (faut dire qu’ils sont havrais…). Merci le Muma d’avoir exposé la pop culture à côté des impressionnistes (qui sont rentrés dans la pop culture grâce aux boîtes de chocolats…). Parce que d’habitude, tout ce qui ne fait pas « art très sérieux » (ou qui se prend au sérieux), ça reste à la porte. Pour une fois, on a vu les gens sourire, faire la grimace et rire au musée (croyez-moi, ça n’arrive pas si souvent). En même temps, c’est Pierre & Gilles. Beaucoup de gens n’aiment pas : trop kitsch assumé. Les jeunes, et les enfants, y sont assez sensibles, ça reste familier de leur monde, bien qu’ils y voient juste le premier degré.

For all the lovers of the kitsch, and the others also, this exhibition is (was, because it’s ended) a breath of fresh air in museums ! Necessarily, the kitsch and the pop culture enters little the museum, specially in the museums of contemporary art. To part Koons and some others, the relationships between the contemporary said art « official » (that of Beaubourg, for example) and the pop culture are complicated. Very complicated. Thank you the art critics. In brief. Muma of Havre decided to organize a big exhibition on Pierre and Gilles (needs to say that they are havrais). Thank you Muma to have exposed the pop culture next to the impressionists (who returned into the pop culture, thanks to boxes of chocolates). Because usually, all which does not make  » very serious art  » (or which takes itself seriously), it stays in the door. For once, we saw people smiling, making a face and laughing to the museum (believe in me, it doesn’t arrive so often). At the same time, it’s Pierre and Gilles. A lot of people doesn’t like : too kitsch assumed. The young people, and the children, are rather sensitive to it, it remains familiar of their world, although they see just the first degree there.

J’ai adoré (comme on s’en doute). Beaucoup de photos, énormément, regroupées par thèmes. Un cabinet de curiosité made by Pierre & Gilles, avec plein de choses top kitsch sorties de leur appart (qui est un summum en terme de kitsch assumé), et qui dévoile quelques clés de leur univers : la musique, le cinéma, les séries B, l’imaginaire lié à la mer, les peluches et l’enfance, l’imagerie gay, les dieux indiens et Bollywood…

I adored (as we suspect it). Many photos, enormously, grouped by themes. A cabinet of curiosity made by Pierre and Gilles, with a lot of kitsch top things taken out of their apartment (which is a highlight in term of kitsch assumed), and which reveals some keys of their universe : the music, the cinema, the B-movies, the imagination connecte) to the sea, the fluffs and the childhood, the gay imaging, the Indian gods and Bollywood…

Vous avez forcément déjà vu une photo de Pierre & Gilles, elles apparaissent régulièrement dans les médias, et même en affiche. En gros : l’un fait les photos, elles sont imprimées en grand format (voire très grand), l’autre peint à l’huile en glacis par-dessus, afin de donner cette aspect très pur, lisse et sans défaut (le photoshop du pinceau, en quelque sorte), et ils réalisent le cadre, qui participe de l’œuvre elle-même (vous le verrez sur mes photos). C’est un vrai travail de titan. Que vous aimiez ou pas, ça ne vous laissera pas indifférent. Car le kitsch, c’est ça en fait : vous aimez, ou vous détestez. Mais ce n’est jamais tiède. Bienvenue au pays des roses, des paillettes, des gays forcément trop beaux, des dieux grecs (forcément trop beaux), des madones pleurant des larmes de cristal, des femmes fatales, des seins à l’air et des peluches qui saignent, de la neige de diamants, des marins, des dieux indiens, de la bible revisitée…

You necessarily already saw a photo of Pierre and Gilles, they appear regularly in the media, and even in poster. Roughly : the one makes photos, they are printed in large format (even very big), the other one paints in the oil in glacis over, to give this very pure, smooth and flawless aspect (the Photoshop of the brush, in a way), and they realize the frame, which participates of the work itself (you will see that on my photos). It’s a real titanic task. That you like or not, it will not leave unmoved you. Because the kitsch, that’s it in fact : you like, or you hate. But it’s never tepid. Welcome to the country of the pink, the glitter, the gays necessarily too beautiful, the Greek gods (necessarily too beautiful), Madonnas crying for crystal tears, Femmes fatales, breasts in the air and fluffies which bleed, some snow of diamonds, sailors, Indian gods, the revisited Bible…

(Marianne)

(Madone)

(La Chanson de la Mort)

(Le Dahlia Noir)

(Le Printemps Arabe)

(Les Larmes Noires)

(Maman !)

(La Gorgone Méduse)

(Mercure)

(Salomon et la Reine de Saba)

(Candy Paradise)

(la série des Ganymède)

PS : désolé pour les cadrages des photos, mais les lumières se reflétant dans les vitres, il a toujours fallu que je me décale sur le côté…

Belle journée mes ptites licornes !

Parodie et pastiche : comment l’art contemporain se moque gentiment de ses ancêtres…

(ci-dessus, Gérard Mas)

La parodie et le pastiche ont toujours fait partie du monde de l’art, mais pas forcément de l’art dit « officiel », qui se prend souvent bien trop au sérieux pour apporter un minimum d’humour. Pas grave, les autres artistes font ça très bien… C’est particulièrement vrai dans l’art contemporain, surtout chez les artistes travaillant sur le kitsch (je vous renvoie à mon article sur le kitsch, si jamais vous l’avez manqué). Beaucoup utilisent la parodie ou le pastiche (celui-ci étant l’appropriation d’un style à des fins soit humoristiques soit dénonciatrices, définition actuelle du pastiche, sinon, sans ces fins, c’est juste une copie d’un style) afin de provoquer le rire ou la prise de conscience, et parfois les deux en même temps, histoire de dédramatiser la chose. L’art contemporain, quand il est kitsch, est souvent très « geek ». Oui, les geekeries sont souvent kitsch en réalité, mais c’est pas grave, je les adore quand même ! La pop-culture est en effet fan de réutilisation et détournement d’art « ancien », que cela soit par ajout ou suppression d’élément typiquement contemporains, kitsch, geek, pop… En somme, les tableaux et techniques anciennes deviennent presque des symboles, à utiliser à foison et à réinterpréter, afin que l’art ne se prenne pas trop au sérieux. Et j’avoue : ça marche ! Qu’il s’agisse de peinture traditionnelle, peinture numérique, photographie ou sculptures, le résultat est souvent drôle et bluffant… Parmi les plus importantes réutilisations de ces symboles : la Joconde (récurrent !) et la Cène. Depuis peu, les artistes pompiers du XIXe siècle ont également la cote en terme de réappropriation… Et en plus : ce type d’œuvre est parfait dans une décoration contemporaine, car il apporte une touche de dérision décalée bienvenue dans un univers souvent trop aseptisé. Si vous ne pouvez vous payez un original, privilégiez les affiches (souvent, quand une photo me plaît énormément, mais qu’elle n’est pas disponible en originale, je l’enregistre, augmente sa résolution, et la fait imprimer sur papier photo : effet garanti !)

The parody and the pastiche always made part of the art, but not necessarily the art « official », which takes itself often very too seriously to bring a minimum of humor. Not grave, the other artists make that very well… It’s particularly true in the contemporary art, especially at the artists working on the kitsch (I send back to you to my article on the kitsch, if ever you missed it). Many use the parody or the pastiche (being this one the appropriation of a style in purposes or funny or informers, current definition of the pastiche, otherwise, without these purposes, it’s just a copy of a style) to provoke the laughter or the awareness, and sometimes both at the same time, just to take the drama out of the thing. The contemporary art, when it is kitsch, is often very « geek ». Yes, geekeries is often kitsch in reality, but it doesn’t matter, I adore them all the same! The pop-culture is indeed a fan of re-use and misappropriation of « old » art, that it’s by addition or abolition of element kitsch, geek, pop… As a matter of fact, paintings and old techniques become almost symbols, to use in abundance and to reinterpret, so that the art does not take itself too seriously. And I admit : it works ! That it’s about traditional painting, digital painting, photography or sculptures, the result is often funny and fooling… Among the most important re-uses of these symbols : the Mona Lisa (recurring!) and the Last Supper. Recently, the artists « pompiers » of the XIXth century are also popular in term of reappropriation … And this type of work is completed in a contemporary decoration, because it brings a touch of welcome mockery in an often too much « disinfected » universe. If you cannot you pay an original, favor posters (often, when I like a photo enormously, but when she is not available, I record him, increase his resolution, and her made print on paper photo : guaranteed effect!)

Quelques-uns de mes artistes préférées en terme de parodie et pastiche :

Artiste inconnu, images disponibles sur le site Worth1000.com

Alexey Kondakov

Angela Fraleigh

Studio Designcrowd

Dave Pollot

Freddy Fabris

Gérard Mas

Hendrik Kerstens

Léo Caillard

Jeff Koons

Jessica Harrison

Marco Battaglini

Ci-dessous Marcus Hofer

Penny Byrne

Pierre et Gilles

Pierre-Adrien Sollier

Gérard Rancinan

Sacha Goldberger

Shawn Huckins

Soasig Chamaillard (qui repeint des vierges, je n’ai pas pu résister : la vierge Sailor Moon, hommage à mes années Club Dorothée. Et ça y est, je suis un dinosaure)

Travis Durden

Belle journée mes ptites licornes !

Le Kitsch, c’est quoi ?

(Vogue Uk, dec 2012)

Question existentielle. Mes prochaines années d’études, et celles qui viennent de s’écouler, sont toutes entières tournées vers ce thème, inhérent à notre société postmoderne. Donc, j’ai pas mal lu sur le kitsch, et il m’en reste encore à lire. En discutant avec pleins de gens de ce thème, je me suis rendu compte que le kitsch engendre un réel problème de compréhension. Donc, le kitsch, c’est quoi ?

Existential question. My next years of studies, and those who have just passed by, are the whole turned to this theme, inherent to our postmodern society. Thus, I  read many many books on the kitsch, and I still have there to read. By discussing with peoples of this theme, I realized that the kitsch engenders a real problem of understanding. Thus, the kitsch, it’s what?

(Chris Braceys)

Déjà, il y a deux sortes de kitsch. D’abord, il y a le kitsch comme révélateur de goût personnel. Par exemple, je trouve qu’un nain de jardin c’est l’un des summum du kitsch en terme de goût, tout comme les dauphins en céramique, les poupées de porcelaine et les biches en plastiques. Mais c’est juste mon avis, et il y a des tas de gens qui trouve qu’un nain de jardin c’est très beau (si si si, je vous jure). Et ensuite, il y a le kitsch revendiqué, notamment par des artistes comme Pierre et Gilles, Wim Delvoye, Gilbert and Georges, Jessica Harrison, Jeff Koons, Mark Ryden et tous les artistes pop-surréalistes.

Already, there are two sorts of kitsch. At first, there is a kitsch for revelation of personal taste. For example, I find that a garden gnome is one of highlight of the kitsch in tasteful term, just like ceramic dolphins, porcelain dolls and hinds in plastics. But it’s just my opinion, and there are loads of people who finds that a garden gnome is very beautiful. And then, there is kitsch claimed, in particular by artists as Pierre and Gilles, Wim Delvoye, Gilbert and Georges, Jessica Harrison, Jeff Koons, Mark Ryden and all the pop-surrealist artists.

(David LaChapelle)

Je vais tenter d’expliquer la chose velue, probablement rose et très certainement pailletée qui me fait face en tonnant des « prout » retentissants en forme d’arc-en-ciel et qui fleurent bon la rose : le kitsch. La notion est complexe (la longue phrase bizarre qui précède vous aiguille un peu dans mon raisonnement).

I am going to try to explain the hairy, probably pink thing and very certainly spangled which faces me by thundering « fart » resounding in the shape of rainbow and which smell sweetly the rose : the kitsch. The notion is complex (the long strange sentence which precedes directs you a little in my reasoning).

(Jeff Koons)

J’ai lu des tas de choses sur le kitsch, pas toujours très bonnes à vrai dire. Dire que le vintage n’est pas kitsch est une aberration puisque qu’il n’y a pas plus kitsch que la vogue du vintage comme révélateur de notre rapport à l’objet en tant qu’individus postmodernes. Disons qu’il y a deux sortes d’écrits sur le kitsch : ceux qui sont contre, comme Greenberg, Kundera, Broch ou Dorfles, et ceux qui sont, disons pas forcément pour, mais en tout cas indulgents, comme Sternberg, ou Moles (ceux-là, curieusement sont plus rares).

I read heaps of things on the kitsch, not always very good to tell the truth. Say that the vintage is not kitsch is an aberration because that it more kitsch there than the fashion of the vintage as the revelation of our relationship in the object as postmodern individuals. Let us say that there are two sorts of papers on the kitsch : those who are against, as Greenberg, Kundera, Broch or Dorfles, and those who are, let us say not necessarily for, but in any case indulgent, as Sternberg, or Moles (those, curiously is rarer).

(Jessica Harrison)

Pour les premiers le kitsch est, au mieux une manifestation de très mauvais goût révélateur d’une culture pas très riche pouvant être une atteinte au grand Art, et au pire, un révélateur d’une société dictatoriale en matière de goût et de consumérisme. Cette dernière théorie est intéressante, car, bien que les auteurs précédemment cités aient écrits leurs théories il y a de cela pas mal d’années, on constate que la société postmoderne est en plein dedans !

Pour les seconds, le kitsch est juste une forme de recette du bonheur, l’art au service du peuple. Le kitsch est confortable, il rend heureux et il réenchante notre quotidien un peu tristounet (c’est son but premier en fait).

For the first ones the kitsch is, at best a demonstration of very bad revealing taste of a not very rich culture which can be an infringement on the big Art, and on the the worst, a revelation of a dictatorial society regarding taste and regarding consumerism. This last theory is interesting, because, although the authors previously quoted wrote their theories there is a lot of years, we notice that the postmodern society is in height inside !

For the second, the kitsch is just a shape of recipe of the happiness, the art in the service of the people. The kitsch is comfortable, it makes happy and it re-enchants our a little bit gloomy everyday life (its first purpose in fact).

(Kate Rohde)

Le terme kitsch, est à la base, dérivé de l’allemand. On n’est pas réellement certain de son origine exacte, mais en tous les cas, il induit une connotation négative : vieux, bricolé, attrape-touristes, fabriqué en masse… Cette connotation négative persiste encore aujourd’hui, et lorsque l’on qualifie une production de « kitsch », elle n’est alors plus considérée comme étant du grand Art.

The kitsch term, is derived of German. We are not really certain of its exact origin, but at any rate, it leads a negative connotation : old, tinkered, tourist trap, made massively… This negative connotation persists even today, and when we consider a production as « kitsch », it’s then more considered as being of the big Art.

(Kim Joon)

On peut lire parfois sur le web que le kitsch, c’est des couleurs vives, voire des paillettes, du doré à outrance, de l’accumulation, des sentiments exacerbées, voire du sentimentalisme, etc. C’est en partie vraie, mais la notion est plus complexe. Prenons chaque terme et analysons :

We can read sometimes on Web that the kitsch, it’s lively colors, even glitter, excessive gilt, accumulation, feelings aggravated, even of the sentimentalism, etc. It’s the partially true, but the notion is more complex. Let us take every term and let us analyze :

(Marion Peck)

« couleurs vives » : pas forcément, cela peut-être aussi des couleurs pastels, d’ailleurs le kitsch raffole des pastels, qui sont proches de la douceur de l’enfance.

« Paillettes », « Doré » : là oui, on est d’accord. Le kitsch premier, c’est le maniérisme, le baroque et le rococo, donc oui, le doré est outrancier et pratiquement récurrent, même aujourd’hui.

« Accumulation » : non pas forcément, et d’ailleurs aujourd’hui encore moins. Le foisonnement est souvent présent dans les œuvres d’art, mais pas toujours, et encore moins en décoration et en architecture (je démontrerai cette idée plus loin).

« Sentiments exacerbés » : oui, trois oui. Le kitsch, sa définition même, c’est effectivement ce sentimentalisme tombant parfois dans la mièvrerie, mais en tout les cas, les émotions sont très présentes.

(Mariele Neudecker)

 » Lively colors « : not necessarily, it maybe also colors pastels, moreover the kitsch is crazy about pastels, which are close to the sweetness of the childhood.

« Glitter », « Gilt »: there yes, we agree. Kitsch first, it’s the Manierism, the Baroque and the Rococo, thus yes, the gilt is exaggerated and practically recurring, same today.

« Accumulation »: not necessarily, and moreover today still less. The profusion is often present in the oeuvres of art, but not always, and even less in decoration and in architecture (I shall demonstrate this idea farther).

 » Aggravated Feelings « : yes, three yes. The kitsch, its definition, it is actually this sentimentalism sometimes falling in the preciousness, but in everything the cases, the feelings are very present.

(Maison Hello Kitty)

Je sens que je ne vais forcément me faire des potes : mais siiiiiiii, le kitsch, c’est FORCEMENT l’accumulation. EH NON. Bien sûr que non. Prenez le homard en plastique suspendu dans la galerie des glaces de Versailles, « œuvre » de Jeff Koons, il est tout seul, et c’est quand même du kitsch.

Ce qui m’amène à un point fondamental : le kitsch naît souvent de l’interaction de deux choses totalement opposées. Prenez un jardin tout ce qu’il y a de plus banal, c’est juste un jardin. Posez un nain de jardin dessus, et le jardin devient  kitsch. Les sculptures en porcelaine de Jessica Harrison joue là-dessus : des jolies demoiselles XVIIIe siècle en porcelaine et robes à fleurs, mais qui ont les intestins à l’air ou le cœur entre les mains, comme charcutées par un massacre à la tronçonneuse. C’est de la juxtaposition de ces deux éléments opposés que naît le kitsch.

(Craig Masson Home)

I feel that I am not necessarily going to be made buddies: but yeeeeessss, the kitsch, it is NECESSARILY the accumulation. HEY NO. Of course not. Take the plastic lobster suspended in the Hall of Mirrors of Versailles, Jeff Koons’s « work », it is alone, and it is all the same of the kitsch.

What brings me to a fundamental point : the kitsch often arises from the interaction of two totally brought into conflict things. Take a very commonplace garden, it is just a garden. Put a garden gnome above, and the garden becomes kitsch. Jessica Harrison’s porcelain sculptures play on that: attractive young ladies porcelain XVIIIth century and dresses with flowers, but which have intestines in the air or the heart in hands, as mangled by a massacre in the chain saw. It’s the interaction betwenn these two opposite elements which make the kitsch.

(Mark Ryden)

Analyser le kitsch dans les œuvres d’art, c’est facile, c’est pour cela que je ne le ferait pas : juxtaposition, accumulation, enfance, société de consommation, cadres dorées, syncrétisme religieux, etc. Les thèmes sont souvent récurrents.

Plus intéressante est l’analyse du kitsch au quotidien dans nos vies, kitsch que l’on finit par ne plus voir. L’individu postmoderne vit dans une société de consommation où il existe une véritable dictature du goût, avec des modes lancées perpétuellement, des besoins créés, des objets sans cesse renouvelés. Nous sommes, psychologiquement, dans une culture de l’immédiateté, de l’évènementiel, ce qui explique le grand succès à la fois des réseaux sociaux mais également des DIY, zen attitude, retour à la nature, kinfolk, natural, minimal, etc. L’Homme est à ce point perdu dans l’évènementiel qu’il cherche à tout prix à se rapprocher du passé et de ce qu’il a perdu, ne faisant par-là même que subir une sorte d’effet de mode, mais qui peut être percutant pour certains et signer un véritable changement positif de mentalité et de mode de vie (elle est trop belle cette phrase, faut que je la note pour mon mémoire). L’Homme postmoderne est donc l’essence même du kitsch s’il se conforme réellement à la société actuelle, qui joue énormément sur les apparences. Et parfois, il ne s’en rend même pas compte.

(Pansy Ass)

Analyze the kitsch in the oeuvres of art is easy, that’s why I would not make it : juxtaposition, accumulation, childhood, consumer societies, frames gilded, religious syncretism, etc. The themes are often recurring.

More interesting is the analysis of the kitsch to the everyday life in our lives, kitsch which we eventually see any more. The postmodern individual lives in a consumer society where there is a real dictatorship of the taste, with fashions thrown perpetually, created needs, ceaselessly renewed objects. We are, psychologically, in a culture of the immediacy, of the special event management, what explains the big success at the same time social networks but also DIY, Zen attitude, return to nature, kinfolk, natural, minimal, etc. Thus the postmodern Man is the « summum » of the kitsch if he really conforms to the current company, which plays enormously on appearances. And sometimes, he does not even realize it.

(Pierre et Gilles home)

Si vous avez suivi mon raisonnement, vous comprendrez alors qu’un intérieur que l’on souhaite minimal, de style kinfolk ou wasa-sabi, à influence scandinave ou bien un peu rétro, peut se transformer en kitsch selon les circonstances et les choix de l’individu y résidant. Si ce choix est dicté par un réel raisonnement en pleine conscience, de type moins de gaspillage, revenir à l’essentiel, se détacher de la consommation, arrêter d’acheter neuf, ça je peux le faire moi-même, etc, là, on n’est pas dans le kitsch, et c’est une très bonne chose, car cela voudra dire que l’effet de mode a engendré chez cet individu une réelle conscience de son environnement. Mais si les objets sont présents juste parce que c’est tendance, c’est joli, je les ai acheté en grande surface, etc, là on tombe dans le kitsch parce que l’intérieur devient la représentation de  l’individu : j’ai un ananas en céramique, DONC je suis dans la tendance, DONC je suis perçu comme quelqu’un qui se tient au courant, et qui vit avec son temps, DONC je suis moderne. La plupart du temps, le consommateur n’a même pas la sensation d’obéir à une mode, il est persuadé d’aimer ce qu’il achète (j’ai travaillé dans la pub, je connais les ficelles, et croyez-moi c’est HYPER vicieux). Ok, l’intérieur sera clean, propre, genre boho, un peu californien (il VOUS FAUT  des paniers remplis de plaids et de coussins, ça fait hyper californien), un peu hipster, genre je pars en voyage dans la seconde, et je suis hyper cool, j’ai de beaux livres sur ma table basse parce que ça prouve que je lis, donc que je suis instruit, etc. L’intérieur et la déco légitimisent le consommateur, et ne sont que surfaces propres à renvoyer une certaine image. C’est pour cette raison que le design peut être kitsch, et ce n’est pas forcément dû à la forme primant sur la fonction. Le kitsch, c’est surtout une histoire d’apparence : il est né avec le maniérisme, le baroque, le rococo, et il a trouve son apogée aujourd’hui, dans la société postmoderne héritière de la société du XIXe siècle, où régnait le culte des apparences de la bourgeoisie (je veux faire comme les nobles pour prouver ma valeur et mon goût, mais du coup, je tombe dans l’outrance, la surcharge et le mauvais goût).

(Russel Wrankle)

If you followed my reasoning, you will understand while an inside which we wish minimal, of style kinfolk or wasa-sabi, in Scandinavian either a little bit retro influence, can be transformed into kitsch under the circumstances and the choices of the individual living there. If this choice is dictated by a real reasoning in full consciousness, of type less wasting, to return to the main part, get loose from the consumption, stop buying nine, it I can do it myself, etc., there, we are not in the kitsch, and it is a very good thing, because it will mean that the latest fad engendered at these individual’s a real consciousness of its environment. But if objects are present just because it is trendy, it is attractive, I bought them in hypermarkets, etc., there we fall in the kitsch because the inside becomes the representation of the individual : I have a ceramic pineapple, THUS I am in the trend, THUS I am perceived as somebody who keeps posted, and who lives with his time, THUS I am modern. Most of the time, the consumer even has no sensation to obey a fashion, it is persuaded to like what he buys (I worked in the advertising, I know threads, and believe in me it is HYPER depraved). OK, the inside will be clean, boho, a little bit Californian kind (YOU NEED baskets filled with tartan rugs and with pillows, that makes hyper Californian), hipster,  I am hyper cool, I have beautiful books on my coffee table because that proves that I read, thus that I am educated, etc. The inside and the decoration « make » the consumer, and are only surfaces appropriate to give a certain image. This is why the design can be kitsch, and it is not necessarily due to the shape dominating on the function(office). The kitsch, it is especially a story of appearance : he was born with the Manierism, the Baroque, the Rococo, and it has find ,its peak today, in the postmodern society heiress of the society of the XIXth century, when reigned the cult of the appearances of the bourgeoisie (I want to make as the noble persons to prove my value and my taste, but as a result, I fall in the extravagance, the overload and the bad taste).

(Soasig Chamaillard)

J’arrête là ma démonstration. Tout en précisant que ce n’est parce qu’on se situe dans la deuxième catégorie que c’est mauvais. J’adore le kitsch et j’étudie les tendances à fond, mais en aucun cas je ne pénalise l’individu postmoderne qui va suivre ces tendances. Car chacun est libre, chacun est kitsch, et c’est très bien. Je n’ai pas d’ananas en céramique, et revanche j’ai plein de plaids et de coussins, une corne de mouflon et des bois de cerf. Je suis kitsch dans une certaine mesure, c’est-à-dire dans le sens où j’adore jouer avec les apparences et le futile, mais je le sais et je l’assume, parce qu’il y a quelque chose derrière. J’ai une passion pour les Décadents, qui sont un peu les individus les plus kitsch du monde, avec les dandys. Et j’adore ça.

(Suzanne Apgar)

I stop my demonstration there. While specifying that it is because we are situated in the second category that it is bad. I adore the kitsch and I study the trends completely, but on no account I penalize the postmodern individual who is going to follow these trends. Because each is free, each is kitsch, and it is very well. I have no ceramic pineapple, but I have full of tartan rugs and pillows, a horn of mouflon and some wood of deer. I am kitsch to a certain extent, that is in the sens where I adore playing with appearances and pointless, but I know it and I assume it, because there is something behind. I have a passion for the Decadents, who are a little the most kitsch individuals of the world, with the dandies. And I adore that.

(Wieskirche, Allemagne)

Je ferais d’autres articles sur le kitsch, dans des domaines plus précis, sur des artistes, etc. Et je continuerai aussi mes articles sur le Minimal, parce que pour moi, c’est une prise de conscience.

I would make other articles on the kitsch, in more precise domains, on artists, etc. And I shall also continue my articles on the Minimal, because for me, it is an awareness.

(Zoe Williams)

P.S. : cet article est né de mes lectures sur la société postmoderne et le kitsch. Il existe des tas de livres sur le sujet (tapez « kitsch » sur fnac ou amazon, vous verrez! !). Néanmoins, je serais éternellement reconnaissante à mes lecteurs d’éviter de prendre des morceaux de mon texte pour les plaquer sur un autre texte. Je respecte le travail et les droits d’auteurs des autres écrivains, j’entends que cela soit réciproque.

P.S. : this article arose from my readings on the postmodern society and the kitsch. There are heaps of books on the subject (type « kitsch » on fnac or amazon, you will see !! ). Nevertheless, I would eternally be grateful to my readers for avoiding taking pieces of my text to stick them on another text. I respect the work and the copyright of the other writers, I understand that it is mutual.

Belle journée mes ptites licornes !

Une balade entre 1900, kitsch et San Francisco…

Avouez, vu ma photo et le titre, vous avez cru qu’on était à San Francisco ! Mais non, nous sommes bien en France, en Normandie plus exactement, et à Mers-les-Bains encore plus précisément. C’est sûr « Mers-les-Bains », c’est moins vendeur que « San Francisco ». Même moi je me laisse prendre : San Francisco, c’est musique, rock’n’roll, cool, bio, nature, hipster, artistes. Mers-les-Bains, c’est… La mer. Voilà. Quand mes parents m’ont dit : on va à Mers-les-Bains, tu veux venir ? Bon, ben oui, je ne vais pas mourir idiote. Et là, oh quelle belle surprise ! Il n’y a RIEN à voir…. Hormis de superbes maisons Belle Epoque très colorées, et une rue avec plusieurs brocantes et mignons magasins. Ah et il y a aussi une boulangerie pâtisserie qui fait les meilleurs macarons au chocolat et au café du monde (si vous y allez, ce sont les gros macarons, pas les petits qui valent pas le coup, mais les gros sont extraordinaires).

Admit it, seen my photo and the title, you believed that we were in San Francisco ! But not, we are  in France, in Normandy more exactly, and to Mers-les-Bains still more exactly. Sure « Mers-les-Bains » is less a seller than « San Francisco ». San Francisco, it’s music, rock ‘n’ roll, cool, organic, natural, hipster, artists. Mers-les-Bains, it’s… The sea. When my parents told me: we go to Mers-les-Bains, you want to come ? Well, well, yes, I am not going to die stupid. And there, beautiful surprise ! There’s NOTHING to see…. Except magnificent houses Belle Epoque very colored, and a street with several secondhand trades and cute stores. And there is also a bread and pastry shop which makes the best chocolate and coffee macaroons of the world (if you go there, it’ big macaroons, not littles which are not worth the blow, but bigs are extraordinary).

Du coup, je me suis dit que j’allais vous faire découvrir cette charmante petite ville, qui, à part son architecture magnifique, ne propose rien de bien folichon. Cela fait rêver hein ?

Blague à part, en vrai, vraiment ça vaut le coup pour les maisons, mais il vaut mieux y aller un jour d’été ensoleillé, qui mettra mieux les couleurs en valeur.

As a result, I said to myself that I was going to make you discover this charming town, which, except for its magnificent architecture, proposes nothing very pleasant. It makes dream no ?

In reality, really that is worth it for houses, but it’s better to go there a sunny summer day, which will emphasize better colors.

Ces maisons sont suprêmement kitsch : elles sont le reflet d’une société bourgeoise, voulant se donner « l’air de », avoir l’air plus noble ou original que son voisin. La façade, tout comme les intérieurs sont du « réel fake », qui est la définition même du kitsch : une réalité fausse qui donne l’air d’être vraie. Les couleurs vives vont souvent de pair avec le kitsch, tout comme les effets esthétiques qui n’ont d’autre but que d’être esthétiques (ce qui est typique du Romantisme et de l’Art Nouveau)… Mais l’histoire du kitsch ce sera pour un autre article…

Et je laisse la parole à l’Office du Tourisme pour vous expliquer pourquoi autant de villas 1900 à Mers-les-Bains :

« Les villas du quartier balnéaire témoignent du charme de la Belle Epoque, balcons ouvragés, bow-windows, loggias, céramiques, mosaïques, façades colorées…

Avec la découverte des bains de mer et de leurs bienfaits thérapeutiques, Mers connaît un développement spectaculaire. A la fin du XIXème siècle, le chemin de fer amène vers nos côtes les premiers vacanciers appelés « baigneurs ». Ceux-ci, issus de l’aristocratie et de la riche bourgeoisie de l’époque, allaient s’y fixer en construisant les premières résidences secondaires de notre monde moderne. La thalassothérapie venait de naître.

Le style des villas (anglo-normand, flamand, picard, mauresque, Renaissance, Louis XIII, Napoléon III, années 30, …), leurs couleurs, les balcons ouvragés, bow-windows et loggias, ferronneries, auvents, baies, frontons, consoles. Le décor en briques émaillées à dominante bleu-vert, carreaux de grès émaillés, céramiques, faïences, mosaïques, frises, clous, cabochons, mascarons, rosaces, cartouches, médaillons… un « Joyau unique de l’architecture ». La plupart des constructions d’habitation ont été qualifiées de « villa » lors de l’édification du quartier balnéaire, pour les distinguer des autres constructions, tel les hôtels ou les « maisons de rapport ».

Ces « villas » portent généralement un nom en façade, pour les identifier et les distinguer des immeubles, ce sont des prénoms (souvent féminins) ou des termes empruntés à la nature (principalement les fleurs et les éléments tels la mer).

Par l’arrêté du 7 août 1986, la Ville obtient la possibilité de classer cet ensemble exceptionnel en « Secteur Sauvegardé » et en fixe les limites. » (et heureusement, ça veut dire que les proprio ne peuvent pas faire n’importe quoi concernant l’extérieur des villas…)

And I hand over to the Tourist office to explain you why so many villas 1900 to Mers-les-Bains:

« The villas of the seaside district testify of the charm of the Belle Epoque, the decorated balconies, the bow windows, the loggias, the ceramic, the mosaics, the colored facades …

With the discovery of the sea swimming and their therapeutic benefactions, Seas knows a spectacular development. At the end of the XIXth century, the railroad brings towards our coast the first vacationers called « swimmers ». These, stemming from the aristocracy and from the rich bourgeoisie of the time, were going to settle in it by building the first second homes of our modern world. The thalassotherapy had been born.

The style of villas (English-Norman, Flemish, inhabitant of Picardy, Moresque, the Renaissance, Louis XIII, Napoleon III, the 30s), their colors, the decorated balconies, bow windows and loggias, ironworks, canopies, bays, front walls, consoles. The brick-built decoration enamelled in blue-green dominant, tile of enamelled stonewares, ceramic, earthenwares, mosaics, friezes, nails, cabochons, mascarons, rosettes, cartridges, let us award a medal a « unique Jewel of the architecture « . Most of the constructions of house were considered as « villa » during the construction of the seaside district, to distinguish them from other constructions, such hotels or « blocks of flats for letting ».

These « villas » bear generally a name in facade, to identify them and distinguish them from buildings, they are first names (often feminine) or terms borrowed from the nature (mainly flowers and elements such the sea).

By the order of August 7th, 1986, the City obtains the possibility of classifying this exceptional set in « Conservation area » and in basic salary the limits.  » (And fortunately, that means that landlord cannot make anything concerning the outside of villas)

Belle journée mes ptites licornes !