La nouvelle broderie gothique

(cet article est une spéciale dédicace à Justine, l’une de mes collègues médiatrices supers sympas au FHEL de Landerneau, et qui fait de la broderie en mode F*CK)

Vous l’avez peut-être remarqué (ou pas), mais la broderie connaît actuellement un renouveau. Et là, je vous renvoie à mon article sur les artistes féministes qui se réapproprient la broderie, traditionnellement médium féminin dans les cultures d’Europe occidentale. Today, je suis particulièrement amoureuse de la nouvelle broderie à tendance gothique, à cause notamment des motifs. La plupart des brodeuses (oui, ce sont en majorité des femmes) sont douées en dessin, et cela se ressent dans leurs broderies. Les quelques artistes que je partage ci-dessous ont des styles très différents. Certaines font des broderies uniques, d’autres font des broderies téléchargeables, mais toutes ont des styles admirables. J’espère que cela vous plaira…

Adipocere (un classique, mais commençons pas le classique)

Your gothic granny (aka Rachel Dreimiller, des modèles téléchargeables vraiment sympa, dans un style très pur)

Fevernest (aka Elsa Olsson, artiste textile que j’adore) (et son tumblr)

Veiled Mirrors (aka Anna, dont j’adore à la fois les broderies, très mystiques, et aussi les collages, vraiment superbes)

Alifera (aka Alina Fera, dont tous les modèles sont téléchargeables)

Mila Rosha (brodeuse et dessinatrice dans un style glam goth et mystique)

J’espère que vous ferez de belles découvertes, il y a énormément de talentueuses brodeuses dans un style gothique…

Belle journée !

 

Teagan White, le nouvel art naturaliste…

Si vous aimez les cabinets de curiosités, l’anatomie animale, la taxidermie, les choses un peu étranges, le naturalisme, les voyages et les explorateurs du temps jadis (DANS MES BRAS !), bienvenu dans l’ère du « nouveau naturalisme ». Je ne sais pas si ce terme existe réellement, je l’appelle comme cela car je trouve que c’est le titre qui convient le mieux.

Avec le retour de la valorisation du fait-main, de la Nature, de la Déesse Mère, notre société, empreinte de paganisme diffus fortement teinté de rock’n’roll, voit naître depuis quelques temps des artistes travaillant sur la Nature : animaux, végétaux, créatures. Jessica Roux par exemple. Ou Teagan White, dans un style un peu plus « morbide » peut-être, ou un peu plus rock’n’roll justement. Il y en a plein d’autres, je pourrai faire une liste ! Leur maîtrise de l’aquarelle est extraordinaire pour moi. D’habitude, quand on dit « aquarelle », tout de suite viennent en tête des fleurs un peu gnangnan, des ribambelles de chatons, de chiots, des portraits d’enfants (qui font peur), des nus pas très vivants, des paysages pas très réussis, le tout saupoudré d’une niaiserie sucrée qui me fait grincer des dents. MAIS. Avant d’être un passe-temps pour retraités en mal d’inspiration (non non, je ne suis pas méchante, je constate que c’est ainsi), l’aquarelle fut le must pour les naturalistes. Facile à transporter et facile d’utilisation, elle permet bien des effets, à condition de la maîtriser. (et là, vous allez faire un tour sur mon article sur Edith Holden et vous comprenez) Moi, c’est pas mon truc l’aquarelle, je n’y arrive pas. Raison de plus d’admirer ceux qui font des merveilles avec cette pâte colorée à imbiber d’eau.

Comme Teagan White. Chez elle, j’admire déjà sa maîtrise du dessin et de l’anatomie animale, sans parler des végétaux, tout sauf gnian-gnian et très très réalistes. Plus cette ambiance un rien Art Nouveau. Il y a de l’art nouveau, du rock’n’roll, des animaux morts ou vivants, des motifs décoratifs. J’aime. Et, en plus, on peut acheter des objets Teagan White. Et en plus, elle fait aussi quelques zines, qui sont de toute beauté…

Sa bio dit que Teagan travaille sur la faune, la flore, avec un rappel du cycle vie/mort et de la coexistence homme/animal ou de la cruauté inhérente à la Nature. Elle a longtemps vécu dans le Midwest et la région des Grands Lacs, ce qui a influencé sans doute son travail sur la Nature. Actuellement, elle a déménagé dans l’Oregon, c’est sans doute ce qui a motivé l’apparition des oiseaux dans ses dessins. Elle travaille à l’aquarelle et à la gouache, et réalise parfois des commandes (voir plus bas). Elle est membre du collectif THE VACVVM (foncez voir leur insta, c’est de la tuerie), et elle réalise également des illustrations pour enfants.

Je vous laisse apprécier :

Des commandes :

Les zines :

Son site : https://www.teaganwhite.com/

De là, vous pouvez accéder aux réseaux sociaux, au shop, ainsi qu’au site de THE VACVVM (via la page bio).

P.S. : mardi prochain, je commence un CDD m’amenant jusqu’au 3 novembre, comme médiatrice culturelle pour la nouvelle expo du Fonds Leclerc pour la Culture (Landerneau), une magnifique expo sur les Cabinets de Curiosité (trop hâte !). Cela signifie qu’à partir de dimanche et jusqu’au 3 novembre je vais être coupée d’internet (déconnexion totale, ça va pas faire de mal). Ne vous étonnez donc pas si vos coms ne sont pas visibles ou si je n’y réponds pas. Je vous porte tous dans mon coeur, vous êtes des lecteurs adorables, et je vous retrouve donc en novembre. J’aurais commencé mon doctorat sur les zines, la vie sera belle, j’aurais plein de choses à vous montrer et plein de choses à poster. Passez donc de bonnes vacances, et on se verra peut-être à l’expo…

EDIT : En fait, je peux me connecter sur la wifi de mon hébergeur, donc, je peux continuer le blog pendant l’été (enfin, c’est en théorie, en pratique je vais sans doute être fatiguée…) !!! Donc, les commentaires sont ouverts !

 

 

Le Gothique et la Mode, une histoire d’amour qui dure…

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Lorsque j’ai commencé à être présente sur les réseaux sociaux et à tenir un blog, mon univers était très marqué « gothique ». J’ai longtemps eu du mal avec cette étiquette, qui, immédiatement, fait surgir des images d’Épinal pas toujours très glorieuses dans l’esprit de la plupart des gens, des images très très réductrices et qui sont très bien vendues par la société de consommation et la société de sur-information (donc de désinformation) dans lesquelles nous vivons. Aux Beaux-Arts où j’ai passé trois ans afin d’obtenir ma licence, on n’aimait pas trop les gothiques, suspects d’avoir toujours les mêmes sempiternelles sources d’inspirations. Sauf que ces inspirations sont toujours d’actualité, et sont inépuisables ! Même la maison de prêt-à-porter de luxe Loewe revisite en un coffret limité des classiques de la littérature considérés comme « gothiques » : Dracula, Le Portrait de Dorian Gray, Les Hauts de Hurlevent, font partie des titres choisis par la maison et recouverts pour l’occasion de photographies signées Steven Meisel (le rendu n’est pas du tout « gothique » par contre). C’est vrai que je m’habille souvent en noir, avec deux styles très distincts, mais il y a rarement de la couleur (ça m’arrive hein, j’ai du bleu, du vert, du violet et du beige dans mon dressing). C’est vrai que j’ai un gros faible pour le style « baroque » à la D&G, et aussi pour le style « Modern Witch », et pour le style « flamand », et aussi pour le « post-apocalyptique » (tous ces styles faisant partie du milieu gothique d’une certaine façon aujourd’hui). C’est vrai que mes goûts me portent plutôt vers des esthétiques sombres, romantiques, décadentes et néo-gothique, voire moyenâgeuses, avec une pincée d’Art Nouveau et d’Art Déco. C’est vrai que je suis gothique, dans un certain sens. Mais je ne suis pas que ça, ben non, ça serait trop simple : j’ai un gros faible pour le glam-rock, les 70s, les films des années 50, et l’humour de manière générale (ceci dit, j’ai horreur de l’humour bien gras et bien lourd dispensé notamment dans certains films…). Et quand on est gothique, et qu’on aime la mode, eh bien, la photographie de mode, c’est le pied total à regarder. Car, quand même, il faut admettre que les ambiances gothiques sont très souvent les inspiratrices de séances photos magnifiques, et faisant référence à tout un tas d’iconographies différentes mais qui correspondent toutes au milieu gothique.

Le gothique, à la base, c’est le néo-gothique, surtout. Le roman noir anglais (Chéri, prépare ton suaire !). Les ambiances extrêmes, le tout ayant abouti au Romantisme allemand, relayé très largement en Angleterre et en France, où la folie néo-gothique saisi tout un énorme pan de la bourgeoisie et de la noblesse. Cela s’est accentué avec la vague du spiritisme, le post-mortem, le bien glauque et dégoulinant, et le décadentisme fin-de-siècle décidément hyper marquant pour tout le milieu artistique qui suivra. Ce qui inclut la mode donc.Et la photo de mode, donc. Celle-ci se nourrit de toutes les facettes du gothique. Oui, il y a plusieurs gothiques : dans les années 90, un gothique aimait rarement le métal et vice-versa, un métalleux n’était pas un gothique. Mais depuis les années 2000, le milieu gothique s’est élargi à beaucoup de styles différents, incluant le post-apocalyptique, le steampunk et autres tendances fort intéressantes et qui nourrissent le milieu gothique d’autres influences, c’est ce qui fait en quelque sorte la force du mouvement. Il est capable de se régénérer de lui-même, grâce à ces influences multiples. Bon, c’est aussi un peu sa faiblesse : le gothique vit souvent en vase clos (non, pas dans un cercueil), il sort souvent peu de son univers ou de ses univers. Ils sont déjà bien vastes certes, mais un peu d’ouverture manque peut-être au milieu. Quoi qu’il en soit, je vous ai concocté un medley de grands photographes de mode, pour illustrer la chose, et vous allez voir que toutes les facettes du gothique sont représentées au sein de la mode, et que cela donne souvent des séances photos de dingue…

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Stevie Westgarth, et son illustration sauvage de la sorcière gothique moderne

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Une campagne de pub signée Steven Klein pour McQueen, très « la reine seule en son château »

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Olivier Stalmans, « Edwardian elegance », pour Luxury Aficionados

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Michael Morrison, et sa version très « sexy dark » (I Love)

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Matthew Brooks, et ses contrastes extraordinaires accentuant l’effet « gothic drama » !

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Bon, ben là, je ne sais plus qui est le photographe, si jamais quelqu’un sait, n’hésitez pas à le mettre en commentaire! J’ai adoré cette série make-up, très bien vue et assez gonflée je trouve…

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Tina Patni et son ambiance mi-Tim Burton, mi-Del Toro…

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Katarzyna Konieczka et ses costumes et créations d’avant-garde donnent toujours lieu à des séances photo de foufous (images via Beautiful Bizarre et son article sur son travail)!!!

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Hiroshi Nonami

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Le magazine DRAMA est un grand repaire de gothiques en tous genres…

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« Delineated »,  Victoria Anderson by Robert John Kley for Schön, numéro 26

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« Un Conte d’Hiver », ici également, impossible de me souvenir du photographe tellement ça fait longtemps que j’ai cette série photo en archive… Mais l’ambiance y est divine !

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Chris Anthony, découvert dans Elegy (aaaaaaah, Elegy… RIP bouhouuuuu, monde injuste et sort cruel !).

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Les bijoux Bella & Chloé mis en scène par Moss and Meadows, un duo très branché « modern californian witch »…

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Antonella Arismendi pour Numéro, une série make-up qui me rend vraiment très très enthousiaste !!!! (ça doit dater de ma période black-métal je pense…)

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Anita Bartos et son très joli travail façon « vieille photo »…

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Le duo Andrew Yee et Damian Foxe, pour How to Spend It Magazine, un style trés « gothique baroque » …

Voilà, en espérant que ce petit tour dans mon (très vaste) univers vous aura plu et que vous aurez découvert ces talentueux photographes…

Belle journée !

Histoire macabre : Edith Holden

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(la carte postale est faite maison à partir d’une vraie image XIXe siècle/début XXe siècle, il me reste quelques exemplaires de fac-similé réalisés par mes petites mains, les cahiers « vieillis » sont également de mes petites mains, et les tampons Alice in Wonderland, je les ai dénichés chez Noz, où l’on peut trouver de chouettes choses)

Octobre. Ses feuilles qui volent, ses citrouilles qui s’amoncellent, l’approche d’Halloween, les chocolats chauds, les livres au coin du feu et le chat qui ronronne (on dirait une petite vieille qui parle). Bon, stéréotypes certes, mais il n’empêche : j’adore l’automne. C’est le moment parfait pour parler d’Edith Holden et de son histoire macabre (après celles de Kay Sage et Eléonore de Toléde). Qui, en France, connaît Edith Holden ? Pas beaucoup de monde je crois, si ce n’est peut-être les passionnés de dessins naturalistes et de toute cette imagerie de campagne anglaise si bien décrite par Jane Austen.

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Edith Holden est née en 1871, à Birmingham, au sein d’une famille très pieuse, mais également ouverte à beaucoup de choses. Son deuxième prénom lui fut notamment donnée en l’honneur d’Elizabeth Blackwell, une physicienne pionnière dans la science. Son père tient une fabrique de peinture, un détail important, et sa mère a notamment écrit deux livres sur la religion. Mais en 1904, celle-ci meurt, et le père d’Edith se tourne vers le spiritualisme. Il veut à tout prix communiquer avec sa femme, et instaure des séances régulières à la maison. Edith et ses sœurs assistent à ses séances, et en ressortent sans doute profondément marquées. Il écrira même un livre sur ces propres expériences, édité sous le titre Messages from the Unseen, en 1913, une semaine seulement avant sa propre mort (ironie du sort…).

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Pendant toute sa scolarité, Edith va se passionner pour les sciences naturelles, et se découvrira un don pour l’illustration, tout comme sa plus jeune soeur.  Elle devient rapidement une illustratrice très réputée, et son travail apparaît à intervalle régulier dans des revues. Elle illustrera notamment les 4 volumes de The Animal’s Friend, ainsi qu’un certain nombre de livres pour enfants. Ses peintures sont même exposées, notamment par la Royal Birmingham Society of Artists et la Royal Academy of Arts.

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Ces expositions, si elles peuvent paraître prestigieuses (et elles le sont en réalité), ne sont pas forcément une bonne chose pour la condition féminine : nous sommes au début du XXe siècle, et la condition féminine anglaise est tout sauf un modèle de progression. Edith fait partie de la petite bourgeoisie croyante anglaise : on attend d’elle, en plus d’un mariage convenable, qu’elle réussisse dans le domaine des « arts d’intérieurs », c’est-à-dire la musique, la couture, la broderie, les bouquets de fleurs, composer un menu et savoir un peu de cuisine, tenir une maison, et accessoirement, peindre. Principalement des fleurs, des animaux et à la limite quelques portraits (plus, ce serait indécent). Or, il s’avère qu’Edith peint très bien la nature, et elle adore cela, réellement, la nature est sa passion. On peut donc sans crainte l’exposer, puisque cette passion, si elle est bien réelle, ne s’oppose nullement aux préceptes de la femme parfaite de l’époque. Une arme à double tranchant dont j’ai parlé plus en détail dans mon article sur le fait d’être une femme et une artiste en même temps.

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Bref. La notoriété est là. Edith se marie en 1911. Mais elle choisit un homme qui est à la fois convenable et qui lui convient : Ernest Smith, un sculpteur. Il est notamment l’assistant de la Comtesse Feodora Gleichen, elle-même sculpteur et designer d’objets décoratifs (elle fera notamment la très belle statue de Florence Nightingale). Au sein du studio de Feodora, le couple se lie avec plusieurs autres artistes, notamment le sculpteur Sir George Frampton (mais si, c’est lui qui a fait la fameuse statue de Peter Pan).

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Pendant les années qui suivent son mariage, elle continue à peindre et à illustrer, et rencontre toujours un grand succès anglais.

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Mais la tragédie est proche.

Le lundi 15 mars 1920, Edith se plaint de maux de tête. Mais cela lui arrive souvent, et on n’y fait pas vraiment attention. Son mari part comme d’habitude pour son studio et elle annonce sa volonté de descendre à la rivière pour voir les équipages universitaires s’entraîner. Lorsque son mari rentre le soir pour dîner, il trouve la table mise, mais pas d’Edith. Il suppose alors qu’elle est encore chez des amis, et ne s’inquiète pas, il soupe, se couche.

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Le lendemain matin, on retrouve le corps d’Edith flottant dans la rivière. Il y eut une enquête. Edith avait donc décidé d’aller voir les équipes s’entraîner et descendit à la rivière. Sur le chemin, son regard de naturaliste croise une branche de châtaigniers où pointaient des embryons de châtaignes, qu’elle adore. Mais la branche était hors de portée. Elle donc tenté d’utiliser son parapluie pour la casser. Mais même le parapluie était trop petit, et emportée par son élan, Edith est tombée dans rivière. Ne sachant pas nager, elle s’est noyée.

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Il est curieux de constater qu’Edith a connu le destin d’Ophélie : la figure de la morte noyée est récurrente pendant l’ère victorienne, qui adore ce type de mort et la dramatise d’un point de vue très romantique, avec les fleurs et tout et tout (les amoureux des préraphaélites auront en tête la fameuse Ophélie de Millais). Edith étant un pur produit de la société victorienne, même si elle meurt en 1920, je trouve étrange que sa mort soit également conforme aux idéaux romantiques et complétement anti-féministes de l’époque (la figure de la morte noyée est révélatrice de la peur engendrée par la femme au XIXe siècle, j’en parle dans mon article sur justement la figure d’Ophélie)

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Edith reste une grande illustratrice naturaliste anglaise, qui a dépeint avec une formidable précision les espèces anglaises de l’époque, avec une touche de romantisme comme le produit si bien la société victorienne qui l’a vu grandir.

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Son fameux journal champêtre est édité en Angleterre en 1977, en pleine révolution du Verseau. Avec la vogue d’alors du retour à la nature, il a un succès immédiat, sous le titre The Country Diary of an Edwardian Lady. Il a depuis été réédité plusieurs fois, et il existe une traduction française (c’est celle que vous voyez sur les photos, et que ma mère m’a trouvé aux détours des allées d’un vide-grenier).

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Il existe deux biographies d’Edith Holden : The Edwardian Lady: The Story of Edith Holden, Ina Taylor (1980), et The Edwardian Afterlife Diary of Emma Holden, K Jackson-Barnes (2013) (qui traite plus spécifiquement de sa mère, mais cela peut être intéressant). Par contre, je ne sais pas s’ils sont traduits en français. Il existe aussi une série TV, The Country Diary of an Edwardian Lady, visiblement disponible en DVD, en import anglais.

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Voilà, une petite histoire macabre d’une femme talentueuse morte à cause de sa passion…

Belle journée !

Francisco Salamone, ou l’art de l’architecture fasciste

Oui oui, vous avez bien lu, cet article est dédié à un architecte qui avait des opinions politiques plus que contestables. Mais son œuvre reste aujourd’hui l’une des plus remarquables architectures moderniste / Art Déco de toute l’Argentine, voire de toute l’Amérique du Sud. Et reste l’un de mes architectes favoris. Son travail fait pour moi écho au mouvement architectural scandinave nommé « Romantisme National » (puis « Grâce Suédoise »), mais en plus imposant, plus fort visuellement. L’art de Salamone fait écho également à l’architecture fasciste italienne (1922-1943), c’est-à-dire une inspirations néo-classique (un peu moins accrue chez Salamone tout de même) avec un petit air de statues « stalinistes » russes… Ce type d’architecture prête encore à débats, à cause des implications politiques qu’elle sous-entend.

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Francisco Salamone est argentin, né en 1897 et mort en 1959, originaire de Buenos Aires mais né en Sicile. Son père est lui-même architecte d’origine sicilienne et Francisco est l’un de ses 4 fils. En 1917, il obtient un diplôme en architecture et ingénierie civile à l’Université, et intègre 4 ans plus tard la Societad Central de Arquitectos. Il se marie avec la fille du Vice-Consul de Bahia Blanca, d’origine austro-hongroise, et dont il aura 4 enfants.

Il se lie d’amitié notamment avec Manuel Antonio Fresco, le gouverneur très conservateur et nationaliste de la province de Buenos Aires (1936-1940), et c’est sans doute pour cette raison que la province lui passe plus de 60 commandes publiques dans 25 municipalités différentes, entre 1936 et 1940. Durant cette période, la province reçut beaucoup d’améliorations en terme d’irrigations, de routes, de constructions et de réseaux de communications.

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(carte présentant les principales constructions de Salamone dans la province de Buenos Aires)

Précisons le contexte : les années comprises entre 1930 et 1943 sont nommées la « Décennie Infâme » en Argentine. Quatre dirigeants se succéderont : Uriburu, Justo, Ortiz et Castillo. Ces années sont ainsi nommées par l’historien José Luis Torres, et elles sont synonymes de fraudes, d’abus, de corruption et de persécution des opposants (plusieurs anarchistes furent assassinés). La seule chose bénéfique, si l’on peut dire, que l’on ressort de ces années, fut l’exploitation agricole  et bovine massive favorisant une exportation et donc, pas mal de travail en perspective pour les habitants, une décision notamment prise par rapport aux répercussions de la Crise de 1929, qui frappa très durement l’économie argentine puisque 80% de ses revenus dépendaient de l’exportation. Malgré cette forte exploitation de la terre et des bovins, ainsi que des facilités accordées aux éleveurs et exploitants, l’Argentine eut beaucoup de mal à se sortir de cette crise économique majeure (malgré également une politique d’industrialisation massive qui eu pour effet de joncher la pampa de ruines et de favoriser la désertification des campagnes). Mais ce fut également une période très sombre pour l’Argentine, où le déséquilibre social était radicale et la main-mise de l’État s’étendait sur tous les domaines (beaucoup de Comités de contrôle furent créés). L’Argentine commença à perdre son visage authentique : les différents gouvernements favorisèrent l’implantation d’industries étrangères, notamment dans le domaine du textile, du caoutchouc, de la chimie et de l’électronique. Des routes furent construites afin de concurrencer la main-mise du ferroviaire sur les transports. L’Argentine se modernisa et en même temps, seule la pampa, pratiquement déserte en dehors de quelques bourgades, garda son visage argentin typique (et sec, aussi…).

Le nationalisme y est donc galopant, d’autant plus que la plupart des dirigeants et de leurs partisans s’inspirent fortement du régime de Mussolini alors en vigueur en Italie. Salamone, de par ses origines italiennes, est donc forcément hyper bien vu par ses même dirigeants.

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(la fontaine Maria Alejandra à Laprida)

Salamone a eu une vision très personnelle du modernisme : il mélange allégrement le Futurisme italien et ses mouvements verticaux avec le Style International très géométrique, le tout à des fins idéologiques malheureusement totalitaires : les proportions massives et imposantes, l’élan vertical des tours font écho à la prise de pouvoirs de la civilisation sur les peuples « indigènes ». En effet, les commandes publiques passées à Salamone se trouvent dans un rayon de 500 km autour de Buenos Aires, dans des villes rurales peu développées issues de la colonisation autour du chemin du fer, et également en ex-territoire indien, où les populations sont fortement métissées et où cette communauté est encore bien présente. L’État tient donc à mater tout le monde et à écraser la résistance par cette vision de toute puissance. C’est un cas récurrent dans tous les régimes totalitaires : l’architecture et l’art sont de formidables moyens de propagandes pour ce type de régime. De fait, les bâtiments officiels créés par Salamone sont solennels, fortement spectaculaires, surtout lorsqu’ils surgissent de la pampa : ils apparaissent encore plus démesurés. Le gigantisme anguleux des hôtels de ville proclame donc avec éclat la suprématie du pouvoir en place et central sur toutes les communautés, un message politique renvoyant notamment au fascisme italien (les constructions édifiées pendant les années Mussolini font preuve du même « élan »).

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(les éclairages publics de Laprida)

Les constructions de Salamone se séparent notamment en trois groupes : les  hôtels de ville, les abattoirs, les cimetières (l’État a même main-mise sur la mort, c’est dire). Vous remarquerez que les hôtels de ville répondent tous aux même proportions, avec une grande tour/mirador centrale.

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(l’Hôtel de ville de Carhué)

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(l’Hôtel de ville de Guamini, vous remarquerez la restauration intervenue entre la deuxième et la première photo…)

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(l’Hôtel de ville de Gonzalez Chavez)

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(l’Hôtel de ville de Rauch)

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(l’Hôtel de ville de Pringles)

Les abattoirs sont aujourd’hui quasiment tous fermés, voire en ruine, car l’industrialisation massive et rapide les a rendus obsolètes très vite. Ils restent cependant très spectaculaires, preuve architecturales de la suprématie de la région dans le domaine de la production bovine, un nationalisme exacerbé.

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(l’abattoir de Azul)

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(l’abattoir de Balcarce)

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(l’abattoir de Pringles)

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(l’abattoir de Guamini, et ses grafs intérieurs)

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(l’abattoir de Epecuen, une ruine surgissant au milieu de la pampa désertique, un vrai décor d’horreur style Walking Dead…)

Les cimetières sont mes préférés (non je ne suis pas bizarre). Leurs portails sont spectaculaires, et font écho à la tradition latino-américaine de la « ville des morts », une ville dans la ville, un royaume à part entière (je vous renvoie à mon article sur la Santa Muerte pour comprendre le lien très fort qu’entretient l’Amérique latine avec la mort). Le deuil, la solennité sont exacerbés dans ces cimetières par des symboles héroïques ou doloristes renvoyant à la notion d’immortalité.

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(le cimetière de Laprida, avec ce Christ démesuré)

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(le cimetière de Saldungaray, avec cette auréole gigantesque)

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(le cimetière de Azul et son Ange de la Mort impressionnant, sans doute mon préféré ! Si un jour vous allez à Azul, faites un tour dans la partie ancienne de ce cimetière, les mausolés et chapelles y sont vraiment très beaux)

Après 1943, Salamone et sa femme déménagent à Buenos Aires mais il tombera peu à peu dans l’oubli et ne fera que deux bâtiments publics après cette date. A sa mort, il n’aura droit qu’à quelques lignes dans les journaux, et ses os ne connaîtront guère le repos puisqu’ils seront déménagés deux fois au moins (je ne sais pas bien pourquoi).

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(la nécro de Salamone, succincte et brève)

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(Les deux chapelles où Salamone fut successivement transféré)

Ainsi est mort l’un des plus talentueux architectes argentins : dans l’oubli le plus total, à la suite de ces opinions contestables en matière de politique. Je sépare toujours l’artiste de ses opinions : sinon, je ne lirai plus Céline par exemple, alors que c’est l’un des écrivains les plus talentueux de la langue française. Je considère donc que les bâtiments de Salamone ont une place très importante dans l’histoire du pays : certes, c’est du nationalisme exacerbé, mais ces monuments sont époustouflants, il s’en dégage quelque chose de très fort et il est regrettable de les voir à l’abandon. Vouloir faire à tout prix table rase (au sens propre, détruire des bâtiments) pour « oublier » une partie gênante de son histoire, pour un pays démocratique, c’est agir en régime totalitaire : après tout, n’est-ce pas ce que font tous les envahisseurs, dictateurs du monde entier lorsqu’ils font main basse sur un territoire ? Ils détruisent systématiquement les symboles religieux ou politique du passé pour en installer de nouveaux. Détruire l’histoire pour la réécrire n’est pas démocratique, mais totalitaire. Vivez avec ces ruines ou ces monuments d’un temps passé. Même si ce sont des témoins gênants, ils n’en font pas moins partie de l’Histoire (beaucoup de personnes et intellectuels travaillant dans le patrimoine, l’histoire, l’art ou l’architecture déplorent aujourd’hui la destruction des monuments communistes russes, qui étaient de véritables prouesses techniques, mais on peut citer les grands Boudhas, les vestiges de la Chine ancienne, et tant d’autres disparus…).

Aujourd’hui, le travail de Salamone est reconnu comme l’une des architectures majeures de la période Art Déco dans le monde. La ville de Buenos Aires organise même un circuit découverte de ses bâtiments de style Art Déco, en s’appuyant sur le travail de Salamone.

Le photographe Esteban Pastorino Diaz a réalisé un très beau travail photographique sur le patrimoine architectural laissé par Francisco Salamone :

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(plus d’infos sur sa page web : www.estebanpastorinodiaz.com/ )

Belle journée !

Le Musée Fayet, une belle découverte…

« Je retiens votre promesse de venir me voir à Béziers. Voilà bien longtemps que nous n’avons pas parlé peinture, j’ai un tas de choses à vous montrer. D’abord, mon atelier est remanié. Dans un panneau, L’Homme à la Pipe étincelle au milieu des Moissons d’or. De l’autre côté, tous les Gauguin ; Cézanne au milieu de ses pommes et de ses fleurs… »

Gustave Fayet à George-Daniel de Monfreid, 2 novembre 1903.

Ce sont souvent dans les petits musées inconnus que l’on fait les plus belles découvertes… Ce fut le cas pour moi dans le Musée Fayet de Béziers. Celui-ci est une partie du musée des Beaux-Arts, réparti en deux endroits différents : Hôtel Fayet pour la partie ancienne des collections, et Hôtel Fabrégat pour la partie moderne des collections. Les deux sont actuellement fermés pour d’importantes restaurations, qui devraient redonner un peu de lustre aux deux lieux. Le deuxième était déjà fermé lorsque je m’y suis rendu, mais j’ai pu admirer l’intérieur de l’Hôtel Fayet, qui est vraiment très très beau (et plutôt bien conservé d’ailleurs)….

Figurez-vous que la demeure imposante ne fut pas, à la base, propriété des Fayet… Il appartenait au XVIIIe siècle au Baron de Villeraze-Castelnau, et s’appelait donc « Hôtel de Villeraze ». Tout aurait pu continuer ainsi gentiment, si M. le Baron n’avait eu la fâcheuse idée d’y assassiner le procureur du Roi en 1772. Oui, rien que ça, je ne vous raconte pas la une des gazettes mondaines de l’époque (enfin façon de parler, disons que beaucoup de ragots ont circulé dans les couloirs). Il fut gracié par Louis XVI, mais condamné au bannissement. Il partit donc de Béziers, il lui arriva des tas de choses, et il revint à la fin du Second Empire, mais ne se réinstalla pas à l’Hôtel (histoire que cela ne lui porte pas la poisse, on sait jamais). Il le loua donc, et plus tard, le vendit à la famille Fusier. Par le biais de la jolie Élise, celle-ci s’allia à la famille Fayet, et voilà comment l’Hôtel Fayet naquit…

(Charles Copeyl, portrait présumé de Charles de Rohan, XVIIIe)

La famille Fayet est issue de la nouvelle grande bourgeoisie, enrichie grâce au négoce du vin (oui, Béziers fut le centre de la France en terme de vins il y a longtemps). L’un des fils d’Élise, Gustave, devint un très grand collectionneur d’art moderne, et sa très riche collection est aujourd’hui répartie entre Orsay, l’Ermitage, le Metropolitan de NY, la National Gallery de Washington, etc.

Il doit sa passion à son père et son grand-père, tous deux peintres paysagistes. Il devint lui-même artiste multi-médium, connue notamment pour ses tapisseries symbolistes.

(Donatien Nonotte, 1750, portrait de la vicomtesse suédoise Brita Christina Tornflyckt)

Cet homme était un fou d’art. Comme beaucoup d’héritiers grand-bourgeois, il aurait pu se contenter de vivre de ses rentes, comme tout le monde dans son milieu, et il aurait fini sa vie gros, gras, sentant le cigare, coiffé d’un haut-de-forme plus grand que lui, impotent, porté sur les cocottes, et sans doute atteint de la goutte et d’une maladie du foie. Mais non, pas du tout. Il se marie à Madeline d’Andoque de Sériège, excusez du peu, et hérite bien sûr des propriétés viticoles du père de celle-ci, ce qui enrichit considérablement le cheptel. Fort de cette nouvelle richesse, il achète pour 20 000 francs de tableaux, Degas, Pissaro, Renoir… Et 20 000 francs de l’époque, ça fait beaucoup !

(Dominicus Smout, (1671- 1733), Vanité, huile)

(et mesdames et messieurs les conservateurs, ceci est un message national : quand on accroche un diptyque, on l’accroche toujours de manière à ce que sa lecture se fasse de gauche à droite, comme un livre européen… Or là, l’ordre était inversé, mais je vous les présente dans le bon ordre…)

En 1900, le voilà Conservateur du Musée des Beaux-Arts de la ville, qui voit une grande exposition s’y tenir en 1901. Pour l’occasion, c’est le grand déballage : Rodin, Maurice Denis, Lautrec… Il y a même un Picasso, et il est à noté que la première grande expo du monsieur, avant celle d’Ambroise Vollard…

Mais l’artiste favori de Gustave fut Gauguin, avec qui il entretint une correspondance très riche du vivant de l’artiste. Il possèda jusqu’à 70 œuvres, tous types confondus.

Malheureusement, les modernes ne sont pas du goût de tout le monde, et son enthousiasme ne rejaillit guère sur le Municipalité et le public bitterrois… Déçu, il part s’installer à Paris, et l’essentiel de sa collection le suit en 1905, laissant l’Hôtel endormi… Ce n’est qu’en 1966 qu’il renaitra en se transformant en Musée, suite à la donation de la famille à la Municipalité…

Il est à noter que de nombreuses œuvres dorment dans les salles fermées au public, ce qui est fortement dommage pour lui ! Et je crois aussi que curieusement, le bâtiment n’est pas classé, ce qui est fortement regrettable, vu la qualité des intérieurs préservés et de l’histoire du bâtiment !

(beaucoup de belles sculptures classiques, je n’ai pris en photo tous les cartels, d’autant que certains étaient absents)

(au rez-de-chaussée, des sculptures d’Injalbert, artiste local de la Belle Epoque)

(un fond du XVIIIe siècle qui va être donné au Musée afin d’enrichir le mobilier déjà présent, très très beaux objets d’art…)

(belle collection de verrerie Art Déco)

Et le clou, ma curiosité préférée :

Un tableau parfaitement insolite : si le sujet des faunes et de Pan est récurrent au XVIIIe siècle, dont date vraisemblablement ce tableau si j’en crois la facture (mais pas de cartel et on n’a pas pu me renseigner…Grrrr), en revanche, il est insolite d’y croiser des femmes-faunes, et encore moins en train d’allaiter ! Donc, profitez-en, c’est une pure curiosité !

Belle journée (prochain article dimanche, on parlera de mon travail et de comment je le fais, ensuite je vous embarquerai pour Carcassonne, où je parlerai de Marie-Madeleine) !

 

Histoires macabres : Eléonore de Tolède

(Éléonore de Tolède, École de Bronzino, XVIe siècle)

En l’an de grâce 1522, en Espagne, dans la province de Salamanque, naquit une fort jolie petite fille, prénommée Éléonore. Si la dite petite fille avait vécue une vie paysanne sous le beau et chaud soleil d’Espagne, notre histoire s’arrêterait là. Mais Éléonore n’est pas une petite fille comme les autres. Son père n’est autre que le vice-roi de Naples, et sa mère est marquise. Elle se prénomme donc « Éléonore Álvarez de Tolède et Pimentel-Osorio ». Ce qui n’est pas rien. La petite fille grandit et devient une belle jeune fille au front grave, à l’œil rond et au visage pur. Bien sûr, elle ne peut choisir son époux, on va la marier à un jeune homme dont on se fiche du physique du moment qu’il possède un titre ou des terres ou des richesses, voire les trois à la fois, ça serait le top. Bon, Éléonore espère quand même au fond d’elle-même, comme toute jeune fille à peine sortie de l’enfance, que son prince charmant sera beau, grand et fort, et qu’il l’emmènera dans un beau château blanc où elle coulera des jours paisibles à ne rien faire, enfin, à part quelques enfants, à déprimer et à manger des gâteaux au miel et aux amandes jusqu’à ce que sa beauté soit gâtée par ses mêmes excès et qu’elle finisse par mourir vieille, décatie, obèse, et confite en religion. Je caricature un brin, mais en gros, c’était un peu ce que l’on attendait des femmes à l’époque. Sauf que Éléonore aura un destin tragique, macabre, bien éloigné de cette vie promise (vous sentez le suspense qui monte là ?).

En 1539 donc, on la marie. Ô joie, ô désespoir. Le mari parfait est Cosme de Médicis (le premier, duc de Florence et à l’époque futur grand-duc de Toscane). Il a de l’avenir, il a un titre et il est riche (quand même, c’est un Médicis). Et en prime il est beau (costaud, barbu, le top de l’époque quoi, sauf qu’il a une petite coquetterie dans l’œil mais on lui pardonne…). Si elle ne l’a pas choisi, lui en revanche, il sait ce qu’il fait : il veut renforcer son image politique, et donc, il convient d’épouser une jeune femme qui lui apporte ce soutien politique dont il a besoin. Ce qui tombe bien, puisque Éléonore, ultra super riche et fille du vice-roi de Naples, qui sert donc l’Empereur Charles Quint, est la candidate idéale, vu que celui-ci veut s’allier aux Médicis plus ou moins contre les espagnols maintenus en Toscane. Bon, c’est un peu compliqué tout ça, mais en gros, Éléonore, c’est un parti de choix. En plus, elle est très belle, ce qui ne gâche rien. C’est tout bénéf pour Cosme. Le mariage se fait donc. Et l’angoisse commence.

(Cosme de Médicis, Bronzino, 1560)

Éléonore s’ennuie ferme, de Palazzo Vecchio en Palazzo Pitti, elle traîne sa beauté et son humeur égale et apaisante. Cette humeur lui sert pas mal dans la vie de tous les jours : elle a visiblement un caractère lui permettant de calmer l’impétuosité et les sautes d’humeur de son mari (oui, il est lunatique, il est introverti, il pique des colères, le contraire du prince charmant quoi). De plus, elle finit par occuper son temps par du mécénat. Elle adore les arts et soutient farouchement les maniéristes comme Bronzino, qui fera son portrait plusieurs fois, des portraits glaçants sur lesquels nous reviendrons. Ah, et puis elle fait des enfants, ben oui. En tout, 9 enfants sortiront de la couche nuptiale. 9. Déjà pour moi deux c’est le summum (et encore, je n’en veux pas), alors 9… Bon, on peut donc se dire qu’il y avait quelque chose entre Éléonore et Cosme, une forme d’amour qui a pu naître au fil du temps, comme c’est beau. Mais tout n’est pas rose au pays des licornes : sur les 9 enfants, seuls 6 vont vivre (ce qui n’est déjà pas mal) : François (futur grand-père de Louis XIII), Isabelle (qui épousera un Orsini), Jean (qui deviendra cardinal), Lucrèce (qui épousera un D’Este), Ferdinand (futur grand-duc de Toscane), et Pierre (qui se mariera avec sa cousine…). Les autres meurent enfants : la première et la septième de la malaria, et le sixième, mystère, on sait qu’il est mort mais on ne sait pas de quoi.

(Éléonore de Tolède, Bronzino, 1543)

Voici le portrait le plus célèbre de Bronzino, il s’agit donc de Éléonore et d’un de ses fils. Le tableau date de 1545, et on s’extasie tous devant cette robe absolument superbe, typique de la mode espagnole de l’époque (Éléonore est fidèle à ses racines)…

En 1545, Éléonore accouche de Lucrèce. A ce moment, elle va sombrer dans une grave dépression, aggravée par les grossesses à répétition (elle aura encore 4 enfants, dont les deux premiers mourront), et par une maladie pulmonaire qui l’épuise progressivement.

Après les morts de deux autres enfants, elle va devenir petit à petit obsédée par l’idée de la mort. Elle exprimera même à Bronzino son souhait le plus cher: être peinte dans un cercueil. C’est-à-dire poser vivante, dans un cercueil, pour être représentée morte. Évidemment, la peinture ne se fera pas (shocking !!!). Dommage, cela aurait été grandiose ! Les médecins, en désespoir de cause, et attribuant sa dépression aux morts successives des bambins et à sa maladie, l’envoie à Pise, en espérant qu’elle guérisse. Ce qu’elle ne fera pas. Éléonore meurt à Pise, en 1562, à 40 ans. Le portrait ci-dessous illustre bien la déchéance physique qu’elle a due subir (visage, mâchoire, yeux, mouchoir)…

(Eléonore de Tolède, Alessandro Allori, 1560-1562)

L’histoire ne s’arrête pas là… Les tableaux de Bronzino sont très connus, et reconnus de par le monde. On les admire tout en leur reconnaissant ce trait typique du maniérisme : la beauté glacée et glaçante, hors du temps et inaccessible… Lors d’une exposition en 1962, André Chastel tombe en arrêt devant le fabuleux portrait d’Éléonore et de son fils. Il aura alors cette remarque :  » Cette robe a la somptuosité d’une parure mortuaire »…

Or, en 1982, les tombeaux des Médicis sont ouverts (histoire de voir si c’est pas des zombies, mais bon, en vrai, histoire de vérifier de quoi ils sont morts). On découvre le corps d’Éléonore, superbement embaumée (et un peu racorni tout de même)… Et qui porte cette somptueuse robe, exceptionnellement conservée vu son âge…

Rebelote en 2002 : Gino Fornaciari, professeur d’histoire de la médecine et de pathologie à l’université de Pise, obtient l’autorisation de rouvrir certains tombeaux des Médicis (décidément, ils ne dormiront pas en paix), dont celui d’Éléonore. Avec les techniques actuelles, on constate que la pauvre a vécue un calvaire : courbure des tibias (rachitisme étant enfant, pas rare du tout chez les enfants de grandes maisons, à cause du manque d’exposition à la lumière), fractures multiples des os du bassin (grossesses multiples entre 18 et 32 ans), vertèbres critiques (arthrite), grave affection dentaire (carence en calcium due aux grossesses à répétition)…. Oui, tout n’était décidément pas rose au pays des licornes… Bon, c’est rien à côté de Jeanne d’Autriche, dont a fait l’autopsie au même moment (prognathisme, ossification excessive de la voûte crânienne, malformation des couronnes dentaires, scolioses marquées, dislocation congénitale de la hanche, difformité du bassin, le tout occasionnant sa mort à 30 ans lors de son dernier accouchement).

En espérant ne pas vous avoir trop déprimé, mais j’aime les histoires de femmes, en général, elles sont très édifiantes…

P.S. : vous trouverez sur le net différents chiffres concernant les enfants d’Éléonore et Cosme, 9, 10 ou 11. Je me suis bornée aux 9 que je connaissais, mais peut-être qu’il y a eu aussi des enfants morts-nés.

Belle journée !

 

 

 

Le Calendrier Magique de Manuel Orazi et Austin de Croze

(mon hommage à Orazi)

Chacun y va de son petit calendrier, du plus choupinou de la mort qui tue (bébés lapins, chatons tout roses et autres licornes couleur arc-en-ciel) au plus minimaliste chic (tout juste si on arrive à lire les jours tellement c’est écrit petit dans une police de caractère qui a trouvé le moyen de faire un régime super efficace entre Noël et jour de l’An)… Je vais vous faire une confidence : je HAIS les calendriers. C’est bizarre. J’adore pourtant tout ce qui est papier, magazines et papeterie, je vénère la typographie et la mise en page, mais je hais les calendriers. Pourtant, à l’heure où je vous parle, je suis cernée par trois calendriers et deux agendas. Gloups.

Il n’en est qu’un qui trouve grâce à mes yeux : le calendrier magique de Manuel Orazi et Austin de Croze.

Manuel Orazi (1860-1934) fait partie de ces affichistes et peintres art nouveau un peu oublié (faut dire que pour beaucoup, l’art nouveau c’est Mucha et puis c’est tout), dont l’œuvre est considérable et, qui plus est, en avance sur son temps. Quand je regarde certaines de ces productions, j’ai l’impression de voir les prémices de l’art déco, cet homme était un génie. On sait peu de choses sur Orazi, on connaît juste son parcours professionnel, tout juste connaît-on ses relations, ses oeuvres, son nom… Le calendrier magique reste aujourd’hui un petit mystère : pourquoi et comment les deux hommes se sont rencontrés ? Pourquoi Austin de Croze, qui était un bon vivant gastronome aussi éloigné de la sorcellerie et de l’alchimie qu’un bulot est éloigné du taureau dans un menu à 12 plats, a-t-il écrit ce calendrier magique ? Pourquoi Orazi choisit-il de l’illustrer, lui qui est plutôt connu pour des sujets classiques de l’art nouveau, bien qu’il illustra quelques livres décadents fin de siècle ? Est-ce que Orazi a voulu rendre hommage à des connaissances qu’il admirait et dont il partageait peut-être les goûts décadents ?

Il semblerait que Austin de Croze, outre sa passion pour la gastronomie française, s’était épris d’ésotérisme, mais enfin, c’est une passion commune pour l’époque, et fort partagée. Et Orazi a sans doute trouvé l’occasion très belle de réaliser un bel objet, publié seulement à 777 exemplaires (ben voyons) en 1896. Ou bien, ils étaient saouls et sous morphine et absinthe. Aussi. Cela peut arriver. Vous vous souvenez de vos années lycée, quand on décortique à mort un poème de Baudelaire jusqu’à ce que cela ne ressemble plus qu’à une vieille grenouille morte passée sous un train ? Et où on apprend que Baudelaire a dû suer sang et eau pendant trois heures avant de pondre le poème parfait, alors qu’en réalité il était certainement fortement alcoolisé et un peu dans les vapes…. C’est peut-être un peu ça, le calendrier magique.

Toujours est-il qu’il est là, il est beau. Il n’est pas réédité, ne l’a jamais été, Actes Sud, si jamais vous m’entendez, c’est le moment d’agir, vous feriez plaisir à tellement de fans… En plus, on est en plein contexte « return of the witches », c’est le bon moment  !

(A la fin du livre, il y a une phrase qui dit : « O Toi qui feuilletas ces pages, ayant en ton âme l’espoir malsain d’y trouver le suprême pouvoir du Mal, sois déçu!. ». Donc, je pense que c’est juste un bel objet et un beau pied-de-nez fait aux faux adeptes de la sorcellerie fin de siècle, hyper tendance, par les deux auteurs)

Les couvertures intérieures

Les premières pages, dont les phases de la lune et les sorcières

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Les dernières pages

Et vous, il ressemble à quoi votre calendrier idéal ?

Belle journée, et belle année !

 

Les phylactères, du Moyen-Age à Harry Potter…

J’ai une passion pour les phylactères. Ok, dit comme ça, c’est peut-être un peu pervers, ou bien étrange. Bon, vous savez sans doute qu’un phylactère, aujourd’hui, c’est un terme utilisé en BD, il s’agit des bulles où apparaissent les paroles en fait. Seulement, moi, je n’aime pas ce type de phylactères, je préfère les médiévaux.

Un peu d’histoire et de linguistique… Le terme « phylactère » a plusieurs origines : phylacterium (reliquaire ou talisman) en latin, φυλακτήριον (amulette ou charme) en grec ancien issu du terme φυλάσσειν (qui sert à garder). En gros, on voit bien que l’idée est liée à la religion et à une sorte de « sort » (au sens étendu du terme, c’est-dire toute formule païenne ou pas servant à protéger). Pour cette raison sans doute, les paroles écrites présentes dans l’art chrétien médiéval et de la Renaissance sont appelées « phylactères ». En effet, il s’agit de banderoles sur lesquelles apparaissent les paroles des protagonistes, ou bien des descriptions de la scène (ce qui est assez drôle puisque le peuple voyant ces représentations dans les églises ne savait en général pas lire… Un point à éclaircir !). On les retrouve notamment dans les annonciations.

Josse Lieferinxe, Annonciation, Musée du Petit palais, Avignon

Juan de Flandres, Apparition du Christ à la Vierge, National Gallery, Londres

Lucas de Leyde, Annonciation, Munich

Saint Anne et l’Ange (détail), Bernhard Strigel, 1506

Plus rare : les paroles/phylactères sortant directement de la bouche des personnages, sans banderoles…

Partie gauche du panneau central du triptyque Braque par Rogier van der Weyden, vers 1450

Sainte Véronique, 1535, atelier de Léonard Limosin, émail

Raphaël (les phylactères ont commencé à disparaître à la Renaissance…)

On peut aussi les retrouver dans des scènes  à vocation non religieuse : allégories, portraits… Dans ce cas, le phylactère est présent pour énoncer une vérité, une morale ou une devise (ou tout simplement le nom de la personne représentée).

Maître du Rhin moyen, Sortilège de l’amour, Leipzig

La 1ere carte de vœux !  Gravure du Maître du Rhin, XVe siècle

« Bella », Duché d’Urbino, 1535

Hans Suess von Kulmbach, Jeune fille tressant des couronnes, Metropolitan Museum, New York

On les trouve aussi sur les tapisseries médiévales… Franchement, je plains sincèrement ceux qui réalisaient les tapisseries, ça devait être un vrai casse-tête ces écritures !

Femme avec licorne, Allemagne, 1500

Les phylactères retrouveront un regain d’intérêt à l’âge baroque, dans les scènes religieuses, puis plus tard au XIXe siècle, les phylactères retrouveront leur force notamment à cause de la grande tendance du néo-gothique, pendant laquelle on retrouve nombre de détails décoratifs médiévaux, ou pseudo-médiévaux.

Apparition de la Vierge immaculée, 1665, Bartolomé Esteban Murillo

Saint Vincent Ferrer, Vicente Macip, 1540

Le phylactère est très utilisé pour tous les types de Memento Mori…

Hans Memling, 1485 (le fameux polyptique de Strasbourg)

Renaissance ou XVIIIe siècle

Le Brelan de la vie humaine, anonyme, Ecole française, fin XVIe siècle

Vicente Macip, Memento Mori, 16e siècle

(source inconnue, mais probablement Renaissance, et Allemagne ou Pays-Bas vu le thème)

Le rêve du chevalier (ou du roi), 1650, Antonio de Pereda y Salgado

Jan Sanders van Hemessen, Vanité, 1535

Les phylactères sont aussi présents dans les ex-libris, les gisants, les sculptures médiévales…

Cluny

(source inconnue)

Allemagne, 1490

Tombe d’un entrepreneur, certainement compagnon, Villeneuve sur Lot

En bref, le phylactère, c’est l’essence même de la parole écrite en art, le début du mélange visuel/écrit, qui fonctionne encore aujourd’hui… Voyez la carte du Maraudeur de Harry Potter, qui regorge de phylactères, ce qui n’est guère étonnant vu le nombre incroyable de références esthétiques au monde médiéval que l’on y trouve ! (et ses réinterprétations par des fans…)

(les broderies Harry Potter, c’est une belle idée je trouve, ça rend plutôt pas mal…)

(et pour voir mes croquis de phylactères, c’est sur facebook, instagram ou twitter !)

Belle journée !

 

Le musée Flaubert et d’histoire de la médecine, Rouen… Un vrai cabinet de curiosités !

Je pensais avoir fait un post là-dessus, mais en fait non, ça fait des mois que les photos dorment dans mon pc… Remédions vite à cet oubli ! A Rouen (Normandy) se cache, dans un charmant petit coin rempli de maisons bourgeoises du XIXe siècle, un petit musée assez exceptionnel pour une ville pas si grande que ça (oui, ben, faut avouer, Rouen, c’est pas Montpellier, hein…) : le musée Flaubert. Au début, je pensais qu’il était juste consacré à l’écrivain, mais en fait, c’est plus complexe que ça…

En effet, Flaubert est né dans cette maison, qui était à l’époque le pavillon de l’Hôtel-Dieu, car le père du futur écrivain était chirurgien. Du coup, aller au musée, c’est faire d’une pierre deux coups : d’une part, les souvenirs de la maison des Flaubert et de l’autre, une histoire de la médecine des Moyen-Age au XIXe siècle… Et j’ai été bluffée, car j’y ai vu des spécimens assez rares même pour des cabinets de curiosités… Du coup, j’ai scindé en plusieurs catégories…

La Famille Flaubert (bourgeoise par excellence, donc, les goûts de l’époque se reflètent dans la déco et la maison…)

Loulou, le fameux perroquet d’Un Cœur Simple, ici le seul et unique exemplaire, naturalisé après sa mort désespérante…

Les contre-marches sont peintes avec des définitions drôles, cruelles et cyniques… Une super idée !

Le Cabinet de Curiosités…

Une salle est consacrée aux objets religieux, admirez ce superbe autel en bois, étant donné que c’était une aile de l’Hôtel-Dieu…

Le Dentiste…

Asseyez-vous, détendez-vous…

Vous avez une frousse bleue de la roulette (franchement, faudrait être maso pour aimer ça) ? Je vous présente son ancêtre… J’en viens à me demander si la peur du dentiste n’est pas ancrée dans l’inconscient collectif à cause des souffrances générées par ces engins depuis des siècles… (Bon, en plus de l’analyse de papa Freud bien sûr)

(les dents ci-dessous sont réellement énormes, et faisaient partie du décor d’un cabinet authentique…)

La Gynécologie…

Les reproductions en tissus sont extraordinaires, et on n’en voit pas partout. Elles étaient destinées à l’éducation des sage-femmes et gynécos.

Les ancêtres des vibromasseurs, à but purement thérapeutique, censés soigner l’hystérie féminine du XIXe siècle, provoquée par des utérus pas satisfaits (je simplifie, mais c’est ça : la misogynie galopante de l’époque attribue la faute aux femmes, et l’hystérie est une bonne excuse pour faire charcuter sa femme, ablation de l’utérus, ou pour la faire interner…) Heureusement, un homme charmant inventa ce splendide appareil qui fit révolution et bouleversa quelque peu le monde médical… Sur le sujet, je vous conseille le film « Oh My God ! « , une comédie dramatique délicieusement british et très documentée sur le thème…

Si ma mémoire est bonne, il s’agit d’une sorte de bouchon à introduire dans votre partie sensible afin de ne pas tomber enceinte… Un genre d’éponge. Mais je ne suis plus très sûre, donc, ne le prenez pas pour acquis.

Une œuvre de Rébecca Campeau, hommage à Mme du Coudray, 2005

La Médecine générale…

Vésale à l’œuvre, gravure du XIXe siècle

Une trousse de trépanation du XVIIIe siècle. Horrible, je vous passe les détails sur les différents objets.

Une pharmacie portative de la même époque, j’adorerai en dénicher une !

Les flacons à sels et vinaigres

Le nécessaire à saigner…

Une reproduction de la leçon d’anatomie de Rembrandt

Le Cabinet anatomique…(Âmes sensibles s’abstenir)

Les deux momies. Oui, des VRAIES momies.

Ceci est un fœtus calcifié, chose très rare, et qui est resté 18 ans dans l’abdomen d’une femme. Oui oui, 18 ans. Son autopsie fut réalisée par Achille Flaubert en 1851. J’imagine sa tête quand il a trouvé ça…

Une tête momifiée

Une tête momifiée à qui on a ajouté des yeux en verre, ce que je trouve hyper-flippant !

Souriez vous êtes filmés.

Un fœtus de 8 mois, mort-né

Un fœtus à terme, mort-né apparemment

Un écorché de Caudron, XIXe siècle

Un écorché de Auzoux, 1840

Cire de Laumonier, vers 1810

Voilà, en espérant que cela ne vous ai pas trop dégouté pour le repas du midi, belle journée !