DabsMyla, un duo cartoonesque qui fait du bien !

Je dois me confesser : j’adore le graff. Tous types de graff. Du plus riquiqui tout petit que personne ne remarque à la plus gigantesque des fresques. J’ai commencé à m’y intéresser aux Beaux-Arts, mais à l’époque, aimer le graff et l’art urbain, cela ne se faisait pas. Le vent a bien tourné depuis puisque l’art urbain est « à la mode » (tant mieux, on voit fleurir des fresques un peu partout, et je suis absolument fan de certains artistes exposant dorénavant leurs toiles en galerie, comme MadC, SatOne, Jan Kalab, L’Atlas et tant d’autres…). DabsMyla, c’est un duo que j’ai découvert il y a finalement assez peu de temps, mais j’adore leur univers, très cartoonesque, avec de profonds accents vintage. C’est joyeux, coloré, enfantin, ça fait du bien. Et j’aime l’idée que leur maison ressemble à leurs créations : vintage, coloré, cartoonesque. Un petit truc de foufou, où les geeks sont les bienvenus (qui n’a jamais été un nerd au lycée ne peut pas comprendre à mon avis).

(images extraites de l’excellent site The Hundreds, où vous pouvez lire une intervew de nos deux artistes : https://thehundreds.com/blogs/content/dabsmyla-interview)

(Il existe également un grand article sur eux dans un ancien numéro de la très belle revue Graffiti Art)

D’origine australienne, Dabs et Myla sont mari et femme, et travaillent également ensemble. Ils ont accédé à un nouveau stade de notoriété suite à leur installation-décor pour les MTV Awards. A la base créateurs de fresques, ils sont très vite passé à plus ambitieux, combinant illustrations, peintures, et installations.

Quelques extraits :

Site internet : https://dabsmyla.com

Instagram : https://www.instagram.com/dabsmyla/

 

Re-bonjour, c’est gentil d’être revenu…

Finalement, le blog va renaître de ses cendres… Je n’efface pas toutes les archives, je change un peu de cap, c’est tout. Ce changement correspond à une envie profonde et à un déclic survenu il y a quelques mois. Ayant fréquenté le milieu de l’art contemporain dit « officiel » (c’est-à-dire celui que vous trouvez dans les grandes galeries d’art et dans les musées d’art contemporain en règne générale, ainsi que dans les FRAC), je peux dire que, si je l’aime toujours autant (forcément c’est mon truc, sinon, faut être maso pour y bosser et ne pas l’aimer), en revanche, le déni de la pop culture y a tendance à m’agacer un rien. Je suis pour la pop culture, pour l’art urbain, pour le lowbrow et autres noires sucreries biberonnées aux comics, super-héros, et marques bien connues… Si aujourd’hui, on constate un revirement de la part de certaines galeries et foires d’art, qui mettent désormais en avant des artistes issus de la pop culture, et/ou qui s’en servent pour créer, le déclic est quand même long à venir en France (et quand on dit long… On a toujours des années de retard là-dessus par rapport aux US). MAIS, ne nous affolons pas : il existe un domaine issu de la pop culture que les français maîtrisent aussi bien que leurs homologues européens ou anglo-saxons… LE PRINT. Le papier n’est pas mort, les affiches sont un terrain de jeux sans fin pour les fanas de print. J’en suis, et j’en fais, depuis… Houlà, ça me rajeunit pas dis donc…

Tout ça pour dire que. Le blog se tourne vers le print, l’art et la pop culture, l’art urbain. My love forever quoi. Et pour fêter ça, je vous reposte ci-dessous un article paru il y a longtemps sur le blog…

Mark Ryden est l’un de mes peintres favoris. Déjà, je suis une grande fan du lowbrow / pop surréalisme, mais ce que j’aime, en plus, chez Mark Ryden, c’est le fait qu’il soit un inconditionnel des cabinets de curiosités et de l’histoire de l’art (passions dont on trouve de très larges traces dans son œuvre). Et j’aime voir les lieux de création, je trouve que souvent, la maison d’un artiste en dit long sur lui, et donc sur son œuvre. La maison de Mark Ryden (et de son épouse Marion Peck, artiste lowbrow également) est un véritable musée, à la fois de l’étrange et du kitsch, assez surchargé (ami du minimal chic, passez votre chemin), et délicieusement rétro. Une véritable merveille, où votre œil est sollicité de tous les côtés. Je rêvais qu’un magazine publie un article consacré à cette maison, qui est tout autant un chef-d’œuvre artistique que les peintures du couple qui y habite ! Et bien, le site internet L.A. Curbed, dédié à l’habitat, l’a fait !!! (l’article complet)… Je partage donc avec vous les photos de ce superbe reportage !

La maison détonne complètement dans le paysage : les Ryden-Peck habitent une rue de L.A. remplie de maisons de type années 50 aux couleurs pastels (genre Edward aux Mains d’Argent, voyez)… La maison est gris foncé, et paraît un peu austère…

Le jardin de derrière, rempli de superbes détails…Et cette piscine en forme de pagode chinoise !

 

L’entrée-salon, avec une ambiance plutôt asiatique.

La salle à manger, avec ses rayures roses et blanches de marchand de glaces…

L’escalier, en galerie de portraits et souvenirs…

Les toilettes sont bien sur prodigieuses ! Avec une belle collection d’Abraham !

 

L’atelier, pièce maîtresse de la maison, superbe je dois dire, si je pouvais avoir la moitié de cet espace, je serai contente !

Le jardin d’hiver, avec cette Sainte Thérèse monumentale veillant jalousement sur le bar…

La chambre du couple, très Conte des Mille et Une Nuits !

Une salle de bain. Si vous avez vu le film « Big Eyes » de Tim Burton, vous reconnaîtrez sans peine l’artiste qui a peint ses portraits d’enfants aux grands yeux…

L’artiste au travail… En plus de ses peintures, Mark Ryden fait aussi des sculptures et installations pour certaines expositions…

Le couple d’artistes…

Belle journée, et belles fêtes de Noël !

Histoire macabre : Kay Sage, femme, artiste et surréaliste

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(les titres des tableaux étant souvent longs et complexes, je n’ai mis que leurs dates)

Pour la deuxième « histoire macabre » que je vous propose, j’ai choisi une autre femme. La première était Eléonore de Tolède, la seconde est une artiste.

Vous savez toute la difficulté d’être UNE artiste, avec toute la « double contrainte » que cela implique (si vous vous intéressez au sujet, je vous recommande la livre de Marie-Jo Bonnet, « Les Femmes artistes dans les avant-gardes, ainsi que tous les écrits d’Aline Dallier-Popper, première critique d’art féministe en France, et dont les archives sont conservées à Châteaugiron). En gros, pour être reconnu en tant qu’artiste vous avez deux choix : soit vous êtes asexuée totalement et complètement, y compris avec un pseudo masculin, soit vous êtes féminine et vous restez cantonnée aux sujets dits féminins. C’est une situation complètement schizo pour la plupart des artistes féminines, c’est d’ailleurs en parti pour cette raison que jusqu’à récemment, beaucoup d’artistes féminines françaises ne se définissaient pas comme féministes, tout bêtement parce qu’elles refusaient le système de « cases » du marché de l’art, et donc, cette « case » aussi.

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S’il est compliqué d’être UNE artiste, c’est encore plus compliqué lorsque vous êtes une artiste ET une épouse d’artiste. Souvent, le masculin l’emporte et M. est plus connu que Mme. Les exemples sont légions en France, une exception est faite pour le couple Delaunay où Mme est plus connue que M. Et chez les russes également, les femmes sont aussi connues que les hommes (enfin, c’est un peu plus complexe, mais elles sont reconnues en tant qu’artistes et travaillent sur les mêmes sujets que les hommes, notamment pendant les premières années du communisme). Mais, en France, ben non, c’est toujours M. le plus connu. Françoise et Dora sans Picasso n’existent pas ou si peu, par exemple (je prends un exemple volontiers connu, mais il y en a beaucoup plus).

Kay Sage donc, dont personne n’a entendu parler en France, même Marie-Jo Bonnet ne la cite pas. Réparons vite cette oubli !

Kay était donc la femme d’Yves Tanguy, le fameux surréaliste. Elle a eu une vie très mouvementée, une sorte de rêve de biographie, ça ferait un superbe film, et je vais vous la conter.

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Kay naît Catherine Linn Sage, surnommée Kay, en 1898, au sein d’une famille bizarre, car double. Du côté de sa mère, la très respectable Anne Wheeler, fille de médecin à la personnalité extravagante et névrotique, la généalogie est remplie de personnalités curieuses, fantasques, maniaques, collectionneurs, obsédés sexuels, artistes, dépressifs, schizophrènes, paranos et mythos (pas tout ça en même temps, fort heureusement). Du côté de son père, le super-extra-archi-respectable Henry Sage, sénateur de New-York, président d’une grande société d’exploitation de forêts de séquoias, membre du CA de l’université Cornell (et aussi poète sans talent, on ne peut pas tout avoir), on est plutôt conservateur américain, avec tout ce que cela implique de rigidité. Selon la famille, on est carrément descendants des Bourbons. Forcément, dans ce type de milieu on cultive l’orgueil de la race, la grande bourgeoisie new-yorkaise vivant volontiers en vase clos. Selon des recherches effectuées plus tard par Tanguy lui-même, en vérité, la famille descendrait plutôt du breton Alain-René Lesage, issu du Morbihan et notamment auteur des Aventures de Gil Blas. Forcément, c’est moins frappant.

1948

(1948)

Cette dualité va marquer la petite fille (elle a aussi une sœur aînée, Ann, très belle). Elle sait très tôt que plusieurs personnes de sa famille maternelle sont morts en asile psychiatrique, et que beaucoup d’autres sont artistes. C’est une petite fille étrange : de son père, elle tient la passion de la collection des œufs, qu’elle conservera jusqu’à sa mort. Elle est pâle, avec des cheveux blonds très fins, et avec un physique moins gâté par la nature que sa sœur. Elle ne sourit pas, adore raconter des histoires horribles, n’aime pas les autres enfants, qu’elle juge stupides. Elle a une collection d’écriture manuscrite : elle demande à des adultes de lui écrire quelque chose dans un carnet, et à force de s’entraîner, devient un remarquable faussaire enfantin. Sa mère ne l’aime pas, et lui fait bien sentir qu’elle est plus moche que sa sœur. En conséquence, un psy vous dirait que la petite vivait dans un état de peur permanente, car elle était persuadée que le monde des adultes était truffé d’horreurs, qu’elle perpétuait en les répétant et en inventant, que de plus, elle cherche à attirer le monde des adultes et l’attention sur elle grâce à un procédé intellectuel, et qu’ensuite elle ne se trouve à sa place nulle part, puisque considérée comme une enfant par les adultes et rejetée par les autres enfants. Mais je ne suis pas psy (sauf que toutes ces théories sont exactes). Kay est ceci dit, une enfant assez sage et sans histoires, à part quelques grosses colères mémorables. Elle est discrète, parle peu et observe le monde qui l’entoure. Vers l’âge de trois ans, on lui découvre un don énorme pour le dessin et la peinture.

1941

(1941)

Elle passe son enfance avec sa mère surtout, papa travaillant, et dans un monde de mondains où elle voit les gens s’angoisser, déprimer, et boire. Elle va à l’école bien sûr, quand elle est aux USA, c’est-à-dire 3 à 4 mois par an, mais comme elle possède une mémoire et une acuité intellectuelle immense, elle réussit toujours brillamment tous ces exams. Oui, car, quand on est une Sage, on voyage beaucoup : Londres et la Suisse (qu’elle déteste), Paris et l’Italie (qu’elle adore) font partis de sont quotidien d’enfant mondain. Elle arrête l’école à 15 ans, âge auquel elle parle couramment l’anglais, le français et l’italien, c’est une tête en maths, et elle fait des versions latines comme on irait chercher le pain. Une enfant et une ado hors norme mais sans bouger. Elle est obligé par sa mère de suivre quelques cours mondains : équitation, tennis, voile, danse et fusils de chasse. Kay a horreur du sport, et devient une malade imaginaire pour échapper aux cours, surtout en période de règles (qu’elle accentue).

1944 2

(1944)

L’adolescence est bousculée. Un voyage plus qu’aventureux en Égypte avec sa mère la marque à jamais : couleurs, sons, lumières. Elle commence à prendre conscience des changements de son corps de femme, et voit les relations de sa mère avec les autres hommes (c’est une séductrice, mais souvent sans consommation). Ses parents divorcent, elle reste avec sa mère tandis que sa sœur reste avec son père. Il faut trouver un logement, direction San Francisco. Elle s’y ennuie mortellement, et commence à découvrir le véritable état de sa mère. Maman est excentrique, possessive, exhibo, pingre, mentalement instable, qui a été élevée par une tante alcoolique et droguée aux médocs. Entre maman et l’ado, c’est une histoire d’amour complètement tyrannique et dévastateur pour Kay, qui adule sa mère, qui le lui rend très peu et qui, de plus, se sert de sa fille (chantage maternelle). En 1911, elles regagnent NY, mais la vie est différente : en tant que femme divorcée, sa mère est rejetée par tout le botin mondain, ce qui accentue sa dépression chronique. Kay commence alors à peindre à l’huile. Conjointement, c’est elle qui doit administrer les doses de morphine dont sa mère a besoin, qui tombe de plus en plus dans son addiction.

1954

(1954)

L’argent vient à manquer, direction un deux pièces à la périphérie de la ville, un rien glauque. Plus de domestiques. A cause de la guerre en Europe, il y a de moins en moins d’argent disponible : sa mère possède un héritage à elle, mais dans une banque italienne, or à cause de la guerre, l’argent reste bloqué en Italie, elle ne le récupérera qu’en 1919. Il faut savoir que Kay, débrouillarde, va gagner beaucoup d’argent en travaillant pendant la guerre, à partir de 1917, comme traductrice au Bureau de la Censure, à cause des langues qu’elle parle, et comme elle est sérieuse et très capable, elle va vite monter en grade, ce qui fait qu’elle amasse un petit pécule non négligeable. En 1915 et 1916, sa mère achète deux maisons en Floride, où elles vivent jusqu’au départ de Kay pour NY, et où son talent pictural s’épanouit de plus en plus, tandis que sa mère sombre de plus en plus (morphine, médocs, alcool). Kay quittera le bureau en 1918 et n’effectuera jamais plus un travail d’employé.

1944

(1944)

A 17 ans, tel un miracle sur pattes, Kay devient jolie. Le petit canard maigre, gauche et pâle devient jolie cygne blanc très mince. Elle fréquente désormais le milieu mondain bourgeois en tant que jeune fille, mais elle s’y ennuie mortellement. On commence à lui parler mariage, mais elle se pose des questions : son désir de l’amour romantique va à l’encontre de son désir d’être artiste, car elle pense le mariage incompatible avec sa vocation. A 20 ans, elle a une mémoire sensible extraordinaire, n’aime pas les obligations mondaines, supporte difficilement les gens, car elle ne leur pardonne rien, et en plus, devient hyper susceptible. En 1919, maman récupère ses sous et part vivre en Italie avec la sœur Ann. Kay refuse de les suivre. Elle entreprend de suivre les cours de la Corcoran Art School de Washington, mais au bout de quelques jours, décide de ne pas suivre les cours théoriques. Elle note de quoi sont faits les cours, s’informe par elle-même, profite des locaux et ateliers pour essayer diverses techniques, et se noue avec le concierge qui la tient informé du fonctionnement de l’école. Elle refuse d’avoir des relations avec les autres élèves. Mais elle rencontre son premier amour, Martin. Manque de pot, il est marié, sans profession. Elle passe des nuits sexuelles passionnées mais sans orgasme pour elle. Fatalement, le scandale éclate. Heureusement, maman revient d’Italie pour régler des affaires financières et repart aussi sec. Kay l’accompagne donc, nous sommes en 1920, elle a 22 ans.

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(Kay en 1922)

Elle fera une profonde dépression, elle ne s’aime pas, coupe ses cheveux. Elle se sépare de sa mère et s’installe seule à Rome, dans une belle maison fort décrépite de San Lorenzo. Elle visite plusieurs écoles d’art mais refuse de se plier aux cours, mais apprend quand même des rudiments d’anatomie, ça peut servir. Elle se sent plus libre, et se lie d’amitié avec un vieux peintre, Onovato Carlandi, qui lui fait rencontrer un petit groupe d’artiste. Elle devient exubérante, rit, sourit. Sa sœur la rejoint en 1921 et commence un profond amour fraternel, complètement inconditionnel. Elles déménagent et Kay achète un appart à Rome, délabré, sans confort, mais somptueux. Elle adopte un terrier écossais, Pacha, et perd peu à peu la trace de sa mère.

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(1939)

Et là. Coup de foudre. Comme dans les livres sentimentaux. Il est beau, il est insouciant, riche, c’est un prince. Ne riez pas, il est VRAIMENT prince : le Prince Rainier di San Faustino. Il est tout ce que Kay déteste, elle le sait mais l’aime quand même (auto-destruction, me souffle papa Freud). Il doit attendre sa majorité italienne pour le mariage, car son père est mort et sa mère désapprouve (épouser une mondaine américaine, l’Italie tombe bien bas, etc.). Pendant deux ans, Kay apprend à être une vraie princesse italienne, ce qui la gonfle un rien. Son père fixe la dot à 50 000 dollars, mais fait édifier un contrat en béton pour éviter que la belle-famille ne pique les sous de sa fille chérie (il fait bien). Le mariage a lieu en 1925, elle a 27 ans. Kay se marie par amour mais aussi par raison : âge, richesse, titre. Pourtant ce mariage est destructeur pour elle, car elle est obligé de s’arrêter de peindre. Les époux vivent une vie oisive, lui ne sait rien faire de ses dix doigts, ils sont victimes d’alcoolisme mondain. Kay s’ennuie profondément. A Venise, elle se lie avec Henri Bernstein, qui lui parle de la vie culturelle française, elle se remet donc à lire, avec avidité. Elle aura une liaison, avec un marin français (romantique). Elle rencontre Ezra Pound, qui lui fait découvrir des surréalistes, et à la Biennale de Venise en 1932, elle découvre Giorgio de Chirico. C’est un véritable choc.

1940

(1940)

Kay se rend compte qu’elle a perdu beaucoup de temps dans ce mariage, et s’éveille comme d’un rêve (ou d’un cauchemar, c’est selon le point de vue). Elle se remet fiévreusement à peindre et à écrire. La vie sexuelle du couple est un enfer, dans lequel Kay subit le viol conjugal, ce qui entraîne la ruine du couple, son père meurt en 1933, sa sœur, très malade, en 1935, elle part seule, et entame des procédures d’annulation de mariage.

Elle s’installe à Milan pour peindre. Suite à tous ces événements elle est sous calmants pour cause de « dérèglements du système nerveux ». Elle obtient son premier contrat avec une galerie en 1936. En mettant fin à l’amour charnel, son esprit se consacre uniquement à l’art. Pendant l’été 1936, elle part pour Paris.

1939

(1939)

Elle lit, voit les expos, regarde partout et s’imprègne. Elle découvre au Jeu de Paume une expo de femmes artistes (Mary Cassatt, Berthe Morisot et Marie Bashkirtseff entre autre)…. Et elle déteste : trop de mièvrerie, pas d’expression, pas d’envergure selon elle. Pour elle, l’art n’a pas de sexe, et distinguer les hommes des femmes lui parait une ânerie monumentale. Elle découvre papa Freud, désormais, l’introspection sera sa ligne de vie. Elle fréquente le cercle d’Henry Miller, et se lie d’amitié avec Anaïs Nin. Elle se passionne pour les surréalistes et achète quelques œuvres.

1938

(1938)

En 1938, elle expose au Salon des Indépendants, où son travail est remarqué par Breton, Tanguy et Calas. Les deux premiers lui rendent visite.

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(Kay et André Breton, qui tire encore une tête pas possible, comme à son habitude)

Voici donc, la rencontre entre Kay et Yves. C’est un vrai coup de foudre. Pas charnel. Intellectuel. Deux âmes sœurs : même caractère, même éducation, même vie, mêmes idées.

Lui est marié à Jeannette, qui est une jalouse maladive (comme par hasard). Le couple manque cruellement d’argent et vit à la sauvette, Peggy Guggenheim le renfloue de temps en temps par pitié. En juin 1939, l’annulation officielle du mariage de Kay est prononcée, la voilà libre . De son coté, Yves s’éloigne de plus en plus de Jeannette. L’été est marqué par des vacances en Savoie, où se côtoient Tanguy, Kay, le couple Breton, le couple Matta et Esteban Frances. Un été marqué par une seule question, celle de la guerre imminente et de l’exil. Kay décide que sitôt rentrée à Paris, elle repartira pour les USA. Elle vend sa maison italienne, 2 millions de francs, qu’elle ne récupère pas car l’argent reste bloqué à cause de ma guerre, elle le récupérera seulement en 1950, et ce sera 1000 dollars au lieu des 60 000 prévus, à cause de l’effondrement de la monnaie italienne (ça valait le coup de vendre, tiens !).

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(1958)

Lorsque la guerre éclate, Kay est rentrée aux USA, et elle vient de faire valider un fabuleux projet par le ministre des affaires étrangères : au nom du développement des échanges artistiques franco-américains, elle doit tout mettre en œuvre pour aider à la venue des artistes français aux US. Ce projet est notamment soutenu par de fort riches mécènes, qui vont beaucoup œuvrer pour la protection des artistes français pendant la guerre : Peggy Guggenheim, Saidie May et Caresse Crosby, notamment. De nombreux artistes vont donc pouvoir quitter Marseille avec des papiers en règle. Le couple Tanguy attend ses papiers. Si tous les autres surréalistes ont reçu leurs papiers d’appelés, en revanche, Yves est réformé, comme pour la première guerre, pour raison de « santé mentale déficiente » (ben tiens).

L’art est désormais au centre de la vie de Kay : elle peint beaucoup et en plus, elle aime passionnément et intellectuellement un artiste comme elle.

Kay Sage and Yves Tanguy

Tanguy peut enfin partir, il arrive à New-York le premier novembre 1939, et emménage à Greenwich Village. La ville de New-York, soucieuse de bien traiter les grands artistes français d’avant-garde, met à leur disposition des ateliers communs avec matos, supervisés par des artistes américains. Tanguy y fera notamment beaucoup de gravure, mais on y croise aussi Chagall, Masson, Dali et Miro. Le couple Matta suivra les Tanguy, et les Breton suivront en 1940, qui vivront dans un appart loué par Kay, qui, un rien gonflé, demande à Peggy Guggenheim 200 dollars par mois pour faire face aux dépenses engendrées par les artistes. Une goutte d’eau dans l’océan de billets de Peggy, qui accepte. A la fin de l’année 39, Kay organise une expo de Tanguy à la galerie Pierre Matisse, les bénéfs doivent servir à venir en aide aux artistes encore résidant en France occupée (Hélion et Masson auront droit aussi à leur expo). Mais il va y avoir un énorme conflit d’intérêts entre Kay et le marchand d’art célèbre Kahnweiler, qui préfère accorder sa confiance au marchand allemand exilé aux US Curt Valentin. Saidie May remplace donc Kay à la tête de l’expo, et bien sûr, s’ensuivit malversations et finances plus que douteuses. Le fabuleux projet d’entente coule donc de lui-même, heureusement, quelques artistes ont quand même pu en bénéficier.

Kay et Tanguy vivent désormais ensemble, sous le signe de la création. Comme ils vivent dans un « une pièce », ils érigent des règles, afin de créer chacun de la manière la plus solitaire possible (on ne regarde qu’à la fin). A Reno, en 1940, Tanguy divorce officiellement de Jeannette (Reno est une ville magique où mariages et divorces se prononcent en quelques minutes à peine). D’ailleurs, ils s’y marient aussitôt après. Kay accepte ce mariage car il représente pour elle un véritable engagement en faveur de l’art moderne. L’acte permettra également à Yves d’accéder à la nationalité américaine.

En 1941 se tient la première expo officielle de Kay aux USA, au Musée d’Art Moderne de San Francisco.

Deux ans plus tard, ils s’installent à Woodbury dans le Connecticut, une grande maison de style colonial. A l’époque, cet état est un peu une annexe du Village, où viennent se reposer les artistes en mal de verdure et de calme. La vie est douce pour le couple, ils ont gagné un peu d’argent par la vente de toiles, et ils commencent à être reconnus en tant qu’artistes. Il y a très très peu de disputes, l’art est au centre de leur vie, et beaucoup d’amis vivent dans le coin, on voit défiler à la maison les Calder, les Masson, Richter, Gorky… L’alcool coule sans doute un peu trop mais bon, en gros, la vie est belle.

Album Yves Tanguy n°1

(derrière, de gauche à droite : Yves et Kay, Maria Martins et Frederick Kiesler, devant à gauche Marcel Duchamp et à droite Enrico Donati)

Kay apprend que sa mère est décédée en Italie, mais à cause de la guerre, elle ne peut se rendre aux obsèques. Kay est donc la dernière survivante de la famille. Elle ne parlera plus jamais de sa mère.

A la libération, elle récupère l’héritage de sa mère, les Tanguy achètent donc une superbe ferme du XVe siècle en 1946, qui s’appelle Town Farm, qui comprend deux bâtiments, une maison pour eux et une maison d’amis qui fait également office d’ateliers (un chacun)… Bien sûr, tout cela tombe un peu en ruine, mais qu’importe, les travaux sont vite réalisés, et Kay fait installer tout le confort moderne (on est en 1946, et cela signifie une vraie lingerie, un double réfrigérateur, un congélateur, un lave-vaisselle, etc…). Fervente adepte du modernisme, sa déco est très contemporaine de l’époque, avec beaucoup d’art, car Kay et Yves possèdent un belle collection : De Chirico, Delvaux, Man Ray, Max Ernst, Miro, Magritte, Breton, Calder, etc.

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(deux photos de l’intérieur de la maison, style moderniste, cherchez Calder et les chats)

Elle associe de manière très heureuse toutes ces œuvres avec des collections de pierres, de masques d’Alaska, de poupées kachinas du Nouveau-Mexique, des objets d’art populaire américain du XXe siècle, des galets et bien sûr, sa collection d’œufs. Elle est devenue une grande collectionneuse d’objets surréalistes et est passée maître dans l’art de l’assemblage imprévu. La maison est complétée par un terrain et un potager, qu’ils entretiennent eux-mêmes. Kay adore faire la cuisine, et ils engagent également une bonne, Betty (car si on adore faire la cuisine, en revanche le ménage n’est guère une passion).

Pour moi c’est un peu ça, une vie de rêve : grand atelier et jolie maison avec des objets étranges, un peu de terre, l’art est partout, plus la cuisine. Autant dire qu’on est bien chez les Tanguy, et que tous les hôtes raffolent de l’endroit. Kay a hérité de sa mère une classe internationale, un sens inné de la diplomatie et le sens de la réception. C’est normal : elle a été élevé là-dedans. On voit venir Sartre, St John Perse, et les Dubuffet également.

Les amis surréalistes de Yves sont tous rentrés en France à la Libération, et ils détestent tous Kay, qui représente pour eux la bourgeoise américaine riche typique. En 1943, c’est la brouille définitive entre Breton et Tanguy, le premier reprochant au second de mener, grâce à son mariage, une vie bourgeoise. Ils ne se parlèrent plus jamais près ça. Peu importe pour le couple, leur amour cérébral envahit tout, et ils y puisent tous deux une énergie créative incroyable. Kay multiplie les prix et les expos. Il faut savoir qu’aux USA, les prix et récompenses sont la seule voie ouvrant la porte des musées, beaucoup plus que l’éducation et l’apprentissage. Depuis 1940, Kay est reconnue officiellement peintre surréaliste américaine, ce qui est une voie ambiguë. En effet, même Tanguy le sait, depuis 1950, le surréalisme est mort. Kay croit au surréalisme mais ne cherche pas spécialement à peindre surréaliste, elle poursuit donc une avancée pour découvrir sa propre identité, et non pour s’inscrire dans un mouvement. Son œuvre est parsemée d’emprunts à son époux. Des critiques n’y virent que le fait que Kay, en tant que peintre, n’existait qu’en tant, d’abord, qu’épouse de l’artiste authentique, Tanguy. Abrutis. C’est tout bêtement l’annonce du fait que Kay aime son mari, l’admire, et en plus, qu’il fut le déclencheur artistique qui lui manquait. Kay est donc renvoyée à sa propre recherche d’elle-même, en tant qu’artiste, elle veut s’imposer d’elle-même, et donner une forme précise et durable à un projet incarné au nom de sa véritable existence.

1956

A cette époque, les Tanguy s’intéressent beaucoup à l’occultisme, et se passionnent pour les religions égyptienne, mayas, indiennes et bretonnes. D’ailleurs, ils partent en 1953 pour faire un long voyage en France. Déçus par Paris, qui a perdu ses avant-gardes et ses vrais intellos, et sombre de plus en plus dans la spéculation de l’art, ils partent vite de la ville, qu’ils ne supportent plus après avoir vécus pendant longtemps à la campagne, et se rendent en Bretagne, région natale et familiale de Tanguy. Kay tombe amoureuse de la Bretagne.

Depuis 1950, l’état de santé de Yves s’est dégradé : il est constamment fatigué, l’alcool et le tabac n’arrangent rien. Il refuse cependant d’y prêter attention. En 54, il va être hospitalisé deux fois, pour ulcère et névrite. La même année, ils exposent côte à côte dans la même galerie. A la suite de cette expo, dont la préparation fut particulièrement angoissante, Kay ne peint plus beaucoup mais s’est remis à l’écriture.

Le 15 janvier 1955, Yves Tanguy meurt d’une hémorragie cérébrale. A compter de ce jour, Kay ferme peu à peu la porte de son atelier et ne créera pratiquement plus. Elle va consacrer son temps à l’édification d’un mausolée intellectuel à la gloire de son mari : elle va notamment rédiger le catalogue complet de toutes ses œuvres, ce qui est un travail colossal, car il faut retrouver absolument toutes les œuvres de Tanguy, et savoir précisément où elles sont et qui les détient. Elle rédige également ses mémoires. Leurs deux chats siamois adorés (oui, le couple vénère les chats), Keben et Kobold, décèdent peu après Yves.

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(le couple avec ses chats d’amour)

Kay sombre peu à peu dans la dépression, un déséquilibre nerveux et mental que la maladie n’arrange pas. On ne sait pas trop ce qu’elle a : elle perd peu à peu la vue avec des douleurs insoutenables, elle est opérée plusieurs fois, mais rien n’y fait. Aujourd’hui, on pense qu’il s’agissait sans doute d’une maladie dégénérative, vraisemblablement la maladie de Dupuytren, que l’on est incapable de soigner à l’époque. Elle prépare sa succession avec un notaire (toutes ces œuvres sont léguées au Musée des Arts du Connecticut, qui n’en revient pas d’avoir un tel trésor).

Le 8 janvier 1963, Kay se tire une balle de revolver, après 65 ans d’une vie bien remplie.

Les deux corps seront incinérés et les cendres mélangées reposent à présent dans la baie de Douarnenez. Ayez une petite pensée pour ce couple d’artistes magnifiques quand vous passerez par là-bas.

Voilà, la vie de Kay Sage, artiste méconnue et oubliée, dont la vie très riche mériterait amplement un biopic !

Ci-dessous, différents livres sur Kay :

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(Your Move, un catalogue d’une exposition présentant une collection d’objets surréalistes et de collages de Kay)

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(China Eggs, les mémoires de Kay)

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(une excellente biographie, dont vient la majeure partie de mon inspiration pour ce texte)

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(le catalogue raisonné des oeuvres de Kay, un joli pavé)

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(un très beau livre rempli de photos sur la vie du couple)

J’espère que son histoire vous aura plu, et je vous souhaite une belle journée…

 

 

Le Musée Fayet, une belle découverte…

« Je retiens votre promesse de venir me voir à Béziers. Voilà bien longtemps que nous n’avons pas parlé peinture, j’ai un tas de choses à vous montrer. D’abord, mon atelier est remanié. Dans un panneau, L’Homme à la Pipe étincelle au milieu des Moissons d’or. De l’autre côté, tous les Gauguin ; Cézanne au milieu de ses pommes et de ses fleurs… »

Gustave Fayet à George-Daniel de Monfreid, 2 novembre 1903.

Ce sont souvent dans les petits musées inconnus que l’on fait les plus belles découvertes… Ce fut le cas pour moi dans le Musée Fayet de Béziers. Celui-ci est une partie du musée des Beaux-Arts, réparti en deux endroits différents : Hôtel Fayet pour la partie ancienne des collections, et Hôtel Fabrégat pour la partie moderne des collections. Les deux sont actuellement fermés pour d’importantes restaurations, qui devraient redonner un peu de lustre aux deux lieux. Le deuxième était déjà fermé lorsque je m’y suis rendu, mais j’ai pu admirer l’intérieur de l’Hôtel Fayet, qui est vraiment très très beau (et plutôt bien conservé d’ailleurs)….

Figurez-vous que la demeure imposante ne fut pas, à la base, propriété des Fayet… Il appartenait au XVIIIe siècle au Baron de Villeraze-Castelnau, et s’appelait donc « Hôtel de Villeraze ». Tout aurait pu continuer ainsi gentiment, si M. le Baron n’avait eu la fâcheuse idée d’y assassiner le procureur du Roi en 1772. Oui, rien que ça, je ne vous raconte pas la une des gazettes mondaines de l’époque (enfin façon de parler, disons que beaucoup de ragots ont circulé dans les couloirs). Il fut gracié par Louis XVI, mais condamné au bannissement. Il partit donc de Béziers, il lui arriva des tas de choses, et il revint à la fin du Second Empire, mais ne se réinstalla pas à l’Hôtel (histoire que cela ne lui porte pas la poisse, on sait jamais). Il le loua donc, et plus tard, le vendit à la famille Fusier. Par le biais de la jolie Élise, celle-ci s’allia à la famille Fayet, et voilà comment l’Hôtel Fayet naquit…

(Charles Copeyl, portrait présumé de Charles de Rohan, XVIIIe)

La famille Fayet est issue de la nouvelle grande bourgeoisie, enrichie grâce au négoce du vin (oui, Béziers fut le centre de la France en terme de vins il y a longtemps). L’un des fils d’Élise, Gustave, devint un très grand collectionneur d’art moderne, et sa très riche collection est aujourd’hui répartie entre Orsay, l’Ermitage, le Metropolitan de NY, la National Gallery de Washington, etc.

Il doit sa passion à son père et son grand-père, tous deux peintres paysagistes. Il devint lui-même artiste multi-médium, connue notamment pour ses tapisseries symbolistes.

(Donatien Nonotte, 1750, portrait de la vicomtesse suédoise Brita Christina Tornflyckt)

Cet homme était un fou d’art. Comme beaucoup d’héritiers grand-bourgeois, il aurait pu se contenter de vivre de ses rentes, comme tout le monde dans son milieu, et il aurait fini sa vie gros, gras, sentant le cigare, coiffé d’un haut-de-forme plus grand que lui, impotent, porté sur les cocottes, et sans doute atteint de la goutte et d’une maladie du foie. Mais non, pas du tout. Il se marie à Madeline d’Andoque de Sériège, excusez du peu, et hérite bien sûr des propriétés viticoles du père de celle-ci, ce qui enrichit considérablement le cheptel. Fort de cette nouvelle richesse, il achète pour 20 000 francs de tableaux, Degas, Pissaro, Renoir… Et 20 000 francs de l’époque, ça fait beaucoup !

(Dominicus Smout, (1671- 1733), Vanité, huile)

(et mesdames et messieurs les conservateurs, ceci est un message national : quand on accroche un diptyque, on l’accroche toujours de manière à ce que sa lecture se fasse de gauche à droite, comme un livre européen… Or là, l’ordre était inversé, mais je vous les présente dans le bon ordre…)

En 1900, le voilà Conservateur du Musée des Beaux-Arts de la ville, qui voit une grande exposition s’y tenir en 1901. Pour l’occasion, c’est le grand déballage : Rodin, Maurice Denis, Lautrec… Il y a même un Picasso, et il est à noté que la première grande expo du monsieur, avant celle d’Ambroise Vollard…

Mais l’artiste favori de Gustave fut Gauguin, avec qui il entretint une correspondance très riche du vivant de l’artiste. Il possèda jusqu’à 70 œuvres, tous types confondus.

Malheureusement, les modernes ne sont pas du goût de tout le monde, et son enthousiasme ne rejaillit guère sur le Municipalité et le public bitterrois… Déçu, il part s’installer à Paris, et l’essentiel de sa collection le suit en 1905, laissant l’Hôtel endormi… Ce n’est qu’en 1966 qu’il renaitra en se transformant en Musée, suite à la donation de la famille à la Municipalité…

Il est à noter que de nombreuses œuvres dorment dans les salles fermées au public, ce qui est fortement dommage pour lui ! Et je crois aussi que curieusement, le bâtiment n’est pas classé, ce qui est fortement regrettable, vu la qualité des intérieurs préservés et de l’histoire du bâtiment !

(beaucoup de belles sculptures classiques, je n’ai pris en photo tous les cartels, d’autant que certains étaient absents)

(au rez-de-chaussée, des sculptures d’Injalbert, artiste local de la Belle Epoque)

(un fond du XVIIIe siècle qui va être donné au Musée afin d’enrichir le mobilier déjà présent, très très beaux objets d’art…)

(belle collection de verrerie Art Déco)

Et le clou, ma curiosité préférée :

Un tableau parfaitement insolite : si le sujet des faunes et de Pan est récurrent au XVIIIe siècle, dont date vraisemblablement ce tableau si j’en crois la facture (mais pas de cartel et on n’a pas pu me renseigner…Grrrr), en revanche, il est insolite d’y croiser des femmes-faunes, et encore moins en train d’allaiter ! Donc, profitez-en, c’est une pure curiosité !

Belle journée (prochain article dimanche, on parlera de mon travail et de comment je le fais, ensuite je vous embarquerai pour Carcassonne, où je parlerai de Marie-Madeleine) !

 

Maisons Curieuses : Mark Ryden

Mark Ryden est l’un de mes peintres favoris. Déjà, je suis une grande fan du lowbrow / pop surréalisme, mais ce que j’aime, en plus, chez Mark Ryden, c’est le fait qu’il soit un inconditionnel des cabinets de curiosités et de l’histoire de l’art (passions dont on trouve de très larges traces dans son œuvre). Et j’aime voir les lieux de création, je trouve que souvent, la maison d’un artiste en dit long sur lui, et donc sur son œuvre. La maison de Mark Ryden (et de son épouse Marion Peck, artiste lowbrow également) est un véritable musée, à la fois de l’étrange et du kitsch, assez surchargé (ami du minimal chic, passez votre chemin), et délicieusement rétro. Une véritable merveille, où votre œil est sollicité de tous les côtés. Je rêvais qu’un magazine publie un article consacré à cette maison, qui est tout autant un chef-d’œuvre artistique que les peintures du couple qui y habite ! Et bien, le site internet L.A. Curbed, dédié à l’habitat, l’a fait !!! (l’article complet)… Je partage donc avec vous les photos de ce superbe reportage !

La maison détonne complètement dans le paysage : les Ryden-Peck habitent une rue de L.A. remplie de maisons de type années 50 aux couleurs pastels (genre Edward aux Mains d’Argent, voyez)… La maison est gris foncé, et paraît un peu austère…

Le jardin de derrière, rempli de superbes détails…Et cette piscine en forme de pagode chinoise !

 

L’entrée-salon, avec une ambiance plutôt asiatique.

La salle à manger, avec ses rayures roses et blanches de marchand de glaces…

L’escalier, en galerie de portraits et souvenirs…

Les toilettes sont bien sur prodigieuses ! Avec une belle collection d’Abraham !

 

L’atelier, pièce maîtresse de la maison, superbe je dois dire, si je pouvais avoir la moitié de cet espace, je serai contente !

Le jardin d’hiver, avec cette Sainte Thérèse monumentale veillant jalousement sur le bar…

La chambre du couple, très Conte des Mille et Une Nuits !

Une salle de bain. Si vous avez vu le film « Big Eyes » de Tim Burton, vous reconnaîtrez sans peine l’artiste qui a peint ses portraits d’enfants aux grands yeux…

L’artiste au travail… En plus de ses peintures, Mark Ryden fait aussi des sculptures et installations pour certaines expositions…

Le couple d’artistes…

Belle journée, et belles fêtes de Noël !

Le musée Flaubert et d’histoire de la médecine, Rouen… Un vrai cabinet de curiosités !

Je pensais avoir fait un post là-dessus, mais en fait non, ça fait des mois que les photos dorment dans mon pc… Remédions vite à cet oubli ! A Rouen (Normandy) se cache, dans un charmant petit coin rempli de maisons bourgeoises du XIXe siècle, un petit musée assez exceptionnel pour une ville pas si grande que ça (oui, ben, faut avouer, Rouen, c’est pas Montpellier, hein…) : le musée Flaubert. Au début, je pensais qu’il était juste consacré à l’écrivain, mais en fait, c’est plus complexe que ça…

En effet, Flaubert est né dans cette maison, qui était à l’époque le pavillon de l’Hôtel-Dieu, car le père du futur écrivain était chirurgien. Du coup, aller au musée, c’est faire d’une pierre deux coups : d’une part, les souvenirs de la maison des Flaubert et de l’autre, une histoire de la médecine des Moyen-Age au XIXe siècle… Et j’ai été bluffée, car j’y ai vu des spécimens assez rares même pour des cabinets de curiosités… Du coup, j’ai scindé en plusieurs catégories…

La Famille Flaubert (bourgeoise par excellence, donc, les goûts de l’époque se reflètent dans la déco et la maison…)

Loulou, le fameux perroquet d’Un Cœur Simple, ici le seul et unique exemplaire, naturalisé après sa mort désespérante…

Les contre-marches sont peintes avec des définitions drôles, cruelles et cyniques… Une super idée !

Le Cabinet de Curiosités…

Une salle est consacrée aux objets religieux, admirez ce superbe autel en bois, étant donné que c’était une aile de l’Hôtel-Dieu…

Le Dentiste…

Asseyez-vous, détendez-vous…

Vous avez une frousse bleue de la roulette (franchement, faudrait être maso pour aimer ça) ? Je vous présente son ancêtre… J’en viens à me demander si la peur du dentiste n’est pas ancrée dans l’inconscient collectif à cause des souffrances générées par ces engins depuis des siècles… (Bon, en plus de l’analyse de papa Freud bien sûr)

(les dents ci-dessous sont réellement énormes, et faisaient partie du décor d’un cabinet authentique…)

La Gynécologie…

Les reproductions en tissus sont extraordinaires, et on n’en voit pas partout. Elles étaient destinées à l’éducation des sage-femmes et gynécos.

Les ancêtres des vibromasseurs, à but purement thérapeutique, censés soigner l’hystérie féminine du XIXe siècle, provoquée par des utérus pas satisfaits (je simplifie, mais c’est ça : la misogynie galopante de l’époque attribue la faute aux femmes, et l’hystérie est une bonne excuse pour faire charcuter sa femme, ablation de l’utérus, ou pour la faire interner…) Heureusement, un homme charmant inventa ce splendide appareil qui fit révolution et bouleversa quelque peu le monde médical… Sur le sujet, je vous conseille le film « Oh My God ! « , une comédie dramatique délicieusement british et très documentée sur le thème…

Si ma mémoire est bonne, il s’agit d’une sorte de bouchon à introduire dans votre partie sensible afin de ne pas tomber enceinte… Un genre d’éponge. Mais je ne suis plus très sûre, donc, ne le prenez pas pour acquis.

Une œuvre de Rébecca Campeau, hommage à Mme du Coudray, 2005

La Médecine générale…

Vésale à l’œuvre, gravure du XIXe siècle

Une trousse de trépanation du XVIIIe siècle. Horrible, je vous passe les détails sur les différents objets.

Une pharmacie portative de la même époque, j’adorerai en dénicher une !

Les flacons à sels et vinaigres

Le nécessaire à saigner…

Une reproduction de la leçon d’anatomie de Rembrandt

Le Cabinet anatomique…(Âmes sensibles s’abstenir)

Les deux momies. Oui, des VRAIES momies.

Ceci est un fœtus calcifié, chose très rare, et qui est resté 18 ans dans l’abdomen d’une femme. Oui oui, 18 ans. Son autopsie fut réalisée par Achille Flaubert en 1851. J’imagine sa tête quand il a trouvé ça…

Une tête momifiée

Une tête momifiée à qui on a ajouté des yeux en verre, ce que je trouve hyper-flippant !

Souriez vous êtes filmés.

Un fœtus de 8 mois, mort-né

Un fœtus à terme, mort-né apparemment

Un écorché de Caudron, XIXe siècle

Un écorché de Auzoux, 1840

Cire de Laumonier, vers 1810

Voilà, en espérant que cela ne vous ai pas trop dégouté pour le repas du midi, belle journée !

L’appartement Perret, un petit bijou vintage

Il y a peu, comme vous l’avez vu avec mon post sur l’expo « Pierre et Gille » au MUMA du Havre, je suis allé flâner, me promener et découvrir de belles choses au Havre. Le Havre est une ville mal aimée, principalement des amoureux d’histoire de l’art et pour cause : quand on s’y promène, certes, c’est une ville hyper photogénique, comme toutes les villes modernistes, mais voilà, c’est aussi son handicap. Elle est moderne. Si vous connaissez un peu l’histoire de la Normandie (« en Normandie, il n’y a de haute et de basse que la marée », dixit Guillaume le Conquérant, qui était déjà pour le regroupement des régions visiblement), vous savez que la ville du Havre a été presque intégralement détruite durant les bombardements de 39-45. Seuls quelques bâtiments ont survécus, on ne sait pas trop comment (notamment la sublime Maison de l’Armateur, donc je parlerai dans un prochain post). Du coup, bien sûr, au sortir de la guerre, il a fallu reconstruire, en masse, vite, et de manière à reloger un maximum de monde (La Cité Radieuse de Le Corbusier, Corbu pour les intimes, participe de cette effort de reconstruction). La ville organise donc un concours d’architecte, et Auguste Perret y participe. Il s’agit de construire de manière radicalement différente d’avant la guerre. Fini les fioritures, les choses compliquées : il faut du rapide, du fait en masse ou presque, du fonctionnel, pratique, simple. Perret propose donc un centre-ville tracé au cordeau, étudié pour être à la fois agréable, pratique et fonctionnel. Immeubles semblables, système de poteaux-poutres ayant fait ses preuves, système ingénieux de chauffage et d’évacuation des eaux. Comme on s’en doute, ce sont les Ateliers Perret qui remporte le concours. En peu de temps, le centre-ville du Havre est entièrement reconstruit, et aujourd’hui, il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (voici la page dédiée à l’appartement témoin)… Alors, on aime, ou on aime pas. J’avoue que j’ai un peu de mal avec les extérieurs, heureusement la vue est sauvée par la mer et/ou les nombreux espaces verts. En revanche, je suis tombée amoureuse de l’appartement témoin ! Il est beau, pratique, fonctionnel, très bien pensé et assez grand. Il est aujourd’hui inscrit Monument Historique, et se visite à jours et heures réguliers, c’est forcément guidé car vous circulez librement dans l’appartement, et vous êtes cordialement invités à ouvrir les placards et armoires, même le réfrigérateur !

Not long ago, as you saw it with my post on the exhibition  » Pierre and Gilles  » in the MUMA of Havre, I went to discover beautiful things in Havre. Le Havre is a badly liked city, mainly lovers of art history for a very good reason : when we walk, there certainly it’s a city hyper photogenic, as all the modernist cities, the thing is also its handicap. It’s modern. If you know a little the history of Normandy, you know that the city of Havre was almost entirely destroyed during the bombardments of 39-45. Only some buildings survived, we do not too much know how (in particular sublime House of the Shipowner, thus I shall speak in a next post). As a result, of course, at the end of the war, it was necessary to reconstruct, mass, fast, and so as to rehouse a maximum of people (The Cité Radieuse of Le Corbusier, Corbu for the close friends, participates of this effort of reconstruction). Thus the city organizes architect’s competition, and Auguste Perret participates in it. It’s a question of building in a radically different way of front the war. Finished the flourishes, the complicated things : the rapids, the mass fact or almost, the functional, practical, simple is needed. Thus Perret proposes a city center traced very precisely, studied to be at the same time pleasant, practical and functional. Similar buildings, system of posts-beams having showed his ability, ingenious system of heating and evacuation of waters. As we suspect it, they are Perret workshops which takes away the competition. In a short time, the city center of Havre is completely reconstructed, and today, it’s registered on the UNESCO world heritage list (here is the page dedicated to the show apartment) … Then, we like, or we do not like. I admit that I have a little of evil with the outsides, fortunately the view is saved by the sea and\or the numerous green spaces. On the other hand, I fell in love with the show apartment ! He is beautiful, practical, functional and rather big, thought very well. It’s registered today Historical monument, and visits in the regular days and the hours, it’s necessarily guided because you circulate freely in the apartment, and you are cordially invited to open cupboards, even refrigerator!

Le plan de l’appartement est traversant, pour plus de luminosité, et il peut être entièrement ouvert ou fermé grâce à un système de double-portes et portes coulissantes et/ou pliantes. Aucun mur intérieur n’est porteur, et la tuyauterie ne passe pas dans les murs, donc, si vous être proprio, vous pouvez tout abattre, ça risque rien (le système de chauffage, collectif, est soufflant et passe par les sols et plafonds, très ingénieux). La surface totale est de 99 m², ce qui est confortable, avec une pièce à vivre, un bureau, trois chambres, une salle de bains, toilettes, une cuisine semi-ouverte, un hall d’entrée ouvert sur le séjour, et de très nombreux placards. J’ai l’impression de rédiger une annonce immobilière…

The plan of the apartment is crossing, for more luminosity, and he can be completely opened or closed thanks to a system of doubles – doors and sliding and/or folding doors. No internal wall is expanding, and the piping does not pass in walls, thus, if to be you a landlord, you can shoot down everything, that risks nothing (the system of heating, collective, is breathtaking and passes by grounds and ceilings, very ingenious). The total surface is 99 m ², what is comfortable, with a living-room, an office(desk), three rooms, a bathroom, toilet, a semi-open kitchen, an entrance hall opened on the living-room, and by very numerous cupboards. I have the impression to draft a real estate announcement…

Le mobilier qui est présent sur place n’était pas inclus dans les appartement, mais ils étaient souvent meublés ainsi, afin de montrer la modernité des lieux. La ville du Havre a fait de longues recherches afin que tous les meubles et objets soient d’époque, et se rapprochent le plus possible de ce qui était proposé à l’époque. Cependant soyons honnête. Cet appartement témoin est un rêve pour les familles bourgeoises : si mes grands-parents paternels ont pu très tôt acheter un réfrigérateur et une machine à laver, parce qu’ils en avaient les moyens, en revanche il a fallu attendre la fin des années 60 pour que mes grands-parents maternels puissent avoir le même confort. Donc, au sortir de la guerre, très peu de havrais ont sans doute pu accéder au confort moderne présent dans l’appartement, qui est une véritable pub pour les arts ménagers !

The furniture which is present  was not included in apartment, but they were so often filled, to show the modernity of places. The city of Havre made long researches so that all the furniture and the objects are of period, and get closer as much as possible to what was proposed). However let us be honest. This show apartment is a dream for the bourgeois families : if my paternal grandparents were very early able to buy a refrigerator and a washing machine, because they had the money there, on the other hand it was necessary to wait for the end of the 60s so that my maternal grandparents can have the same comfort. Thus, at the end of the war, little of the havrais were doubtless able to reach the present modern comfort in the apartment, which is a real advertising for kitchen and bathrooms !

(les passages entre guillemets qui suivent sont extraits de l’article wikipédia dédié à l’appartement témoin, et décrivent le mobilier) / ( The passages in quotation marks which follow are extracted from the article Wikipedia dedicated to the show apartment, and describe the furniture)

Vous allez voir : le mobilier, c’est l’ancêtre de Ikea / You will see : the furniture, it is the ancestor of Ikea.

L’Entrée / Entry Hall

La Salle de séjour / Bureau / Coin repas / Living-Room

 » La salle de séjour reconstitue un ensemble de René Gabriel : les meubles (et leur positionnement) sont exactement identiques à ceux présentés par Auguste Perret pendant l’Exposition internationale de l’urbanisme et de l’habitation, en juillet et août 1947. Ce mobilier à destination des sinistrés s’inspire de prototypes réalisés dès 1945 pour le Salon des artistes décorateurs et a été créé spécialement pour la présentation du logement-type du Havre. Simples et robustes, ces meubles sont destinés à être produits en série puis vendus à des ménages aux revenus moyens. Leurs proportions facilitent un entretien sans aide domestique : surfaces lisses pour le dépoussiérage, passage du balai sous les bahuts, finitions cirées. Diffusés dans l’immédiat après-guerre, ils sont produits en série par la maison Lieuvin à Bernay (Eure) puis diffusés par des ensembliers-décorateurs dans les différentes provinces françaises (André Beaudoin au Havre).  »

La Cuisine / Kitchen

 » Élément de cuisine CEPAC (1946). Provenant des donations des habitants du Havre, les objets usuels (équipement ménager) retracent les différentes étapes dans l’émergence de la société de consommation. Si les premières années de l’après-guerre sont marquées par les restrictions et le prolongement des mesures de rationnement, le début des années 1950 voit l’émergence de nouveaux équipements (autocuiseur, réfrigérateur, etc.) qui, entre la fin des années 1950 et le début des années 1960, équipent la plupart des ménages.  »

La Salle de Bain / Bathroom

La Chambre des parents / First Room

La Chambre des enfants / Second Room

 » Reconstitution de la chambre aménagée par Marcel Gascoin en 1952. Située côté cour, la grande chambre centrale (16 m²) fait face au séjour et peut donc faire office de salle à manger. Elle pouvait également être destinée à des enfants, selon le taux d’occupation supposé pendant la reconstruction qui prévoyait six personnes pour quatre pièces. Une première chambre d’enfant est située près de la porte d’entrée afin que les enfants puissent sortir librement dans la rue.

Cette chambre pour deux enfants présente les meubles de Marcel Gascoin visibles à plusieurs reprises dans des appartements-types au Havre : en décembre 1952 (quartier du Perrey) et en août 1953 (immeuble de la Porte Océane). Conçus pour être réalisés en grandes séries sans pour autant adopter des formes trop mécanisées, rebutante pour la clientèle, ces meubles sont exécutés dans les ateliers parisiens de Marcel Gascoin à partir de 1949 (rue Rennequin), puis par l’ébéniste et fabricant de meubles havrais Loison frères entre 1952 et 1954 (rue du Maréchal-Gallieni). D’un faible coût, ces meubles sont largement diffusés par les magasins d’ameublement des villes moyennes et promus par les grandes revues de décoration (Maison Française, Arts ménagers, Meubles et décors, etc.) grâce à une campagne promotionnelle sans précédent.  »

La troisième chambre / Third room

Belle journée mes ptites licornes !

 

Avoir une déco de graphiste geek tout en étant adulte…

(article non disponible en anlais / Not available in english, sorry ! )

Ok, tous les graphistes ne sont des geeks, et tous les geeks ne sont pas graphistes. Mais j’en connais quand même pas mal qui réunissent les deux options. Leurs apparts sont totalement déments généralement. Non, le geek ne se limite à une espèce de croisement entre Yoda (ne jamais sortir parce qu’on « geek » ça rend le teint vert), Chewbacca (parce que quand on « geek », on n’a pas le temps de se raser, de se coiffer ou de s’épiler), un binoclard mal dans sa peau (Harry ???) et un bûcheron adolescent (chemise à carreaux powa). Non, le geek n’est pas un adolescent, il peut être aussi un adulte.

Nous voici en 2017, ère de la désormais très classique infantilisation de l’adulte. Vous aurez remarqué que depuis quelques années, on assiste à un essor incroyable des jouets pour adulte ? Jouets avec lesquels on ne joue pas non, bien sûr, on les collectionne, on peut même les customiser. Ajoutez à ça l’énorme développement d’univers de SF et de fantasy (oui, parce que le geek est forcément fan de Star Wars, ou Star Trek, ou Marvel, ou DC, ou Harry Potter, ou le Seigneur des Anneaux, ou Game of Thrones. Voire plusieurs à la fois), ainsi que l’essor d’une déco adaptée, plus le commerce très très lucratif des nouvelles technologies (un geek, c’est très très très souvent un gamer), et vous obtenez le geek des années 2020 (j’arrondis). C’est-à-dire un adulte qui se comporte très bien en adulte, à ceci près que la société de consommation l’infantilise au maximum. Ce qui est vraiment prendre les geeks pour des perches (ou tanches, ou cèpes, ou truites, ou faisans, ou truffes, ou vaches à lait). Car s’il reconnaît très facilement être victime plus qu’à fond de la société de consommation, le geek reconnaît également qu’il achète pour une super bonne raison : il se construit SON propre univers, inspiré de ses passions, un truc très personnel qu’il mixe avec les codes de la déco actuelle. Il aime vraiment ce qu’il achète, et s’il est l’heureux détenteur de la collec complète des lasers Star Wars, ou des baguettes de Harry Potter, voire du véritable trône de fer ou d’un gigantesque crâne de dragon, il ne le revendra pour rien au monde (même avec les huissiers aux fesses, il préfèrera se battre en duel magique, c’est dire s’il est à fond). J’admire ça, parce que ça fait de l’appart d’un geek adulte un terrain de jeux de déco exceptionnel.

Bon ok j’avoue : j’ai tendance à être une geek. A quelques détails près : je n’aime pas jouer aux jeux vidéos, je ne suis pas fan de Star Wars. Mais j’ai été graphiste (moi, le papier, la typo, la mise en page, c’est une love story), j’adore les affiches alternatives de films, Star Trek, Harry Potter, le Seigneur des Anneaux, Marvel et DC, Avatar (ben oui, franchement, Avatar…), les films de SF (mais pas les livres), j’aime le kitsch, le rétro (surtout en affiche), le pop art, la pop culture, je voue un culte à Ridley Scott et Guillermo Del Toro, et Peter Jackson, la figure du super-héros américain me fascine, je collectionne les artbooks, et j’adore les figurines (je me freine. Enfin, mon banquier me freine). En revanche, je ne suis définitivement pas une gameuse, que ce soit en jeux vidéos ou en plateaux, ou en jeux en ligne. Même les jeux gratos de facebook m’ennuient profondément. J’admire les graphismes de certains jeux vidéos (par contre).

Donc le geek adulte d’aujourd’hui, il est : cool, sympa, un peu timide peut-être, pas poilu sauf la barbe, il est tatoué souvent, il adore la pop culture et les jeux vidéos, il raffole du vintage, du rétro, il a un penchant pour le kitsch, mais se passionne quand même pour le design et l’industriel. Souvent, il a un truc avec les étoiles et les galaxies. Et aussi avec les grands espaces verts et les forêts profondes. Il aime les animaux, et à une nette tendance à délaisser la junkfood d’avant pour le veggie ou vegan d’aujourd’hui. Le geek est adulte, sans avoir à délaisser sa part d’enfance. C’est le pied.

Et sa déco est à son image : stylée et éclectique. Voyez plutôt… Et reproduisez chez vous, avec vos propres références pop culture ! Il vous faut

– des affiches, souvent grandes, en répétition, ou en total look sur un mur complet. JAMAIS d’affiches originales, préférez les versions alternatives que l’on via pinterest (vous y trouverez des liens vers les sites de ventes en ligne les proposant). Si vous êtes doués en dessin, vous pouvez toujours en faire vous-même.

– un meuble tv – bibliothèque adapté à votre mur, et avec un look très design, avec des jeux de couleurs et de matières. Le tout noir fonctionne aussi très bien pour mettre en valeur vos livres et objets déco, et si vous êtes un puriste de gamer, vous pouvez ajouter un néon bleu derrière la tv.

– des blocs de couleurs vives et de de la géométrie

– des meubles de geek, c’est-à-dire avec un look que tout le monde reconnaît, issu de la pop culture

– des accessoires de geek… Les photos parlent d’elles-mêmes…

– des toilettes de fous, lâchez-vous dans vos toilettes.

– des meubles adaptés à vos collections, pour qu’on arrête de les considérer comme des jouets…

Alors, vous aimez ?

(imgs : pinterest et la maison F5)

Belle journée mes licornes !

Une balade entre 1900, kitsch et San Francisco…

Avouez, vu ma photo et le titre, vous avez cru qu’on était à San Francisco ! Mais non, nous sommes bien en France, en Normandie plus exactement, et à Mers-les-Bains encore plus précisément. C’est sûr « Mers-les-Bains », c’est moins vendeur que « San Francisco ». Même moi je me laisse prendre : San Francisco, c’est musique, rock’n’roll, cool, bio, nature, hipster, artistes. Mers-les-Bains, c’est… La mer. Voilà. Quand mes parents m’ont dit : on va à Mers-les-Bains, tu veux venir ? Bon, ben oui, je ne vais pas mourir idiote. Et là, oh quelle belle surprise ! Il n’y a RIEN à voir…. Hormis de superbes maisons Belle Epoque très colorées, et une rue avec plusieurs brocantes et mignons magasins. Ah et il y a aussi une boulangerie pâtisserie qui fait les meilleurs macarons au chocolat et au café du monde (si vous y allez, ce sont les gros macarons, pas les petits qui valent pas le coup, mais les gros sont extraordinaires).

Admit it, seen my photo and the title, you believed that we were in San Francisco ! But not, we are  in France, in Normandy more exactly, and to Mers-les-Bains still more exactly. Sure « Mers-les-Bains » is less a seller than « San Francisco ». San Francisco, it’s music, rock ‘n’ roll, cool, organic, natural, hipster, artists. Mers-les-Bains, it’s… The sea. When my parents told me: we go to Mers-les-Bains, you want to come ? Well, well, yes, I am not going to die stupid. And there, beautiful surprise ! There’s NOTHING to see…. Except magnificent houses Belle Epoque very colored, and a street with several secondhand trades and cute stores. And there is also a bread and pastry shop which makes the best chocolate and coffee macaroons of the world (if you go there, it’ big macaroons, not littles which are not worth the blow, but bigs are extraordinary).

Du coup, je me suis dit que j’allais vous faire découvrir cette charmante petite ville, qui, à part son architecture magnifique, ne propose rien de bien folichon. Cela fait rêver hein ?

Blague à part, en vrai, vraiment ça vaut le coup pour les maisons, mais il vaut mieux y aller un jour d’été ensoleillé, qui mettra mieux les couleurs en valeur.

As a result, I said to myself that I was going to make you discover this charming town, which, except for its magnificent architecture, proposes nothing very pleasant. It makes dream no ?

In reality, really that is worth it for houses, but it’s better to go there a sunny summer day, which will emphasize better colors.

Ces maisons sont suprêmement kitsch : elles sont le reflet d’une société bourgeoise, voulant se donner « l’air de », avoir l’air plus noble ou original que son voisin. La façade, tout comme les intérieurs sont du « réel fake », qui est la définition même du kitsch : une réalité fausse qui donne l’air d’être vraie. Les couleurs vives vont souvent de pair avec le kitsch, tout comme les effets esthétiques qui n’ont d’autre but que d’être esthétiques (ce qui est typique du Romantisme et de l’Art Nouveau)… Mais l’histoire du kitsch ce sera pour un autre article…

Et je laisse la parole à l’Office du Tourisme pour vous expliquer pourquoi autant de villas 1900 à Mers-les-Bains :

« Les villas du quartier balnéaire témoignent du charme de la Belle Epoque, balcons ouvragés, bow-windows, loggias, céramiques, mosaïques, façades colorées…

Avec la découverte des bains de mer et de leurs bienfaits thérapeutiques, Mers connaît un développement spectaculaire. A la fin du XIXème siècle, le chemin de fer amène vers nos côtes les premiers vacanciers appelés « baigneurs ». Ceux-ci, issus de l’aristocratie et de la riche bourgeoisie de l’époque, allaient s’y fixer en construisant les premières résidences secondaires de notre monde moderne. La thalassothérapie venait de naître.

Le style des villas (anglo-normand, flamand, picard, mauresque, Renaissance, Louis XIII, Napoléon III, années 30, …), leurs couleurs, les balcons ouvragés, bow-windows et loggias, ferronneries, auvents, baies, frontons, consoles. Le décor en briques émaillées à dominante bleu-vert, carreaux de grès émaillés, céramiques, faïences, mosaïques, frises, clous, cabochons, mascarons, rosaces, cartouches, médaillons… un « Joyau unique de l’architecture ». La plupart des constructions d’habitation ont été qualifiées de « villa » lors de l’édification du quartier balnéaire, pour les distinguer des autres constructions, tel les hôtels ou les « maisons de rapport ».

Ces « villas » portent généralement un nom en façade, pour les identifier et les distinguer des immeubles, ce sont des prénoms (souvent féminins) ou des termes empruntés à la nature (principalement les fleurs et les éléments tels la mer).

Par l’arrêté du 7 août 1986, la Ville obtient la possibilité de classer cet ensemble exceptionnel en « Secteur Sauvegardé » et en fixe les limites. » (et heureusement, ça veut dire que les proprio ne peuvent pas faire n’importe quoi concernant l’extérieur des villas…)

And I hand over to the Tourist office to explain you why so many villas 1900 to Mers-les-Bains:

« The villas of the seaside district testify of the charm of the Belle Epoque, the decorated balconies, the bow windows, the loggias, the ceramic, the mosaics, the colored facades …

With the discovery of the sea swimming and their therapeutic benefactions, Seas knows a spectacular development. At the end of the XIXth century, the railroad brings towards our coast the first vacationers called « swimmers ». These, stemming from the aristocracy and from the rich bourgeoisie of the time, were going to settle in it by building the first second homes of our modern world. The thalassotherapy had been born.

The style of villas (English-Norman, Flemish, inhabitant of Picardy, Moresque, the Renaissance, Louis XIII, Napoleon III, the 30s), their colors, the decorated balconies, bow windows and loggias, ironworks, canopies, bays, front walls, consoles. The brick-built decoration enamelled in blue-green dominant, tile of enamelled stonewares, ceramic, earthenwares, mosaics, friezes, nails, cabochons, mascarons, rosettes, cartridges, let us award a medal a « unique Jewel of the architecture « . Most of the constructions of house were considered as « villa » during the construction of the seaside district, to distinguish them from other constructions, such hotels or « blocks of flats for letting ».

These « villas » bear generally a name in facade, to identify them and distinguish them from buildings, they are first names (often feminine) or terms borrowed from the nature (mainly flowers and elements such the sea).

By the order of August 7th, 1986, the City obtains the possibility of classifying this exceptional set in « Conservation area » and in basic salary the limits.  » (And fortunately, that means that landlord cannot make anything concerning the outside of villas)

Belle journée mes ptites licornes !

 

 

Une maison d’artiste au Texas

Chez James et Katie King, on aime les maisons avec un âme, un passé, un petit nid douillet, quelque chose qui nous rappelle la maison de notre enfance… J’aime ça aussi. Et en plus leur maison, au Texas (une demeure des années 30), rentre dans les thèmes du blog, puisque pour moi, c’est exactement comme cela que j’imagine une maison d’artiste… Bonne visite !

Article complet sur Design Sponge, avec des liens très intéressants

Belle journée mes ptites licornes !