Le Voyage à Nantes de février 2019 (comment ça, j’ai du retard ????)

Tout d’abord, mes petits chats, je vous souhaite une très belle année 2020, remplie de toutes les choses que vous pouvez désirez. J’espère que vous avez passés de bonnes fêtes, que le papa Noël a été sympa etc etc. (je suis en avance pour les vœux, mais visiblement, wordpress n’a pas pris en compte la planification de l’article, donc, il sort maintenant…)

Les premiers articles de l’année 2020 sont des récap de mes derniers voyages (voyages français hein, trop occupée pendant l’année pour partir à l’étranger), avec les petites merveilles de papiers que j’ai pu glaner ici et là…

Tout d’abord, Nantes. Ouais bon, c’était en février. J’ai vécu un an à Nantes et je suis définitivement fan de cette ville. Mais comme je n’avais pas eu l’occasion d’aller voir ces très fameuses Machines de l’Ile, je me suis fait une journée nantaise… Les Machines, c’est vraiment extraordinaire, je ne comprends pas comment des personnes, dans le public, pouvaient être aussi blasée. C’est quand même une création extraordinaire, des animaux en bois et en métal qui font des mouvements si fluides qu’on les dirait réels !!! (deux ptites mémés derrière nous : « je ne comprends pas pourquoi les gens s’extasient, c’est juste des machines! », avec petite voix grinçante et nasillarde, twin-set et collier de perles. Beurk) C’est vrai qu’à l’heure du virtuel et des prouesse numériques du cinéma (Avatar…), ces machines peuvent sembler désuètes, mais elles ont un truc en plus. Elles sont RÉELLES. Et ça, ça n’a pas de prix….. Bon, j’ai une préférence pour le paresseux, mais je suis pas objective, j’adore les paresseux.

Ensuite, je suis allé à l’expo Rock au château des Ducs de Bretagne (très beau au demeurant). Bon, j’ai adoré la scénographie, le fait de pouvoir garder son gobelet (gobelet permettant d’écouter des pistes de sons et interviews dans l’expo), qui bien sûr est calqué sur celui des festivals. Il est dommage que l’on ne parle pas assez de supports papiers dans l’expo, des fanzines notamment, qui ont été très importants dans la propagation du rock nantais, punk notamment, je m’attendais justement à pouvoir en photographier plein. Mais dans l’ensemble, c’était une belle expo. Juste une bande d’ado braillard n’y connaissant rien, accompagnés d’un prof complètement dépassé, qui m’a un rien gonflé.

Et puis bien sûr, shopping, avec passage obligé par la boutique du Voyage à Nantes. Lorsque j’étais à Nantes, le Voyage existait déjà, mais il était beaucoup moins développé qu’il ne l’est aujourd’hui, et il n’y avait pas de boutique. Honnêtement, il a fallu que je me réfrène sur le papier, sinon, j’achetais toutes les affiches…

J’ai donc rapporté de Nantes :

De la boutique des Machines : une affiche (je suis fan de Led Zeppelin, d’où mon choix du Zeppelin, mais toutes les affiches sont magnifiques), deux badges (moi et les badges, c’est une longue histoire d’amour), quelques marque-pages avec les fameux dessins techniques des Machines (dessins de François Delaroziere), et des cartes postales également. Et des insectes en carton à monter. La librairie est démente.

La boutique en ligne des Machines : http://boutique.lesmachines-nantes.fr/fr/

De la boutique du Château, de sublimes cartes postales. Les animaux dans les teintes pastels (mention spéciale au chat sphinx, mon chat favori) sont de Delphine Vaute, qui avait exposé au Château une sorte de calendrier de l’avent en dessin nommé Ysabeau – Le jardin des songes. Malheureusement pas d’affiche, sinon j’aurais craqué !!!! Mais les cartes sont grandes et belles.

Le site de Delphine Vaute : https://www.delphinevaute.com

Les autres cartes sont de InkFactory, ce sont des sérigraphies. Là encore, pas d’affiches et c’est bien dommage, le poulpe (oui, en plus des paresseux, des loutres, des chats sphinx, je fais une fixette sur les poulpes. Ainsi que sur les méduses et les ratons laveurs. Bref)

Le site de InkFactory : https://www.ink-factory.be/

Mes souvenirs Rock : le flyer de l’expo, le fameux gobelet (j’en ai rapporté un pour mon père également, puisque je lui dois ma culture rock, très marquée 70s) et le badge, que je trouve vraiment sympa, en forme de vinyle…

La boutique du Château : http://boutique.chateaunantes.fr/

Le Voyage à Nantes : forcément, ma légère obsession des 70s me conduit à l’obsession du Bus Volkswagen… D’où la prolifération de ce motif chez moi (et encore, je me réfrène). Donc, la miniature officielle Volkswagen (ici, le modèle 60s, mais j’ai en orange le modèle 70s. Mon but étant d’avoir pratiquement toutes les couleurs. On se moque pas). Plus un tout petit tout mini-bus ! La grande carte avec le bus est de Docteur Paper. Ainsi que le porte-clé. Franchement « team beurre salé », à moi qui suis mi-bretonne mi-normande (c’est-à-dire mi-caramel mi-camembert, ceci est un slogan déposé officiellement), franchement, fallait pas me le dire deux fois !!!! Bon, j’ai résisté aux affiches Docteur Paper, qui sont superbes. Mais j’ai craqué sur le tote-bag gris sérigraphié par Appelle-Moi Papa (ceux qui m’ont vu cet été avec ont été unanimes : il est canon !), que je n’ai pas photographié mais voici ci-dessous une image extraite du site du Voyage à Nantes.

Le site du Voyage à Nantes (il n’y a pas de boutique en ligne malheureusement) : https://www.levoyageanantes.fr/

Docteur Paper : http://www.docteur-paper.com/

Appelle-Moi Papa : https://appellemoipapa.fr/

Voilà pour ce premier périple 2019, d’autres à suivre !

Belle journée !

 

 

Rachel Urquhart et son Pony Gold

Non, ce n’est pas un article traitant d’une attirance sexuelle marquée pour les jeux de rôles avec poneys fictifs.

Moi aussi (et peut-être vous aussi), j’avais des poneys quand j’étais jeune (je suis une enfant des années 80, les PREMIERS millenials, donc, ça date un petit peu). Je me souviens avec nostalgie des petits poneys en plastiques, avec des couleurs hautement improbables, des crinières ultra longues et tout un tas d’accessoires ultra-kitsch et top désirables. J’étais fan. J’avais même des cassettes vidéos avec les dessins animés narrant les incroyables aventures pleines d’arc-en-ciel et d’étoiles des petits poneys (des CASSETTES VIDEOS, oui, je sais, c’est la préhistoire). Et je passais des heures à jouer avec tout ça.

Bref. L’univers de Rachel, australienne, est empreint de ce kitsch enfantin qui fleure bon la nostalgie, qu’elle a très joliment patiné avec du rock et du hippie des 70s (dans mes bras ! Je suis une enfant de hippies!), et mixé avec les aventures australiennes de cow-girls en perdition. En gros : j’aime ! C’est peut-être, voire sans doute, un peu kitsch et surtout ultra-tendance (oui, il y a des tendances en matière d’illustrations et de print, qui suivent les tendances générales de la déco, c’est fort regrettable mais c’est comme ça, il n’y a plus qu’à espérer que Rachel conserve son style malgré les sirènes du bizness, mais je ne me fais pas trop de soucis là-dessus, son style est tout de même reconnaissable entre mille), mais que voulez-vous, quand on aime… J’aime surtout les couleurs psyché qu’elle utilise, ça apporte une petite touche d’originalité à cet univers.

Son site (avec un onglet shop, my god…) : http://www.ponygoldstudio.com/

Son blog : http://www.ponygoldstudio.com/journal

Son instagram : https://www.instagram.com/raychponygold/

Son pinterest : https://www.pinterest.fr/ponygold/

 

 

DabsMyla, un duo cartoonesque qui fait du bien !

Je dois me confesser : j’adore le graff. Tous types de graff. Du plus riquiqui tout petit que personne ne remarque à la plus gigantesque des fresques. J’ai commencé à m’y intéresser aux Beaux-Arts, mais à l’époque, aimer le graff et l’art urbain, cela ne se faisait pas. Le vent a bien tourné depuis puisque l’art urbain est « à la mode » (tant mieux, on voit fleurir des fresques un peu partout, et je suis absolument fan de certains artistes exposant dorénavant leurs toiles en galerie, comme MadC, SatOne, Jan Kalab, L’Atlas et tant d’autres…). DabsMyla, c’est un duo que j’ai découvert il y a finalement assez peu de temps, mais j’adore leur univers, très cartoonesque, avec de profonds accents vintage. C’est joyeux, coloré, enfantin, ça fait du bien. Et j’aime l’idée que leur maison ressemble à leurs créations : vintage, coloré, cartoonesque. Un petit truc de foufou, où les geeks sont les bienvenus (qui n’a jamais été un nerd au lycée ne peut pas comprendre à mon avis).

(images extraites de l’excellent site The Hundreds, où vous pouvez lire une intervew de nos deux artistes : https://thehundreds.com/blogs/content/dabsmyla-interview)

(Il existe également un grand article sur eux dans un ancien numéro de la très belle revue Graffiti Art)

D’origine australienne, Dabs et Myla sont mari et femme, et travaillent également ensemble. Ils ont accédé à un nouveau stade de notoriété suite à leur installation-décor pour les MTV Awards. A la base créateurs de fresques, ils sont très vite passé à plus ambitieux, combinant illustrations, peintures, et installations.

Quelques extraits :

Site internet : https://dabsmyla.com

Instagram : https://www.instagram.com/dabsmyla/

 

Re-bonjour, c’est gentil d’être revenu…

Finalement, le blog va renaître de ses cendres… Je n’efface pas toutes les archives, je change un peu de cap, c’est tout. Ce changement correspond à une envie profonde et à un déclic survenu il y a quelques mois. Ayant fréquenté le milieu de l’art contemporain dit « officiel » (c’est-à-dire celui que vous trouvez dans les grandes galeries d’art et dans les musées d’art contemporain en règne générale, ainsi que dans les FRAC), je peux dire que, si je l’aime toujours autant (forcément c’est mon truc, sinon, faut être maso pour y bosser et ne pas l’aimer), en revanche, le déni de la pop culture y a tendance à m’agacer un rien. Je suis pour la pop culture, pour l’art urbain, pour le lowbrow et autres noires sucreries biberonnées aux comics, super-héros, et marques bien connues… Si aujourd’hui, on constate un revirement de la part de certaines galeries et foires d’art, qui mettent désormais en avant des artistes issus de la pop culture, et/ou qui s’en servent pour créer, le déclic est quand même long à venir en France (et quand on dit long… On a toujours des années de retard là-dessus par rapport aux US). MAIS, ne nous affolons pas : il existe un domaine issu de la pop culture que les français maîtrisent aussi bien que leurs homologues européens ou anglo-saxons… LE PRINT. Le papier n’est pas mort, les affiches sont un terrain de jeux sans fin pour les fanas de print. J’en suis, et j’en fais, depuis… Houlà, ça me rajeunit pas dis donc…

Tout ça pour dire que. Le blog se tourne vers le print, l’art et la pop culture, l’art urbain. My love forever quoi. Et pour fêter ça, je vous reposte ci-dessous un article paru il y a longtemps sur le blog…

Mark Ryden est l’un de mes peintres favoris. Déjà, je suis une grande fan du lowbrow / pop surréalisme, mais ce que j’aime, en plus, chez Mark Ryden, c’est le fait qu’il soit un inconditionnel des cabinets de curiosités et de l’histoire de l’art (passions dont on trouve de très larges traces dans son œuvre). Et j’aime voir les lieux de création, je trouve que souvent, la maison d’un artiste en dit long sur lui, et donc sur son œuvre. La maison de Mark Ryden (et de son épouse Marion Peck, artiste lowbrow également) est un véritable musée, à la fois de l’étrange et du kitsch, assez surchargé (ami du minimal chic, passez votre chemin), et délicieusement rétro. Une véritable merveille, où votre œil est sollicité de tous les côtés. Je rêvais qu’un magazine publie un article consacré à cette maison, qui est tout autant un chef-d’œuvre artistique que les peintures du couple qui y habite ! Et bien, le site internet L.A. Curbed, dédié à l’habitat, l’a fait !!! (l’article complet)… Je partage donc avec vous les photos de ce superbe reportage !

La maison détonne complètement dans le paysage : les Ryden-Peck habitent une rue de L.A. remplie de maisons de type années 50 aux couleurs pastels (genre Edward aux Mains d’Argent, voyez)… La maison est gris foncé, et paraît un peu austère…

Le jardin de derrière, rempli de superbes détails…Et cette piscine en forme de pagode chinoise !

 

L’entrée-salon, avec une ambiance plutôt asiatique.

La salle à manger, avec ses rayures roses et blanches de marchand de glaces…

L’escalier, en galerie de portraits et souvenirs…

Les toilettes sont bien sur prodigieuses ! Avec une belle collection d’Abraham !

 

L’atelier, pièce maîtresse de la maison, superbe je dois dire, si je pouvais avoir la moitié de cet espace, je serai contente !

Le jardin d’hiver, avec cette Sainte Thérèse monumentale veillant jalousement sur le bar…

La chambre du couple, très Conte des Mille et Une Nuits !

Une salle de bain. Si vous avez vu le film « Big Eyes » de Tim Burton, vous reconnaîtrez sans peine l’artiste qui a peint ses portraits d’enfants aux grands yeux…

L’artiste au travail… En plus de ses peintures, Mark Ryden fait aussi des sculptures et installations pour certaines expositions…

Le couple d’artistes…

Belle journée, et belles fêtes de Noël !

Fausses ruines et vrai romantisme : la « magnificence déchue »…

(expression empruntée à William Shenstone, écrivain anglais)

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(La Cathédrale Engloutie, de Didier Massard)

Nous sommes en 1764 (oui, ça nous rajeunit pas). Le premier roman gothique (ou roman noir) anglais vient de voir le jour : Le Château d’Otrante, par Horace Walpole. Vont s’ensuivre moults productions, pas toujours très bonnes, mais dans lesquelles on trouve de sublimes auteurs, tels que Charlotte Smith,  Ann Radcliffe, Regina Maria Roche, Eliza Parsons, Eleanor Sleath (oui il y a beaucoup de femmes dans le roman gothique anglais). A la fin du XVIIIe siècle va arriver bien sûr Lewis et son fameux Moine, et début XIXe siècle, Mary Shelley livre son fabuleux Frankenstein… Bref, une période extraordinaire en terme de production littéraire anglaise, tout comme le sera également le XIXe siècle, y compris en France. Alors, le roman gothique c’est quoi ? Et bien c’est l’ancêtre du roman d’horreur et fantastique : vous prenez une bonne pincée de frissons, vous ajoutez l’amour fou/interdit/passionné, vous assaisonnez avec des décors de ruines, de châteaux, vous relevez le tout avec des apparitions, goules, et autres personnages surnaturels, vous secouez le tout, et pour décorer, vous ajoutez une petite malédiction. Et vous avez votre roman gothique. Je caricature un rien, mais la plupart de ces ingrédients reviennent systématiquement dans le roman gothique. D’ailleurs, on y trouve beaucoup de personnages féminins persécutés (allez savoir pourquoi, les différentes façons de voir la femme au XIXe siècle c’est-à-dire persécutée et innocente ou au contraire fatale et perverse,  se retrouve beaucoup dans ce type de littérature, qui n’est pas franchement subtile en matière de stéréotypes, à part quelques exceptions).

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Bon, mais quel rapport avec les ruines ? Eh bien, parce que le roman gothique n’est qu’un aspect de la formidable évolution que subit l’esthétique à partir de la fin du XVIIIe siècle et ce jusqu’au milieu du XIXe siècle, voire même au-delà : le Romantisme naît. Avec lui, on va rêver donjons, médiéval-attitude, trahisons, malédictions, revenants, frissons, fantômes, banshees, sorcières, héritages empoisonnés et croisades. Un Moyen-Age complètement fantasmé où vont se mêler ruines chrétiennes et temples païens celtes, et quel autre pays que l’Angleterre pouvait se permettre autant de mélanges ? Cela ne gêne visiblement personne de se balader dans des faux Stonehenge (comble du chic, à avoir dans son jardin) ou de fausses abbayes, ou de se donner rendez-vous dans des pièces d’eaux peuplées de grottes fantastiques et de monstres…

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En fait, à l’époque, notamment avec l’expansion du Grand Tour, que font les jeunes gens en Europe pour se gaver de culture et d’architecture (tu seras un homme, un vrai, tu auras tout vu et tu connaîtra tout. Enfin, toute l’Europe, le reste on s’en fiche, c’est des barbares.Hum), c’est la grande mode du néoclassicisme. Les pseudo temples grecs fleurissent un peu partout, et on met des colonnes à toutes les sauces. Donc, un groupe de « révolutionnaires » indignés va rompre avec ces colonnes et imposer le Moyen-Age (ce son des médiévistes) : la Société des Antiquaires (1718). A leur suite vont être publié beaucoup d’ouvrages, notamment sur l’architecture gothique. Ils sont gorgés d’erreurs, mais ce n’est pas grave : ça a l’air vrai, c’est tellement pittoresque.

Il faut savoir que l’Angleterre, à cette époque, regorge de vraies ruines, à cause de la Réforme, qui a laissé bon nombres d’abbayes en ruine dans tout le pays. On les redécouvre par le biais de livres remplis de gravures, et tout ça, c’est tellement romantique… Donc, les nobles et les bourgeois veulent de la ruine. Vraie ou fausse.

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Je parlais plus haut du « pittoresque ». Le pittoresque, c’est ce qui a l’air d’être authentique mais qui est en réalité le fruit d’une fabrication. C’est ce qui l’air ancestral alors que ça date d’hier. C’est avec ce mot que les bourgeois et nobles qualifient souvent les fêtes de village, les costumes traditionnels, les chants ancestraux et les cérémonies religieuses païennes. Ce n’est pas très bon, le pittoresque.

Petite anecdote : lorsque, au XIXe siècle, vont se développer les voyages en train, la Bretagne attirera bon nombre de bourgeois parisiens. Les bretons, voyant cela, et considérant qu’il y avait de l’argent à se faire (ben oui, faut vivre, les campagnes ne sont pas très riches à l’époque, à part quelques gros exploitants), remirent leurs traditions à l’honneur pour tous les jours. On voit donc des habits traditionnels de fêtes sortir tous les jours (ce qui ne se faisait pas en Bretagne, la tradition, c’est pour les fêtes), des contes réinventés pour l’occasion (oui, les légendes bretonnes datent souvent du XIXe siècle, la tradition orale s’étant quelque peu perdue en route), etc. La Bretagne devient folklorique, pittoresque. C’est d’ailleurs à cause de cela que bien plus tard au XXe siècle vont naître des cartes postales montrant notamment des bretons « typiques », ou des scènettes mises en scène, ou encore des vieux métiers. Tout cela pour satisfaire le snobisme du bourgeois (et tant qu’à faire lui prendre un peu de sous, parce, y a pas de raisons qu’il ne paye pas pour un truc qui le satisfait).

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C’est à cette époque (fin XVIII et courant XIX, je reviens au ruines hein) que naît ce que l’on va appeler le mauvais goût, le kitsch. Né avec la noblesse finissante, il prendra son ampleur avec la bourgeoisie régnante, qui veut faire comme les nobles, mais à moindre frais. Bonjour donc reproductions, copies, imitations, qui, à force de surenchère, vont devenir les prémices du kitsch : un art facile, de mauvais goût, ultra-voyant… Mais ultra-fun, car il peut tout se permettre, puisqu’il n’est qu’une copie (en cela, le kitsch est l’ancêtre du détournement culturel actuel). Les fausses grottes, les statues excentriques, les fausses ruines, sont les ancêtres des nains de jardin et des temples grecs miniatures peuplant aujourd’hui les jardins de banlieues. Les coquillages des fausses grottes, héritiers du style rocaille, vont donner les décorations excentriques des salles de bains du XIXe siècle, qui vont donner les objets décoratifs du début du XXe siècle, pour aboutir aux miroirs et boîtes décorés de petits coquillages de ma grand-mère (objets que l’on trouvent dans les vide-greniers, top kitschoune, vous penserez à moi en tombant là-dessus, et à cette article). Si la question vous intéresse, lisez Hermann Broch, l’un des premiers critiques du kitsch (je vous préviens, l’École de Francfort, si vous vous y attelez ensuite, puisque c’est la suite logique, est assez snob, mais très intéressante à lire cependant. Adorno est particulièrement ardu). Le livre de Céleste Olalquiaga, Royaume de l’artifice: l’émergence du kitsch au XIXe siècle, est absolument fascinant, elle y aborde justement la question des grottes, des coquillages, des presse-papiers, et un bernard-l’hermite sillonne le livre en guise de point de repère (littéraire).

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Bon, revenons à nos ruines. Vont donc voir fleurir les jardins et les parcs d’agréments paysagers : ruines, grottes, temples, etc. C’est à qui aura le plus beau « faux parc ». Il faut savoir que c’est à cette époque que naît ce que l’on appelle le « jardin à l’anglaise », qui a ses théoriciens, qui préconisent les coins et les recoins, les plantations sauvages, et aussi les fausses ruines. Le jardin anglais est un dédale, un vrai fouillis très bien organisé, qui adore le côté sauvage et mystérieux, tant que c’est quand maîtrisé et que ça ne déborde pas trop. Les fausses ruines font donc partie d’un ensemble que l’on appelle « une fabrique de jardin », un endroit artificiel qui sonne vrai au milieu d’un plus vaste ensemble, et qui sert à magnifier point de vue, horizon, et à produire des effets « wahou » garantis. En 1742, un ouvrage de Batty Langlay (peintre paysagiste) eu un vif succès, et il y détaille avec force gravures tous les éléments gothiques à avoir dans son jardin, pour donner une impression de vieillesse (et donc, d’origines nobles, anciennes familles, et tout le toutim).

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On ne fait pas que construire des ruines, on y mets aussi des objets : crânes, bougies, têtes d’animaux, sabliers, etc.  Il y eu d’ailleurs un certain M. Hamilton pour « passer une petite annonce » afin de trouver un acteur pour rester dans une grotte artificielle et prêt à s’engager à ne se couper ni cheveux, ni barbe, ni ongles pendant sept ans. Je me paye un faux ermite vous voyez. Bon, ça n’a pas marché, l’ermite miteux n’a pas réussi à tenir le challenge, Hamilton l’a renvoyé, et on a mis un mannequin à la place…

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(les photos émaillant l’article sont extraites de l’expo « Rêves de Monuments », un hommage à ces fabuleuses ruines, qui s’est déroulée à la Conciergerie de Paris en 2012-2013)

Voici donc les plus belles ruines néo-gothiques anglaises (à mon avis):

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La fausse ruine du Parc de Mow Cop, dans le Cheschire… Sublime au coucher de soleil…

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La grotte du Parc de Painshill, dans le Surrey, une merveille faite de plâtre, résine (un genre de résine) et fer grillagé…

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La ruine du Parc de Hawkstone, un magnifique point de vue fait pour encadrer le paysage… Le parc est au demeurant très beau à visiter, il y a même un faux pont (enfin, vrai car vous pouvez l’emprunter) semblant avoir été fait au Moyen-Age avec des troncs d’arbre, enjambant une fausse rivière (c’est-à-dire, qui n’existe pas et n’a jamais existé…).

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Le petit Stonehenge de Ilton Park, dans le Yorkshire, mon préféré…

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La fausse ruine de château du Parc de Wimpole Hall, ne la dirait-on pas sortie du Moyen-Age ?

Et enfin, un château en ruine, qui déroge à la règle : c’est une folie néo-gothique, construite au XIXe siècle, mais qui est aujourd’hui en ruine suite à la seconde guerre mondiale. Du coup, cette ruine correspond parfaitement aux ruines néo-gothiques de l’époque, une véritable ironie à l’anglaise… Nul doute que son proprio aurait adoré !

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J’ai donc nommé le Château de Lowther, avec des plantations merveilleuses…

Et pour finir, une fausse ruine magnifique, mais pas en Angleterre… En effet, cette mode a essaimé un peu partout en Europe, on en trouve en France mais aussi en Allemagne (le foyer du Romantisme) et en Autriche… Voici donc les fausses ruines romaines du Château de Schönbrunn à Vienne (sublime par ailleurs), qui allie néo-classicisme et folie romantique, un must !

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A noter également : le village de Portmeirion, qui est un fantasme à ciel ouvert ! Il s’agit d’un ensemble d’édifices construits entre 1925 et 1978 par l’architecte et milliardaire excentrique, Sir Clough Williams-Ellis, qui s’y connaissait en faux-vrais machins. Il voulait en toute modestie, reconstruire un petit paradis italien au Pays de Galles (c’était raté pour le soleil).  La ville est donc charmante, méditerranéenne, et installée au milieu du Royaume-Uni, je vous conseille d’aller y faire un tour si vous pouvez, c’est absolument charmant ! (si vous avez le soleil). Bon, ce n’est pas une ruine, mais cela me paraissait intéressant de relever que ce village est sorti de l’imagination d’un seul homme. Pour info, toute la série Le Prisonnier y a été tournée.

Voilà, si le sujet vous intéresse plus, tapez « fausses ruines romantiques « ou bien « fabrique de jardins » dans googland, vous allez trouver des merveilles!

Belle journée !

Une toile, pas à pas…

Conformément à ce que j’avais promis, voici donc pas à pas, l’élaboration d’une toile. Je dis toile, et non peinture, car j’utilise une technique mixte mêlant peinture et dessin.

Donc, tout commence par un idée. Forcément, ça paraît simple, mais cela ne l’est pas forcément. Une idée, ça s’affine, donc, cela demande un peu de temps pour mûrir et faire des croquis. Évidemment, c’est juste ma technique à moi, il y a des tas d’autres artistes qui préfèrent créer dans l’immédiat et l’urgence, cela dépend de votre « karma ».

Donc, quelques croquis avant la toile, histoire de bien mettre en place mon sujet. Je choisis la composition, les couleurs, les symboles. Cela peut évoluer en cours de route bien sûr.

Ensuite, je prépare la toile. Je choisis des châssis en bois épais, car je colle du papier dessus, donc, plus le châssis est épais, moins il se déforme sous l’effet de rétractation du papier et de la colle. J’utilise du papier recyclé, pas réellement blanc, plutôt beige, à la fois résistant et malléable. La colle, c’est de la colle à bois, étalée au pinceau (de préférence, utilisez toujours le même pinceau pour ce type d’action, car même après lavage, il va avoir tendance à se durcir), c’est la meilleure pour ce type de collage, ultra-résistante même après des années et des différences extrêmes de température.

Maintenant, dessin. Je pose grosso modo les lignes du visage, notamment lorsqu’il doit être exactement au milieu de la toile. Sachez que je travaille souvent d’après photo, notamment pour les ombres ou l’effet à obtenir, même si au final, cela ne ressemblera pas à la photo. J’utilise des mines pour criterium,ici c’est du HB, mais plus gras c’est bien aussi, et je monte les noirs progressivement. Pour les retouches, comme les rehauts de blanc sur les lèvres, j’utilise une gomme mie de pain, ou pour les toutes petite zones, une gomme blanche que je taille au cutter. Je dessine également les contours de tous les autres éléments.

Ensuite, opération peinture. Je commence toujours par le doré. Ici, j’ai utilisé le l’acrylique doré de chez Sennelier, c’était la première fois, mais ce n’est pas ma préférée. Avant, j’utilisais la Studio Bronze, qui a l’avantage d’avoir deux dorés différents, de la marque Géant des Beaux-Arts. Elle est mieux je trouve, au niveau consistance : plus épaisse que la Sennelier, elle ne retient cependant pas les coups de pinceau, alors que l’autre, plus fluide, les retient plus. De plus, il m’a fallu quatre couches pour obtenir l’effet souhaité, là où deux suffisent avec la Studio Bronze (ce qui est une économie).

Un exemple avec la doré Studio Bronze :

(ici, c’était le doré ancien, que je préfère de loin au doré traditionnel, il est plus chaud, plus dense)

En revanche, pour le rose, la Sennelier est top : très épaisse et hyper couvrante, j’ai fait deux couches par acquis de conscience mais une était suffisante.

Une fois tout cela bien sec (la Sennelier sèche très très vite), je passe au dernier élément, le phylactère et la calligraphie. Le tout est réalisé au feutre noir Molotow, les meilleurs feutres acryliques du marché  : hyper couvrant, séchant vite, et ne filant pas dans les fibres du papier, une pure merveille ! Pour les modèles de phylactères médiévaux, pinterest est votre meilleur ami.

Et enfin, la calligraphie. J’utilise avant tout des polices gothiques, donc, j’ai plein de références en ce domaine, que je scanne et imprime dans différentes tailles. Je les décalque à la taille voulu en formant les phrases, et j’applique sur la toile. Elles sont ensuite « coloriées » avec le même feutre Molotow.

Ici, la toile n’est pas vernie. Mais normalement, elles sont toutes vernies (sur la peinture uniquement, le crayon est fixé avec du fixatif, trois à quatre couches, avant de commencer la peinture.), avec un vernis Lascaux, qui convient aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, résistant aux différences de température extrêmes ainsi qu’au gel. Je le dilue à 50% avec de l’eau, ça s’étale beaucoup mieux, et je passe 3 à 4 couches. Vous pouvez augmenter ou diminuer le nombre de couches de vernis, cela dépend du rendu que vous voulez obtenir (plus ou moins brillant, sachez qu’il existe également des vernis mat). Comme avec la colle à bois, utilisez toujours le même pinceau, car il va durcir au fil du temps, même après lavage. Utilisez de préférence une brosse qui ne laissera pas de traces de poils, et faites un test avant sur quelque chose si c’est la première fois que vous l’utilisez. J’ai eu une sacré surprise avec un pinceau en poils de chèvre, soi-disant spécial vernis. Tu parles, dés le premier passage en plein hiver,, il a perdu ses poils comme si c’était déjà le printemps ! Donc, testez d’abord.

Et voilà ! La toile se nomme « Welcome on social media », mesure 50 x 50 cm. Je signe toujours au recto, avec la date, ainsi qu’au verso, où j’écris ma signature, la date et le titre directement sur la toile. C’est une question de sécurité en cas de vol : une toile, ça s’enlève d’un châssis, donc ne signez jamais sur le bois.

Belle journée !

Book Haul, spécial Noël !

(une page de carnet de croquis réalisée à partir d’un livre cité plus bas…)

Si vous suivez le blog depuis un petit moment, vous savez sans doute que moi et les livres, c’est une grande et profonde histoire d’amour (à côté, Titanic c’est de la gnognotte). C’est simple : je ne PEUX pas vivre sans livre, c’est impossible. Les livres, c’est la culture, la connaissance et l’évasion. Il est donc normal que ma famille (enfin, mes parents), connaissant ce goût immodéré pour le papier imprimé, m’offrent des livres à chaque occasion.

J’avais déjà fait un « book haul » lors de ma visite au Havre, où j’avais trouvé de fort jolies choses… Voici donc le « book haul » de Noël, car, même si j’ai eu peu de choses comparé d’autres personnes, mes parents m’ont offert de superbes livres !

Cabinet de Curiosités

Ma mère m’a offert l’album à colorier de Deyrolle, plus parce qu’elle sait que j’adore les planches naturalistes que pour le coloriage, qui m’indiffère complètement… Et elle ne s’est pas trompée : les planches sont superbes, un peu petites certes, mais tellement inspirantes ! Pour aller avec, elle m’a également offert deux copies de récipients médicinaux, que je collectionne, un très joli carnet (oui, je raffole aussi de la papeterie…).

Avec un bois de cerf provenant de mon propre cabinet de curiosités, qui n’en finit pas de s’agrandir…

Une carte postale avec de beaux papillons, un extrait de mon carnet de croquis actuel, et l’un de mes carnets façon « vieux cahier » (une de mes créations).

Pirates ! L’art du détournement culturel

Mon père m’a offert ce livre extraordinaire sur le détournement culturel en art plastique, qui colle tout à fait à mon sujet… C’est une mine d’or, il est très bien fait, en plus d’être riche en illustrations, une vraie source d’inspiration, avec de très bons textes, et des interviews d’artistes…

Avec un lot de bracelets style Art Déco, et un collier en bois que j’adore, merci papa !

L’un de mes artistes favoris : Blaze. En arrière-plan un ancien numéro du magazine satirique « Punch » et un vieux numéro du « Saturday Evening Post », illustré (comme très souvent) par Norman Rockwell, que j’adore…

Un article sur Soazig Chamaillard, dont j’adore les vierges revisitées… En arrière-plan le livre « Pinxit » de Mark Ryden, et un extrait de mon carnet de croquis actuel.

Les Chroniques de Downton Abbey

De la part de mon père toujours, un livre sur Downton Abbey, que j’ai dévoré, car on y trouve des photographies des objets de chaque personnage, des fac-similés photographiés, etc. Un très beau livre, avec une très belle mise en page.

Avec deux carnets venant de Maisons du Monde, et en fond, des échantillons de papiers peints Farrow and Ball…

Les pages consacrées à Mary, avec l’une de mes créations, le carnet à reliure japonaise, et des papiers peints Farrow and Ball…

Japonismes

Ma mère m’a également offert ce superbe ouvrage « Japonismes », qui décrit, explique, les relations entre l’art japonais et l’art européen fin XIXe-début XXe siècles, jusque dans les années Art Déco. Les photographies sont magnifiques, la mise en page divine, un superbe cadeau !

Avec deux petits carnets également offerts (merci maman), de l’artiste Patricia Ariel.

Le Livre des Symboles

Et de la part des deux, le fameux livre sur les Symboles des éditions Taschen, qui va drôlement bien me servir pour mon mémoire ! Richement illustré et très bien fait, les symboles y sont classés par thèmes, ce qui est très pratique.

Avec deux carnets réalisés par mes soins et en fond, une page de mon carnet de croquis actuel…

Voilà, j’espère que cela vous aura donné envie d’aller voir ces livres (je ne suis pas responsable en cas de « consommationite aiguë ») !

Est-ce que ces livres vous plairaient ? Et vous, vous avez eu des livres pour Noël ?

Belle journée !

Maisons Curieuses : Mark Ryden

Mark Ryden est l’un de mes peintres favoris. Déjà, je suis une grande fan du lowbrow / pop surréalisme, mais ce que j’aime, en plus, chez Mark Ryden, c’est le fait qu’il soit un inconditionnel des cabinets de curiosités et de l’histoire de l’art (passions dont on trouve de très larges traces dans son œuvre). Et j’aime voir les lieux de création, je trouve que souvent, la maison d’un artiste en dit long sur lui, et donc sur son œuvre. La maison de Mark Ryden (et de son épouse Marion Peck, artiste lowbrow également) est un véritable musée, à la fois de l’étrange et du kitsch, assez surchargé (ami du minimal chic, passez votre chemin), et délicieusement rétro. Une véritable merveille, où votre œil est sollicité de tous les côtés. Je rêvais qu’un magazine publie un article consacré à cette maison, qui est tout autant un chef-d’œuvre artistique que les peintures du couple qui y habite ! Et bien, le site internet L.A. Curbed, dédié à l’habitat, l’a fait !!! (l’article complet)… Je partage donc avec vous les photos de ce superbe reportage !

La maison détonne complètement dans le paysage : les Ryden-Peck habitent une rue de L.A. remplie de maisons de type années 50 aux couleurs pastels (genre Edward aux Mains d’Argent, voyez)… La maison est gris foncé, et paraît un peu austère…

Le jardin de derrière, rempli de superbes détails…Et cette piscine en forme de pagode chinoise !

 

L’entrée-salon, avec une ambiance plutôt asiatique.

La salle à manger, avec ses rayures roses et blanches de marchand de glaces…

L’escalier, en galerie de portraits et souvenirs…

Les toilettes sont bien sur prodigieuses ! Avec une belle collection d’Abraham !

 

L’atelier, pièce maîtresse de la maison, superbe je dois dire, si je pouvais avoir la moitié de cet espace, je serai contente !

Le jardin d’hiver, avec cette Sainte Thérèse monumentale veillant jalousement sur le bar…

La chambre du couple, très Conte des Mille et Une Nuits !

Une salle de bain. Si vous avez vu le film « Big Eyes » de Tim Burton, vous reconnaîtrez sans peine l’artiste qui a peint ses portraits d’enfants aux grands yeux…

L’artiste au travail… En plus de ses peintures, Mark Ryden fait aussi des sculptures et installations pour certaines expositions…

Le couple d’artistes…

Belle journée, et belles fêtes de Noël !

Négation des odeurs et du cadavre, symptôme du déni de mort dans le monde contemporain

Le monde contemporain souffre aujourd’hui d’un déni de la mort, et notamment du cadavre.
Le rapport que les Hommes entretiennent aujourd’hui avec celui-ci, notamment dans les pays occidentaux, est la suite logique du rapport évolutif à la mort depuis le Moyen-Age. Cette époque considérait la mort comme une étape transitoire vers un lieu défini par les dogmes religieux. Le cadavre fait peur, mais les Hommes vivent à ses côtés (au sens littéral : les cimetières et charniers jouxtent les commerces et les marchés), ce qui explique que la vision artistique du mort, de la mort, soit synonyme de cadavre pourrissant (vision ajoutant à la peur de la damnation propagée par l’Église). Le cadavre est « vivant », et il dégage des odeurs, que le peuple ne nie pas, l’époque étant synonyme de brassage odorant qui serait aujourd’hui considéré comme insoutenable.

(Juan Gatti)

A la Renaissance, le rapport au cadavre change : les progrès de l’anatomie en  ont un objet propre, sans effluves corporelles, sans fluides, le squelette est débarrassé de sa chair pourrissante. La mort devient esthétique et « présentable ». L’avènement du baroque fera ressurgir le côté vivant du cadavre, en lui prêtant des attitudes, des émotions, le figeant dans une allégorie, propice à la méditation, et plus du tout à la répulsion. La peur de la damnation n’est plus aussi présente qu’au Moyen-Age : l’intellect a pris le pas sur l’émotif, la mort est un symbole.

(Italie, fin XIXe siècle)

Selon Alain Corbin, le cadavre est de moins en moins odorant : avec l’avènement des principes hygiénistes, la société désodorise les rues en même temps que le seuil de tolérance aux odeurs fortes baisse.
Ces principes hygiénistes s’appliqueront ensuite au XIXe siècle aux personnes (nobles et bourgeois en priorité, puis le peuple à la fin du XIXe siècle) : les odeurs fortes sont synonymes d’animalité, l’hygiène est donc très importante. La mise en scène de la femme, allant de pair avec cette hygiène nouvelle, prédispose à une atmosphère érotique où la femme est une créature idéale. Pour les romantiques et les décadents, cette femme idéale est le pendant d’une femme impure, tentatrice, animale, séductrice, qui donne la mort et se parfume à l’orientale. Ils aiment les senteurs fortes, qu’il s’agisse de parfums ou de fleurs. L’atmosphère est très importante. Dans cette ambiance de « beleffet», il n’est pas étonnant que le kitsch soit né (nous reviendront au kistch plus tard). Et la mort est mise en scène de manière flamboyante et victorieuse : elle fait peur mais elle fascine. On s’en moque également, elle devient, avec les caricatures et le roman fantastique, un sujet de divertissement, qui sera renforcé par la photographie et le cinéma.

(Kenji Shibata)

La société contemporaine est héritière de cette culture de la mort et du cadavre ; d’un côté, elle nie la mort de multiples façons, notamment en la tenant à distance et en pensant qu’elle la maîtrise (thanatopraxie, calcul du coût de la mort, marketing et commerce, qui sont des « instruments de la
déculpabilisation », selon Louis-Vincent Thomas ), mais d’un autre côté, la mort et le cadavre n’ont jamais été plus présents qu’aujourd’hui. Avec le développement des différents médias, le voyeurisme de l’Homme face au cadavre n’a pas de limites. La mort, surtout violente, est partout, et par là même, elle se banalise. Le tragique qui serait normalement lié à la vision d’un corps meurtri disparaît peu à peu, et l’horreur devient banale. Le gore, et l’horreur apparaissent de plus en plus souvent dans les films ou les séries TV. L’Homme en a de plus en plus besoin pour être rassuré face à une fin qui le terrifie en lui rappelant son statut d’humain, de mortel.
Cette banalisation de la mort et du cadavre s’accompagne d’une désodorisation importante héritée des principes hygiénistes décrits plus haut. En plus du cadavre désodorisé et « présentable » grâce aux progrès techniques, les intérieurs sont de moins en moins propices aux odeurs fortes.
L’aseptisation des maisons, appartements et lieux publics est désormais synonyme de propreté, non seulement au niveau des odeurs mais également d’un point de vue visuel (le « minimal scandinave » est la nouvelle norme en matière de décoration).

(FFO)

Les odeurs nauséabondes sont masquées par toute sorte de produits, le commerce des odeurs n’a jamais été aussi florissant qu’aujourd’hui. Celles-ci, lorsqu’elles s’échappent du corps, sont la preuve que l’Homme est mortel, imparfait. Et la société contemporaine aime se croire immortelle parce qu’elle pense être symbole de puissance. Il paraît alors opportun de citer quelques mots de Milan Kundera :
« Le désaccord avec la merde est métaphysique. L’instant de la défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. (…) Il s’ensuit que l’accord catégorique avec l’être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n’existait pas. Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch. (…) le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable. »

(FFO)

Cependant, cette définition du kitsch ne serait pas complète sans un apport de mixité et de métissage, tel que le définit Valérie Arrault.
A cet égard, beaucoup d’artistes appartenant aux mouvements artistiques « lowbrow » et « pop surréaliste » sont kitsch, par le biais d’un métissage de symboles et de références historiques formant un tout. On peut notamment citer Mark Ryden et ses petites filles victoriennes associées à des entrecôtes, Ray Caesar mêlant jeunes femmes du XVIIIe siècle et masques de super héros ou SM, Jessica Harrison et ses céramiques fragiles et gores… Les collages de l’artiste FFO mêlent volontiers pin-up, romans photos sentimentaux et anatomie. Et de jeunes artistes se servent de l’ornementation florale baroque et Art Nouveau pour donner un rendu très esthétique à des squelettes ou cadavres (dans la lignée des affiches psychédéliques des années soixante dix), ou pour des affiches alternatives de films ou séries TV.

Les squelettes et cadavres entourés de fleurs odorantes, qui paraissent si romantiques, baroques et décadents dans notre monde aseptisé, ne sont-ils que la réminiscence d’un temps où la vie toute entière était plus esthétique, même dans la mort ? Ou sont-ils plutôt un symptôme révélant le désir d’une vie moins aseptisé, une forme de réappropriation de la mort, un échappatoire à une « banalité terrifiante » (selon les mots de Bertrand Vergely) car symbole d’une platitude ambiante ?

Mon travail artistique lié à ce texte (un extrait, car il s’agit d’une mini bd) :

Livres et textes :

ARRAULT Valérie, Kitsch, postmodernisme et libéralisme, in Regards sur l’image, l’université des arts, Klincksieck, 2009
BOURDIEU Pierre, La distinction, Critique sociale du jugement, Paris, Les éditions de Minuit, 1979
BRION Marcel, L’Art Fantastique, Paris, Albin Michel, 1989
BROCH Hermann, Quelques remarques à propos du kitsch, trad. Albert Kohn, Paris, Editions Allia, 2001
CORBIN Alain, Le Miasme et la Jonquille, l’odorat et l’imaginaire social XVIIIe-XIXe siècles, Paris, Flammarion, 2008
DETUE Frédérik, A l’heure fatale de l’Art, la critique du kitsch au XXe siècle, in Texto ! Vol. XVII, n° 1 et 2, 2012
KUNDERA Milan, L’insoutenable légèreté de l’être, Paris, Gallimard, 1990
TAJANI Ornella, L’utopie kitsch, in Revue italienne d’études françaises, décembre 2012 URL : http://rief.revues.org/881
THOMAS Louis-Vincent, Mort et Pouvoir, Paris, Payot, 2010
SECHERET Laurent et SCHLESSER Thomas, Tardi, un carnaval des monstres, in Sociétés & Représentations, n° 29, 2010/1
SÜSKIND Patrick, Le Parfum, Paris, Au Sans Pareil éditeurs, 1996
VERGELY Bertrand, Petite philosophie de l’esthétique, Paris, Milan, 2006

Ce texte a été écrit dans le cadre de mon master 1 arts plastiques. Je vous conseille, si le sujet vous intéresse, d’aller fouiner vers les liens et livres cités plus haut. Merci de ne pas faire du copier-coller : si vous êtes à l’université, ou même avant, collège ou lycée, pensez par vous-mêmes et faites-vous vos propres opinions, ne soyez pas la copie de quelqu’un. Merci !

Belle journée !

La Catrina et la Santa Muerte, symboles de la contre-culture et expressions de la religiosité mexicaine

(Tom Bagshaw)

Halloween approche, je vois déjà de beaux paysages d’automne assortis de renards, citrouilles et autres soupes orangées. J’adore cette période de l’année, mais Halloween et moi, c’est un peu spécial comme relation. Les fêtes des morts existent dans beaucoup de civilisations, et celle-ci fait preuve d’une ténacité à toute épreuve, mais c’est loin d’être ma préférée. Je suis une grande adepte d’anthropologie sociale, j’adore vraiment l’étude des peuples et civilisations. Et ce qui est intéressant, c’est de constater le regain d’intérêt pour les fêtes des morts mexicaines, y compris dans des peuples et cultures étant très éloignés des préoccupations originelles mexicaines. La figure de la Catrina, et celle de la Santa Muerte, pululent en ce mois d’Halloween, et sont (parfois) mal interprétées. Donc, j’ai décidé de réecrire ici un texte présenté lors de mon master 1 (assorti d’un travail plastique), un texte qui traite de la Catrina, de la Santa Muerte mais aussi de contre-culture.

(Les festivités des fêtes des morts de Mexico)

La religion est pourvoyeuse, et commanditaire d’images depuis des siècles. Le thème des saints chrétiens est notamment ancré dans la culture artistique, à tel point que l’imagerie inhérente à ce thème a désormais conquis les domaines du kitsch et de la pop-culture, dont les artistes aiment à interpréter les symboles chrétiens. Cette interprétation, si elle passe par l’ironie, passe aussi par le syncrétisme. Ainsi, la figure de la Catrina, personnage emblématique des « Dias de los Muertos » mexicains, est régulièrement amalgamée à la Santa Muerte et à la Vierge de Guadalupe, dans un mélange à l’esthétique affirmée répondant aux codes du milieu de la pop culture. De symbole religieux issu du syncrétisme entre religion catholique espagnole,
danses macabres européennes et croyances aztèques païennes, la Catrina s’est muée en symbole de contre-culture, emblématique de la nation mexicaine, au même titre que la Santa Muerte.
Aujourd’hui, le succès des « Dias de los Muertos » a traversé les frontières. Dans les années 80, l’engouement, et la redécouverte de Frida Kahlo engendre une véritable passion pour le Mexique : en France, aux Etats-Unis, on découvre ce pays, ses coutumes, sa manière de vivre et ses croyances.

(publicité pour une collection de la joaillière Lydia Courteille)

La « mexico mania » envahit tous les domaines : l’art, mais également la
mode et le design d’intérieur. Aujourd’hui, même les maquillages d’Halloween s’inspirent de la fête des morts mexicaine.
Cependant, malgré cet engouement pour un esthétisme fort, et semblant très « exotique », les principales figures des « Dias de los Muertos » que sont la Catrina et la Santa Muerte sont assez peu comprises par le public occidental contemporain. Cette incompréhension naît du fait que les pays occidentaux comme la France ou les Etats- Unis ont une conception de la mort très différente de celle du Mexique, et une manière de la vivre radicalement opposée. Selon Louis-Vincent Thomas , nous avons tendance à fuir la mort
véritable, qui nous rappelle notre statut d’êtres mortels, et non de dieux trônant au sommet de la chaîne alimentaire, sentiment dû à la croyance démesurée de l’Homme dans le progrès technologique, qui le conforte dans son idée de supériorité. Hormis les visions gores de morts violentes, réelles ou non, et qui rassurent l’Homme (ce fameux sentiment du « cela n’arrive
qu’aux autres », psychologiquement indissociable de l’Homme occidental contemporain), la mort est tenue à l’écart. Crémations, assurances, cérémonies fastueuses, thanatopraxies et rites de deuil de plus en plus réduits tiennent la mort réelle à distance : on refuse aujourd’hui de penser odeurs, liquides et putréfaction du corps. L’Homme occidental contemporain refuse
de voir la mort en face. Ces différents sentiments expliquent donc pourquoi la mort mexicaine déroute les occidentaux. En effet, les croyances mexicaines donnent à la mort un caractère festif : elle est considérée non comme une finalité de l’existence mais comme une étape. Elle est certes l’issue fatale, mais les mexicains célèbrent la vie dans son entier, en y incluant la mort. L’impartialité de celle-ci les rassure : ils savent que, quoi que vous fassiez et qui que vous soyiez, vous mourrez, tout comme eux. Rire de la mort et en parler est une forme de catharsis, visant à annuler la peur terrible que l’Homme a de sa fin. Bien sûr, il existe des fêtes des Morts dans d’autres pays, y compris en France, cependant, on y honore peu (dans les pays occidentaux) de saints véritablement dédiés à la mort, comme c’est le cas au Mexique.

(la Santa Muerte)

L’une des figures principales des « Dias de los Muertos » est en effet la Santa Muerte. Elle est également fêtée tout au long de l’année et fait l’objet d’un véritable culte. Daniel Gutiérrez Martinez nous rappelle que la société mexicaine est une société tragique, pour qui la douleur et la souffrance font partie de la vie. C’est également une société profondément marquée par
le catholicisme intense espagnol, tout en étant consciente de ses racines païennes. La représentation de la mort au Mexique était présente bien avant l’invasion espagnole : les aztèques vénéraient Mictlantecuhtli, et son épouse Mictlancihuatl, dieux de la mort régnant sur Mictlan, sorte de royaume des ombres. Ainsi que l’explique Caroline Perrée , le crâne humain était très fréquemment utilisé lors des cérémonies et cultes aztèques. Lors de l’invasion espagnole, la culture catholique baroque, avec ses nombreux memento mori, a succédé aux représentations aztèques, en les assimilant. Ce mélange de deux cultures donne aujourd’hui à la figure du squelette et du crâne son statut de symbole national et identitaire, ainsi que le décrit Gabriela Torres-Ramos .
Cependant, le culte ouvertement populaire de la Santa Muerte est relativement récent. La Sainte est priée depuis très longtemps, mais elle restait dans l’ombre, et l’on sait relativement peu de choses sur ses origines exactes. Il faut attendre les années 60 pour que ce culte soit réellement public. Et c’est seulement en 2001 que la première statue de la Santa Muerte est érigée à Mexico dans le quartier de Tepico. Cet engouement soudain s’explique par le fait que, selon Gabriela Torres-Ramos, la Santa Muerte est la patronne des désespérés, des marginaux : on l’invoque contre les accidents, les morts violentes, les attaques. C’est une sainte qui accepte tous les fidèles, sans jugement. Elle est donc considérée comme la sainte la plus honnête et la plus pure. La Santa Muerte est le résultat d’une déification liée au danger et à la violence, et pour cette raison, la statue fut édifiée à Tepico, l’un des quartiers les plus dangereux de Mexico. La Santa Muerte est notamment la sainte patronne des gangs. Malgré la très grande vivacité de son culte, et sa facilité à dépasser toutes sortes de frontières, la Santa Muerte est condamnée par l’Eglise Catholique, pour plusieurs raisons. En effet, l’Eglise n’apprécie guère que l’on vénère un squelette qui n’est pas une martyre, ni une sainte
reconnue : c’est la mort que l’on vénère, et non une figure humaine. Ce type de culte est trop imprégné de cultures et croyances païennes pour que l’Eglise Catholique l’accepte. De plus, le culte de la Santa Muerte ne nécessite pas d’intermédiaires : il n’y a pas de prêtres, ni d’églises, et les autels se situent dans la rue. C’est donc à la fois un culte privé (on peut avoir un autel chez soi) et un culte public, qui s’affiche ouvertement. De ce fait, c’est un culte
difficile à contrôler, d’autant que la Sainte n’est pas dévolue à une tâche précise et ne fait pas de « miracles ». Elle rend des services de toutes sortes ayant trait à la vie quotidienne des habitants mexicains.
Cela la rapproche encore plus des dieux païens condamnés par l’Eglise.
Cependant, certains aspects du culte de la Santa Muerte sont proches des cultes rendus aux saints catholiques : les habits dont on pare la Sainte, les processions, les dons en argent et en nature, les symboles associés à la Sainte sont des éléments que l’on retrouve dans l’Eglise Catholique. Cependant, la Santa Muerte est entourée d’une aura de souffre : les dons en nature des habitants ne sont pas les ex-voto offerts aux autres saints. Dans le cas de la Santa Muerte, on peut voir sur les autels des cigarettes, de la drogue, des sucreries et du chocolat, de l’alcool, des bijoux… Les philtres et recettes associés à son culte sont trop proches de rites sorciers pour être acceptés par l’Eglise Catholique, qui condamne également les « Dias de los Muertos », comme manifestations hérétiques et païennes. On peut se demander si le fait que le culte soit populaire notamment chez les marginaux de la société mexicaine, n’est pas l’une des raisons de la condamnation du culte par l’Eglise Catholique (bien que la Santa Muerte soit vénérée par beaucoup de catholiques). Le taux de pauvreté étant très élevé à Mexico, le culte de la Santa Muerte est une évidence : las de croire en des saints qui sont assez loin de leurs préoccupations ordinaires, les marginaux et oubliés de la société mexicaine décident de faire revivre un culte plus populaire, plus accessible, avec une sainte plus proche d’eux. A ce titre, on peut considérer que la Santa Muerte est, en plus d’être un symbole de syncrétisme religieux, un symbole de contre-culture mexicaine, une culture de la rue.

(La Santa Muerte)

Ce qui nous amène à la seconde figure symbolique des « Dias de los Muertos » : la Catrina (ou Cavalera Catrina, ou Cavalera Garbancera). La figure de la Catrina ne cesse d’influencer les maquillages d’Halloween, les adeptes du tatouage (dont nous parlerons plus tard), et les artistes pop-surréalistes.
La « catrina » est dérivée de l’espagnol « catrin », qui désigne une personne élégante et habillée avec goût (ce terme désigne aussi, au Mexique, une sorte de dandy). Cette figure de squelette, habillée d’un grand chapeau à plumes d’autruche et mise à la mode européenne des années 1900/1910, est récurrente dans la tradition iconographique mexicaine, et aujourd’hui occidentale. L’Occident oublie cependant, à travers les ré-interprétations de la Catrina dont il use, que celle-ci est d’abord une caricature, et donc, un symbole de rébellion (à moins que cette fonction ne transparaisse inconsciemment, et qu’elle ne participe au succés de la Catrina en dehors du Mexique).
La première représentation de la Catrina est due au graveur et illustrateur mexicain José Guadalupe Posada en 1910. Il fut influencé par Manuel Marilla, également illustrateur, lui-même inspiré par les danses macabres européennes. C’est notamment pour cette raison que la Catrina possède une figure de squelette et par-là même une fonction de memento mori, puisque
elle rappelle que même les plus riches doivent mourir un jour, au même titre que les danses macabres médiévales européennes. C’est également une caricature de la femme du président Portifio Diaz, contesté pendant la révolution mexicaine, entre 1910 et 1920. La Catrina est en effet une « garbancera ». Le terme désigne des femmes indigènes vendant ou mangeant des produits à base de pois chiche (« garbanza » et « garbanzos »), méprisant leur classe sociale et leurs origines, et copiant les usages et modes européennes dans le but d’accéder à un rang social plus élevé. Pour cette raison, le dessin de Posada devint un symbole très fort de la culture du pays. La révolution étant liée à la redécouverte de l’héritage pré-hispanique, notamment aztèque, des mexicains, ceux-ci adoptèrent squelettes et crânes comme symboles nationaux, et donc également la Catrina comme symbole de l’indépendance culturelle des mexicains face à « l’impérialisme » européen. La Catrina est donc à la fois symbole empreint d’origines religieuses (les danses macabres), mais également symbole de contre-culture et de culture
populaire, comme la Santa Muerte.

(la Catrina originelle)

L’idée de la contre-culture est souvent liée à la contre-culture américaine des années 60 et 70, née pour contrecarrer une certaine idée de la société parfaite, avec ses règles et ses codes bien établis et stricts. La jeunesse s’étant rebellée contre la société des années 50 et ce qu’elle engendrait, une nouvelle culture est née, avec de nouveaux codes, de nouvelles idées. Même
si cette contre-culture a engendré la société actuelle, elle a également contribué au développement important et à l’exportation de la pop culture américaine.

(Pale Horse)

Aujourd’hui, dans un monde inhospitalier, la pop culture se réapproprie les figures religieuses, notamment de la Catrina et de la Santa Muerte, mais également l’esthétique de l’Art Nouveau. Selon Vincent Aubin et Denis Moreau, le christianisme s’apparente à une contre-culture, en tant que religion inspirant une nouvelle manière de vivre ensemble, de manière viable, concrète, ainsi que le suggérait la contreculture américaine des années 60. Il apparaît donc logique que la pop culture, issue de la contre-culture se soit approprié les figures des saints de la religion catholique, et que l’on retrouve dans les formes les plus extrêmes de contre-culture, telle que le tatouage très
utilisé par les membres des gangs adorant la Santa Muerte comme moyen de sacrifice votif en remerciement de services rendus, ainsi que le souligne Caroline Perrée . On remarque que dans toutes les « subcultures sombres », ainsi que les nomment Philippe Rigault , le corps et les artifices font partie intégrante de la culture et de l’esthétisme. Le « dolorisme revendiqué »
est un moyen de prouver son appartenance à une communauté. Dans ces tatouages se retrouvent fréquemment la figure de la Catrina. Ces représentations ne sont pas anodines dans des milieux où défier la mort et s’y complaire fait entièrement partie de l’esthétisme revendiqué. De plus, les « subcultures sombres » utilisent souvent le syncrétisme religieux dans le but de
créer un nouvel imaginaire et une esthétique forte : les figures catholiques et païennes, ainsi que leurs différents symboles, se côtoient volontiers. La Catrina s’intègre donc parfaitement dans ce syncrétisme.

Parmi les différents courants artistiques engendré par la pop culture, on trouve le pop surréalisme, qui a acquis une place importante car il développe un imaginaire foisonnant et visuellement très riche. En mêlant histoire de l’art, histoire, religions et pop culture, les artistes du pop surréalisme crée un syncrétisme particulièrement attractif. Il n’est donc pas anodin que la Catrina entre dans les représentations du pop-surréalisme, au même titre que l’Art Nouveau est aujourd’hui régulièrement employé par les artistes, notamment pour des affiches alternatives de films et séries télévisées.
Le syncrétisme religieux est présent dans la société contemporaine, et les exemples les plus frappants sont sans doute la Santa Muerte et la Catrina mexicaines, qui sont devenues de véritables figures de la pop culture. Leur popularité dépassent aujourd’hui les frontières du Mexique, comme le prouvent les parades des Fêtes des Morts ayant lieu à Los Angeles, San
Francisco ou au Texas. Malgré une volonté d’institutionnalisation de la part de la culture dite « officielle » (le Musée du Quai Branly ayant organisé une exposition sur le Mexique en 2007, et l’UNESCO ayant inscrit la Fête des Morts sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité en 2008), ces deux figures restent ancrées dans la contre-culture.
Choisir de réaliser une affiche, qui sera visible par un grand nombre de personnes, démontre une volonté d’inscription au sein de la pop-culture. Les artistes alternatifs contemporains et pop-surréalistes réinterprètent aujourd’hui la Catrina et la Santa Muerte, car elles possèdent une véritable puissance visuelle et évocatrice. En associant la Catrina à d’autres symboles
païens, existants ou imaginaires, et à l’Art Nouveau, on obtient un syncrétisme visuel propre à donner une image très forte, avec une réelle puissance évocatrice, beaucoup plus profonde que l’introduction de la Catrina et des symboles mexicains dans la décoration ou la publicité.

La Santa Muerte et la Catrina traditionnelles

Diego Riveira

Diego Riveira

Manuel Manilla

Mictlantecuhtli

La Catrina et la Santa Muerte dans la pop culture et le pop surréalisme

Brian Viveros

Krisztianna Ortiz

Gustavo Rimada

Patrick O Keefe

Rhys Cooper

Skyes

Jasmine Beck

Sylvia Ji

Brandon Maldonado

Charl

Sylvia Ji

Benjamin Lacombe (Frida)

Laurie Lipton

Nathalie Shau

La Catrina et la Santa Muerte version marketing

Dans la mode des podiums

Dans l’alcool

Dans la mode de la rue

Dans les bijoux (Lydia Courteille)

Livres et textes :

THOMAS Louis-Vincent, Mort et Pouvoir, Paris, Payot et Rivages, 1999

GUTIERREZ MARTINEZ Daniel, Sentiment d’appartenance au tragique : le culte de la Sainte Mort au Mexique, in Sociétés 2012/2 (n°11 6), p. 29-41

PERREE Caroline, Mexico, de San Judas à la Santa Muerte. Logiques votives et rituels transversaux en milieu urbain, in L’Homme 2014/3 (n° 211 ), p. 17-39

TORRES-RAMOS Gabriela, Un culte populaire au Mexique : la Santa Muerte, in Mortels ! Revue Socioanthropologie, 31 | 2015

THIEYRE Philippe, Les Années Psychédéliques, Paris, Desinge & Hugo & Cie, 2011

AUBIN Vincent, MOREAU Denis, Le christianisme est-il soluble dans la contre-culture ?, in Études 2011 /9, (Tome 415), p. 207-217

RIGAUT Philippe, Le corps dans les subcultures sombres, in Champ psy 2011 /1 (n° 59), p. 175-186

Le travail artistique réalisé pour ce cours :

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Belle journée mes licornes !